Al-Khidr

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Al-Khiḍr (arabe : الخضر, perse : خضر, turc : Hızır, « Le Vert »1), également orthographié Khidr, Khidar, Khizr, Khizar, et en persan Khezr, est une figure ambiguë et énigmatique de l'islam. Il est considéré comme un saint par certains (tels que ‘Abdan Ṣālih), comme un prophète par d'autres. Il est également un personnage important de l'alévisme. Il n'apparait pas directement dans le Coran par nom mais les exégètes musulmans (moufassirin) disent qu'il fait allusion à lui dans la sourate La caverne2 (Coran : 18:65, Al-Kahf) en employant l'expression « `Abdan min `ibâdinâ » (l'un de Nos serviteurs). Son nom est rapporté dans un long hadith rapporté par l'imam al-Bukhari. Moussa (Moïse) aurait fait sa rencontre au cours d'un voyage pendant lequel ce dernier sera témoin d'actes incompréhensibles de la part d'al-Khidr avant que celui-ci ne lui en donne les raisons. Hamza Youssouf pense qu'il peut correspondre à Bouddha3.

Khezr serait un descendant de Noé, de la cinquième génération. Il est l'un des 124 000 prophètes, et l'un des quatre prophètes éternels de l'Islam. Khezr a atteint la source de la vie et bu l'eau de l'immortalité. Son nom signifie le "verdoyant". Le vert est la couleur de l'Islam ; cette couleur est aussi associée à l'imâmisme duodécimain, puisque le 12e Imâm, occulté, est supposé s'être retiré sur l'Île verte, au centre de la Mer blanche. Khezr est souvent associé ou identifié à Élie.

Récit coraniquemodifier | modifier le code

Sourate La Caverne (18) Verset 60 à 82

(Rappelle-toi) quand Moïse dit à son valet: "Je n´arrêterai pas avant d´avoir atteint le confluent des deux mers, dussé-je marcher de longues années"

Puis, lorsque tous deux eurent atteint le confluent, ils oublièrent leur poisson qui prit alors librement son chemin dans la mer."

Puis, lorsque tous deux eurent dépassé [cet endroit,] il dit son valet: "Apporte-nous notre déjeuner: nous avons rencontré de la fatigue dans notre présent voyage"

[Le valet lui] dit: "Quand nous avons pris refuge près du rocher, vois-tu, j´ai oublié le poisson - le Diable seul m´a fait oublier de (te) le rappeler - et il a curieusement pris son chemin dans la mer".

[Moïse] dit: "Voilà ce que nous cherchions". Puis, ils retournèrent sur leurs pas, suivant leurs traces.

Ils trouvèrent l´un de Nos serviteurs à qui Nous avions donné une grâce, de Notre part, et à qui Nous avions enseigné une science émanant de Nous.

Moïse lui dit: "Puis-je suivre, à la condition que tu m´apprennes de ce qu´on t´a appris concernant une bonne direction?"

[L´autre] dit: "Vraiment, tu ne pourras jamais être patient avec moi.

Comment endurerais-tu sur des choses que tu n´embrasses pas par ta connaissance?".

[Moïse] lui dit: "Si Allah veut, tu me trouvera patient; et je ne désobéirai à aucun de tes ordres".

"Si tu me suis, dit [l´autre,] ne m´interroge sur rien tant que je ne t´en aurai pas fait mention".

Alors les deux partirent. Et après qu´ils furent montés sur un bateau, l´homme y fit une brèche. [Moïse] lui dit: "Est-ce pour noyer ses occupants que tu l´as ébréché? Tu as commis, certes, une chose monstrueuse!"

[L´autre] répondit: "N´ai-je pas dit que tu ne pourrais pas garder patience en ma compagnie?".

"Ne t´en prend pas à moi, dit [Moïse,] pour un oubli de ma part; et ne m´impose pas de grande difficulté dans mon affaire"

Puis ils partirent tous deux; et quand ils eurent rencontré un enfant, [l´homme] le tua. Alors [Moïse] lui dit: "As-tu tué un être innocent, qui n´a tué personne? Tu as commis certes, une chose affreuse!"

[L´autre] lui dit: "Ne t´ai-je pas dit que tu ne pourrais pas garder patience en ma compagnie?

"Si, après cela, je t´interroge sur quoi que ce soit, dit [Moïse,] alors ne m´accompagne plus. Tu seras alors excusé de te séparer de moi".

Ils partirent donc tous deux; et quand ils furent arrivés à un village habité, ils demandèrent à manger à ses habitants; mais ceux-ci refusèrent de leur donner l´hospitalité. Ensuite, ils y trouvèrent un mur sur le point de s´écrouler. L´homme le redressa. Alors [Moïse] lui dit: "Si tu voulais, tu aurais bien pu réclamer pour cela un salaire".

"Ceci [marque] la séparation entre toi et moi, dit [l´homme,] Je vais t´apprendre l´interprétation de ce que tu n´as pu supporter avec patience.

Pour ce qui est du bateau, il appartenait à des pauvres gens qui travaillaient en mer. Je voulais donc le rendre défectueux, car il y avait derrière eux un roi qui saisissait de force tout bateau.

Quant au garçon, ses père et mère étaient des croyants; nous avons craint qu´il ne leur imposât la rébellion et la mécréance.

Nous avons donc voulu que leur Seigneur leur accordât en échange un autre plus pur et plus affectueux.

Et quant au mur, il appartenait à deux garçons orphelins de la ville, et il y avait dessous un trésor à eux; et leur père était un homme vertueux. Ton Seigneur a donc voulu que tous deux atteignent leur maturité et qu´ils extraient, [eux- mêmes] leur trésor, par une miséricorde de ton Seigneur. Je ne l´ai d´ailleurs pas fait de mon propre chef. Voilà l´interprétation de ce que tu n´as pas pu endurer avec patience".

Citations dans le Hadithmodifier | modifier le code

Dans le soufismemodifier | modifier le code

Sohravardîmodifier | modifier le code

Dans le Récit de l'Archange empourpré, Sohravardî raconte que pour atteindre la source de la vie, il lui fallait franchir la montagne de Qâf. Alors qu'il était sur le point de se décourager face à une telle entreprise, l'Ange lui apparut et lui enseigna le secret qui lui permettrait d'atteindre son but : "Chausse les sandales de Khezr", lui dit-il. "Si tu es Khezr, tu peux sans peine franchir cette montagne". Le Récit de l'exil occidental décrit le cheminement de Sohravardî jusqu'au sommet de la montagne de Qâf.

Ibn 'Arabî, disciple de Khezrmodifier | modifier le code

En 1204, Ibn 'Arabî est à Mossoul, où il suit l'enseignement du maître soufi 'Alî ibn Jâmi'. Celui-ci lui remet le manteau qu'il a lui-même jadis reçu de Khezr. Le rite de l'investiture du manteau revient, selon Henry Corbin4, à reconnaître la similitude des états spirituels du maître et du disciple. Le don du manteau à 'Alî ibn Jâmi' par Khezr, qui est celui qui a atteint la haqîqa, équivaut à reconnaître en le soufi la même prédisposition à la Vérité mystique. Puis celui-ci accomplit à son tour le même geste envers Ibn 'Arabî, faisant de lui le disciple de Khezr. Bien sûr, ces rencontres avec Khezr ont lieu dans le monde imaginal ou 'âlam al-Mîthâl, monde dans lequel la non contemporanéité des personnages ne pose pas problème. Chez Ibn 'Arabî, Khezr est assimilé à Élie et à un Gabriel personnel, dont le rôle est de guider chacun vers sa propre théophanie.

Notes et référencesmodifier | modifier le code

  1. "Al-Khidr (" l'Homme Vert ") a été ainsi nommé parce qu'il s’était assis une fois sur une terre blanche et stérile, qui par la suite devint luxueusement verte à cause de la végétation. » Hatith rapporté par Al-Boukhari.
  2. Coran 18:65 : « Ils trouvèrent l’un de Nos serviteurs à qui Nous avions donné une grâce, de Notre part, et à qui Nous avions enseigné une science émanant de Nous. »
  3. Buddha in the Qu'ran, Hamza Yusuf
  4. Henry Corbin. L'imagination créatrice dans le soufisme d'Ibn Arabî. Aubier, 1993

Voir aussimodifier | modifier le code

Articles connexesmodifier | modifier le code

Liens externesmodifier | modifier le code









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