Alpes scandinaves

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Alpes scandinaves
Carte des Alpes scandinaves.
Carte des Alpes scandinaves.
Géographie
Altitude 2 469 m, GaldhøpiggenF 1
Longueur 1 700 km
Administration
Pays Drapeau de la Norvège Norvège
Drapeau de la Suède Suède
Drapeau de la Finlande Finlande
Géologie
Âge Paléogène-Néogène
Roches Roches magmatiques, métamorphiques, sédimentaires et ophiolites

Les Alpes scandinaves ou Scandes sont une chaîne de montagnes s'étendant tout le long de la côte ouest de la péninsule Scandinave. Elles couvrent l'essentiel de la Norvège, le Nord-Ouest de la Suède et une toute petite partie de l'extrême Nord de la Finlande. Il s'agit d'une des plus importantes chaînes de montagnes d'Europe, s'étirant du sud-ouest au nord-est sur 1 700 km, avec une largeur maximale de 300 km. La chaîne possède deux zones de haute altitude, une au sud de la Norvège, autour du Jotunheimen où se trouve le Galdhøpiggen (2 469 m), point culminant de la chaîne et de la Norvège, et une autre dans le Nord de la Suède, avec le Kebnekaise (2 102 m), point culminant du pays. Le point culminant de Finlande se trouve aussi dans la chaîne : il s'agit du Halti (1 328 m).

Les Alpes scandinaves se situent au niveau de l'ancienne chaîne calédonienne, qui s'est formée il y a 400 Ma lors de la collision entre les paléocontinents Laurentia (actuelle Amérique du Nord) et Baltica (actuelle Scandinavie). Cette chaîne avait une ampleur probablement comparable à l'actuel Himalaya, mais fut presque entièrement aplanie par l'érosion dans les millions d'années qui suivirent sa formation. Le relief actuel est beaucoup plus récent, lié à un soulèvement tectonique de toutes les marges continentales du nord de l'océan Atlantique au Paléogène et Néogène (c'est-à-dire à partir de 60 Ma). Cette pénéplaine rehaussée fut ensuite érodée par les glaciers de l'ère quaternaire, sculptant le relief actuel. Cette érosion fut particulièrement importante sur le versant occidental de la chaîne, formant de profondes vallées glaciaires dont beaucoup descendent sous le niveau actuel de la mer, constituant les célèbres fjords norvégiens.

Le climat de la chaîne est très asymétrique. Sur le versant ouest, il est très océanique, avec des températures très douces pour la latitude et d'importantes précipitations, tandis que l'est est plus continental. Ce climat permet la persistance à l'ouest d'un grand nombre de glaciers, dont plusieurs sont les plus grands d'Europe continentale, tels que le Jostedalsbreen. Ces différences de climat affectent aussi fortement la végétation, avec de riches forêts humides de feuillus et de conifères sur les pentes occidentales contrastant avec la taïga plus pauvre du côté oriental. La toundra alpine est caractérisée par des forêts de bouleaux tortueux à l'étage subalpin. C'est le milieu le mieux préservé de la chaîne, avec en particulier un grand nombre de parcs nationaux et de réserves naturelles.

La chaîne a été peuplée dès le retrait des glaciers, il y a 10 000 ans. Les premiers habitants vivaient essentiellement de la chasse aux rennes. Au sud, avec l'arrivée de la culture indo-européenne, ont commencé l'agriculture et l'élevage, avec un schéma de transhumance. Les peuples du Nord de la chaîne, les Samis, sont restés quant à eux très liés aux rennes, bien qu'ayant remplacé la chasse par l'élevage, eux aussi selon un schéma de transhumance. Avec la formation des nations scandinaves autour de l'an 1000, les voies de communication commencent à se développer à travers les montagnes, bien que celles-ci aient un caractère effrayant et dangereux aux yeux des populations. Ce sont les gisements de métaux de la chaîne qui vont peu à peu amener les gens vers les zones montagneuses et y développer les infrastructures. Il fallut cependant attendre les XVIIIe et XIXe siècles pour que la chaîne soit entièrement explorée et cartographiée, ce qui permit les débuts du tourisme. Celui-ci est tout d'abord axé sur la randonnée dans cette nature encore très sauvage ; s'y ajoute depuis les années 1950 un tourisme d'hiver en croissance constante. Le XXe siècle marque aussi le début de l'exploitation de l'énergie hydroélectrique, qui compte pour une part très significative dans la balance énergétique de la Suède et surtout de la Norvège.

Toponymiemodifier | modifier le code

La limite orientale de la chaîne n'est pas nette, avec des sommets isolés très éloignés de la chaîne comme ici à Hykjeberg, dans la commune de Mora.

La chaîne de montagne qui s'étend tout le long de la péninsule Scandinave n'est perçue comme une seule et même chaîne que depuis relativement peu de temps1. Ceci est en partie lié au fait que les Alpes scandinaves s'élèvent progressivement depuis les plaines de l'Est scandinave, ne formant pas un mur visible de loin comme d'autres chaînes telles que les Alpes1. Elle n'a ainsi jamais été perçue comme une entité unique et seuls des sous-ensembles de la chaîne (Jotunheimen, Dovrefjell) et des montagnes individuelles ont donc été nommés1. Par exemple, la partie nord de la chaîne entre la Norvège et la Suède fut appelée Kjølen (norvégien) ou Kölen (suédois), signifiant « la quille », car le profil des montagnes est semblable à une quille de bateau renversée2. De manière générale, les montagnes étaient simplement appelées fjell ou fjäll, signifiant littéralement « montagne »F 2. Dans les années 1940, le géologue suédois Erik Ljungner proposa le nom Skanderna, en français « les Scandes », afin d'avoir un nom similaire à celui des Alpes ou des AndesF 2. Ce nom est devenu courant en suédois, mais aussi en français ou en anglais par exemple3. Les géologues utilisent parfois aussi le nom de « Calédonides scandinaves », la chaîne actuelle s'étendant approximativement au même endroit que l'ancienne chaîne calédonienne3. Pour pallier cette absence de nom, un concours fut lancé en 2012 par la société norvégienne de géologie afin de trouver le meilleur nom pour la chaîne1,4.

En français, plusieurs noms ont été utilisés pour décrire la chaîne. Un de ces noms, plus guère utilisé, est « monts dofrines »5, dérivé de celui du massif de Dovrefjell6. Les deux noms les plus utilisés sont « Scandes » et « Alpes scandinaves »7.

Géographiemodifier | modifier le code

Situationmodifier | modifier le code

La chaîne possède une longue frontière maritime, comme ici dans les îles Lofoten

Les Alpes scandinaves s'étendent, selon un axe majoritaire sud-sud-ouest nord-nord-est, le long de la côte ouest de la péninsule Scandinave dont elles forment en quelque sorte l'épine dorsale. D'une longueur de 1 700 km8, il s'agit de la deuxième plus longue chaîne de montagne d'Europe après l'Oural9. La chaîne est délimitée au sud, à l'ouest et au nord par des étendues maritimes : le Skagerrak, la mer du Nord, la mer de Norvège et la mer de Barents. En revanche, sa délimitation à l'est est relativement difficile, le relief y changeant de façon très progressiveS 1. En effet, d'ouest en est, le paysage passe d'un paysage alpin à un paysage préalpin, avec quelques sommets isolés, puis à un paysage ondulant presque jusqu'à la mer BaltiqueS 1. Parfois, une limite appelée odlingsgräns (littéralement « frontière des cultures »), représentant la limite entre les terrains cultivables et ceux non cultivables, est utilisée comme frontière de la chaîneS 1. Problèmes de définition mis à part, la chaîne couvre la majeure partie de la surface de la NorvègeN 1, ainsi que le nord-ouest de la Suède (soit 20 % de la surface du pays)S 1. Ainsi, la chaîne a servi de frontière naturelle entre la Norvège et la Suède, ce qui explique que le tracé de la section septentrionale de la frontière entre ces deux pays passe par ce massif8. Une petite portion du nord de la chaîne se situe sur le territoire finlandaisF 2.

Topographiemodifier | modifier le code

Géomorphologiemodifier | modifier le code

La vallée de Gudvangen. La côte norvégienne possède un relief local très prononcé

Les Alpes scandinaves sont constituées de deux régions de haute altitude (jusqu'à plus de 2 000 m), une au sud et une au nord, séparées par une zone de plus basse altitude (jusqu'à 1 200 m) à la hauteur du fjord de TrondheimF 1. La partie sud, la plus large (jusqu'à 300 kmF 2), a une forme de dôme10 centrée sur le Jotunheimen, qui comprend la plupart des plus hauts sommets de la chaîne dont le point culminant, le Galdhøpiggen (2 469 m)F 1. La zone du Jotunheimen est elle-même entourée d'autres hauts massifs, tels que Hurrungane, Breheimen, Reinheimen, Dovrefjell et RondaneF 3. Cette zone s'étend vers le nord-est jusqu'aux massifs de Sylarna et Helagsfjället à la frontière suédoise, et au sud vers le vaste plateau de l'Hardangervidda et progressivement jusqu'à la merF 1. La partie nord des Alpes scandinaves est plus en longueur et culmine aux massifs de Kebnekaise (2 102 mnote 1,11) et SarekF 3.

Entre les pics du massif se développe un réseau de vallées pouvant descendre jusqu'à 300 m au-dessus du niveau de la mer à l'est mais parfois bien en dessous du niveau de la mer à l'ouestF 2. C'est ainsi que la côte ouest norvégienne est profondément disséquée par un grand nombre de fjords : des vallées glaciaires envahies par la merF 4. Le plus grand de ces fjords, le Sognefjord, entre sur près de 200 km dans les terresF 4. Ces fjords et les nombreuses îles font que la longueur totale de la côtenote 2 est de 83 281 km, soit deux fois le périmètre équatorial de la TerreF 4.

Une grande partie de la chaîne est constituée de paysages doux et de montagnes arrondies, telles qu'ici dans le parc national de Stora Sjöfallet.

La topographie de la chaîne est souvent divisée en plusieurs catégories de relief basées essentiellement sur le relief local, c'est-à-dire la différence d'altitude maximale au sein d'une petite zone. Les zones où le relief local est le plus prononcé (différences d'altitudes de plus de 700 m) sont qualifiées d'alpines : il s'agit en particulier des zones les plus hautes (Jotunheimen, Sarek-Kebnekaise) et de la zone côtière profondément entaillée par les vallées et les fjordsF 5. Le relief local y excède parfois 1 500 m et même bien plus si l'on considère la partie sous-marine des fjords, pouvant alors atteindre 2 800 m dans le SognefjordF 5. Les zones de relief local modéré (entre 400 et 700 m) forment le type de relief majoritaire en dehors de la zone côtièreF 5. Ce paysage est principalement constitué de sommets arrondis et de larges valléesF 5. Enfin, la chaîne comprend un certain nombre de plateaux, témoins de l'ancienne pénéplaine qu'était la région avant son soulèvement tectoniqueF 5. Le plus grand de ces plateaux, le Hardangervidda, est le plus vaste plateau de montagne d'Europe12. Dans les zones les plus périphériques de la chaîne, le paysage se fait ondulant, de type plaine mais avec quelques sommets isolés (Monadnock)F 5.

Subdivisionsmodifier | modifier le code

Carte des subdivisions des Alpes scandinaves
Les Alpes de Lyngen
Innerdalstårnet dans le Trollheimen

Dans le livre Scandinavian Mountains, Peter Lennon propose de diviser la chaîne en six zones subdivisées chacune en plusieurs domaines13. Ces subdivisions ne couvrent cependant pas l'intégralité de la chaîne, négligeant en particulier sa partie sud-est.

Zone Domaine Point culminant Altitude Légende
Suède arctique Kebnekaise Kebnekaise sydtopp 2 102 m [A1]
Parcs nationaux de Padjelanta et Stora Sjöfallet Akka Stortoppen 2 016 m [A2]
Parc national de Sarek Sarektjåkkå Stortoppen 2 089 m [A3]
Norvège arctique Extrême nord Ádjit 1 408 m [B1]
Troms et Lyngen Jiehkkevárri 1 833 m [B2]
Lofoten et Vesterålen Møysalen 1 262 m [B3]
Sulitjelma - Blåmannsisen - Tysfjord - Narvik Suliskongen 1 907 m [B4]
Svartisen - Saltfjellet - Okstindan - Beiarn Oksskolten 1 916 m [B5]
Hautes terres du centre Børgefjell et montagnes du Jämtland et Västerbotten Norra Sytertoppen 1 768 m [C1]
Groupe de Sylarna Helagsfjället 1 796 m [C2]
Chaîne des fjords Trollheimen Store Trolla 1 850 m [D1]
Romsdal Store Venjetinden 1 852 m [D2]
Sunnmøre et Reinheimen Gråhø i Lesja 2 014 m [D3]
Jostedal - Breheimen - Ålfot Hestbrepiggan 2 172 m [D4]
Stølsheimen et Voss/Mjølfjell Stiganosi 1 761 m [D5]
Montagnes centrales Rondane et Dovrefjell Snøhetta 2 286 m [E1]
Jotunheimen Galdhøpiggen 2 469 m [E2]
Hallingskarvet et Filefjell Folarskardnuten 1 933 m [E3]
Hautes terres du sud Hardangervidda Sandfloeggi 1 721 m [F1]
Rogaland/Setesdal Kistenuten 1 647 m [F2]

Principaux sommetsmodifier | modifier le code

Liste des plus hauts sommets des Alpes scandinaves par pays14,15,16.

Norvège
Le Jotunheimen
Suède
Massif de Kebnekaise
Finlande
  • 1 324 m Halti (extrême nord)
  • 1 317 m Ridnitsohkka (extrême nord)
  • 1 285 m Kiedditsohkka (extrême nord)
  • 1 240 m Kovddoskaisi (extrême nord)
  • 1 190 m Loassonibba (extrême nord)

Climatmodifier | modifier le code

Le climat de la chaîne présente d'importants contrastes dus aux effets conjugués de la latitude, de l'altitude et de l'exposition aux influences océaniques. Le climat y est globalement froid, ce qui s'explique par le fait que la chaîne est entièrement au-dessus du 58e parallèle nord. Ce phénomène est en partie compensé en été par la longueur du jour : en incluant le crépuscule, les journées durent 22 h lors du solstice d'été à la latitude d'Oslo, et au nord du cercle Arctique, c'est jusqu'à deux mois de jour continu qui vont réchauffer le court étéF 6. De plus, certaines sections de la chaîne, en particulier le long de la côte atlantique, jouissent d'une douceur remarquable en dépit de leur latitude, tempérées par le courant océanique du Gulf StreamF 6. L'influence de l'océan sur les températures moyennes annuelles est estimée à 12 °CF 6. Cet effet est principalement important lors des mois hivernaux : un des exemples les plus flagrants est l'extrémité sud des îles Lofoten, qui est l'endroit le plus septentrional au monde où la température moyenne est positive toute l'année17. En revanche, l'est de la chaîne présente des écarts de température nettement plus marqués, bien que le climat n'y soit pas encore complètement continentalF 6. Ainsi, s'il bénéficie d'une température moyenne de 10 à 12 °C en été, la température chute en hiver à -16 °C en moyenne, avec un record de -52,6 °C enregistré à Vuoggatjålme, en Laponie suédoiseF 7. La topographie affecte également fortement la température avec un effet de foehn assez prononcé réchauffant sensiblement l'est de la chaîneF 6. Au final, la température annuelle moyenne varie entre 6 °C le long de la côte sud et ouest de la Norvège à -6 °C sur les plus hauts pics de la chaîneF 8.

La côte ouest norvégienne reçoit de grandes quantités de précipitations, ici près du glacier Bondhusbreen

Les vents dominants d'ouest apportent de la douceur à la côte norvégienne, mais aussi des précipitations importantesF 9. Celles-ci peuvent dépasser les 2 000 mm annuels sur le versant occidental de la chaîne, alors qu'elles sont de l'ordre de 450 à 550 mm sur les versants orientaux de la Laponie suédoise du fait de l'ombre pluviométriqueF 9. Ces précipitations peuvent, du fait des températures, tomber sous forme de neige, pouvant atteindre 50 % du total des précipitations au nord-estF 10. Dans ces régions, les premières neiges tombent en octobre et la couverture neigeuse peut durer jusqu'à juinF 10. Sur la côte sud, la couverture neigeuse dure moins de 50 joursF 10.

Hydrologiemodifier | modifier le code

La plupart des cours d'eau des Alpes scandinaves s'écoulent de part et d'autre de la chaîne depuis sa ligne de partage des eaux, tandis qu'à l'extrémité sud, les vallées forment un réseau hydrologique radialF 11. La principale ligne de partage des eaux entre l'océan Atlantique et la mer Baltique coïncide à peu près avec la frontière entre la Norvège et la Suède sur toute la partie nord de la chaîneF 11. Cette ligne était initialement beaucoup plus proche de la côte norvégienne, le soulèvement tectonique ayant principalement eu lieu au niveau de la côteF 12. Cependant, l'érosion régressive provoquée par les rivières coulant vers l'ouest était plus importante que celle causée par les rivières coulant vers l'est, de même pour l'érosion glaciaire au cours du quaternaireF 12. En conséquent, une capture progressive des ruisseaux s'est effectuée, visible en plusieurs endroits avec des cours d'eau de direction principale est-ouest qui rejoignent finalement une rivière à direction ouest-estF 12. Il existe aussi quelques rares exceptions où les rivières traversent la chaîne, telle que la rivière Altaelva qui crée ainsi un profond canyonF 12. Ce phénomène est généralement interprété comme une conséquence de l'érosion par surimposition de la rivière au cours du soulèvement qui donna naissance aux reliefs alentourF 12.

Le canyon Sautso formé par la rivière Altaelva, dans le Finnmark, au nord de la chaîne
Les rivières du versant occidental se précipitent souvent dans de puissantes cascades, telles qu'ici à Kjosfossen

L'hydrologie est particulièrement asymétrique entre l'est et l'ouest de la chaîne. Les vallées à l'ouest de la chaîne sont en général courtes, profondes et escarpées, et les bassins versants y sont en général peu étendus18. Du fait des fortes pentes, les rivières du versant occidental forment un grand nombre de chutes d'eau18, dont plusieurs figurant parmi les plus hautes chutes d'eau du monde, dont en particulier Vinnufossen, la plus haute d'Europe et figurant parmi les dix plus hautes au monde avec 860 mètres de dénivelé total19. À l'inverse, les vallées à l'est sont plus douces, moins profondes et surtout beaucoup plus longuesF 11. Malgré l'apport plus important des précipitations sur le versant ouest, cette caractéristique topographique explique que les rivières du versant oriental soient celles ayant le plus grand débit18. Ainsi, l'essentiel des principaux fleuves de Scandinavie prennent leur source dans les Alpes scandinaves et s'écoulent vers l'est en vallées souvent presque parallèles. Les principaux fleuves en termes de débit sont le Glomma (704 m3⋅s20), le Göta älv/Klarälven (565 m3⋅s), le Luleälven (506 m3⋅s), l'Ångermanälven (500 m3⋅s), l'Indalsälven (455 m3⋅s) et l'Umeälven (443 m3⋅s)21.

Le régime hydrologique de la plupart des rivières est de type nival ou nivo-glaciaire, marqué par un débit minimum en hiver et maximal au printemps et au début de l'été avec la fonte des neiges18,21. Un second pic, souvent plus faible, apparaît avec les importantes précipitations d'automne18. Au niveau de la côte sud-ouest norvégienne, l'importante humidité océanique et la relative douceur entraînent un débit plus constant au cours de l'année, même en hiver18.

Le lac Vassbygdevatnet près d'Aurland, non loin de l'Aurlandsfjord

Un grand nombre de lacs ponctuent les cours d'eau dans les montagnes, ainsi qu'à leur pied18. Certains d'entre eux sont de petits lacs de montagne, disséminés à travers la chaîne, en particulier dans les grands plateaux18, mais les plus importants se trouvent dans les grandes vallées du piémont oriental, formés par un surcreusement glaciaireF 13. Les principaux lacs de ce type sont, du nord au sud : le Torneträsk (330 km2), l'Akkajaure (260 km2), le Hornavan (262 km2), le Storsjön (456 km2), le Femunden (203 km2), le Mjøsa (369 km2) et le Randsfjorden (140 km2)F 13,22,23. Il existe aussi quelques lacs de ce type dans l'ouest de la chaîne, souvent dans l'alignement du réseau des fjordsF 13. Ils atteignent parfois des profondeurs très importantes : l'Hornindalsvatnet est le lac le plus profond d'Europe, avec 514 m de profondeur (pour une altitude de 53 m)F 13,23.

Les Alpes scandinaves comprennent un grand nombre de glaciers, dont certains sont les plus vastes d'Europe continentale24 (excluant donc les glaciers d'Islande, du Svalbard et de la Nouvelle-Zemble). La superficie cumulée de tous ces glaciers est de 2 900 km2 ; les plus vastes se trouvent sur les sommets près de la côte norvégienne, où l'alimentation en précipitations est la plus importanteF 14, en dépit des températures supérieuresF 15. Les principaux glaciers de la chaîne en termes de superficie sont le Jostedalsbreen (487 km2), le Vestre Svartisen (221 km2), le Søndre Folgefonni (168 km2), l'Østre Svartisen (148 km2), le Blåmannsisen (87 km2) et le Hardangerjøkulen (73 km2)F 14. L'équilibre entre température et quantité de précipitations explique le fait qu'au cours du XXe siècle certains glaciers scandinaves aient augmenté en volume durant certaines périodes, l'augmentation des précipitations compensant l'augmentation de la fonte en raison de la hausse des températures due au réchauffement climatiqueF 15. Cependant, sur l'ensemble du siècle, le retrait des glaciers domine et c'est d'autant plus vrai au XXIe siècle où il n'y a pas de période de reprise24.

Géologiemodifier | modifier le code

L'histoire géologique des Alpes scandinaves est longue et relativement complexeF 16. Si le relief actuel est récent (Cénozoïque, environ 60 Ma), la chaîne porte distinctement la marque d'une succession d'évènements ayant débuté il y a plus de 450 MaF 16. Cette histoire peut être divisée en six étapes : l'étape pré-orogenèse calédonienne, l'orogenèse elle-même, une étape post-orogenèse, une phase nommée paléïque, une phase de soulèvement tectonique et une phase d'érosion glaciaireF 16.

Chaîne calédoniennemodifier | modifier le code

Article détaillé : Chaîne calédonienne.

À la fin du Précambrien, il y a environ 570 Ma, le paléocontinent Baltica, correspondant entre autres à l'actuelle Scandinavie, est une pénéplaineF 17. Ce continent est baigné par l'océan Iapétus, tout comme entre autres le continent Laurentia, correspondant à l'Amérique du Nord et au Groenland actuelsF 17. Le premier évènement notable de l'orogenèse calédonienne, affectant le Nord de la Scandinavie, est l'évènement appelé « Finnmarkien », daté d'environ 505 Ma26. Il s'agirait d'une collision de la marge du continent Baltica avec un arc volcanique océanique situé dans la mer d'Ægir (section nord-est de l'océan Iapetus) entre les continents Baltica et Sibéria26. Cette période est marquée par un métamorphisme dans un faciès éclogite26. Par la suite, les continents Baltica et Laurentia commencent leur rapprochement et une partie de la plaque océanique est obduite sur un petit fragment continental, appelé Gula, détaché du continent Baltica, ce qui constitue un deuxième évènement important nommé « évènement de Trondheim », daté d'environ 480 Ma26. Il est marqué par les ophiolites (portions de roches océaniques) au niveau de l'actuelle Trondheim ainsi que par un métamorphisme de type schiste bleu26. Entre 470 et 450 Ma se déroule une nouvelle phase, appelée « évènement Taconien26 ». Il correspond à une phase de subduction et d'accrétion au niveau de la marge du continent Laurentia et à l'obduction de lithosphère océanique couplée à un métamorphisme de type éclogite26. Bien que celui-ci affecte principalement la marge du continent Laurentia, les roches sont ultérieurement déposées sur le continent Baltica26.

La chaîne calédonienne

Enfin, entre 420 et 400 Ma, la convergence des plaques Laurentia et Baltica aboutit à la collision continentale à proprement parler, appelé « événement Scandien », menant à l'érection de la chaîne calédonienne26. Il s'agit d'une collision oblique, et les dates de collision varient grandement entre le nord et le sud de la chaîne26. Durant la collision, la marge du continent Baltica est partiellement subduite sous le continent Laurentia26. En parallèle, de vastes pans de terrains, appelés nappes de charriage, sont déplacés sur la plaque BalticaF 17. Ces nappes sont regroupées en quatre complexes en fonction de leur superposition dans la chaîne : allochtone inférieur, moyen, supérieur et sommitalF 17. Les nappes inférieures et moyennes proviennent de la marge du continent Baltica. L'allochtone supérieur est constitué de roches ophiolitiques et d'arcs volcaniques, tandis que les allochtones sommitaux proviennent du continent Laurentia26. Les nappes inférieures sont avant tout des terrains sédimentaires, légèrement métamorphisés27. Les nappes médianes, incluant en particulier la nappe de Jotun, sont aussi des roches sédimentaires métamorphisées, principalement issues de grès avec aussi des dolomites et tillites27. La partie supérieure de ces nappes est entrecoupée de dykes tholéitiques et doléritiques27. L'allochtone supérieur regroupe principalement les nappes de Seve et Köli27. La première est constituée de gneiss dans un métamorphisme de faciès amphibolite, tandis que la seconde est constituée de roches volcaniques et sédimentaires27. Enfin, l'allochtone sommital comprend à la fois au socle gneissique, aux couches de sédiments qui le recouvraient et à des ophiolites de la plaque Laurentia27. De part et d'autres de ces nappes, on retrouve cependant le terrain précambrien (granites et gneiss), plus ou moins affecté par le métamorphisme au cours de l'orogenèse27.

Pénéplanation et soulèvementmodifier | modifier le code

La chaîne calédonienne formée par cette collision est immense, couvrant les actuelles côtes est du Groenland et de l'Amérique du Nord ainsi que les côtes ouest de Scandinavie, d'Afrique du Nord, l'Irlande et l'ÉcosseN 2. L'altitude maximale de la chaîne n'est pas connue avec exactitude, mais est estimée entre 8 000 et 9 000 m10, soit une altitude comparable à l'actuel Himalaya.

Cependant, la chaîne subit très rapidement un effondrement gravitaire entre 405 et 395 Ma10. Les failles s'inversent, passant d'un contexte de compression à un contexte d'extension28, et la croûte qui avait atteint une épaisseur supérieure à 60 km à la fin de l'orogenèse est réduite de 15 à 20 km10. Les roches profondément enfouies, caractérisées par un métamorphisme de haute pression, sont exhumées28. Le mouvement d'extension continue ensuite plus lentement jusqu'au Permien (250 Ma) et s'étend progressivement à distance de la chaîne10. S'ajoutant à l'amincissement de la chaîne dû aux mouvements tectoniques, la chaîne subit une dénudation par érosionF 17. La chaîne est alors incluse dans le super-continent Pangée, dans un climat allant du climat équatorial humide à un climat subtropical arideF 17.

Le plateau du Hardangervidda est probablement une relique de la surface paléïque

Durant la phase suivante, appelée phase paléïque, s'étalant entre 245 et 50 Ma, l'érosion continue, là encore en climat chaud, alternant entre humide et semi-arideF 17. Le relief est affecté par plusieurs épisodes de soulèvement tectonique liés aux rifts de la mer du Nord10. Ainsi, il y a 50 Ma, l'ancienne chaîne est réduite à une pénéplaine, souvent appelée surface paléïque10. Celle-ci est restée relativement intacte en certains points, tels que le plateau du Hardangervidda, et il est aussi possible de reconstituer la surface par l'enveloppe des zones de fjord et alpinesF 18. Cette surface présente encore un certain relief local, avec des sommets dominant les environs de 100 à 600 mF 18.

À partir d'environ 60 Ma (Cénozoïque), la pénéplaine scandinave subit un important soulèvement tectonique29. Les récentes études semblent indiquer deux phases distinctes : une durant le Paléogène (entre 70 et 40 Ma), et une au Néogène (25 à 5 Ma)N 3. De même, il semble que ce soulèvement ait été maximal au nord et au sud de la chaîne, laissant la partie intermédiaire à une altitude moindreN 3. Ce soulèvement n'est pas spécifique à la chaîne scandinave, mais semble avoir eu lieu dans toutes les marges de l'Atlantique Nord29. En parallèle à ce soulèvement, plusieurs bassins subissent au contraire une importante subsidence, tels que la mer du Nord, la mer Baltique et la mer du Labrador29. Le soulèvement paléogène semble être lié à l'activité du panache islandais29 ou à l'ouverture de l'océan AtlantiqueF 17. Cependant, les causes du second soulèvement sont encore plus floues : des compensations isostatiques ont été suggérées, mais les études récentes semblent indiquer que l'importance de ce phénomène est secondaireF 17. Dans tous les cas, ce soulèvement est le principal responsable de l'existence des Alpes scandinaves et de leur altitude actuelle10.

Érosion glaciairemodifier | modifier le code

Profil caractéristique d'une vallée en auge, ici celle de Lapporten, en Laponie suédoise.

La morphologie actuelle de la chaîne a été fortement façonnée par deux millions d'années de glaciations récurrentes au cours du QuaternaireF 12. Durant cette période, la taille des glaciers varie fortement, commençant par des glaciers de cirques puis évoluant à la faveur des refroidissements des climats vers des calottes glaciaires jusqu'à former un inlandsis lors des maxima glaciaires : une couche de glace d'une épaisseur allant jusqu'à 3 000 m d'épaisseur recouvre alors l'intégralité de la ScandinavieS 2. L'érosion glaciaire affecte donc l'ensemble de la chaîne, mais de façon très inégale : ainsi, l'inlandsis est relativement statique dans les zones de haute altitude au centre de la chaîne et plus à l'est, alors qu'il s'écoule dans les vallées occidentales où l'érosion est donc maximaleF 12. Ainsi, c'est dans les zones de l'ouest de la chaîne que la morphologie glaciaire est la plus notable, avec en particulier des vallées en auge si profondes que leur fond se situe sous le niveau de la mer, formant les fjords caractéristiques de NorvègeF 12,F 4. Cependant, de telles vallées se trouvent aussi du côté est, avec des bassins surcreusés occupés par des lacs au lieu des fjordsF 13. Les glaciers qui érodent ces vallées provenaient le plus souvent de sommets, mais pas nécessairement, certains glaciers joignant deux zones de faible altitudeF 13. Certaines vallées glaciaires traversent même la chaîne de part en part, franchissant la ligne de partage des eauxF 13. Du fait du plus fort pouvoir érodant des gros glaciers, les glaciers secondaires forment souvent des vallées dont le fond se situe à plus haute altitude, appelées vallées suspenduesF 13. Une grande partie des vallées suivent des fractures tectoniques, qui constituent des directions privilégiées d'érosions fluviales puis glaciairesF 19. Parmi les autres formes créées par les glaciers, on trouve des cirques glaciaires dans toute la chaîne, en particulier dans les zones les plus alpines, mais aussi à proximité de la côte, à basse altitude, par exemple dans les îles Lofoten, bien qu'ils soient en général plus petits dans ces zonesF 13. Les sommets les plus hauts de la chaîne, qui sont restés en dehors de la masse de l'inlandsis, ont tout de même subi une érosion par le gel, formant des nunataksF 13.

Les effets de l'érosion glaciaire varient selon la nature du terrain. Un des exemples les plus marqués est le contraste entre les hauts pics du Sarek et le paysage ondulant de la zone voisine du Padjelanta. Il s'explique par la différence de résistance entre les diabases durs du premier et les schistes plus friables du second30. Dans le nord de la chaîne, les sommets les plus élevés (Kebnekaise, Sarek, Sylarna) sont situés sur la nappe de Seve et ses amphibolites30, tandis que les hauts sommets du Jotunheimen sont constitués des gabbros de la nappe de Jotun2.

Le fjord de Geiranger, un des plus célèbres fjords norvégiens
Le delta de la Rapaätno, dans le parc national de Sarek, en Laponie suédoise : là où subsistent les glaciers, les deltas continuent à se développer.

Les glaciers ont aussi fortement affecté la composition du sol. Ainsi, dans l'ouest de la chaîne, là où l'érosion a été la plus importante, les glaciers ont mis à nu la roche, tandis que dans l'est ou au fond des vallées de l'ouest, ils ont déposé de la tillite : des roches de granulométrie variable arrachées par les glaciers plus en amontF 20. Ces sédiments forment eux-mêmes une morphologie particulière, telle que des drumlins, des eskers ou encore des moraines de RogenF 20, nommées d'après le lac de Rogen où ces formations sont particulièrement remarquables31. Ces sédiments glaciaires ont aussi été déposés en grande quantité par les puissants torrents qui existent à l'époque de la déglaciationF 13. Or, l'inlandsis a probablement disparu dans les zones de moyenne altitude avant de disparaître des vallées les plus importantes, et la glace de ces vallées a bloqué alors le cours des rivières, qui ont formé des lacsS 2. Les sédiments se sont alors accumulés en de vastes deltas à l'embouchure des rivières dans ces lacsS 2. À mesure que le glacier recule, le lac avance, et le delta aussiS 2. Les lignes de niveau successives des lacs ainsi que les sédiments des deltas sont nettement visibles près du lac Torneträsk par exempleS 2. Cette accumulation de sédiments forme même localement des sandurs, comme dans les montagnes Lunndörrsfjällen, en SuèdeS 2. Les torrents des phases de déglaciation ont aussi fortement érodé certaines zones, formant des vallées en VF 20,F 13. Malgré la courte période durant laquelle elle a eu lieu, cette érosion fluviale en période de déglaciation est bien plus importante que l'érosion fluviale ayant eu lieu depuisF 20.

Écosystèmemodifier | modifier le code

Carte des régions biogéographiques des Alpes scandinaves
  •      Zone atlantique
  •      Zone alpine
  •      Zone boréale
  •      Zone arctique

Du fait des grandes variations de latitude, d'altitude et de l'influence océanique plus ou moins marquée, les Alpes scandinaves comprennent des milieux naturels assez variés, des luxuriantes forêts de feuillus de la côte sud-ouest à la toundra arctique. Selon le WWF et la Digital Map of European Ecological Regions de l'agence européenne pour l'environnement (AEE), les Alpes sont divisées en trois écorégions : les forêts de conifères des côtes scandinaves le long de la côte ouest norvégienne ; la taïga scandinave et russe sur le versant est, qui traverse la chaîne au niveau des hautes terres du centre pour atteindre la côte ouest au niveau du fjord de Trondheim ; et enfin, les prairies et forêts de bouleaux des montagnes scandinaves32. En revanche, la division en régions biogéographiques de l'AEE partage les montagnes en une zone atlantique le long de la côte norvégienne, une zone boréale à l'est et une zone alpine33. Les deux classifications se recoupent sur la majeure partie de la chaîne, exception faite de la présence de la taïga scandinave sur la côte norvégienne autour du fjord de Trondheim et des hautes terres du centre. Les frontières des régions biogéographiques de l'AEE, corrigées et affinées par la direction norvégienne pour la gestion de la nature sont indiquées sur la carte ci-contre.

Zone boréalemodifier | modifier le code

Taïga de montagne dans la réserve naturelle de Korpimäki, en Dalécarlie, Suède

La zone boréale commence à l'est de la chaîne scandinave, en deçà de la limite des conifères. C'est la plus vaste région biogéographique d'Europe34, dont une grande partie est constituée par l'écorégion du WWF taïga scandinave et russe, qui est elle-même la plus vaste d'Europe. Cette région est largement dominée par une forêt de conifères, principalement le pin sylvestre (Pinus sylvestris) et l'épicéa commun (Picea abies)34.

Sur les versants de la chaîne, cette taïga se transforme sensiblement, formant une zone de transition ou écotone avec la toundra scandinaveF 21. De fait, cette région emprunte ses caractéristiques aux deux milieuxF 21. Comme dans le reste de la taïga scandinave, la forêt composée en grande majorité (80 %) de pins sylvestres et d'épicéas communs. L'épicéa domine les milieux les plus humides, par exemple au centre de la chaîne, aux influences océaniques plus marquées, tandis qu'au nord et au sud, c'est le pin qui domineF 22. De manière générale, les pins sont aussi majoritaires dans les milieux les plus sujets aux incendies, car ceux-ci éliminent généralement les épicéas au profit des pinsF 22. Hormis ces deux espèces, les forêts comptent aussi quelques bouleaux pubescents (Betula pubescens), sorbiers des oiseleurs (Sorbus aucuparia), aulnes blancs (Alnus incana) et trembles (Populus tremula)F 22. Les sous-bois sont généralement pauvres, avec peu de plantes vasculaires, le sol étant généralement couvert de mousses (typiquement des hypnacées) et de lichens (typiquement des Cladonias, aussi appelés lichens des rennes)F 22. Certaines plantes de cette zone sont en revanche plus caractéristiques de la toundra alpine, telles que la busserole des Alpes (Arctostaphylos alpinus), l'astragale des Alpes (Astragalus alpinus), etc.F 22

Le lac Tärnasjön dans les montagnes de Vindelfjällen, un site Ramsar

Si la forêt boréale est dans l'ensemble fortement exploitée par l'industrie forestière34, la taïga de montagne est généralement mieux conservée, avec environ 30 % de forêt primaire ou quasi-viergeF 23. Ceci s'explique en partie par le fait que dès le début du XXe siècle, la coupe de la partie supérieure de la forêt est interdite, ces forêts ayant énormément de mal à se régénérerF 23. En fait, ces forêts sont en partie des vestiges d'une époque plus chaude et si elles ont pu se maintenir, elles ne peuvent pas nécessairement se régénérerF 23. Ces zones auraient plutôt tendance à être remplacées par la toundraF 23. La situation a sensiblement changé avec le réchauffement climatiqueF 21. Ces zones de transition sont en effet particulièrement sensibles aux variations des conditions climatiques et c'est dans ces forêts qu'ont été observés pour la première fois avec certitude les effets du réchauffement sur la végétation, dès 1958F 21.

Outre les forêts, une des principales caractéristiques de la région boréale est la présence de vastes superficies de zones humides34. La plupart de ces zones humides sont situées en dehors des montagnes, s'étendant parfois en piémont, comme la Sjaunja qui est le plus vaste ensemble de tourbières intactes d'Europe de l'Ouest35. Un grand nombre se retrouve même dans les montagnes, que ce soit dans les vallées ou sur les plateaux36. Cependant, le gel et les glissements de terrain défavorisent la production de tourbe et les tourbières se transforment progressivement en prairies humides à des altitudes supérieures36. Ces zones humides ont une avifaune riche, avec en particulier nombre d'oiseaux limicoles, les espèces les plus caractéristiques étant le courlis corlieu (Numenius phaeopus), la bécassine sourde (Lymnocryptes minimus) et le phalarope à bec étroit (Phalaropus lobatus)36.

Zone alpinemodifier | modifier le code

Forêt de bouleaux près de Tromsø

Les prairies et forêts de bouleaux des montagnes scandinaves forment l'écorégion dominante des Alpes scandinaves. Elle est définie comme étant toute la zone au-dessus de la limite des conifères37. Cette limite se situe à une altitude d'environ 1 200 m au sud de la chaîne, mais rejoint le niveau de la mer à son extrémité nord37. Cependant, la limite entre les forêts de conifères et les forêts de bouleaux est relativement continueS 3. Cette écorégion couvre une superficie d'environ 200 000 km2, avec approximativement une moitié (étage subalpin) couverte de forêts de bouleaux et une autre moitié (étage alpin) couverte de prairies ou de roches nues37.

Les bouleaux en question sont une sous-espèce du bouleau pubescent (Betula pubescens) appelée bouleau tortueux Betula pubescens ssp tortuosaS 3. Ils mesurent en général moins de 10 m et dépassent rarement la centaine d'années, ayant tendance à facilement pourrir sur piedS 3. Ils semblent dépendants de l'influence océanique du climat, ce qui explique leur absence dans les chaînes de montagnes plus continentalesS 3. Bien que le bouleau soit l'espèce d'arbre dominante, quelques autres feuillus sont aussi présents, tels que le sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia), le merisier à grappes (Prunus padus), le tremble (Populus tremula) et le saule marsault (Salix caprea)S 4.

Végétation alpine à la frontière suédo-norvégienne : genévrier commun, saule des Lapons, myrtille et camarine noire

Ces forêts montrent d'importantes variations selon le climat et la richesse du solN 4. Dans les zones les moins humides et au sol pauvre, les sous-bois sont plutôt clairsemés, avec principalement des lichens, en particulier ceux du genre Cladonia, de la camarine noire (Empetrum nigrum) et de l'airelle rouge (Vaccinium vitis-idaea)S 5,N 4. Le type de forêt de bouleaux le plus typique comprend des mousses et plusieurs espèces de plantes vasculaires, les plus caractéristiques étant la myrtille (Vaccinium myrtillus), le cornouiller de Suède (Cornus suecica), les mélampyres et le solidage (Solidago virgaurea)S 5,N 4. Enfin, dans les zones avec une importante humidité (plutôt à l'ouest de la chaîne) et un bon ensoleillement, les forêts constituent un des milieux les plus riches de ScandinavieS 5,N 4. Les plantes de ces sous-bois peuvent aller jusqu'à hauteur d'homme, rappelant les forêts tropicalesS 5. En particulier, dans plusieurs zones, de grandes fougères se développent, mais on trouve aussi des aconits (Aconitum lycoctonum), de la laitue des Alpes (Cicerbita alpina), de l'angélique officinale (Angelica archangelica), du cirse à feuilles variables (Cirsium heterophyllum), etc.N 4

Au-dessus de la limite des arbres, on trouve l'étage alpin, lui-même subdivisé en trois sous-étages : alpin inférieur, moyen et supérieurS 5. L'étage alpin inférieur se compose principalement de prairies et de landes fleuries et buissonnantesS 5. La répartition de la végétation à cet étage est particulièrement influencée par l'abondance de la neige, elle-même fortement dépendante de la topographieN 5. Au pied des monts, la couche de neige est particulièrement épaisse et la période de végétation courte, le sol est souvent nu ou couvert de mousses telles que Polytrichastrum alpinum et de lichens, par exemple Solorina croceaN 5. Au contraire, en haut des reliefs, le vent chasse la neige qui ne peut donc s'accumuler, mais ce milieu est aussi difficile pour les plantes qui peinent à s'accrocher ou se dessèchentS 6,N 5. On y trouve quelques plantes résistantes, comme la diapensie de Laponie (Diapensia lapponica) et l'azalée naine (Loiseleuria procumbens)S 6. C'est donc entre les deux, sur le versant de ces reliefs, là où l'épaisseur de neige est moindre mais à l'abri du vent que la végétation est la plus richeS 6. Les espèces caractéristiques sont alors la myrtille, l'andromède bleue (Phyllodoce caerulea), l'épervière des Alpes (Hieracium alpinum), le pédiculaire de Laponie (Pedicularis lapponica), et sur les terrains plus riches en calcaire, les plantes plus riches colorent les prairies : dryade à huit pétales (Dryas octopetala), l'absinthe (Artemisia absinthium), la campanule uniflore (Campanula uniflora), la silène acaule (Silene acaulis), etc.N 5

Plus en altitude se trouve l'étage alpin moyen (défini par la limite haute des myrtilles) avec ses landes herbacéesS 5,N 4. Enfin, l'étage alpin supérieur est pratiquement dénué de végétation, avec seulement quelques plantes isolées comme la renoncule des glaciers (Ranunculus glacialis)S 5. Bien que la végétation soit rare à cet étage, on compte tout de même une quarantaine d'espèces de plantes à des altitudes supérieures à 2 000 m dans le massif de JotunheimenN 4.

Renne domestique dans le massif du Kebnekaise

La survie des animaux dans les conditions extrêmes de la montagne est facilitée par leur capacité à se déplacer, certains quittant les montagnes l'hiver, d'autres pouvant creuser des terriers pour s'y abriterS 7. Pour les mammifères, la survie est encore facilitée par l'isolation que leur procure leur fourrureS 7. Un des animaux les plus symboliques des Alpes scandinaves est le renne (Rangifer tarandus) qui peut vivre à des latitudes et des altitudes extrêmes, même au Groenland et au SvalbardS 8. Cependant, les rennes sauvages ont disparu d'une grande partie de la Scandinavie, et ne se trouvent plus maintenant que dans le sud de la Norvège, en particulier dans le parc national de Hardangervidda38,N 6. Parmi les grands herbivores figure aussi le bœuf musqué (Ovibos moschatus), qui avait disparu il y a plusieurs milliers d'années mais a été réintroduit avec succès au début du XXe siècle dans le parc national de Dovrefjell-Sunndalsfjella39. Quelques-uns de ces animaux se sont aussi implantés dans les environs de Rogen, en Suède40. Les quatre grands carnivores nordiques, le lynx boréal (Lynx lynx), le glouton (Gulo gulo), le loup gris commun (Canis lupus lupus) et l'ours brun (Ursus arctos), ne sont pas vraiment des animaux des montagnes, appréciant plutôt les zones boiséesS 8. Ils fréquentent cependant les montagnes à l'occasionS 8, et celles-ci constituent même le territoire principal du glouton, qui était dans le passé chassé dans les forêts41. Un prédateur plus caractéristique des montagnes est le renard polaire (Vulpes lagopus), principalement sa variante au pelage blanc, même si la variante dite « bleue » existe, en particulier dans le nord de la chaîneN 7. Cette espèce est particulièrement menacée, ayant été chassée jusqu'à sa protection (décidée en 1928 en Suède et en 1930 en Norvège) et souffre désormais de la concurrence du renard roux (Vulpes vulpes), même si ce dernier s'aventure moins volontiers dans la zone alpine42. Parmi les petits carnivores, la belette (Mustela nivalis), l'hermine (Mustela erminea) mais aussi l'espèce invasive qu'est le vison d'Amérique (Neovison vison) figurent parmi les plus courantesN 8. La loutre d'Europe (Lutra lutra) a beaucoup régressé dans les montagnes comme dans le reste de la Scandinavie en raison de la chasse, mais aussi de la pollution et de la régulation des rivièresS 9.

Un lemming des toundras

Les montagnes sont aussi le domicile de plusieurs petits rongeurs dont le plus notable est le lemming des toundras de Norvège (Lemmus lemmus)S 7. C'est la seule espèce de mammifère endémique de Scandinavie. Sa célébrité repose notamment sur ses explosions périodiques de population qui sont particulièrement importantes pour tout l'écosystèmeS 10. En effet, certaines années, le nombre de ces rongeurs augmente de façon foudroyante et un grand nombre d'entre eux se déplacent jusqu'à envahir de vastes superficies avant de mourir brutalementS 10. Des conditions climatiques favorables avec un bon accès à la nourriture semblent expliquer les brutales augmentations de population. Leur mort massive est moins bien comprise, liée peut-être à la diminution de la végétation causée par leur consommation excessive ou à la propagation d'épidémies au sein de la populationS 10. Quelques autres espèces comme le campagnol de Sundevall (Myodes rufocanus) ou le campagnol agreste (Microtus agrestis) présentent également des cycles de population, mais de moins grande ampleurS 10. Cette augmentation de population, ayant lieu en moyenne tous les trois ou quatre ans, mais pas nécessairement en même temps dans toute la chaîne, constitue une aubaine pour de nombreux prédateurs qui voient alors eux aussi leur population augmenter dans les montagnesS 10. Ainsi, durant ces années fastes, les renards polaires peuvent nourrir des portées allant jusqu'à 20 renardeauxS 9. De même, le harfang des neiges (Bubo scandiacus) choisit son site de nidification précisément en fonction de ces pics de population, et le labbe à longue queue (Stercorarius longicaudus) ne reste dans les montagnes que durant ces périodes, il retourne vers l'océan dans le cas contraireS 11.

Lagopèdes alpins dans le massif de Jotunheimen

Les oiseaux choisissent pour la plupart d'éviter de passer la saison froide dans les montagnes. Les rares espèces y restant l'hiver sont le lagopède alpin (Lagopus muta), le lagopède des saules (Lagopus lagopus), le faucon gerfaut (Falco rusticolus), l'aigle royal (Aquila chrysaetos) et le grand corbeau (Corvus corax)S 12. Les lagopèdes peuvent s'enfouir sous la neige en cas de températures trop bassesS 13. Cependant, la plupart des oiseaux ne se rendent dans les Alpes scandinaves qu'afin d'y nicher durant la belle saisonS 14. Dès le début du printemps, les premières espèces font leur entrée, avec par exemple le bruant des neiges (Plectrophenax nivalis)S 14. D'autres passereaux suivent, tels que la bergeronnette printanière (Motacilla flava), l'alouette hausse-col (Eremophila alpestris), le pipit farlouse (Anthus pratensis), le cincle plongeur (Cinclus cinclus), le gorgebleue à miroir (Luscinia svecica), le sizerin flammé (Carduelis flammea) et le bruant lapon (Calcarius lapponicus)N 9.

Parmi les grands oiseaux prédateurs, outre le faucon gerfaut et l'aigle royal cités plus haut, les montagnes sont le lieu de nichée de la buse pattue (Buteo lagopus), du faucon crécerelle (Falco tinnunculus), du busard Saint-Martin (Circus cyaneus) et du faucon émerillon (Falco columbarius)N 10. L'eau est un élément omniprésent dans la chaîne, et en conséquence, de nombreuses espèces d'oiseaux aquatiques migrent pour passer l'été dans ses lacs et cours d'eauS 14. Les espèces les plus courantes sont le plongeon catmarin (Gavia stellata), le plongeon arctique (Gavia arctica), la grue cendrée (Grus grus), le pluvier guignard (Charadrius morinellus), le pluvier doré (Pluvialis apricaria), la bécassine des marais (Gallinago gallinago), la bécassine double (Gallinago media), le combattant varié (Philomachus pugnax), le chevalier aboyeur (Tringa nebularia), etc.N 10 Les principales espèces de poissons des cours d'eau des montagnes sont la truite (Salmo trutta) et l'omble chevalier (Salvelinus alpinus)N 11. Les zones humides des montagnes sont également peuplées par les larves de plusieurs espèces de moustiques qui, après leur sortie de l'eau en été, forment d'importantes nuées qui constituent une nuisance importante pour la population humaine, mais aussi pour les animauxN 11.

Zone atlantiquemodifier | modifier le code

Forêt humide de feuillus sur la côte ouest norvégienne

La zone atlantique correspond à tout le versant ouest de la chaîne situé en dessous de la forêt de bouleaux, ce qui inclut l'écorégion des forêts de conifères des côtes scandinaves ainsi qu'une partie de la taïga scandinave et russe autour du fjord de Trondheim. Cette zone est avant tout marquée par son climat très humide et sa relative douceur compte tenu de sa latitude, mais la nature y est très variée43.

Contrairement à ce que le nom des écorégions laisse penser, les forêts côtières norvégiennes ne sont pas uniquement des forêts de conifères : ainsi, dans toute la section sud, jusqu'au fjord de Trondheim, la forêt est avant tout une forêt de feuillus et ceci se retrouve en partie au nord de Saltfjellet43,44. Ces forêts peuvent être dominées par le tremble (Populus tremula), le saule marsault (Salix caprea) ou le sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia)44, espèces que l'on trouve aussi, minoritaires, dans les forêts de bouleaux de la zone alpine. Dans les zones les plus riches du sud de la Norvège, on trouve même du chêne pédonculé (Quercus robur), de l'aulne blanc (Alnus incana), du frêne élevé (Fraxinus excelsior), de l'érable plane (Acer platanoides) et du noisetier commun (Corylus avellana)44. Certaines de ces forêts sont classées comme forêts humides et sont d'une grande richesse44.

Forêt de conifères sur le mont Ulriken, près de Bergen

Naturellement, les forêts de conifères se trouvent principalement au niveau du fjord de Trondheim, là où la taïga scandinave rejoint la côte atlantique33. Ces forêts sont avant tout des forêts d'épicéa commun (Picea abies), mais le pin sylvestre (Pinus sylvestris) est aussi très représenté45. Les forêts d'épicéas abritent une communauté d'espèces unique avec un grand nombre de mousses et de lichens endémiques33. De telles forêts ne se trouvent dans le reste du monde que sur la côte pacifique du Canada, à des latitudes similaires33. De ce fait, la Norvège a une responsabilité à l'échelle internationale pour la protection de ces forêts43.

La quasi-totalité de ces forêts a été abondamment exploitée, et il ne reste que très peu de forêts anciennes43. De plus, à l'heure actuelle, seule une infime partie est protégée43. La direction norvégienne pour la gestion de la nature considère ces zones comme de priorité maximale pour la création d'aires protégées33.

Petits pingouins, cormorans huppés et Guillemots de Troïl près de Stø, dans les îles Vesterålen

En ce qui concerne la faune, la principale caractéristique de cette région est la richesse extraordinaire de la côte en oiseaux de mer46,47. Plusieurs zones abritent des colonies d'oiseaux figurant parmi les plus grandes d'Europe, en particulier les îles de Runde, des Lofoten et des Vesterålen47. Cette grande concentration est due à la fois à la présence d'eaux très poissonneuses et à la présence d'une côte rocheuse, avec plusieurs falaises formées par les Alpes scandinaves47. Ainsi, sur l'ensemble de la côte de la mer de Norvège, on dénombre 7 500 couples de pétrels fulmars (Fulmarus glacialis), 2 750 de fous de Bassan (Morus bassanus), 20 000 de grands cormorans (Phalacrocorax carbo), 13 000 cormorans huppés (Phalacrocorax aristotelis), 100 000 d'eiders à duvet (Somateria mollissima), 75 000 de goélands cendrés (Larus canus), 100 000 de goélands argentés (Larus argentatus), 30 000 de goélands marins (Larus marinus), 80 000 de mouettes tridactyles (Rissa tridactyla), 20 000 de sternes arctiques (Sterna paradisaea), 5 000 de guillemots de Troïl (Uria aalge), 10 000 de petits pingouins (Alca torda), 15 000 de guillemots à miroir (Cepphus grylle) et enfin pas moins de 800 000 couples de macareux moines (Fratercula arctica)47. La population norvégienne constitue ainsi plus du quart de la population mondiale de grands cormorans, de goélands bruns, de goélands argentés, de goélands marins et de macareux moines47.

Évolution historiquemodifier | modifier le code

Pedicularis flammea, une des plantes « occidentales » unicentriques du nord de la chaîneS 15.

Au cours du quaternaire, la Scandinavie est couverte par un immense inlandsis s'étalant jusque dans le Nord de l'Allemagne durant les périodes les plus froidesS 15. Les plantes et une grande partie de la faune sont alors situées au sud du front glaciaireS 15. Lors du retrait de ce glacier, les espèces conquièrent progressivement les territoires qui se découvrent vers le nord ainsi que vers les hauteurs des chaînes de montagnes européennes, telles que les AlpesS 15. Dans la chaîne scandinave, ce sont ainsi dans un premier temps les espèces de la toundra, puis les espèces boréales qui s'installent depuis le sud ou l'estN 12.

Cette colonisation de la chaîne depuis le sud explique le faible nombre d'espèces endémiquesN 13. Ainsi, une grande partie des espèces de plantes alpines de la chaîne se retrouvent aussi dans les AlpesS 16. Cependant, la chaîne abrite un petit nombre d'espèces endémiques, ainsi que plusieurs espèces que l'on ne retrouve nulle part ailleurs en Europe, mais également présentes au Groenland ou dans la toundra nord-américaineN 13. De plus, ces espèces qualifiées d'« occidentales » se trouvent fréquemment seulement dans la moitié nord ou la moitié sud de la chaîne (appelées espèces unicentriques), ou dans les deux moitiés mais pas au centre (espèces bicentriques)S 16. Ces constatations sont difficilement explicables si l'on suppose une migration uniquement depuis le sud. Par conséquent, les scientifiques proposent que certaines espèces ont survécu en Scandinavie pendant la période glaciaire dans des refuges libres de glaceN 12. Deux types de refuges ont été proposés, en s'inspirant de la situation actuelle du Groenland : un sommet rocheux dépassant de l'inlandsis (nunatak), ou une zone côtière demeurant libre de glaceN 12. Il y aurait eu ainsi deux refuges en Scandinavie : un au sud et un au nord, expliquant les espèces uni- et bicentriquesN 12. En se fondant sur les zones de plus grande richesse en espèces « occidentales », une zone de la côte nord du Vestlandet et une zone plus étendue de la côte du Troms-Finnmark ont été retenues comme principales candidatesN 12. Cette proposition suscite un important débat dans la communauté scientifique depuis une centaine d'années, même si des hypothèses alternatives ont été trouvées48. En particulier, une grande partie des espèces endémiques peuvent s'expliquer par spéciation depuis la fin de l'ère glaciaire48. Quant à la présence d'espèces « occidentales », il a été proposé qu'elles aient été transportées sur des icebergs, les deux sites « refuges » possibles s'avèrent en effet, du point de vue de la topologie de la côte et des courants, être également de bons candidats pour d'importants échouages d'icebergs vers la fin de l'ère glaciaire48.

La forêt arrive dès le retrait du glacierF 24. Les arbres colonisent d'abord les versants des montagnes, les vallées étant encore sous la glaceF 24. La limite des arbres est alors environ 400 m au-dessus de la limite actuelleF 24. La forêt de conifères venus de l'est a cependant de grandes difficultés à s'installer à l'ouest de la chaîne, du côté norvégien du fait de la barrière constituée par les montagnes49. Un exemple notable est celui de l'épicéa commun, qui ne parvient à coloniser l'Ouest norvégien qu'autour du début de notre ère, en passant par les terrains moins élevés au niveau du fjord de Trondheim (Hautes terres du centre)50. Il parvient ensuite à s'étendre jusqu'aux montagnes de Saltfjellet au nord, formant elles aussi une barrière, qu'il est en train de franchir progressivement51.

La limite des arbres est elle aussi dynamique, c'est-à-dire qu'elle a évolué selon l'altitude et la latitude depuis l'ère glaciaire. Elle atteint tout d'abord un optimum il y a 9 400 ans, situé à 515 m au-dessus de la limite actuelleF 24. Ensuite, la limite des arbres diminue progressivement, avec seulement quelques périodes de hausseF 24. Cette diminution est due en partie (30 %) au rebond post-glaciaire qui éleva le niveau du sol, ainsi qu'au changement climatique, les étés devenant plus doux et les hivers plus enneigésF 24. Le petit âge glaciaire (du XVIe siècle au XIXe siècle) constitue un stress important pour la forêt de montagneF 25. La toundra avance alors très rapidement et les habitants s'inquiètent énormément de cette avancée, ce qui explique les mesures de protection prises à cette époqueF 25. Ces dernières années, la tendance s'inverse, avec une rapide remontée de la limite des arbresF 25.

Populationmodifier | modifier le code

Vue de Bergen depuis le mont Fløyen

La chaîne scandinave est très peu peuplée. La Norvège est le pays le moins densément peuplé d'Europe après l'Islande, avec 16 hab/km252, et les zones les plus peuplées du pays se trouvant autour du fjord d'Oslo et dans le sud, donc en dehors de la chaîne53. De même, en Suède, seuls 2 % de la population vivent à proximité des montagnes, ce qui se traduit par une densité de 1,2 hab/km254.

Les zones les plus peuplées de la chaîne sont situées sur la côte norvégienne, qui abrite en particulier les villes de Bergen (227 752 hab.), Stavanger/Sandnes (189 828 hab.), Trondheim (160 072 hab.), Tromsø (55 057 hab.) et Ålesund (46 471 hab.), respectivement 2e, 3e, 4e, 9e et 11e plus grandes agglomérations de Norvège en 200955. Du côté suédois, les seules villes d'importance situées non loin des montagnes sont Östersund et Kiruna avec respectivement 44 327 et 18 148 habitants en 201056.

Si la grande majorité des habitants de la chaîne sont des Scandinaves (Suédois et Norvégiens), ces derniers cohabitent dans la partie nord de la chaîne avec le peuple sami (anciennement appelés Lapons). Ils sont estimés à environ 40 000 en Norvège, 20 000 en Suède et 6 000 en Finlande57.

Tromsø, sur son île.

Histoiremodifier | modifier le code

De la chasse à la transhumancemodifier | modifier le code

Gravure d'un renne dans le site d'art rupestre d'Alta, dans le Nord de la Norvège. Les rennes avaient une place prédominante dans la vie des peuples de l'époque

L'inlandsis scandinave se résorbe à partir du XIe siècle av. J.-C., libérant rapidement l'ensemble de la côte norvégienne58. En même temps que le front glaciaire recule, le milieu est recolonisé par la flore et la faune, en particulier les rennes. Ils sont suivis par les peuples de chasseurs-cueilleurs-pêcheurs58 de la culture d'Ahrensburg qui colonisent la côte norvégienne et forment la culture Fosna-Hensbacka, ou culture Komsa dans le nord59. En même temps, des hommes des cultures post-swidériennes arrivent depuis l'est, rejoignant la culture Komsa dans le Nord du pays et formant l'actuel peuple sami59,58. Tous ces peuples sont des chasseurs-cueilleurs-pêcheurs qui dépendent probablement en grande partie de la chasse aux rennesN 14. Ils sont nomades et leurs déplacements sont fortement liés aux migrations annuelles des rennes entre la côte ou la plaine et la montagneN 15. On trouve encore dans tout le pays des traces d'habitations et de pièges datant de l'âge de la pierre, toujours à proximité immédiate des rivières et parfois relativement haut dans les montagnesN 16. La plupart des habitations ont été découvertes dans l'est de la chaîne, où la végétation était plus favorable pour les rennesN 16.

Au cours du Néolithique, une transition commence à s'opérer vers un mode de vie sédentaire pour les peuples du sudN 16, dû à l'arrivée des cultures indo-européennes58. La sédentarisation est très progressive, commençant avec simplement quelques animaux apprivoisés et quelques parcelles de culture, et il faut environ 1 000 ans pour que le mode de vie sédentaire soit définitivement adoptéN 16. Contrairement à précédemment, c'est alors plutôt à l'ouest de la chaîne que les gens s'installent, typiquement au fond des fjordsN 16. La chasse et la pêche deviennent alors des activités secondaires, bien que leur importance soit toujours notableN 17. En particulier, la vente des fourrures peut constituer une source de revenus significativeN 18. En complément de ces activités, les gens exploitent aussi le fer des marais, qui se trouve facilement dans les montagnes, le plus souvent uniquement pour leurs besoins personnelsN 18.

En parallèle, plus au nord et à l'est, les Samis conservent leur mode de vie de chasseur-cueilleurN 17. Leur aire de répartition descend probablement jusqu'à l'actuelle RørosN 17. Cela ne les empêche pas d'avoir quelques rennes domestiqués dès l'âge du fer, principalement comme aide pour le transportN 17. Ils conservent ce mode de vie jusqu'au XVIe siècle et ce n'est que lorsque le nombre de rennes sauvages diminue fortement qu'ils commencent à privilégier l'élevage, adoptant alors un schéma de transhumanceN 17.

Chalet d'alpage dans la commune de Stange, au sud-est de la Norvège

La transhumance, également présente dans les autres montagnes européennes, est aussi pratiquée par les paysans qui ont leur ferme au pied des montagnesN 19,60. Cette pratique a aussi lieu en dehors des zones montagneuses et la pâture se fait alors dans les forêts61. La transhumance est pratiquée de façon certaine depuis l'âge viking (entre 800 et 1000 ap. J.-C.), mais est probablement plus ancienne encoreN 19. Cette technique permet aux paysans d'avoir plus d'animaux qu'ils ne le pourraient dans leur ferme en utilisant les prairies de montagne comme terrain de pâture pour les animauxN 19,60. Ainsi, les champs du village peuvent être utilisés pour nourrir les habitants, ainsi que pour produire le foin nécessaire au bétail pendant l'hiverN 19. En plus de la pâture des animaux, les paysans récoltent aussi les grands tapis de lichen des rennes, ainsi que les carex et laîches des tourbières qui viennent s'ajouter au foin pour subsister durant l'hiverN 20. La moisson des marais ayant tendance à en modifier l'équilibre et à l'assécher, les paysans ont parfois recours à de petits barrages pour en forcer l'inondation au début de l'étéN 20.

L'organisation de la transhumance dépend quelque peu des caractéristiques géographiques. Ainsi, dans le sud-ouest de la Norvège, les fermes disposent en général d'un seul chalet d'alpage (appelé Seter en norvégien et Fäbod en suédois). Dans le nord ou dans l'est de la chaîne, il n'est pas rare pour les fermes d'en avoir plusieurs, typiquement un chalet près de la ferme (Heimseter / Hemfäbod) et un second plus loin et plus haut dans les montagnes (Langseter / Långfäbod)N 19,60. Ainsi, au printemps, les paysans emmènent les troupeaux dans le chalet proche, souvent isolé et voisin de la limite conifères-bouleaux, là où la neige disparaît le plus tôtN 19. En été, ils se rendent dans le chalet situé plus haut dans les montagnes. Ces chalets, souvent regroupés en petits villages, sont déneigés plus tardivement. Au début de l'automne, ils reviennent au premier chaletN 19. En général, hommes et animaux ne rentrent au village qu'au moment des premières neigesN 19.

Lorsque les chalets sont proches de la ferme principale, les habitants effectuent souvent des allers-retours quotidiens, le chalet n'étant pas habité et le lait étant alors transformé (en beurre et fromage par exemple) dans la fermeN 19. Au contraire, en cas d'éloignement plus important, le chalet devient un lieu de vie et on y pratique la transformation du laitN 19. Les femmes et les enfants s'installent dans le chalet pour s'occuper du bétail tandis que les hommes restent s'occuper de la ferme au village et ne rejoignent la famille que le week-endN 20. Lorsque les paysans résident ainsi dans le chalet, ils consomment beaucoup de bois pour le chauffage et doivent parfois aller à cheval chercher du bois plus bas dans les valléesN 20.

Des montagnes dangereuses mais richesmodifier | modifier le code

Le chemin Pilegrimsleden dans le Dovrefjell, reconverti en sentier touristique

Depuis leur sédentarisation, les habitants vivent principalement en plaine ou sur la côte. Ils se rendent rarement dans les montagnes, à l'exception de celles proches des villages lors de l'estive. Il existe quelques échanges entre l'est et l'ouest : l'ouest vend le sel, un produit extrêmement important à l'époque, ainsi que le poisson et le beurre, tandis que l'est vend probablement du fer (fer des marais) en majoritéN 21. Mais autour de l'an 1000, lorsque le royaume de Norvège se constitueN 21, les besoins en transport augmentent fortement, en particulier pour le roi et sa courN 22. Parmi les premières voies qui sont ainsi créées, une des plus importantes est la Pilegrimsleden (littéralement « la route des pèlerins »), qui relie Oslo à Nidaros (l'actuelle Trondheim), alors capitale du pays et abritant le tombeau de saint OlafN 22. Cette route traverse le massif de Dovrefjell, une épreuve difficile pour les voyageursN 22.

De manière générale, les gens de l'époque n'osent s'aventurer dans les montagnesN 23 et celles-ci restent donc largement inexplorées, en particulier celles du Nord. Au XVIe siècle, le roi de Suède Gustave Vasa décrète que le royaume s'étend jusqu'à l'océan Arctique et en 1613, lors du traité de Knäred, la frontière entre la Norvège et la Suède est établie le long de la ligne de partage des eaux, en plein milieu de la chaîneS 17. Mais du fait des difficultés d'exploration, ce n'est qu'en 1751 que la frontière peut être cartographiée et validée à StrömstadS 17. La difficulté de la traversée des montagnes est illustrée par un évènement de la grande guerre du Nord, parfois appelé « catastrophe d'Øyfjellet ». En décembre 1718, le général Carl Gustaf Armfeldt doit rentrer en Suède après la mort de Charles XII de Suède à Fredrikshald, mais durant le voyage, le blizzard s'abat sur les montagnes et provoque la mort de 3 700 hommes, soit plus de la moitié de la troupeS 18.

La ville de Røros, créée autour de la mine

La découverte de gisements de métaux des deux côtés de la frontière crée un nouvel élan au XVIIe siècle amenant les populations vers les montagnes. En Suède, ceci correspond à la période de grandeur, qui voit, de manière générale, un intérêt accru pour le Nord du paysS 17. Une des premières mines est la mine d'argent de Nasa, dans la montagne Nasafjället, dont l'exploitation commence en 1630S 17. Le pays engage énormément d'ouvriers allemands, dont beaucoup meurent à cause du climatS 17. Les Samis sont engagés de force dans le travail de la mine : ils doivent transporter le minerai (souvent à dos de renne) jusqu'à la fonderie à Sädvajaure, située dans la plaine, à 50 km de làS 17. Cependant, cette mine n'est pas rentable et l'exploitation cesse en 1659, les installations étant détruites par les Norvégiens dans ce qui constitue la seule attaque ayant jamais eu lieu en Laponie suédoiseS 17. Cette attaque permet la reprise des zones perdues par le traité de Roskilde en 1658 et le traité de Copenhague rétablit donc la frontière sur la ligne de partage des eaux en 1660S 17. D'autres mines, celles de Kedkevare à Padjelanta et d'Alkavare à Sarek, constituent avec la fonderie de Kvikkjokk l'ensemble appelé Luleå silververk, dont l'exploitation commença en 1661S 18. La faible concentration du gisement entraîne l'arrêt de la mine en 1702S 18.

En Norvège, les deux principales mines, qui commencent leur activité approximativement à la même période, sont les mines d'argent de Kongsberg et la mine de cuivre de RørosN 24. Ces mines favorisent le développement de routes permettant d'acheminer le charbon de bois à la mine et de récupérer le mineraiN 24. Cependant, les charges les plus lourdes sont transportées principalement en traîneau sur les lacs et marais gelés en hiverN 24. Kongsberg devient même au XVIIIe siècle la deuxième plus grande ville de Norvège avec 10 000 habitants, derrière BergenN 24.

En Suède, quelques nouvelles tentatives sont faites au siècle suivant. Ainsi, la mine de Nasafjället reprend son activité en 1771 et plusieurs sites sont testés, tels que les mines de cuivre à Sjangeli au sud d'Abisko, à Ljusnedal dans la commune d'Härjedalen ou à Huså dans la montagne ÅreskutanS 19. Toutes ces mines sont désormais ferméesS 19.

Des expéditions scientifiques au tourismemodifier | modifier le code

Linné dans son voyage en Laponie

À partir du XVIIe siècle mais surtout aux XVIIIe et XIXe siècles, un grand nombre d'expéditions scientifiques sont menées dans les montagnes dont elles permettent une connaissance accrue. Dans un premier temps, les hommes d'église sont en charge de ces expéditions. Ainsi, un des premiers livres décrivant le Nord de la Suède et le peuple sami, est Lapponia, écrit par Johannes SchefferusS 18. Mais Johannes lui-même n'a jamais visité la région et le livre est en fait une compilation des récits de prêtres qu'il avait envoyés là-basS 18. En 1695, Olof Rudbeck le Jeune fait lui-même une expédition en Laponie suédoise, sur ordre royal, et il établit ainsi une des premières cartographies scientifiques de la régionS 18. Malheureusement, cette œuvre, nommée Lapponia illustrata, est détruite dans l'incendie d'Uppsala en 170262. Ce voyage inspire cependant le naturaliste suédois Carl von Linné qui décide d'explorer à son tour la région en 1732S 18. Il visite ainsi Kvikkjokk, Padjelanta et continue au-delà de la frontière jusqu'aux fjords norvégiens avant de revenirS 18. Deux ans plus tard, il fait un nouveau voyage plus au sud, dans les montagnes de Dalécarlie jusqu'au lac norvégien de FemundenS 18. Après ces voyages, il écrit le célèbre livre Flora Lapponica qui est le premier livre où il utilise le système de classification qu'il a créé63. Ce voyage devient célèbre dans les milieux scientifiques et dans les décennies suivantes, beaucoup de botanistes vont dans ces montagnes, sur les traces de l'illustre LinnéS 20. En Norvège, les expéditions commencent principalement après la demande faite en 1743 à Copenhague par la fonction publique norvégienne dans le but de collecter des informations sur le paysN 25. Ainsi, de nombreuses études sont réalisées sur la géographie norvégienne, notamment sur la faune, la flore, la géologie et les traditions des montagnesN 25. Ceci crée un élan général et de nombreuses expéditions sont réalisées au-delà même de la demande de 1743N 25. Un exemple notable est le livre Histoire naturelle de la Norvège, écrit par Erik Pontoppidan en 1752N 25.

Rjukanfossen, le premier grand site touristique de Norvège

Plusieurs de ces explorations scientifiques permettent de faire connaître les montagnes au pays et entraînent les premiers développements du tourisme montagnardS 20. C'est par exemple le cas de l'entomologiste suédois Johan Wilhelm Zetterstedt qui réalise un voyage très documenté dans les montagnes d'Åre et en vante les propriétés thermalesS 20. C'est ainsi qu'Åre devient une station thermale renommée et Fjällnäs, à proximité, devient le premier hôtel de montagne suédoisS 20. Certains scientifiques peuvent même être considérés comme des touristes des montagnes. Ainsi, à la fin du XIXe siècle, Gustav Wilhelm Bucht et Leonard Lind cartographient les montagnes de la Laponie suédoise, y compris les plus difficiles d'accèsS 20. Ils établissent en 1879 que le Sarektjåkkå est le point culminant de Suède, puis peu de temps après, ils déclarent le Kebnekaise comme telS 20. Ce faisant, ils escaladent plusieurs des principaux sommets de la régionS 20. Ces cartes précises permettent aussi le succès ultérieur de certains grimpeurs, tels que Charles Rabot qui escalade le Kebnekaise en 1883S 20. En Norvège, le tourisme commence aussi au milieu du XIXe siècleN 23. Un homme y contribue particulièrement au développement du tourisme : l'Anglais Thomas BennettN 26. Il s'installe en 1849 en Norvège et, à travers une série de livres, fait connaître les montagnes de Norvège aux Anglais, créant les premiers afflux de touristes étrangersN 26.

À la fin du XIXe siècle, les associations touristiques norvégiennes (DNT) et suédoise (STF) sont créées, respectivement en 1868 et 1885N 26,64. Ces deux associations deviennent des acteurs importants dans la promotion du tourisme dans les montagnes de leurs pays respectifs. Du côté norvégien, le premier site est la chute d'eau Rjukanfossen, alors le plus célèbre site touristique du pays, près de laquelle la DNT achète sa première cabane, appelée KrokanN 27. L'association se concentre ensuite sur la création de refuges et de sentiers dans le Jotunheimen et l'HardangerviddaN 27. En Suède, le premier refuge est créé près du massif de Sulitjelma, puis un peu partout dans les montagnes du pays avant de se concentrer sur sa plus grande œuvre : la création du Kungsleden, un chemin de randonnée traversant toute la partie nord des montagnes suédoises64.

Développement des communicationsmodifier | modifier le code

La célèbre Trollstigen, accrochée à la montagne

Un élément décisif dans le changement de la perception négative des montagnes est l'important développement des voies de communications qui a lieu à partir du XIXe siècle. Les progrès techniques, en particulier l'invention de la dynamite, sont déterminants puisqu'ils permettent de créer des routes à flanc de montagneN 28. Mais les changements s'expliquent aussi par une volonté politiqueN 28. En Norvège, ce changement est marqué par une loi de 1851 (veiloven, « la loi des routes ») qui donne un nouvel élan à la construction de routes dans le pays, en particulier à travers les montagnesN 28. Ces routes de montagne sont pour une grande partie ouvertes uniquement trois ou quatre mois dans l'année du fait des conditions climatiques. Mais elles ont cependant nettement favorisé le développement du commerceN 28. La Suède et la Norvège étant dans une union personnelle entre 1814 et 1905 (Suède-Norvège), cela permet aussi la création de routes entre les deux pays. On peut citer la route construite en 1835 entre Åre et Trondheim qui suit l'ancienne voie de pèlerinage (actuelle route européenne 14), ou la route construite entre Tännäs et RørosS 20. L'avènement de l'automobile au début des années 1900 entraîne à nouveau la création de routes, en particulier dans le Nord de la Norvège longtemps oublié auparavantN 29. La volonté est de pouvoir relier Oslo à Kirkenes, cette dernière n'étant alors accessible que par bateauN 29. Ces créations de routes représentent 700 km par anN 29. Finalement, dans la seconde moitié du XXe siècle, la priorité est donnée à la création de routes ouvertes toute l'année, y compris l'hiver, avec en particulier un grand nombre de tunnelsN 29, tels que le tunnel de Lærdal ouvert en 2000, le plus long tunnel routier au monde avec 24,5 km65.

Un chasse-neige rotatif sur la ligne de Bergen, dans le plateau du Hardangervidda

Si la construction de routes à travers les montagnes s'est avérée difficile, la construction de chemin de fer représente un véritable défi. Ceci est tout particulièrement vrai pour la construction de la ligne de Bergen qui relie les deux plus grandes villes de Norvège : Oslo et BergenN 30. Ces deux villes sont situées de part et d'autre de la chaîne, nécessitant la traversée du plateau du HardangerviddaN 30. Il y avait certes déjà des chemins de fer dans d'autres montagnes, telles que les Alpes mais aucune ligne n'était située au-dessus de la limite des arbresN 30. Ainsi, si l'idée d'une telle ligne avait été suggérée dès 1871, les négociations font rage jusqu'au début des travaux en 1894N 30. Le travail est particulièrement pénible et les seules possibilités d'approvisionnement le sont à dos de cheval et sur de grandes distancesN 31. Jusqu'à 2 200 personnes travaillent sur ce vaste plateau désertN 31. Quelques bâtiments sont édifiés le long de la ligne pour le confort des travailleursN 31. La construction implique le percement de plusieurs tunnels, dont le plus long mesure 5 311 m, et nécessite six ans de travaux66. La ligne peut finalement ouvrir en 1909N 30. Après le succès de cette première ligne, plusieurs autres sont construites : la ligne de Dovre (Oslo-Trondheim) en 1921, la ligne du Nordland (Trondheim-Bodø) en 1962N 31. Tout comme pour les routes, l'union personnelle entre la Suède et la Norvège permet la construction de lignes frontalières telles que la ligne de Meråker-Mittbanan entre Hell (Norvège) et Sundsvall (Suède) en 188267 et la ligne Malmbanan-Ofot, construite en 1903 pour acheminer le minerai de fer des riches mines de Kiruna-Gällivare vers les ports de Luleå (Suède) et Narvik (Norvège)68.

Activitésmodifier | modifier le code

Secteur primairemodifier | modifier le code

Habitation traditionnelle sami à Abisko, en Laponie suédoise

Le secteur primaire est d'une importance relativement limitée dans les Alpes scandinaves par rapport aux autres zones de montagnes d'Europe69.

Une grande partie de la surface des Alpes scandinaves est utilisée pour l'élevage des rennes par les Samis (anciennement appelés Lapons). Ainsi, la quasi-totalité des montagnes suédoises, les montagnes finlandaises et toute la partie au nord du fjord de Trondheim du côté norvégien sont réservées à la pratique de cette activité ancestrale70,71,72. Ce peuple a gardé relativement intact le mode de vie traditionnel de transhumance entre les forêts au pied de la chaîne en hiver et les pâturages d'été dans les montagnes73. Cependant, à partir de la fin du XXe siècle, les éleveurs ont de plus en plus recours à des techniques modernes telles que les hélicoptères, les motoneiges et autres véhicules motorisés pour suivre leurs troupeaux74. Les rennes sont utilisés à la fois comme moyen de transport, pour leur lait, leur cuir et leurs bois, mais surtout pour leur viande74.

Le droit de pratique de l'élevage des rennes dans ces zones est réservé aux Samis, sauf en Finlande74. Les droits d'élevage sont organisés en structures appelées villages samis (Sameby) en Suède et unités d'exploitations (driftsenhet) en Norvège : seuls les Samis rattachés à ces structures peuvent pratiquer l'élevage au sein du territoire de la structure70,71. Certains accords existent entre la Norvège et la Suède concernant les activités d'élevage transfrontalières, certains Samis pratiquant traditionnellement la transhumance entre les deux pays avant l'établissement des frontières70.

Vue d'une petite exploitation typique de l'Ouest norvégien, coincée entre les montagnes et le fjord : Tufto au bord du Nærøyfjord

En dehors des zones samis, plus au sud, c'est aussi l'élevage qui domine, permettant à la Norvège d'assurer plus que ses besoins en viande53. Une très faible proportion du territoire norvégien est cultivée (environ 3 %75), et ces terrains sont principalement situés dans les plaines du sud-est de la chaîne ou au niveau des basses-terres du fjord de Trondheim53. En fait, les montagnes sont très peu fertiles, à l'exception des vallées qui ont émergé récemment à la faveur du rebond post-glaciaire du fait des alluvions déposés par la mer75. Dans les montagnes, les exploitations sont souvent de petite taille, et la forêt ou d'autres activités assurent souvent des compléments de revenus53. Parmi les zones agricoles importantes des montagnes, les environs du Hardangerfjord comportent des exploitations spécialisées dans les arbres fruitiers53. Afin d'empêcher un exode rural trop important et d'assurer autant que possible une indépendance alimentaire, l'agriculture norvégienne est fortement subventionnée75.

La sylviculture est une activité très importante pour les trois pays bordant la chaîne, mais c'est avant tout l'exploitation des forêts de plaines qui domine : en effet, la majeure partie de la chaîne se trouve au-dessus de la limite des conifères, et les forêts de montagne ont un rythme de régénération plus lent, voir nul76. Ainsi, si 41 % du territoire norvégien est boisé77, seul un cinquième de cette forêt est considéré comme une forêt de montagne, dont la moitié est classée « forêt de protection »76, c'est-à-dire une forêt dont l'exploitation est soumise à des règles très strictes, soit à cause de son rôle protecteur contre les avalanches, soit à cause de ses difficultés de régénération78. De même, du côté suédois, la partie supérieure de la taïga de montagne est protégée contre l'exploitationF 23. Ceci n'empêche pas la sylviculture d'être une importante source de revenus locale, constituant un complément important pour les agriculteurs norvégiens53 et souvent une des sources principales de revenus pour les communes de montagnes suédoises54.

Si l'industrie minière attire dans le passé les habitants vers les montagnes, elle a clairement perdu son importance. De nos jours, la Suède possède toujours de très importantes mines, mais pas dans les montagnes, bien que certaines en soient très proches (tels que les grands gisements de fer de Kiruna et Gällivare)79. Certaines zones au cœur même des montagnes font cependant l'objet d'explorations79. En Norvège, l'industrie minière évolue vers une exploitation des minéraux (tels que l'olivine) plutôt que des minerais80. Ces industries sont le plus souvent situées sur la côte80.

Énergiemodifier | modifier le code

Zakariasdammen, dans la commune norvégienne de Norddal. Comme souvent sur la côte ouest, le barrage agrandit un lac d'altitude servant de réservoir et l'eau est acheminée vers une centrale au niveau du fjord, exploitant ainsi une grande hauteur de chute
Articles connexes : Énergie en Norvège et Énergie en Suède.

Les montagnes sont d'une importance considérable pour la production électrique de Suède et de Norvège à travers l'utilisation de l'énergie hydroélectrique. L'hydroélectricité représente 96 % de toute l'électricité consommée en Norvège, soit 120 TWh81, et 44 % de l'électricité produite en Suède, soit 65 TWh82. Ainsi, la Norvège est la plus grande productrice d'hydroélectricité d'Europe et la sixième au monde, voire la première mondiale si l'on rapporte cette production au nombre d'habitants du pays83. Le deuxième producteur européen d'hydroélectricité n'est autre que la Suède81.

Les premières centrales hydroélectriques de Suède et de Norvège sont construites dans les années 188084,85. Cependant, en Suède, les centrales sont d'abord construites près des villes84, et il faut attendre 1910 avec la centrale hydroélectrique de Porjus pour que ces développements atteignent les montagnes du Nord suédois86. Cette construction représente un véritable défi, non seulement du fait du climat et du manque d'infrastructures (en attendant la construction de la ligne de chemin de fer, les matériaux sont transportés à pied sur une cinquantaine de kilomètres), mais aussi car l'électricité doit ensuite être acheminée jusque dans le Sud du pays où elle est consommée, entraînant l'utilisation obligatoire de hauts voltages86.

Le schéma général des centrales est très différent entre l'est et l'ouest de la chaîne en raison des différences de topographie. À l'ouest, le relief est très escarpé et les rivières ont en général un débit modéré87. Les centrales utilisent en général un lac d'altitude déjà existant, agrandi par un barrage, ce qui permet de créer facilement des réservoirs87. Ces lacs sont souvent en aval de glaciers constituant eux-mêmes d'une certaine façon des réservoirs83. L'eau est ensuite acheminée par conduite forcée vers une centrale située au niveau du fjord, ce qui permet ainsi de profiter d'une hauteur de chute maximale87. À l'est, au contraire, les rivières ont un débit supérieur mais des différences d'altitude plus modérées ; les centrales sont alors plutôt situées à même la rivière87. En Suède, 80 % de la production hydroélectrique provient des rivières du Nord du pays, prenant donc leur source dans les montagnes88. Du fait de la diminution progressive de l'altitude, les centrales sont réparties sur l'ensemble du cours et pas seulement dans les montagnes. Cependant, les montagnes sont particulièrement importantes car c'est là que se situent les principaux réservoirs du pays, reprenant le plus souvent des lacs de piémont existants surélevés par des barrages89.

Naturellement, la quantité d'eau disponible est plus importante avec la fonte des neiges au printemps et en été alors que la consommation électrique atteint son maximum en hiver81. Cependant, le volume des réservoirs est suffisant pour permettre l'équilibre entre production et consommation81. Cet équilibre est particulièrement important au sein du marché nordique, réunissant Suède, Norvège, Finlande et Danemark, qui est hautement intégré au sein de Nord Pool : par exemple le Danemark dépend fortement des ressources éoliennes, fluctuantes81. La chaîne scandinave pourrait jouer un rôle crucial dans l'optique d'une grande coopération énergétique européenne : c'est en effet la plus grande zone potentielle de stockage d'énergie d'Europe grâce au pompage-turbinage, représentant la moitié de la capacité totale estimée du continent (soit entre 10 et 20 GW)81. Cependant à l'heure actuelle le pompage-turbinage est relativement marginal, le marché nordique n'en ayant jamais eu besoin81.

Si l'hydroélectricité est actuellement la source d'énergie majoritaire des montagnes, l'exploitation de l'énergie éolienne est aussi envisagée. C'est en particulier le cas en Suède, car les montagnes figurent parmi les zones où le potentiel éolien est maximal90. Quelques problèmes environnementaux se posent néanmoins, les montagnes étant considérées comme un milieu particulièrement sensible, avec en particulier des menaces importantes pour les oiseaux de proie91. Les intérêts touristiques pourraient également être menacés par l'arrivée d'éoliennes92. Enfin, la construction dans les montagnes est onéreuse93, et le climat froid pénalise l'efficacité des éoliennes94.

Protection environnementalemodifier | modifier le code

Carte des aires protégées de Norvège et de Suède. On remarque leur concentration autour des montagnes
  •      Parcs nationaux
  •      Réserves naturelles et autres formes de protection

Les pays nordiques sont parmi les premiers d'Europe à créer des mesures de conservation de la natureF 26. Cet élan est initié par l'explorateur polaire Adolf Erik Nordenskiöld, qui propose en 1880 à la Finlande et à la Suède d'appliquer le concept de parc national récemment créé aux États-UnisF 26. La Suède est la première à mettre en œuvre cette idée en créant ses premières lois de protection de la nature et ses premiers parcs nationaux en 1909F 26. La société suédoise de conservation de la nature est créée la même année, et la société norvégienne de conservation de la nature en 1914F 26. Cependant, la notion de protection était très différente de celle de nos jours, ignorant en particulier le concept de biodiversitéF 26. Il s'agissait avant tout de protéger des aires naturelles pour la recherche scientifiqueF 26. La conservation de la nature dans son acception moderne, c'est-à-dire visant à préserver la biodiversité, débute dans les années 1960 en Suède et en Norvège, et plus tardivement en FinlandeF 26.

Dès leur création, la plupart des aires protégées (tant en nombre qu'en superficie) sont principalement concentrées dans les montagnes, qui sont à la fois les zones les plus sauvages, mais aussi celles où les conflits d'intérêt sont les plus rares95. Bien que la création des parcs nationaux ou des réserves naturelles vise de nos jours à une plus grande représentativité des paysages du pays, la montagne est toujours sur-représentée, ce qui est en particulier notable en Suède96.

Dans les trois pays, il existe plusieurs types d'aires protégées : les parcs nationaux sont le plus haut niveau de protection, réservé à de vastes superficies représentatives de la nature des paysF 27. À un niveau de protection inférieur, mais toujours élevé, se trouvent les réserves naturellesF 27. Enfin, diverses aires protégées possèdent des objectifs plus spécifiques, mais un niveau de protection moins importantF 27. La chaîne comporte aussi deux sites naturels ou mixtes du patrimoine mondial de l'UNESCO : la région de Laponie et les fjords de l'Ouest de la Norvège.

En dépit du statut de protection élevé de certaines aires protégées, les Samis bénéficient de nombreuses dérogations visant à protéger leur cultureF 27. Elles se justifiaient également par le très faible impact de leur mode de vie sur l'environnement ; mais depuis quelques années, l'utilisation de véhicules motorisés et l'intensification de la pâture sont perçues de plus en plus négativement par les autoritésF 27. Des discussions sont en cours pour un éventuel contrôle plus important des activités samiesF 27.

Liste des principales aires protégées par pays, classées du nord au sud :

Norvège
  • Parc national de Seiland, créé en 2006, protégeant 316,3 km2 d'une grande île de l'extrême nord norvégien.
  • Parc national de Ånderdalen, créé en 1970, d'une superficie de 125 km2, protège un paysage côtier varié dominé par les montagnes.
  • Parc national de Reisa, créé en 1986, couvrant 803 km2 autour d'une vallée coupant un vaste plateau. L'eau y est un élément omniprésent.
Canyon du parc national de Øvre Dividal
Bœuf musqué dans le parc de Dovrefjell-Sunndalsfjella
Suède
Paysage de Padjelanta
  • Parc national de Vadvetjåkka, créé en 1920, couvrant 26,3 km2 d'une montagne calcaire avec notablement quelques-unes des plus grandes grottes du pays.
  • Parc national d'Abisko, créé en 1909, couvrant 77 km2 d'une vallée couverte d'une forêt de bouleaux.
  • Parc national de Stora Sjöfallet, créé en 1909, mais amputé en 1919 par la construction d'un barrage, s'étend sur 1 278 km2.
  • Parc national de Padjelanta, créé en 1962, plus vaste parc de Suède avec 1 984 km2. Protège une haute plaine avec ses nombreux lacs et sa végétation unique.
  • Parc national de Sarek, créé en 1909, d'une superficie de 1 970 km2, protège la zone la plus alpine de Suède.
  • Parc national de Pieljekaise, créé en 1909 protégeant 153,4 km2 de forêt de bouleaux et sa riche faune.
  • Parc national de Sånfjället, créé en 1909 autour de la montagne isolée de même nom. Protège de ses 104,4 km2 une importante population d'ours brun, ce qui a permis de sauver l'espèce en Suède.
  • Parc national de Töfsingdalen, créé en 1930, d'une superficie de 16,15 km2 dans un terrain désolé et difficilement accessible.
  • Parc national de Fulufjället, créé en 2002, couvrant toute la partie suédoise du plateau de Fulufjället soit 385 km2. Flore unique en Suède car c'est l'une des rares montagnes en dehors de la zone de pâture des rennes.
  • Réserve naturelle de Sjaunja, créée en 1986, s'étendant sur 2 851 km2 entre les montagnes et le plus vaste réseau de tourbières d'Europe occidentale qui s'étend à leurs pieds.
  • Réserve naturelle de Vindelfjällen créée en 1974 et d'une superficie de 5 600 km2, ce qui en fait la plus vaste réserve naturelle de Suède. Protège une grande diversité de paysages caractéristiques des montagnes suédoises.
Finlande

Tourismemodifier | modifier le code

La cascade Vøringfossen, le site naturel le plus visité de Norvège

Les Alpes scandinaves jouent un rôle particulièrement important pour le tourisme des trois pays bordant la chaîne. Ainsi, en 2002, 43 % des adultes suédois avaient visité les montagnes suédoises au moins une fois dans les cinq années précédentes97. De même, en Norvège, les principales attractions sont la côte, dont les fjords, et les montagnes98. Plusieurs sites des montagnes norvégiennes figurent parmi les lieux les plus visités du pays, tels que la ligne de train Flåmsbana, troisième attraction payante la plus visitée du pays avec 501 042 visiteurs en 2007, la cascade Vøringfossen (685 000 visiteurs), la route Trollstigen (590 300), le Geirangerfjord (426 663), le Nærøyfjord (306 914) et le glacier Briksdalsbreen (285 000) qui sont respectivement le premier, deuxième, quatrième, sixième et septième sites gratuits les plus visités de Norvège en 200799.

Seuls 5 % des visiteurs des montagnes suédoises97 et 27 % des touristes en Norvège100,note 3 proviennent de l'étranger. Ces faibles nombres sont en grande partie liés à l'éloignement par rapport aux grands centres de population, la chaîne étant située à la périphérie du continent européen101. Les visiteurs étrangers de la chaîne proviennent principalement des autres pays nordiques ou de l'Allemagne97,102.

Station de sport d'hiver d'Åre, la plus grande de Scandinavie

À l'origine, le tourisme dans les montagnes se cantonne principalement à la saison estivale103, mais le tourisme d'hiver commence à se développer à partir des années 1950104. Le ski est pratiqué depuis plusieurs milliers d'années en Scandinavie et la Norvège est considérée comme le lieu de naissance du ski moderne, certaines régions ayant donné leur nom à des techniques de ski telles que le télémark ou le christiania104. Les plus grandes stations de sports d'hiver sont Åre (avec plus d'1 million de visiteurs par an), Sälen et Riksgränsen en Suède ainsi que Trysil et Hemsedal en Norvège104. Si ces stations sont de taille beaucoup moins importante que la plupart des stations des Alpes, elles ont l'avantage d'avoir un enneigement important et proposent même parfois des garanties, avec remboursement partiel en cas de manque de neige104. En Suède, c'est avant tout le sud de la chaîne, plus proche des grandes villes, qui profite de la croissance du tourisme d'hiver, tandis que le nord est préféré l'été, en particulier pour ses paysages97. La pratique du ski alpin a progressé au point d'en faire l'activité principale103. La conduite de motoneiges est aussi en progression constante, tandis que celle du ski de fond stagne, bien que ce sport reste une activité importante103.

Les activités estivales sont avant tout représentées par la randonnée pédestre, que ce soit sur une ou plusieurs journées : les deux pays possèdent des réseaux de sentiers assez extensifs, avec de nombreux chalets disponibles pour passer la nuit103. La randonnée reste la principale activité dans les montagnes du Nord de la Suède et dans celles de Norvège103. La pêche et la cueillette de baies sont aussi appréciées des touristes estivaux103.

Notes et référencesmodifier | modifier le code

  • Notes
  1. Le sommet du Kebnekaise étant un glacier, l'altitude a tendance à décroître d'année en année. En 2010, l'altitude fut mesurée à 2 102 m.
  2. En raison de son caractère fractal, la longueur de côte dépend fortement de la résolution à laquelle on la calcule. Ici, elle est définie comme sommation de segments de 30 m.
  3. Ces chiffres correspondent au nombre de nuitées des étrangers sur le nombre de nuitées totales.
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  103. a, b, c, d, e et f (en) D.B.A. Thompson, M.F. Price et C.A. Galbraith, Mountains of Northern Europe: Conservation, Management, People and Nature,‎ 2005 (ISBN 9780114973193)
  104. a, b, c et d (en) Laurent Vanat, 2010 International report on mountain tourism (lire en ligne)

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