Avant-garde (art)

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Le terme avant-garde désigne, depuis le XIXe siècle, des personnes qui entreprennent des actions nouvelles ou expérimentales, en particulier dans les arts et la culture. Cette pratique s'inspire des idées de La Révolution française et comme elle, n'exclut pas que s'en réclament des personnages installés au cœur du pouvoir politique et hostiles à la société civile.

L'avant-garde se veut l'opposé exact de l'académisme.

En art, quelques artistes avant-gardistes refusent toutes affiliations avec leurs prédécesseurs et se placent donc en porte à faux en refusant tout art antérieur. Le terme est souvent utilisé en art à propos d'artistes qui "seraient" en avance sur leur époque.

Selon l'avant-garde, la valeur d'une œuvre se confond avec son caractère inouï, en avance sur son temps. Il n'y a pas un modèle éternel du Beau, l'artiste se doit de concentrer dans sa production l'essence de la modernité, encore en gestation, de rompre avec les conceptions artisanales de l'art, avec le culte de la nature et le réalisme de l'art figuratif. Sous une forme moins directement liée à l'idée d'une mission historique de l'artiste, l'avant-gardisme renvoie à une conception individualiste de la création. Tout peut devenir art, si l'artiste le décide, l'artiste étant libéré de tout stéréotype social ou esthétique. « S'il faut en finir avec l'art figuratif, s'il faut cesser d'imiter la nature, c'est pour être enfin pleinement en mesure d'exprimer la subjectivité », écrit Luc Ferry à propos de Kandinsky. L'avant-garde oscille entre une conception, fonctionnelle ou ludique, de l'art comme partie prenante du monde industriel ou post-moderne, et une radicalité provocante, choquante, et pas seulement à l'égard du passé. Cette ambiguïté est très sensible chez Andy Warhol, ou plutôt les divergences des interprètes. Alain Jouffroy dit du Pop art qu'il « est signifiant : il fige le banal quotidien qui fuit autour de nous ; usant d'une technique banale, il tend un miroir glacé dans lequel se reflète une civilisation de consommation ».

L'avant-garde comme expérimentationmodifier | modifier le code

Selon Daniel Bell, l'avant-garde ne serait que l'expression de la société libérale contemporaine, qui a su renoncer à l'éthique ascétique du premier capitalisme, et privilégie désormais les valeurs de spontanéité. Cependant, il y a encore dans l'art avant-gardiste une dimension, non pas spontanée, mais bien théorique et même expérimentale, de l'ordre de la déconstruction plutôt que de la provocation gratuite. Paul Valéry soulignait cette affinité de l'art nouveau et de la recherche expérimentale. Si « l'époque fait du neuf machinalement », « cherche à s'imposer par l'étonnement », « la recherche du fait a passé des sciences dans les arts ». L'avant-garde s'est efforcée de rendre explicite les a priori de la conception classique de l'œuvre ou de l'artiste, afin d'explorer de nouvelles propositions, symétriques de celles de l'esthétique constituée, ou de pousser à leurs limites, jusqu’à l'absurde, les propositions classiques. La sérialité met en question l'idée de l'unicité de l'œuvre, la musique tonale conteste la mélodie. La production mécanique conteste l'idée de création. On mettra encore à la torture l'idée d'une différence essentielle entre l'art et la trivialité, comme Duchamp et son célèbre urinoir Fontaine. On crut avoir atteint un point extrême en 1961 lorsque Piero Manzoni produisit "merda d'artista", une boîte fermée censée contenir de ses propres excréments. Mais on a pu par la suite admirer, dans le même ordre d'idée, une machine à produire artificiellement des excréments : Cloaca (Wim Delvoye) .

Malgré ces tentatives originales, Harold Rosenberg parle de « tradition du nouveau », à savoir une sorte de véritable académisme de la rupture, qui laisserait le public généralement assez indifférent.

Avant-garde et question de l'Êtremodifier | modifier le code

Luc Ferry souligne qu'il est bien question de l'Être dans l'avant-garde, ou du moins chez ses pionniers, et pas seulement de crispation moderniste ou narcissique sans profondeur ni enracinement, de l'ordre de la mode. La mise en cause de la représentation classique s'explique par la recherche de représentations moins faciles mais plus vraies de l'Être, que Luc Ferry rapproche des recherches des mathématiciens sur l'hyperespace.

La tache n'est pas l'apparence d'une tache, elle est seulement une tache. Au nom de la présence du réel, c'est bien l'art lui-même, comme interprétation, qui est contesté. Certains craignent pourtant que la plupart de ces tentatives vaillent davantage par la démarche intellectuelle qu'elles illustrent que par la présence sensible des productions. Selon Jean Clair, critique (très critiqué) des avant-gardes, « plus l'œuvre se fera mince, plus savante son exégèse ».

L'art a-t-il un avenir ?modifier | modifier le code

Là où Jean Clair fait le procès des artistes et de leurs responsabilités, Luc Ferry préfère soulever la question du sens de l'art dans une société qui en a fini avec le sacré, et où la banalité a triomphé de toute transcendance.

Il ne sert à rien de vouloir provoquer dans un monde où rien ne fait scandale, la seule provocation possible est de rompre avec ce relativisme cynique sans passer pour réactionnaire en dépassant le sens esthétique premier pour lui insuffler un sens moral, voire politique.
Cornelius Castoriadis annonce ainsi le possible renouveau d'une authentique culture démocratique.

Le déferlement des images les banalise, entraîne aussi une exténuation du réel lui-même. Dans cette quasi production de masse, le sacré est partout, le star system n'a pas d'autre moteur. En ce sens, on peut même plutôt attendre de l'avant-garde qu'elle déconstruise cette sacralité du spectacle, ce qu'elle n'a d'ailleurs pas manqué de faire. L'art contemporain serait à percevoir comme une simple mise en scène du vide du monde contemporain.

La mise en scène de la banalité n'est pas toujours banale. « Le tragique, écrit Michel Houellebecq, intervient exactement à ce moment où le dérisoire ne parvient plus à être perçu comme fun ». Houellebecq ajoute que « la peinture garde vocation à créer des objets permanents, et dotés d'un caractère propre ; c'est cette nostalgie d'être qui lui donne son caractère douloureux, et qui en fait bon gré mal gré un reflet fidèle de la situation spirituelle de l'homme occidental ».

L'art a toujours été fait d'apparences, même rattaché au cosmos ou à Dieu, et si on y voit, à la suite de Kant et de Nietzsche, le produit de la dissociation de la vérité théologique et morale et du sentiment de plaisir esthétique, alors il se doit donc d'échapper à l'esprit de sérieux, de demeurer un simple jeu.

Claude Henri de Saint-Simon (1825)modifier | modifier le code

Claude Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon (1760-1825), petit-cousin du duc de Saint-Simon (1675-1755), le célèbre mémorialiste, est un des inventeurs de l'idée socialiste, consistant à abolir la propriété naturelle au profit d'un despotisme des savants. C’est dans son ouvrage Opinions littéraires, philosophiques et industrielles publié à Paris en 1825 qu’il est le premier, semble-t-il, à avoir utilisé le terme d'"avant-garde" dans un sens dépassant la simple portée militaire pour lui donner un contenu plus large, surtout révolutionnaire.

Dans une vision donnant la conduite du nouvel ordre social aux artistes, hommes de sciences et industriels, il imagine un dialogue entre un artiste et un scientifique et fait dire par le premier :

« C’est nous, artistes, qui vous servirons d’avant-garde : la puissance des arts est en effet la plus immédiate et la plus rapide. Nous avons des armes de toute espèce : quand nous voulons répandre des idées neuves parmi les hommes, nous les inscrivons sur le marbre ou sur la toile… Quelle plus belle destinée pour les arts, que d’exercer sur la société une puissance positive, un véritable sacerdoce et de s’élancer en avant de toutes les facultés intellectuelles, à l’époque de leur plus grand développement ! »

Gabriel Laverdant (1845)modifier | modifier le code

Le même sens révolutionnaire sera repris un peu plus tard dans un texte du critique d’art Gabriel-Désiré Laverdant (1802-1884) De la mission de l’art et du rôle des artistes qui est paru en 1845 :

« L’Art, expression de la Société, exprime, dans son essor le plus élevé, les tendances sociales les plus avancées ; il est le précurseur et le révélateur. Or, pour savoir si l’art remplit dignement son rôle d’initiateur, si l’artiste est bien à avant-garde, il est nécessaire de savoir où va l’Humanité, quelle est la destinée de l’Espèce. »

(À l'inverse, Platon était hostile aux artistes)

À partir de cette époque, le terme avant-garde se charge d’un contenu sociologique et artistique. Il est repris par les tenants de la "dialectique" de Hegel (1770-1831), avec ses passages de thèse, vers antithèse et ensuite synthèse.
L’avant-garde y est donné pour la vision antithétique d’un groupe d’artistes à un moment donné de l’évolution artistique. Celle-ci est ensuite absorbée par le corps social dans son moment de synthèse, jusqu’à ce qu’un déséquilibre apparaisse à nouveau, qui sera également réduit par l’"évolution dialectique".

Exemples de mouvements d'avant-gardemodifier | modifier le code

Avec le temps, certains mouvements d'avant-garde sont devenus des styles presque classiques, de même que ce que nous considérons comme académique fut le plus souvent d'avant-garde, à son début.

Citationmodifier | modifier le code

« Les arts d'avant-garde ont, dans les dernières cinquante années, atteint une pureté et réussi une délimitation radicale de leur champ d'activité sans exemple dans l'histoire de la culture. Les arts sont à présent en sécurité, chacun à l'intérieur de ses frontières légitimes, et le libre échange a été remplacé par l'autarcie » (Clement Greenberg, Towards a Newer Laocoon 1940, cité par Jacqueline Lichtenstein, La comparaison des arts, dans VEP, 2004).

Bibliographiemodifier | modifier le code

  • Federico Poletti « L'Art au XXe siècle. Les Avant-gardes », Mondadori Electa, Milan, 2005, publication française Éd. Hazan, Paris, 2006, traduction de Dominique Férault, ISBN 2-7541-0103-9.
  • « Metzler Lexikon Avantgarde », Ed. Hubert van den Berg/Walter Fähnders. Stuttgart, Weimar: Metzler 2009, ISBN 3-476-01866-0
  • Marie-Jo Bonnet, "les femmes artistes dans les avant-gardes", Ed. Odile Jacob, 2006.
  • Michel Giroud, Paris, laboratoire des avant-gardes. Transformations / transformateurs, 1945-1965, éditions Les presses du réel, Dijon, 2008.

Articles connexesmodifier | modifier le code

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