Élections législatives françaises de 1871

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Élections législatives françaises de 1871
Armes de la République française
Carte
Représentation de l'assemblée
Diagramme
Gouvernement
Sortant
Élu
Otto von Bismarck, chancelier de l'Empire allemand qui vient de défaire l'armée française, est à l'origine de l'organisation de ces élections

Les élections législatives de 1871 ont eu lieu le 8 février. Elles ont élu l'Assemblée nationale, chambre unique du parlement français en application de la convention d'armistice signée entre la France et l'Empire allemand le 28 janvier.

Ces élections se sont déroulées au scrutin de liste majoritaire départemental à un tour, en reprenant l'essentiel des dispositions de la loi électorale du 1 : la liste arrivée en tête remporte l'intégralité des sièges à pourvoir dans le département. Les candidatures multiples sont autorisées : un même candidat peut se présenter dans plusieurs départements différents.

Contexte historiquemodifier | modifier le code

L'armée française ayant été battue suite à la bataille de Sedan, le pays est occupé par les troupes du nouvel Empire allemand, proclamé en janvier 1871. Les élections sont organisées à sa demande, alors que 43 départements étaient occupés par l'armée allemande, qui y interdisait les réunions, que 372 000 soldats français étaient encore retenus en détention en Allemagne et que plusieurs milliers de réfugiés français n'avaient pas encore pu regagner leur domicile2. La campagne oppose principalement deux camps, les républicains d'une part et les monarchistes d'autre part.

Les différents partis en présencemodifier | modifier le code

Adolphe Thiers, tenant d'un républicanisme modéré et conservateur, prend ouvertement position pour la paix avec la Prusse

Les républicains, s'ils sont d'accord sur la question de l'instauration d'un nouveau régime de démocratie représentative, sont en revanche profondément divisés quant à l'attitude à adopter vis-à-vis de l'ennemi allemand. Le principal enjeu de ces élections n'est plus en effet la nature institutionnelle du régime, mais bien l'acceptation ou le rejet de la paix avec l'Allemagne.

Les républicains modérés, avec parmi eux le très influent Adolphe Thiers, sont favorables à la paix, tandis que les républicains radicaux, rassemblés autour de Léon Gambetta, souhaitent poursuivre la guerre.

Les monarchistes, quant à eux, sont divisés entre bonapartistes, alors marginalisés par la chute du Second Empire, et royalistes, eux-mêmes divisés entre légitimistes et orléanistes. Les légitimistes sont les plus conservateurs : partisans du comte de Chambord, ils sont pour la restauration de la monarchie absolue, et sont à ce titre symboliquement attachés au drapeau blanc3. Les orléanistes, favorables au comte de Paris, descendant du roi Louis-Philippe, sont plus modérés : acquis à la cause du parlementarisme, ils souhaitent l'instauration d'une monarchie constitutionnelle libérale dans laquelle le roi conserverait un rôle politique déterminant ; ils acceptent aussi les principes issus de la Révolution française, et reconnaissent à ce titre le drapeau tricolore4. Dans la très grande majorité des cas, les monarchistes sont favorables à la paix.

Aucune campagne électoralemodifier | modifier le code

Bismarck ne donne que trois semaines pour organiser les élections. Faute de temps, il n'y aura donc pratiquement pas de véritable campagne électorale, excepté à Paris où les comités électoraux restent très actifs. Les républicains les plus modérés, franchement hostiles à Gambetta, rejoignent parfois les listes monarchistes à la composition pourtant déjà assez confuse. Les listes républicaines sont souvent plusieurs par département, le clivage entre républicains radicaux et modérés s'avérant être souvent insurmontable. Les élections furent donc transformées en une sorte de référendum « pour ou contre la paix », et les résultats s'en ressentent clairement5.

Dans les régions occupées, les réunions publiques sont interdites et c'est l'occupant qui se charge de l'organisation des élections. En province non occupée, les préfets soutiennent les listes favorables à la capitulation. À Paris le vote est républicain. C'est Louis Blanc qui y arrive en tête, suivi de Victor Hugo, Léon Gambetta, Garibaldi et, en 27e position, le jeune Clemenceau. Les deux négociateurs de la paix, Adolphe Thiers et Jules Favre, n'arrivent respectivement qu'en 20e et 34e position. 37 élus du département de la Seine s'opposent au traité de paix négocié avec la Prusse, contre 6 qui le soutiennent6.

Résultats détaillésmodifier | modifier le code

Corps électoral
Inscrits Votants Abstention
non renseigné non renseigné non renseigné
Composition de la chambre7
Nombre de sièges à pourvoir8 768 100 %
Nombre de sièges pourvus 675 87,89 %
Parti Sièges Pourcentage des sièges pourvus
Républicains radicaux 38 05,63 %
Républicains modérés 112 16,59 %
Libéraux 72 10,67 %
Orléanistes 214 31,70 %
Légitimistes 182 26,96 %
Bonapartistes 20 02,96 %

Analyse des résultatsmodifier | modifier le code

Composition de l'Assemblée nationale — 1871

Sur les 768 sièges à pourvoir, seuls 675 furent pourvus, en raison d'élections dans plusieurs départements du même candidat (principe des candidatures multiples). C'est une très nette victoire pour les royalistes, qui emportent une large majorité de sièges. Cent quatre-vingt légitimistes, très souvent des nobles de province auxquels il faut adjoindre plusieurs bourgeois, sont élus (dont une cinquantaine de « chevau-légers », héritiers des ultra-royalistes de la Seconde Restauration)3, en même temps que 214 orléanistes.

Côté républicain, c'est une défaite, en particulier pour le camp radical : l'Union républicaine (radicaux) de Gambetta, élu dans 8 départements, n'emporte qu'une petite quarantaine de sièges (Victor Hugo, Louis Blanc, Edgar Quinet, Garibaldi, Clemenceau, etc.), tandis que la Gauche républicaine (modérés) (menés par Jules Favre, Jules Ferry, Jules Grévy et Jules Simon) dépassent largement le cap des 100 élus. Restent enfin entre 70 et 80 « Libéraux », formant un centre-gauche qui se convertira progressivement aux idéaux républicains, parmi lesquels on retrouve Adolphe Thiers, élu dans pas moins de 26 départements. Les bonapartistes sauvent une vingtaine de sièges dans leurs fiefs des Charentes et de la Corse, mais quatre candidats seulement s'étaient présentés sous cette étiquette4.

Les campagnes, abritant encore une large majorité de la population, ont massivement voté monarchiste, tandis que les villes étaient plus favorables au camp républicain. L'âge moyen est de 53 ans et la plupart des élus sont de nouveaux venus en politique (175 seulement ont déjà été élus dans des assemblées), principalement des notables ruraux. Un tiers des nouveaux parlementaires sont des nobles : cette assemblée est la plus aristocratique que la France n'ait jamais élue. On dénombre aussi 250 gros propriétaires fonciers, méfiants à l'égard de l'autorité parisienne4.

L'assemblée se réunit le 13 février à Bordeaux. Jules Grévy, républicain modéré est élu président de l'Assemblée. Le 16 Thiers est nommé chef du pouvoir exécutif de la République française et le 21, Thiers et Favre entament les négociations de paix avec Bismarck.

Élection partielle du 2 juillet 1871modifier | modifier le code

Ces élections complémentaires sont organisées pour pourvoir les postes vacants du fait des candidatures multiples et des démissions qui se sont produites entre temps. 114 sièges sont à pourvoir. La tendance s'inverse par rapport à l'élection précédente en faveur des républicains.

Nombre de sièges à pourvoir 114
Parti Sièges
Républicains radicaux 35
Républicains modérés 38
Libéraux (proche de Thiers) 26
Orléanistes et Légitimistes 12
Bonapartistes 3

Par la suite, les élections partielles destinées à pourvoir les vacances suite à des démissions ou décès confirmeront ce glissement à gauche de l'électorat comme le démontre l'élection surprise à Paris le 27 avril 1873 du candidat radical Désiré Barodet contre Rémusat, un partisan de Thiers.

Voir aussimodifier | modifier le code

Articles connexesmodifier | modifier le code

Référencesmodifier | modifier le code

  1. M. Morabito, Histoire constitutionnelle de la France (1789-1958), éd. Montchrestien, Paris, 20048.
  2. Dominique Lejeune, La France des débuts de la IIIe République, 1870-1896, p. 8
  3. a et b Dominique Lejeune, La France des débuts de la IIIe République, 1870-1896, p. 10
  4. a, b et c Dominique Lejeune, La France des débuts de la IIIe République, 1870-1896, p. 11
  5. Dominique Lejeune, La France des débuts de la IIIe République, 1870-1896, p. 9
  6. Michel Winock, Clemenceau, éditions Perrin, 2007, chap. I, p. 21
  7. Chiffres issus du Quid 2006, éd. Robert Laffont, Paris, 2005.
  8. Dont 15 pour les colonies et 30 pour l'Alsace-Lorraine, annexée par la Prusse après les négociations de paix qui suivront ces élections.







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