Appel du 18 juin

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L'appel du 18 juin est le premier discours prononcé par le général de Gaulle1 à la radio de Londres, sur les ondes de la BBC, le . C'est un appel aux armes dans lequel il appelle à ne pas cesser le combat contre l'Allemagne nazie et dans lequel il prédit la mondialisation de la guerre. Ce discours – très peu entendu sur le moment, mais publié dans la presse française le lendemain et diffusé par des radios étrangères – est considéré comme le texte fondateur de la Résistance française, dont il demeure le symbole.

Historiquemodifier | modifier le code

De Gaulle arrive à Londres le avec l'intention de négocier avec les Britanniques, alliés de la France, la poursuite de la guerre, après avoir exposé son plan à Paul Reynaud. Il rencontre le Premier ministre britannique, Winston Churchill, dans l'après-midi. De Gaulle expose son projet de maintenir la France dans le combat même en cas de capitulation du gouvernement installé à Bordeaux. Il émet le souhait de pouvoir s'exprimer à la radio dès que la nouvelle de la capitulation tombera. Churchill donne son accord de principe et met à disposition la BBC.

Dans la soirée du 17, l'écho du discours du maréchal Pétain, nouveau chef du gouvernement français, parvient à Londres. Ce dernier annonce son intention de demander à l'ennemi la signature d'un armistice. Churchill et de Gaulle conviennent dès lors que le second s'exprimera dès le lendemain sur les ondes, mais le Premier Ministre devra écarter les réticences de certains membres du cabinet, notamment Lord Halifax et les anciens Munichois, qui veulent encore ménager le gouvernement Pétain et attendre de voir s'il va effectivement signer l'Armistice2.

Dans l'après-midi du 18, Élisabeth de Miribel tape à la machine le texte du discours, dont le Général de Gaulle a rédigé un premier brouillon dès le 17 juin à Bordeaux au petit matin3. De Gaulle lit son discours sur les antennes de la BBC à Broadcasting House à 18 heures, heure locale, le mardi , discours annoncé dans le programme de la BBC à 20h15 et diffusé à 22h. C'est un appel à la poursuite du combat aux côtés des alliés britanniques. Pour le général de Gaulle, la bataille de France, qui vient certes d'être gagnée par les Allemands, ne signifie pas la fin de la guerre. Car « cette guerre est une guerre mondiale » et la France pourra s'appuyer sur la force industrielle de ses alliés et notamment celle des États-Unis. S'adressant aux soldats français, ce message d'espoir se termine par un appel à la « résistance », dont la flamme « ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas », faisant entrer le terme dans le vocabulaire politique du XXe siècle.

Pour autant, contrairement à une idée courante, l'appel du 18 juin n'est pas une invitation générale à constituer des réseaux de résistance sur le territoire français. En militaire, de Gaulle s'adresse avant tout, et de manière explicite, aux militaires (officiers et soldats) et aux spécialistes des industries de l'armement (ingénieurs et ouvriers) en les appelant à appuyer l'effort de guerre du Royaume-Uni. En effet, l'Union Soviétique (sous pacte d'assistance en faveur du régime nazi) et les États-Unis (en position de neutralité) n'étaient pas alors engagés à soutenir la France.

Mais surtout, ainsi qu'en atteste la seule retranscription établie -en allemand- par les services d'écoutes helvétiques, l'appel, tel qu'il a donc été diffusé ce 18 juin, ne se présente pas comme une rupture avec le gouvernement français - quand bien même il intervient en réaction à la désignation le 16 juin précédent par Albert Lebrun, Président de la République, de Philippe Pétain en tant que Président du Conseil, dont les services spéciaux anglais savaient que cette désignation engageait irrévocablement la décision d'armistice, et avec lequel le Général de Gaulle, son ex collaborateur, était en conflit ouvert et personnel, l'un taxant l'autre de déloyauté dans la diffusion en 1939 de rapports ministériels sur l'état des forces d'artillerie : « Le gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions honorables un cessez-le-feu était possible. Il a déclaré que, si ces conditions étaient contraires à l’honneur, la dignité et l’indépendance de la France, la lutte devait continuer.» 4.

Par ailleurs, l'appel n'a été entendu que par peu de Français. En effet, les troupes étaient prises dans la tourmente de la débâcle, quand elles ne poursuivaient pas le combat, tout comme la population civile. Les plus avertis n'en entendent parler que les jours suivants, dans la presse britannique en particulier, ou par ouï-dire. L'information est également reprise dans certains journaux français (Le Petit Marseillais, Le Progrès de Lyon) et étrangers5,6. Ce n'est donc qu'ultérieurement, après avoir lancé d'autres appels encourageant les Français de la métropole, de l'empire et du monde entier à résister, que ce discours sera notoirement connu. Par sa médiatisation, la condamnation à mort du général de Gaulle par le tribunal militaire permanent de la 13e Région, séant à Clermont-Ferrand, le 2 août suivant, a largement contribué à le faire connaître en France ; l'information paraît ainsi en une de Paris-Soir et du Figaro.

L'appel du 18 juin marque néanmoins le début de la France libre qui, formée uniquement de volontaires (au début très peu nombreux), poursuit le combat sur terre, sur mer et dans les airs auprès des Britanniques et représente, face au régime de Vichy, la France qui se bat. L'évasion la plus impressionnante fut celle de l'Île de Sein au nombre de 133 pêcheurs. Le général de Gaulle7 vint rendre hommage à l'épopée patriotique des Sénans8 en 1940.

Confusions et variantesmodifier | modifier le code

Plusieurs précisions sont à apporter au sujet de l'appel du 18 juin 1940 :

  • Si le texte du 18 juin est connu, nous ne disposons en revanche d'aucun enregistrement sonore. Les documentaires lui substituent souvent l'appel du 22 juin (dont l'enregistrement, lui, nous est parvenu), mais sans toujours préciser qu'il ne s'agit pas (et qu'il ne peut s'agir) de celui du 18. Si la teneur des deux textes est assez proche, le général de Gaulle présente une argumentation plus solide, le jour même de l'armistice franco-allemand.
L'affiche « À tous les Français », à ne pas confondre avec l'appel du 18 Juin.
  • Par ailleurs, l'appel du 18 juin est très souvent confondu avec le texte de l'affiche « À tous les Français » qui fut placardée sur les murs du Royaume-Uni, début août 1940. L'un et l'autre textes ont été publiés en première page du no 1 du Bulletin officiel des Forces françaises libres le . Avant le 18 juin, le texte de l'appel existe déjà en plusieurs versions, la plus fidèle aux intentions du général de Gaulle datant probablement du 16 juin2.
  • Le texte du 18 juin est notamment inspiré du discours prononcé par de Gaulle le 21 mai à Savigny-sur-Ardres au lendemain de la bataille de Montcornet9.
  • Un notaire français, Jacques Fourmy, et l'historien suisse Christian Rossé ont retrouvé les retranscriptions de l'appel réalisées par les services d'écoute de l'armée suisse, texte authentique paru pour la première fois et retraduit en français dans la Revue Historique et Archéologique du Maine 1990, p.57-59. Cela constitue sans doute le seul enregistrement papier original. « Dans les archives fédérales suisses de Berne, le compte-rendu du discours du général du Gaulle apparaît dans le Bulletin no 153 publié par le Gruppe Ohr (Service écoute de la Division Presse et Radio de l'État-major suisse) à 6 heures le 19 juin 1940, à la page 34. ».
  • Le Petit Provençal transmet le Communiqué de la B.B.C. dans son édition de Marseille du mercredi 19 juin 1940, en page 1, colonnes 5 et 6.
  • The Times du 19 juin 1940, page 6 col.3, et le Daily Express ne transmettent pas le texte prononcé par le général à la B.B.C., mais celui issu du Ministry of Information ( MOI ) qui deviendra l'Appel retenu par l'Histoire.
  • Le général de Gaulle a en outre été filmé, le 2 juillet 1940, prononçant une version légèrement différente de son appel, pour les actualités cinématographiques10.
  • Après avoir déjeuné le jour même avec Duff Cooper, ministre britannique de l’information, le général de Gaulle doit rendre son texte plus neutre, le cabinet de guerre britannique voulant ménager Philippe Pétain, le nouveau chef du gouvernement français : l'attaque du discours faisant référence à la trahison du gouvernement de Pétain qui s'est « mis en rapport avec l'ennemi » est supprimée11. Toutefois, c'est la version originale qui a été publiée le lendemain dans la presse britannique, puis dans le Bulletin officiel des Forces françaises libres du , dans le premier numéro du Journal officiel de la France libre le et dans l'ensemble des recueils de discours du général de Gaulle.
  • Quelques photographies du général de Gaulle lisant face à un micro de la BBC sont souvent utilisées pour illustrer l'appel du 18 juin, mais aucune ne semble dater de ce jour-là12.

Mémoiremodifier | modifier le code

Monument élevé en 1963 à Jersey par les Français libres, remerciant les habitants de l'île pour l'aide qu'ils leur ont apportée, lorsqu'ils ont franchi la Manche pour rejoindre de Gaulle suite à son appel
Plaque commémorative avec le texte du discours de De Gaulle à Vienne (Isère).

Le , l'appel du 18 juin a été classé par l'Unesco sur le registre international Mémoire du monde, où sont recensés depuis 1992 les documents du patrimoine documentaire d'intérêt universel, en vue d'assurer leur protection. L'inscription, proposée conjointement par l'Institut national de l'audiovisuel (INA, France) et la BBC, concerne quatre documents considérés comme les témoignages clés de l'événement : le manuscrit du texte de l'appel radiodiffusé du 18 juin, l'enregistrement radiophonique de l'appel du 22 juin, le manuscrit de l'affiche « À tous les Français » du 3 août et l'affiche elle-même. L'exactitude du dossier remis à l'Unesco à cette occasion est néanmoins contestée par l'historien François Delpla13.

Le , le 18 juin a été institué par décret journée nationale non chômée « commémorative de l'appel historique du général de Gaulle à refuser la défaite et à poursuivre le combat contre l'ennemi »14. Cette journée rend hommage à « l'ensemble des résistants français, c'est-à-dire tous ceux qui ont refusé la défaite et continué à se battre, que cela soit dans les Forces françaises libres, à la tête d'un journal clandestin, sur les bancs de l'Assemblée consultative provisoire d'Alger ou dans un maquis »15.

Plusieurs timbres commémoratifs ont été émis par La Poste :

  • un timbre de 20 centimes, pour le vingtième anniversaire, émis le 20 juin 1960 ;
  • un timbre en 196416 ;
  • un timbre pour le cinquantième anniversaire, émis en 199017,18 ;
  • un timbre pour le soixante-dixième anniversaire, émis en 201019.

De même, plusieurs pièces commémoratives ont été frappées par La Monnaie de Paris :

Parodiesmodifier | modifier le code

Notes et référencesmodifier | modifier le code

  1. Daniel Laurent, « L'appel du 18 Juin », Les Dossiers HistoQuiz, La Seconde Guerre mondiale, sur histoquiz-contemporain.com (consulté le 29 août 2008).
  2. a et b Franck Ferrand« Le 18 juin », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 17 juin 2012
  3. Élisabeth de Miribel, La liberté souffre violence, Paris, Plon, 1981
  4. a et b Mathieu van Berchem, « Lumière suisse sur l’Appel du Général de Gaulle », Swissinfo.ch, 16 juin 2010.
  5. André Lafargue (ancien résistant)
  6. De l'Appel du 18 juin 1940 à la victoire des Alliés
  7. ORTF, « Hommage à Charles de Gaulle à l'Île de Sein. », L'Ouest en mémoire (INA),‎ 13 novembre 1970 (consulté le 2 août 2010)
  8. ORTF, « Hommage du général de Gaulle à l'Île de Sein », L'Ouest en mémoire (INA),‎ 5 octobre 1946 (consulté le 2 août 2010)
  9. Anne et Pierre Rouanet, L'inquiétude outre-mort du général de Gaulle, Grasset,‎ 1985, p. 101
  10. Le discours filmé du 2 juillet 1940
  11. Eric Roussel, 16 juin 1940 : Le naufrage, Gallimard,‎ 15 octobre 2009, 249 p. (ISBN 978-2-07-073494-8)
  12. Alexie Geers et Grégory Divoux, « L’appel du 18 juin 1940 et sa mise en images », sur culturevisuelle.org,‎ 18 juin 2010 (consulté le 7 mars 2012)
  13. François Delpla, « Dossier fallacieux sur l'appel du 18 juin : les points sur les i ! ».
  14. Décret no 2006-313 du 10 mars 2006 instituant le 18 juin de chaque année une Journée nationale commémorative de l'appel historique du général de Gaulle à refuser la défaite et à poursuivre le combat contre l'ennemi, JORF no 67 du 19 mars 2006, p. 4142, texte no 2, NOR DEFD0600178D, sur Légifrance.
  15. « Instauration d'une journée nationale de la Résistance », question écrite no 09704 de Françoise Henneron (sénatrice du Pas-de-Calais), JO Sénat du 23 juillet 2009, p. 1823 ; réponse du Secrétariat d'État à la Défense et aux Anciens combattants, JO Sénat du 1er octobre 2009, p. 2298.
  16. « Les timbres de l'appel du 18 juin 1940 », sur France-Libre.net, Fondation de la France Libre.
  17. Arrêté du 28 février 1989 fixant les programmes philatéliques des années 1988 et 1989 (compléments) et de l'année 1990 (1re partie), JORF no 53 du 3 mars 1989, p. 2876, NOR PTTP8900069A, sur Légifrance.
  18. Arrêté du 9 octobre 1989 fixant les programmes philatéliques de l'année 1989 (compléments) et de l'année 1990, JORF no 254 du 31 octobre 1989, p. 13582, NOR PTTP8900921A, sur Légifrance.
  19. Arrêté du 16 février 2010 fixant le programme philatélique de l'année 2010 (compléments) et de l'année 2011 (2e partie), JORF no 46 du 24 février 2010, p. 3516, texte no 37, NOR INDI1001479A, sur Légifrance.
  20. Arrêté du 3 juin 1994 relatif à la frappe et à la mise en circulation de dix pièces commémoratives de 500 F et de dix pièces commémoratives de 100 F, JORF no 133 du 10 juin 1994, p. 8392–8395, NOR ECOT9416194A, sur Légifrance.
  21. Arrêté du 4 février 2010 relatif à la frappe et à l'émission de pièces de collection de 5 000 EUR, 1 000 EUR, 500 EUR, 250 EUR, 200 EUR, 100 EUR, 50 EUR, 20 EUR, 15 EUR, 10 EUR, 5 EUR, 2 EUR, 1 1/2 EUR, JORF no 48 du 26 février 2010, p. 3706, texte no 27, NOR ECET1002268A, sur Légifrance.

Annexesmodifier | modifier le code

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