Arbëresh

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Des sites Arbëresh
Costume traditionnel albanais de Piana degli Albanesi
Vallje, danses traditionnelles albanaises de Civita

Les Arbëresh, ou Arberèches, sont des Albanais vivant depuis la fin du Moyen Âge dans le sud de l’Italie. Ils s’y sont établis aux XVe et XVIe siècles, fuyant l’occupation ottomane suite à la mort du héros albanais Gjergj Kastriot Skënderbeg.

Un second groupe d’émigrés de la région d’Himarë les a rejoint après le massacre de 6 000 Albanais qui avaient refusé de se convertir à l’islam, par Ali Pasha Janina Tepelena. Ce groupe s’est établi principalement à Hora e Arbëreshëvet (Piana degli Albanesi en italien) et Sëndahstina (Santa Cristina Gela).

Les Arbëresh ont conservé depuis cette époque une forte identité albanaise. Ils parlent un dialecte albanais, toutefois plus influencé par l’italien que l’albanais courant. Contrairement à la majorité des Albanais qui se sont convertis à l’islam, les Arbëresh sont orthodoxes et catholiques. Ils désignent eux-mêmes leur groupe par le terme d’Arbëria.

Depuis le XVe siècle, les migrations de l’Albanie vers l’Italie et la Sicile ont continué, et il y a maintenant une part significative d’Albanais du Kosovo principalement musulmans dans les communautés arbëresh, notamment en Calabre et en Sicile.

Villagesmodifier | modifier le code

Les villages arbëresh ont souvent deux noms, un en italien et l’autre en albanais, utilisé par les habitants du village. Ils sont répartis en îlots dans le sud de l’Italie :

Drapeaumodifier | modifier le code

Le drapeau des Arbëresh comprend les couleurs italiennes Vert-Blanc-Rouge ainsi que l'aigle bicéphale du drapeau de l'Albanie.

Languemodifier | modifier le code

La langue des Arbëresh est l’arbërisht1, une variante du tosque.

Aucune instance politique, structure administrative ou culturelle ne représente la communauté arbëresh.

La langue arbërisht n’est pas reconnue officiellement, donc n'est utilisée ni dans l’administration (excepté dans les villages de Hora e Arbëreshëvet en Sicile et de Katundi en Calabre), ni dans les écoles (sauf quelques crèches, et en dehors du cursus normal). Quelques associations essaient de protéger leur culture, essentiellement dans la province de Cosenza. L’arbërisht est utilisé sur quelques radios privées et par quelques publications. Les lois organiques du Molise, de la Basilicate et de la Calabre font référence à la langue et à la culture des Arbëresh, mais les Arbëresh estiment toujours que leur culture est menacée. Cependant, l’accroissement des efforts pour l’utilisation à l’écrit de l’arbërisht donne quelque espoir de faire survivre cette culture.

Il présente un intérêt particulier, car il a conservé la prononciation, la grammaire et le vocabulaire de l’Albanie pré-ottomane. En fait, l’arbërisht est le nom qui était donné à la langue utilisée en Albanie avant l’annexion ottomane, au XVIe siècle, la région s’appelant l’Arbërie. Un albanophone lisant ou entendant l’arbërisht se trouve dans la même situation qu’un francophone moderne lisant ou entendant le français de Rabelais.

Histoiremodifier | modifier le code

Les Arbëresh en Grècemodifier | modifier le code

Avant l’invasion ottomane de l’Albanie, les Albanais étaient appelés les Arbëresh. Près de 300 000 d’entre eux quittèrent l’Albanie et s’établirent en Italie : ces Albanais nés en Italie continuèrent de se désigner par Arbëresh, alors que ceux qui étaient restés en Albanie prirent le nom de Shqiptarë (le mot albanais shqip est présent dans le nom albanais du pays et de la langue albanaise).

Les Arbëresh vivaient en Épire et dans le les montagnes du Pinde, dans le nord de la Grèce moderne. Ils descendaient des peuples proto-albanais répartis dans l’ouest des Balkans (voir Arvanites). Du XIe au XIVe siècles, les tribus Arbëresh se déplacent par petits groupes dans le centre et le sud de la Grèce (Thessalie, isthme de Corinthe, Péloponnèse, Attique). Leurs aptitudes militaires en font les mercenaires favoris des Serbes, des Francs, des Catalans et de l’Empire byzantin.

Les premiers Arbëresh d’Italiemodifier | modifier le code

La conquête de la Grèce par les Turcs ottomans au XVe siècle force les Arbëresh à émigrer au sud de l’Italie. En 1448, lorsqu’Alphonse V d'Aragon, dit le Magnanime, (1396-1458) et roi de Naples, veut mater une rébellion de ses vassaux du sud de l’Italie, il fait appel à son allié, Gjergj Kastrioti i Krujës, dit "Skënderbeg", chef de l’Alliance albanaise. Plusieurs clans Arbëresh et Albanais sont utilisés pour combattre la rébellion. En récompense, Alphonse V leur donne des terres dans la province de Catanzaro.

En 1450, d’autres Arbëresh interviennent en Sicile, et s’établissent à proximité de Palerme. Ainsi, ils contribuent à la création du royaume des Deux-Siciles.

Lors de la guerre de Succession de Naples, Ferdinand d'Aragon à nouveau fait appel aux Arbëresh contre les armées franco-italiennes, et Skënderbeg débarque en 1461 à Brindisi. Après avoir remporté une victoire complète, les Arbëresh acceptent de nouvelles terres dans les Pouilles. Skënderbeg retourne lui organiser la résistance aux Turcs, qui font la conquête de l’Albanie de 1468 à 1492. Une part importante des Arbëresh émigrent en Italie, où le royaume de Naples leur accorde d’autres villages.

Autres vagues d’émigrationmodifier | modifier le code

Les Arbëresh de Grèce centrale forment d’autres vagues d’émigration, de 1500 à 1534. Employés comme mercenaires par Venise, ils doivent évacuer leurs colonies du Péloponnèse, sous la protection des armées de l’empereur germanique Charles V, quand les Turcs envahissent la région. Charles V les installe dans le sud de l’Italie, pour renforcer les défenses contre la menace turque. Établis en villages isolés (ce qui leur permet de maintenir leur culture jusqu’au XXe siècle), les Arbëresh fournissent traditionnellement des soldats au rois de Naples et à la république de Venise, des guerres de religion aux guerres de la Révolution française.

Une vague plus tardive d’émigrants Arbëresh a eu lieu au XVIIIe siècle, lorsqu’un groupe d’Himariots (du village d’Himarë près de Sarandë dans le sud de l’Albanie) fuient un massacre dirigé par Ali Pasha Tepelena, qui exécute 6000 chrétiens albanais refusant de se convertir à l’islam. Ces Brinjat, ou réfugiés, s’établirent à Hora e Arbëreshëvet (Piana degli Albanesi) et ont ensuite fondé le village de Sëndahstina (Santa Cristina Gela).

Les vagues de migrations d’Italie du Sud vers l’Amérique des années 1900-1910 ont vidé les villages Arbëresh de la moitié de leur population, provoquant un risque de disparition culturelle, malgré un début de renouveau artistique et culturel au XIXe siècle.

Depuis une quinzaine d’années, des Kosovars et des Albanais se sont installés dans les villages Arbëresh. D’importantes différences existent entre les Arbëresh et les nouveaux migrants, mais il existe suffisamment de ressemblances pour qu’ils s'interpellent par « Na Jemi Kushërirë, Gjaku jin i shprishur» (nous sommes cousins, notre sang a été dispersé). Leur intégration est généralement facile (principalement à Barile), et lors de la crise du Kosovo, les Arbëresh se sont mobilisés pour les réfugiés2.

Beaucoup de rues des villages Arbëresh sont baptisées Via Giorgio Castriota, en l’honneur de Skënderbeg.

Voir aussimodifier | modifier le code

Bibliographiemodifier | modifier le code

  • Alain Ducellier et alii. Les chemins de l’exil. Bouleversement de l’Est européen et migrations vers l’Ouest à la fin du Moyen Âge. Paris : Armand Colin, 1992.
  • Karl-Markus Gauss, Journée à Civita. Chez les Arberèches de Calabre, in Voyages au bout de l'Europe, L'Esprit des péninsules, 2003 (trad. Valérie de Daran) (ISBN 2-84636-048-0)

Articles connexesmodifier | modifier le code

Ethnies en Italie

Liens externesmodifier | modifier le code

Notes et référencesmodifier | modifier le code

  1. Code de langue IETF aae
  2. Le Tigre. Mer Adriatique. N° 10 (du 19 au 25 mai 2006), p 17







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