Cantique des Cantiques

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Illustration du premier verset.

Le Cantique des Cantiques, dit aussi Cantique de Salomon, est un livre de la Bible. Son titre en hébreu est שיר השירים, Chir ha-chirim.

Positionnementmodifier | modifier le code

Bien qu'inclus dans la Septante, il n'est retenu dans le canon juif qu'au Ier siècle de l’ère chrétienne. La Mishna évoque de vives discussions au sujet de son intégration dans ce canon. Il a pu y trouver sa place à la suite de l'interprétation allégorique de rabbi Akiba, qui voit dans le Cantique des cantiques une déclaration symbolique de l'amour entre Dieu (YHWH) et son peuple, Israël. Il est récité lors de Pessah, la Pâque juive. La tradition juive le classe parmi les cinq meguilloth, qui sont des rouleaux attachés à des fêtes liturgiques. Le nom de Dieu n'y apparaît pas, si ce n'est sous une forme abrégée, Flamme de Yah (Ct 8.6), Yah étant un diminutif de YHWH.

Il fait partie des Ketouvim (autres écrits) dans le Tanakh — la Bible hébraïque — et des Livres poétiques dans l'Ancien Testament — la première partie de la Bible chrétienne. On considère qu'il fait partie de la littérature sapientiale (de sagesse), sans doute l'une des raisons qui font qu'on a voulu le relier au roi Salomon. Cependant, malgré la présence de certains archaïsmes dans le texte, la langue et le style sont assez tardifs et font penser à l'époque perse ou même hellénistique (IIIe s. av. J.C.). Comme pour tout livre vétéro-testamentaire, la rédaction du Cantique des Cantiques a probablement une très longue histoire.

Contenu et approchesmodifier | modifier le code

Le Cantique des Cantiques revêt la forme d'une suite de poèmes, de chants d'amour alternés entre une femme et un homme (ou même où plusieurs couples s'expriment), qui prennent à témoin d'autres personnes et des éléments de la nature. C'est l'un des livres de la Bible les plus poétiques. Sa composition est attribuée à un compilateur du IVe siècle av. J.-C. qui y aurait fondu différents poèmes. On a même avancé l'hypothèse que le Cantique des Cantiques ait pu avoir été rédigé par une femme, comme le pense par exemple l'exégète André LaCocque1, étant donné la large place qui y est laissée aux personnages féminins. On retrouve des parallèles à de nombreuses expressions du Cantique dans la littérature du Proche-Orient ancien, notamment dans les poèmes d'amour égyptiens. Le cadre géographique et social est suggéré par quelques noms propres (Jérusalem, Tirça, le Liban), mais de telles références ne permettent pas de fixer avec certitude la date et le lieu de rédaction du Cantique des Cantiques. Le livre a d'abord été rejeté à cause de son caractère profane, dont témoignent les nombreuses images érotiques comme : « Tes seins sont comme deux faons, jumeaux d'une gazelle » ou « Ta poitrine comme les raisins mûrs ».

Les exégètes chrétiens se sont souvent montrés perplexes devant ce livre. L’humaniste Sébastien Castellion avait des doutes quant à l’inspiration divine du livre à cause de son caractère sensuel, ce qui lui attira les foudres de Jean Calvin. Néanmoins, il le conserva dans sa traduction de la Bible. Bien qu'il soit reconnu comme faisant partie du canon biblique, son contenu en a troublé plus d'un. On observe dans l'exégèse deux attitudes :

La première prend le texte comme allégorie de la relation d'amour qu'entretiennent le Christ et son Église (ou entre le Christ et l'âme humaine), relation qui est de nombreuses fois célébrée ou illustrée dans le Nouveau Testament, principalement dans les écrits de Paul, mais aussi dans certaines paraboles de Jésus lui-même selon les évangiles. Cependant, cette interprétation allégorique et symbolique est progressivement remise en cause à la lecture des images érotiques que contient le texte. Une critique importante, aussi, est le fait que la relation d'amour entre Jésus et son Église n'est jamais décrite d'une telle manière : Bien que, de manière assez surprenante, le terme grec utilisé par les Septante pour dire l'Amour dans le Cantique soit l'agapè, il apparaît que cet agapè est plus proche de l'éros platonicien que de l'amour chrétien traditionnel (paulinien). Quand bien même le Nouveau Testament rapproche l'image de la bien-aimée et du bien-aimé de celle du Christ et de l'Église, jamais les auteurs du Nouveau Testament ne prennent le Cantique des Cantiques comme modèle. Cependant, il est intéressant de remarquer que les dernières recherches exégétiques remettent ce jugement en question : comme le met en lumière l'exégète Xavier Léon-Dufour2, la quête aimante de Jésus par Marie de Magdala en Jean 20, 11-16 renvoie au Cantique des cantiques 3,1-4. En Jean 20, 16, Marie dit à Jésus "Rabbouni" . Ce mot est traduit par "maître" dans l'évangile, mais "Rabbouni" est en réalité un diminutif de "Rabbi" et pourrait ajouter une nuance d'affection ou de familiarité.

L'autre attitude face à ce livre est de le considérer comme une collection de poèmes décrivant l'amour entre une jeune fille et son amoureux, dont on fait parfois un couple marié, croyant y déceler des noces. Cette conception s'appuie sur le fait que cette compréhension est proche, voire correspond parfaitement à la pensée hébraïque[réf. nécessaire], alors que selon elle la première alternative allégorique serait trop influencée par la pensée grecque considérant le corps comme quelque chose de méprisable ou de spirituellement indigne[réf. nécessaire] (allusions étant parfois faites à Aristote, à Platon et au gnosticisme des premiers siècles de l'ère chrétienne, puis à la pensée de Saint Augustin qui a grandement influencé la doctrine catholique). Nous avons pourtant, dans ce livre, affaire à un amour sensuel et passant continuellement par l'exaltation de la beauté et les relations physiques. Le langage hébraïque du livre fait clairement référence à la sensualité et à une relation d'amour exprimée physiquement, et ce dès ses premières lignes, comme dans le verset 2 du chap. 1er, « Qu’il me baise des baisers de sa bouche ! Car tes baisers sont meilleurs que le vin » : le terme traduit par « baisers », en hébreu (דּוֹדֶיךָ, dodeikha), signifie amour (entre les sexes) et insinue des actes d'amours (baisers, caresses), si bien qu'associé à une autre terme (et décliné) il désigne le lit conjugal. L'interprétation « hébraïque » du Cantique des Cantiques est pour ses tenants (généralement, un nombre important de protestants) un modèle idéal de l'amour entre les époux tel qu'il devrait être, croient-ils, selon la volonté de Dieu.

Une autre approche, celle de l'interprétation culturelle, tente de faire le lien avec la liturgie païenne du mariage sacré ou hiérogamie, qui était pratiqué en Mésopotamie (T.J. Meek, W. Wittekindt, H. Hempel). Dans le Proche-Orient, on parle d'une coutume selon laquelle le roi devait s'unir charnellement une fois l'an avec une prêtresse de la déesse de la fécondité, afin d'assurer la fertilité des terres et des animaux. La prêtresse prenait ainsi la place de sa déesse et le roi, celui de son mari. Selon cette théorie d'interprétation, le jeune couple du Cantique des Cantique représenterait soit la déesse Inanna avec le dieu Dumuzi, soit leur équivalent akkadien, la déesse Ishtar et le dieu Tammouz. J.F. Froger a également proposé une autre approche dans La voie du désir Ed. DésIris 1997 (ISBN 2-907653-41-5). Elle consiste à superposer les thèmes abordés du Cantique des cantiques à ceux du mythe d'Éros et Psyché d'Apulée. D'après l'auteur, il existe suffisamment d'indices pour proposer un rapprochement des deux sujets. On y retrouve l'importance de « la nuit dans le chant d'amour ». N'éveillez pas, ne réveillez pas, mon amour, avant l'heure de son bon plaisir est une mise en garde qui rappelle l'avertissement de Psyché contre la tentation de connaitre Éros. Les thèmes de l'exil et de la solitude constituent la partie centrale du conte. Mais les noces éternelles triomphent de la souffrance endurée.

Dans l'introduction au Cantique (Bible de Chouraqui), il est décrit deux plans de significations : celui de l'humain et celui de la création. « La poésie hébraïque marie-t-elle ici l'humain au cosmos ; elle voit le réel sous la forme d'un homme, et dans cet homme la totalité de l'univers ». Ceci n'est pas étranger à l'Éros, ce qui peut surprendre dans un livre biblique. Sans nier ce qu'apportent ces approches, Henri Cohen Solal, psychanalyste, ou Marina Poydenot, enseignante au Centre Sèvres à Paris et membre de la Communauté du Chemin Neuf, s'appuyant sur des textes de Paul Beauchamp, André LaCocque ou Gianni Barbiero, avancent l'hypothèse d'une interprétation du Cantique comme un rêve3 : les termes employés y font beaucoup référence à un vocabulaire onirique : ce serait un rêve éveillé de la fiancée qui se remémore les moments passés avec son bien-aimé.

Dans les artsmodifier | modifier le code

Peinture et arts plastiquesmodifier | modifier le code

Le Cantique des cantiques, huile sur toile de Gustave Moreau, Musée des Beaux-Arts de Dijon.
  • Le peintre Gustave Moreau a peint un tableau intitulé "La Sulamite", nom donné à l'une des femmes du Cantique des Cantiques.
  • Le Cantique des Cantiques a inspiré le peintre Marc Chagall (1887-1985), qui était juif. Sa peinture traduit l'amour ardent des futurs mariés.
  • Plus tard, en 1976, il inspirait le peintre René Baumer pour un tableau, qu'il intitula "Cantique des Cantiques #2". Malheureusement, le tableau est manquant, car il a été volé. La même année, René Baumer a fait un autre tableau intitulé "Cantique des Cantiques #4". En 1980, il a peint un autre tableau intitulé "Cantique des Cantiques #5", qui semble représenter la bien-aimée du Cantique des Cantiques.
  • En 2000, le sculpteur français Petrus a fait une sculpture intitulée "Le Cantique des Cantiques" qui représente un couple.
  • De 2003 à 2004, l'artiste Anne Rothschild a fait plusieurs paravents qu'elle a orné de scènes inspirées du Cantique des cantiques. Les paravents lui rappelaient les cabanes juives, il n'est donc pas surprenant qu'elle se soit laissé inspirer par un livre qui a une origine juive.
  • L'écrivain et calligraphe Frank Lalou a particulièrement travaillé sur le Cantique des cantiques3.
  • David Boublil, artiste peintre, découvre Le Cantique des Cantiques au travers d'un livre, "Le véritable cantique des cantiques, de A.D. Grad" (Editions du Rocher). Dès 1998, David Boublil envisage de créer une œuvre majeure pour illustrer et accompagner ce texte qui a fasciné et fascine encore une multitude de savants et mystiques. Il entame en mars 2004 une série de 63 tableaux sur le Cantique des Cantiques.

Musique/chansonmodifier | modifier le code

  • 1986 : ΑΣΜΑ ΑΣΜΑΤΩΝ est récité par Irène Papas dans l'album Rapsodies de Vangelis
  • Peter Pringle a enregistré un album intitulé Canticum Canticorum, la traduction latine du nom "Cantique des Cantiques".
  • 2000 : la chanteuse Karen Young a également enregistré un album intitulé aussi Canticum Canticorum.
  • 2001 : Alain Bashung et Chloé Mons enregistrent un album intitulé Cantique des cantiques, lecture du texte sur fond musical. (Cantique des cantiques, production dernière bande, édition dernière bande/Bayard)3.
  • 2010 : le groupe Ein Guedi sort son 1er album sur le thème du Cantique des Cantiques (production Première Partie).
  • 2007 Christian Zagaria compose pour Mireille Berrod plusieurs pièces réunies sous le nom "le chant des chants" d'après le cantique des cantiques; Un CD est paru en 2010 aux éditions "Autrement dit". Mireille Berrod et Christian Zagaria donnent de nombreux concerts en France et en pays francophones.

Notes et référencesmodifier | modifier le code

  1. Paul Ricoeur et André Lacocque, Penser la Bible, Paris, édit. du Seuil, 1998, « La Sulamite ». Le Cantique des cantiques, p. 373s. André Lacocque récuse le sens traditionnel, dans un chapitre du livre Penser la Bible. Il relève que l’éloge de l’amour qui est fait dans le Cantique est celui de l’amour pour lui-même. Il ne parle pas du mariage; à l’époque, comme aujourd’hui dans le monde arabe, l’amour ne joue pas un rôle décisif dans le choix des époux. Aussi le texte du Cantique est subversif, car il fait l’éloge de l’amour sans référence au mariage. A. LaCocque analyse le livre pour relever qu’il dit le point de vue féminin sur l’amour et conclut qu’il a dû être écrit par une femme! Premier texte féministe donc de la littérature mondiale. C’est une apologie de l’amour dans le couple et se fonde sur la sensibilité féminine à l’égard de l’existence: «Le poème est un chant féminin du commencement à la fin» (p. 383).
  2. Xavier Léon-Dufour, Lecture de l'Évangile selon Jean, t. 4, coll. Parole de Dieu, Seuil, Paris 1996, p.221.
  3. a, b et c (fr) (en) « Un « Cantique des cantiques » étudié et interprété », La Croix,‎ 16 mai 2008 (consulté le 08 mars 2012)

Bibliographiemodifier | modifier le code

Articles connexesmodifier | modifier le code

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