Abstention

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Abstention (homonymie).

Sur les autres projets Wikimedia :

Lors d'une élection, d'un référendum ou plus généralement d'une délibération, le comportement d’abstention marque le refus d'une personne de participer au vote : les personnes qui s'abstiennent sont qualifiées d'« abstentionnistes ».

Les motivations des abstentionnistes sont multiples et variées. En cas de fort niveau d'abstention la légitimité des décisions ou des résultats d'élections - bien qu'étant prises dans les formes légales - peut être fragilisée, sinon lorsque l'abstention atteint des taux importants, mise en doute par l'idée que la « majorité silencieuse » ne se serait pas exprimée par le vote.

Ne doivent pas être considérées comme « abstentionnistes » les personnes qui votent blanc ou nul. Leurs suffrages sont dits « non exprimés » et ne doivent pas être décomptés dans les chiffres mesurant l'abstention.

Calcul du taux d'abstentionmodifier | modifier le code

Le taux d'abstention peut être calculé de différentes manières :

  • En France, le ratio est établi en rapportant le nombre des citoyens s'étant abstenu lors d'un vote au nombre de ceux inscrits sur les listes électorales, à la date du scrutin.
  • Aux États-Unis, le ratio est calculé par rapport à tous les électeurs potentiels1.

Statut légal de l'abstentionmodifier | modifier le code

Pour les élections politiques en France, l'inscription sur les listes électorales correspond à un droit, mais aussi à un devoir : elle est en principe obligatoire (article L9 du Code électoral). Mais le défaut d'inscription n'est soumis à aucune sanction.

D'un point de vue légal, L'abstentionnisme - même important - n'a pas d'effet sur le résultat d'un scrutin public. Certains pays[Lesquels ?] ont pensé prendre des dispositions constitutionnelles pour contrer l'abstention trop élevée (des taux de 70 % ou 80 % ont été évoqués) à des élections majeures , comme les législatives. Mais de fait, ces projets de lois n'ont jamais abouti.

Combat contre l'abstentionmodifier | modifier le code

Les démocraties et les groupements politiques s'inquiètent des conséquences d'un taux d'abstention souvent relativement élevé dans les pays développés et s'efforcent de trouver les moyens de le réduire.

  • Une des solutions évoquées sur usenet est le vote négatif. Soit en même temps qu'un vote normal, soit en votant/désignant pour celui que l'on ne veut pas, celui qui a le moins de voix gagne.
  • Une autre méthode est de sanctionner l'abstention. La sanction financière est observée en Belgique depuis 18932, et donne des résultats concluants car elle lui permet d'avoir l'un des taux d'abstention parmi les plus bas d'Europe (environ 9 % pour les Élections européennes de 2004, pour 44 % en moyenne dans l'Union européenne). Des mesures similaires ont également été adoptées dans d'autres pays : Luxembourg, Pays-Bas, Italie, Danemark, Grèce, en Autriche, dans certains cantons suisses, mais aussi hors de l’Europe : Australie, Turquie, Costa Rica, Brésil, Argentine. Les votes blancs sont comptabilisés et remis au parti qui aura eu la majorité, ce qui augmente son résultat. L’obligation du vote réduit fortement le taux d’abstention, pourtant cette institution reste fort discutée. Ses opposants[Qui ?] lui reprochent de ne pas prendre en compte les raisons poussant les électeurs à l’abstention. À cela, ses partisans[Qui ?] répondent qu’ils peuvent se servir du vote blanc et qu’ils peuvent inscrire sur les bulletins ce qu’ils pensent des partis ou des personnalités en place, cela se fait déjà par de nombreuses personnes.
  • D'autres méthodes existent, comme expliquer le fonctionnement des institutions politiques, ou encore débattre ouvertement des points de vues qui séparent les différents partis politiques. Dans les méthodes pour que les gens s'informent mieux, le système de vote par pondération, par classement des candidats, est souvent proposé, notamment la méthode d'élection Condorcet.
  • Une autre méthode proposée serait de donner réellement le pouvoir aux populations dans les choix politiques de leur vie, par le moyen du mandatement impératif plutôt que par la représentation majoritaire (qui ne donne finalement aucun pouvoir aux individus, seuls les intermédiaires politiques ayant un pouvoir de décision, une fois élus). La solution a l'avantage de rendre le pouvoir à la population qui peut ainsi elle-même s'auto-déterminer. Mais en France, le mandatement impératif est considéré comme nul par la Constitution de la Ve République3.

Abstention comme acte politiquemodifier | modifier le code

Résultats comparatif de l'élection fédérale canadienne de 2011, avec ou sans abstention (sans prise en compte des votes blanc et nul)

L'abstentionnisme est un acte politique4 pour des personnes considérant que le régime représentatif/parlementaire actuel n'est pas suffisant pour répondre aux voix de chaque individu composant la société, et propose cet acte politique de refus du vote pour ne pas cautionner ce système considéré injuste. En général, les militants politiques de l'abstentionnisme appellent cela abstention active, ceci pour se démarquer des abstentionnistes passifs. Ces abstentionnistes proposent parfois d'autres modes de fonctionnement politique de la société tel que le mandatement impératif ou la démocratie directe.

L'abstention due à la non reconnaissance du vote blancmodifier | modifier le code

La non reconnaissance du vote blanc par les institutions pousse certains électeurs à l'abstention plutôt que de voir leur "non-choix" interprété comme un vote nul. Pourtant en s'abstenant on peut croire que le citoyen n'a pas voulu faire de choix. C'est pourquoi il y a un vrai malaise des citoyens désirant faire entendre leur non-choix individuellement.

L'abstention aujourd'huimodifier | modifier le code

C'est généralement dans les démocraties libérales que l'on retrouve des taux d'abstention élevés. Le phénomène est croissant, et culmine aux élections européennes, pourtant les dernières à avoir été mises en place. Le déficit démocratique manifeste de l'Union européenne a conduit les populations à s'abstenir à un niveau de 60 %, qui rend fort peu légitimes les élus du parlement de Strasbourg.

En Francemodifier | modifier le code

Article détaillé : Abstention en France.

En France, le vote est obligatoire uniquement aux élections sénatoriales pour les grands électeurs (conseillers municipaux, généraux, régionaux et députés) qui se voient, en cas d’abstention, infliger une amende de 100 €5.

Au Québecmodifier | modifier le code

Au Québec, en période électorale, certains groupes d'extrême-gauche font explicitement campagne pour l'abstention. C'est le cas, par exemple, de l'Union communiste libertaire, qui diffuse un site internet6 à cet effet. Par ailleurs, il existe depuis le 9 avril 2009 une formation politique explicitement abstentionniste: le Parti nul. Le Parti nul milite afin que les personnes remettant en cause la légitimité du système parlementaire britannique ou n'ayant aucune confiance envers les autres formations politiques ne soient pas obligées de s'abstenir de voter ou de présenter un bulletin blanc ou de cocher en faveur de tous les candidats inscrits. Le Parti nul demande en effet qu'il y ait, lors des prochaines élections, une case "Aucune de ces réponses" ou "Abstention" sur les bulletins de vote afin que les électeurs puissent un jour manifester leur mécontentement, au lieu de voir leur suffrage être automatiquement rejeté par le Directeur général des élections. 7

Les causes de l'abstentionmodifier | modifier le code

L'abstention volontairemodifier | modifier le code

L’abstention involontairemodifier | modifier le code

(Alain Lancelot distingue dans L’abstentionnisme électoral en France (1968) différents types d’abstentionnisme (et donc de causes).) Elle représente environ 10 % de l'absention et se compose des :

  • « faux inscrits » qui représentent dans l'exemple de la France entre 4 et 5 % des inscrits 8
  • malades ou absents au moment du vote qui représentent 5,5 % des inscrits.

L’abstention par manque d’intégration socialemodifier | modifier le code

  • Les jeunes électeurs, les électeurs les plus âgés, les chômeurs, les membres des milieux populaires ont tendance à s’abstenir davantage que les hommes, les adultes, les actifs, et les cadres supérieurs.
  • D’autres variables liées au territoire peuvent intervenir : dans l'exemple français, dans la Creuse, le Rhône-Alpes, le Bas-Rhin : les électeurs sont traditionnellement plus abstentionnistes. Le contexte social est également important : il y a plus de participation en milieu rural, moins de participation en banlieues urbaines. Les lignes clivantes relevées sont rural/urbain, et la perception du vote comme devoir civique et du vote comme droit.

L’abstention liée aux caractéristiques particulières de la consultation électoralemodifier | modifier le code

De nombreux facteurs agissent sur la mobilisation électorale9 :

  • l’enjeu institutionnel et politique de la consultation ;
  • la configuration de l’offre politique ;
  • la distance entre deux consultations ;
  • l’ampleur de la mobilisation des candidats ;
  • la médiatisation ;
  • la personnalisation.

L'effet de la télévisionmodifier | modifier le code

En comparant la participation électorale par ville en fonction de la date d'introduction de la télévision aux États-Unis, l'économiste Matthew Gentzkow montre que l'introduction de la télévision a un fort effet sur la baisse de la participation électorale. Cet effet s'explique principalement par une baisse de la lecture des journaux et de l'écoute de la radio qui conduisent à une baisse des connaissances politiques10.

Un signe de la crise de la démocratie représentativemodifier | modifier le code

La montée de l'abstentionnisme au cours des dernières années est considérée dans les commentaires politiques comme l’un des principaux signes d’une crise de la démocratie représentative11. C'est l'une des raisons pour lesquelles il est nécessaire, selon plusieurs experts en droit constitutionnel, de repenser les fondements et modalités de la représentation12.

Documentaire radiophoniquemodifier | modifier le code

Référencemodifier | modifier le code

  1. Nicole Bacharan, Faut-il avoir peur de l’Amérique ? , Paris, éditions du Seuil, 2005, ISBN 978-2-02-079950-8, p.62
  2. http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/citoyen/approfondissements/droit-vote-obligation-pour-certains-pays.html
  3. (fr) Article 27 de la Constitution de la Ve République française
  4. (fr) L'abstentionnisme est un acte politique, de Pierre Bance dans le quotidien Libération du
  5. http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006353759&cidTexte=LEGITEXT000006070239&dateTexte=20111228
  6. http://www.levraichangement.com
  7. http://www.ledevoir.com/politique/quebec/402837/vif-interet-pour-le-parti-nul http://www.ledevoir.com/politique/quebec/402189/le-panda-se-presente-pour-le-parti-nul http://www.partinul.org/fr/mission/ http://www.electionsquebec.qc.ca/francais/provincial/repaq/partis-politiques-details.php?p=00080
  8. Françoise Subileau et Marie-France Toinet « l’abstentionnisme, étude longitudinale (1978-1992) », in Pascal Perrineau, L’engagement politique : déclin ou mutation, actes du colloque, CEVIPOF, 1993.
  9. Gérard Gunberg, La participation politique
  10. (en) Matthew Gentzkow, « Television and Voter Turnout », Quarterly Journal of Economics, vol. 121,‎ août 2006 (lire en ligne)
  11. Denis Barbet, « Quand les mots de l’abstention parlent des maux de la démocratie », Mots, les langages du politique
  12. Anne-Marie Le Pourhiet, Bertrand Mathieu, Ferdinand Mélin Soucramanien, Dominique Rousseau, Représentation et représentativité, Dalloz-Sirey

Liens externesmodifier | modifier le code

Voir aussimodifier | modifier le code








Creative Commons License