Bataille de Pharsale

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Bataille de Pharsale
Action décisive de César sur la droite : la cavalerie de Pompée est en déroute.
Action décisive de César sur la droite : la cavalerie de Pompée est en déroute.
Informations générales
Date 9 août 48 av. J.-C.
Lieu Thessalie, dans le nord de la Grèce
Issue Victoire décisive de César
Belligérants
Romains partisans de César Romains partisans de Pompée
Commandants
Caius Julius Caesar Cnaeus Pompeius Magnus
Forces en présence
8 légions : 22 000 hommes,
1 800 cavaliers
11 légions : 45 000 hommes,
7 000 cavaliers
Pertes
230 morts 15 000 morts,
24 000 prisonniers
Guerre civile de César
Batailles
Marseille (navale) — Ilerda — Bagradas — Marseille (siège) — Dyrrachium — PharsaleRuspina — Thapsus — Munda
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Coordonnées 39° 18′ N 22° 23′ E / 39.3, 22.38333333 ()39° 18′ Nord 22° 23′ Est / 39.3, 22.38333333 ()  

La bataille de Pharsale est un affrontement se déroulant en Thessalie, près de la ville du même nom, le 9 août 48 avant J.-C, pendant la guerre civile romaine. Il oppose les troupes de César à celles de Pompée. En gagnant cette bataille avec des troupes très inférieures en nombre, Jules César prit un avantage décisif sur le camp adverse.

Contextemodifier | modifier le code

Sur le plan politiquemodifier | modifier le code

Au Ier siècle avant J.-C, la République romaine est depuis longtemps en proie à des affrontements. La guerre entre Marius et Sylla n'est pas oubliée des citoyens romains.

Lorsque Jules César, alors proconsul de Gaule Cisalpine et d'Illyrie, franchit le Rubicon en 49 avant J.-C, le Sénat mande Pompée pour le repousser et ce dernier est nommé imperator des légions romaines. Cependant il est pris de court et doit se replier à Brindes dans le sud de l'Italie, puis en Macédoine car il n'avait pas eu le temps de rassembler ses légions. Entre temps, César marche sur Rome et instaure la dictature avant de partir vers l'Espagne, où il assiège Marseille en route et combat les sept meilleures légions de Pompée en Ibérie. Pompée, étant le proconsul de l'Hispanie depuis 60 avant J.-C, avait délégué le commandement de ses légions à ses légats Afranius et Petreius. Ceux-ci sont vaincus par César et capitulent. Il les envoie ensuite à Pompée qui se trouve en Macédoine, comme preuve de sa clémence1.

En Macédoinemodifier | modifier le code

Jules César débarque en Grèce, en Epire en 48 avant J.-C pour poursuivre le combat en Macédoine à la tête de sept légions. Devant la supériorité numérique de Pompée, il demande à Marc Antoine de le rejoindre via Brindes avec ses trois légions en Italie. Ils font leur jonction à Lissus. De son côté, Pompée, rejoint par Afranius et Petreius, soutenu par Scipion venu de Thessalie et Caton ainsi que par le Sénat romain, lève une armée de plus de 80 000 hommes et les entraîne lui-même au combat. Cependant, il est rapidement assiégé par César près de Dyrrachium. Après un long siège, Pompée attaque et défait César. Ce dernier se replie et se ravitaille en blé à Apollonia et à Oricum2.

Quant à Pompée, il décide de poursuivre César lorsque Scipion fait la jonction avec ses forces, deux légions venues de Syrie. Il peut donc livrer bataille lors d'un affrontement final et décisif.

Les préparatifs de la bataillemodifier | modifier le code

Le dispositif de Pompéemodifier | modifier le code

Pompée établit son camp près du fleuve Enipeus sur une colline, à cinq kilomètres au nord-ouest du camp de César. Il observe le champ de bataille et remarque que le fleuve est un appui non négligeable sur son flanc droit. Par conséquent, il prévoit de concentrer toute sa cavalerie sur son flanc gauche ainsi que ses unités lance-projectile, les frondeurs thraces et les archers crétois. La cavalerie de Pompée, commandée par Titus Labiénus, un ancien partisan de César, est composée essentiellement d'italiens d'origine aristocratique, au nombre de 7 0003.

Pompée dispose de 45 000 hommes, soit 110 cohortes réparties sur 11 légions. Viennent également s'ajouter 2 000 beneficiarii, des vétérans de Pompée rengagés à ses côtés4. De plus, l'imperator bénéficie de nombreux soldats venus de Cilicie, d'Asie mais aussi de Syrie, où il a encore le soutien des riches chevaliers qu'il avait placés à l'issue de sa conquête de l'Orient. Cependant ces combattants ne sont pas aussi aguerris que les légionnaires de César ayant combattu pendant huit ans en Gaule.

Sur le flanc droit, il place Afranius qui commande une légion et plusieurs cohortes espagnoles. Le centre est confié à Scipion, le beau-père de Pompée, avec ses deux légions qu'il avait levées en Syrie. Pompée lui-même aura la responsabilité du flanc gauche avec la Ie et la XVe légion (ces deux légions étaient à César lors de la Guerre des Gaules). Entre les ailes et le centre sont placées le reste des légions, dont la plupart sont inexpérimentées, commandées par Lucius Domitius Ahenobarbus. À l'extrême-gauche du dispositif se trouvent les unités lance-projectile et la cavalerie, commandées par Labiénus. Quant aux forces recrutées en Orient, elles sont composées d'unités recrutées sur le tas et sont laissées en arrière-garde5.

Pompée, sachant que la cavalerie de César est plus faible que la sienne, pense le prendre à revers par son aile droite (par conséquent, sa manœuvre est effectuée depuis son flanc gauche) avec ses excellents cavaliers italiens. En procédant ainsi, il pense pouvoir atteindre les unités lance-projectile de César et attaquer par l'arrière ses légions et les mettre en déroute.

L'ordre de bataille de Césarmodifier | modifier le code

César, quant à lui, est sur le point de lever son camp pour se ravitailler lorsqu'il apprend que Pompée se met en ordre de bataille. Le fleuve Enipeus appuie son flanc gauche.

Sur son aile gauche, il place Marc Antoine avec ses VIIIe et IXe légions. Au centre, c'est Domitius Calvinus qui commande. Pour finir, le flanc droit est confié à Publius Cornelius Sylla, (le neveu du Dictateur Sylla), accompagné par César. Ce dernier commande la Xe légion, manifestement sa favorite. La cavalerie de César, au nombre de 1 000 est placée sur le flanc droit du dispositif et est composée de solides cavaliers gaulois et germains. Il a en tout 22 000 hommes, soit 80 cohortes. 7 cohortes sont laissées en arrière à la garde du camp. En fait, César dispose de 11 légions mais à effectifs incomplet. Les 22 000 hommes répartis en cohorte suivant le système de commandement romain équivaut à 8 légions complètes6.

Déroulement de la bataillemodifier | modifier le code

Phase d'engagementmodifier | modifier le code

César, depuis sa position, observe la formation de Pompée et remarque que sa cavalerie est concentrée en masse sur son flanc gauche (le flanc droit de César). Il comprend sa manœuvre et prélève 11 cohortes à partir de sa troisième ligne (soit une cohorte par légion, César ayant 11 légions, malheureusement en sous-effectif) pour former une quatrième ligne, soit un total de 3 000 hommes. Cette dernière prend place derrière la cavalerie de César qui se met en formation, afin de venir en aide face à celle de Pompée. Ce dernier ne voit pas le mouvement de César et ne change par conséquent pas son plan.

Phase 1: la cavalerie de Pompée attaque celle de César

L'affrontementmodifier | modifier le code

Dans la matinée du 9 août, les deux armées romaines se font face et sont prêtes à combattre. César écarte ses lignes dans le but de faire face à Pompée, qui a une armée plus importante, et ainsi éviter de se faire encercler. Les légionnaires de César s'arrêtent devant ceux de Pompée, qui ne bougent pas de leur position, et lancent leurs pilums avant de s'engager sur tout le centre. Pompée quant à lui donne le signal de charge. Sa cavalerie engage celle de César, qui se replie. La cavalerie pompéienne est alors surprise par la quatrième ligne d'infanterie cachée derrière la formation qui attaque avec leurs pilums les cavaliers italiens. C'est ici que se situe un épisode célèbre : avant le choc avec la cavalerie pompéienne, César ordonne à ses soldats d'utiliser leurs lances pour frapper leurs adversaires au visage, car ces beaux jeunes gens inexpérimentés craindraient d'être défigurés 7, 8 , 9. Déstabilisés, les cavaliers pompéiens fuient le champ de bataille.

Tandis qu'au centre, les légionnaires tiennent la ligne dans les deux camps, sur le flanc droit de César, sa quatrième ligne, après avoir mis en déroute la cavalerie de Pompée, massacre les frondeurs et les archers placés sur le flanc gauche de Pompée, puis prend à revers la légion de Pompée en attaquant son flanc gauche à découvert. Armés de leurs pilums, les légionnaires de la quatrième ligne les lancent sur les légionnaires de Pompée avant d'engager le combat. La Ie légion ne peut contenir l'assaut sur son flanc car elle est aussi attaquée par la Xe légion de César qui lui fait face. Elle rompt le combat ainsi que la XVe légion qui se trouve sur son flanc droit.

Phase 2: la cavalerie de César se replie. Sa 4ème ligne attaque celle de Pompée

En voyant que la ligne de Pompée commence à fléchir, César ordonne à sa troisième ligne d'engager le combat. C'est ainsi que progressivement, toute l'armée de Pompée se débande, laissant place à un massacre par les légionnaires de César. De leur côté, les soldats recrutés en Orient placés en arrière ne se sont pas battus et se contentent de regarder la bataille entre Romains. Devant l'avancée de César, ils refusent d'engager le combat contre ses vétérans aguerris et s'enfuient aussitôt10.

Pompée, quant à lui, n'espérant aucune victoire, regagne son camp à cheval et ordonne à ses cohortes de garde de défendre le camp coûte que coûte. L'armée de Pompée est complètement anéantie et la majorité des légionnaires pompéiens ont rompu le combat11.

De son côté, César ordonne à ses hommes d'épargner les légionnaires de Pompée en fuite et de se concentrer sur la prise du camp de ce dernier. Le général ennemi s'enfuit ensuite de son praetorium. Vers midi, les armées de César investissent le camp et massacrent les valets et les gardes qui s'y trouvent.

Bilan des pertes de la bataillemodifier | modifier le code

Selon Plutarque, citant Asinius Pollion, historien présent lors de la bataille, les Pompéiens auraient eu 6 000 tués alors que les Césariens seulement 1 20012. César quant à lui, évoque dans ses commentaires sur la guerre civile la mort de plus de 6 000 légionnaires romains et de 9 000 auxiliaires pompéiens, soit un total de 15 000 hommes tués dans la bataille. Il énonce la prise de 180 enseignes et de neuf aigles de légion.

Phase 3: la 4ème ligne prend à revers le flanc gauche de Pompée, dont l'armée armée en déroute se remplie vers son camp

Plus de 24 000 soldats romains sont fait prisonniers par la suite. En outre, 20 sénateurs romains ainsi qu'une quarantaine de chevaliers sont tués, dont l'ancien consul de Rome Domitius Ahenobarbus13.

Du côté césarien, le dictateur ne déplore la mort que de 200 légionnaires et de 30 centurions14.

Conséquencesmodifier | modifier le code

Cette victoire écrasante ne met pourtant pas un terme à la guerre civile15. César contrôle l'Orient, mais pas tout l'Occident. Certains pompéiens, comme Metellus Scipion et Caton, ne suivent pas Pompée et partent en Afrique lever une nouvelle armée . Ils seront vaincus à la bataille de Thapsus en 46 avant J.-C. César doit encore mener une éprouvante campagne en Espagne qui se termine par sa victoire à la bataille de Munda en 45 avant J.-C. Cicéron, qui s'était rangé du côté de Pompée mais qui n'avait pas pris part à la bataille se rend à César, ainsi que Brutus. Celui-ci sera en 44 avant J.-C, l'assassin de César.

Après sa défaite, Pompée s'enfuit à Larissa, avant de voguer vers l'île de Lesbos où l'attendent sa femme Cornelia et son fils Sextus Pompeius à Mytilène. Il espère réunir une autre armée pour continuer la guerre et recrute 2 000 soldats. Cependant, lorsqu'il quitte Lesbos pour Rhodes, toutes les portes lui sont fermées dans tout l'Orient. Il décide donc de partir en Égypte car il est sûr que le Pharaon Ptolémée XIII lui sera favorable. C'est Pompée qui, au cours de la campagne de son légat Gabinius en Égypte, l'avait remis sur le trône. Cependant, lorsqu'il débarque sur la terre d'Égypte, il est assassiné et décapité par le tribun Septimus, un de ses anciens centurions de la guerre contre les pirates en 67 avant J.-C, travaillant désormais pour les égyptiens, et par Achillas, l'un des régents de Ptolémée, sur ordre de ce dernier.

De son côté, César poursuit Pompée jusqu'en Égypte. Achillas lui montre sa tête, pensant s'attirer les faveurs de César. Ce dernier le fait exécuter ainsi que tous les instigateurs de l'assassinat de Pompée et met sur le trône d'Égypte la sœur du Roi et épouse, Cléopâtre. Quittant le Nil, César continue sa lutte en Afrique contre les armées de Caton et Scipion, ainsi qu'en Espagne où les deux fils de Pompée seront vaincus à la bataille de Munda en 45 avant J.-C.

Postéritémodifier | modifier le code

Dans la littératuremodifier | modifier le code

  • Dans la tragédie La Mort de Pompée, inspirée à Corneille par le texte de Lucain, la bataille est fréquemment évoquée, et ceci dès les 4 premiers vers :

Le destin se déclare, et nous venons d'entendre
Ce qu'il a résolu du beau-père et du gendre.
Quand les dieux étonnés semblaient se partager,
Pharsale a décidé ce qu'ils n'osaient juger.

Dans la culture populairemodifier | modifier le code

Dans la série télévisée "Rome", les préparatifs de la bataille de Pharsale sont représentés dans l'épisode 7 de la saison 1.

Notes et référencesmodifier | modifier le code

  1. Eric Teyssier, Pompée, l'anti-César Edition Perrin, page 353
  2. Eric Teyssier, Pompée, l'anti-César Edition Perrin, page 368
  3. César, Commentaires sur la guerre civile, Edition Les Belles Lettres, page 81
  4. Eric Teyssier, Pompée, l'anti-César Edition Perrin, page 376
  5. César, Commentaires sur la guerre civile, Edition Les Belles Lettres, page 81
  6. César, Commentaires sur la guerre civile, Edition Les Belles Lettres, page 82
  7. Plutarque, Vie de César, XLV
  8. Plutarque, Vie de Pompée,LXXVI
  9. Appien, Guerres civiles, II, 76
  10. César, Commentaires sur la guerre civile, Edition Les Belles Lettres, pages 84 à 87
  11. Eric Teyssier, Pompée, l'anti-César Edition Perrin, page 383
  12. Plutarque, Vie de Pompée, 77
  13. Eric Teyssier, Pompée, l'anti-César Edition Perrin, page 384
  14. César, Commentaires sur la guerre civile, Edition Les Belles Lettres, page 90
  15. Canfora 2012, p. 219

Bibliographiemodifier | modifier le code

Sources antiquesmodifier | modifier le code

Bibliographie contemporainemodifier | modifier le code

  • Éric Teyssier, Pompée. L'anti-César, Perrin,‎ 2013
  • Luciano Canfora, César. Le dictateur démocrate, Flammarion,‎ 2012







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