Concile d'Éphèse

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Le concile d'Éphèse, troisième concile œcuménique de l'histoire du christianisme, est ouvert le par le patriarche Cyrille d'Alexandrie et rassemble près de 200 évêques. Les lettres de convocation sont adressées à tous les évêques métropolitains de l'Empire d'Orient et à quelques évêques occidentaux. Cyrille n'attend pas les retardataires. La décision de condamner Nestorius est rapidement à l'ordre du jour, après que Cyrille eut à titre privé accusé Nestorius d'« hérésie » dans plusieurs lettres personnelles, qui feront partie des actes canoniques de ce concile œcuménique.

Les origines du concile d'Éphèsemodifier | modifier le code

À l'inverse des conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381) dont les questions théologiques portaient principalement sur l'unicité de Dieu Un et Trine, le concile d'Éphèse marque un tournant en définissant l'union hypostatique (non séparable) des deux natures, humaine et divine, dans la personne (une seule hypostase) du Christ. Le concile d’Éphèse est le concile de l'explicitation et de la proclamation du Christ homme et Dieu, selon la foi apostolique constante de l'Église. Cette explicitation et cette proclamation ont été rendues nécessaire face à l'émergence de l'hérésie nestorienne. Le concile d'Éphèse, 3e concile œcuménique, condamne le nestorianisme comme hérésie, et anathématise et dépose Nestorius comme « hérésiarque ».

Réponses de Cyrille d'Alexandrie au nestorianismemodifier | modifier le code

L'hérésie appelée nestorianisme est donc au centre du débat. Nestorius, patriarche déposé de Constantinople, niait subtilement la doctrine apostolique (Tradition vivante de l'Église) sur l'unicité de la personne du Christ. Il considérait que, dans la personne de Jésus-Christ, il y a dissociation (dissociation hypostatique) entre le Fils coéternel au Père, d'une part, et l'homme Jésus de Nazareth d'autre part, dans lequel le Verbe divin est venu s'incarner, c'est-à-dire que Dieu serait venu « visiter », comme "un autre" résidant dans "un autre". Du fait de cette dissociation, toujours selon Nestorius, la Vierge Marie est seulement la mère de l'homme Jésus, qui, seulement de manière ultérieure a été investi par le Verbe divin. Ainsi donc, Nestorius, par des insinuations toujours subtiles et tortueuses (voir ses lettres à saint Cyrille d'Alexandrie), en vint à nier que l'on puisse appeler la Vierge Marie la « Mère de Dieu » (théotokos).

Saint Cyrille d'Alexandrie, Père et Docteur de l'Église, prouva dans ses réponses à Nestorius les fondements théologiques et scripturaires de l'union hypostatique dans l'unique personne de Jésus-Christ, et rédigea la position catholique dans ses fameux Douze Chapitres, mettant en demeure Nestorius, puisque preuves étaient faites de son hérésie et de son hétérodoxie, d'y souscrire. Nestorius n'y répondit pas.

Soutien de Rome à Cyrille d'Alexandriemodifier | modifier le code

Le pape Célestin Ier, alerté à ce sujet par S. Cyrille, se cantonna au début dans un rôle d'arbitre entre Nestorius et le patriarche d'Alexandrie. Mais prenant une connaissance plus approfondie des thèses hétérodoxes de Nestorius, le pape soutiendra désormais totalement Cyrille et sommera Nestorius de rétracter ses thèses hétérodoxes ; devant le silence de ce dernier, le pape l'excommunie lors d'un synode tenu à Rome en 430, puis envoie trois légats pour représenter Rome au concile d'Éphèse (431) que Cyrille d'Alexandrie préparait. Par lettres, le pape donne également mandat à Cyrille d'Alexandrie de mener les débats conciliaires en son nom1.

C'est fort de ce soutien romain que S. Cyrille conduira alors vigoureusement les discussions ; le concile d'Éphèse, sous son impulsion, précisera et proclamera la doctrine catholique de l'union hypostatique des deux natures (humaine et divine) dans l'unique personne (ou hypostase) de Jésus-Christ, union fondée sur le mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu ayant pris chair de la Vierge Marie, dans le sein de laquelle le Verbe éternel a assumé la nature humaine de manière ineffable et indicible, selon la parole évangélique : "Et le Verbe s'est fait chair et il a demeuré parmi nous." (Jn 1,14). C'est en vertu de cette même union hypostatique que la Vierge est donc véritablement appelée Mère de Dieu (Theotokos), comme la proclama le concile, qui lança l'anathème (excommunication) sur Nestorius, suivant en cela les Douze Chapitres formulés par S. Cyrille d'Alexandrie dans sa dernière lettre à Nestorius ; l'ensemble de ces documents furent joints aux actes canoniques de l'assemblée.

Le déroulement du concile œcuménique d'Éphèsemodifier | modifier le code

Le concile est convoqué pour la Pentecôte, le 7 juin 431, par Théodose II ; Nestorius, accompagné de seize évêques et de nombreux laïcs fait face à Cyrille d'Alexandrie et cinquante épiscopes ; Jean d'Antioche et ses suffragants sont absents à l'ouverture, ce qui semble une manœuvre pour ne pas prendre parti trop tôt2.

Tout en soutenant Cyrille d'Alexandrie, le pape, selon la perpétuelle prudence romaine, lui avait conseillé la modération. Cette modération va faire défaut : dès le lendemain de la date fixée pour l'ouverture des débats, bien que les légats du pape et tous les évêques orientaux (soixante environ) n'étaient pas encore arrivés à Éphèse, Cyrille décida d'ouvrir le concile sans plus attendre ; tempérament ardent, il réussit à imposer cette décision au délégué impérial, qui voulait s'y refuser. Les conséquences de cette décision furent négatives, non pas pour les décisions dogmatiques qui allaient y être prises au cours du Concile, mais pour les relations ecclésiastiques entre Antioche et Alexandrie durant plusieurs années, jusqu'à la réconciliation entre Jean, patriarche d'Antioche, et Cyrille d'Alexandrie en 433.

Le 22 juin, Cyrille déclare l'assemblée officiellement ouverte. Nestorius est déposé à l'unanimité par les 198 évêques réunis autour de Cyrille2.

Le 26 juin, arrivent les 68 évêques orientaux entourant Jean d'Antioche, qui, trouvant le concile déjà commencé et Nestorius déposé, se réunissent, furieux, et organisent un "contre-concile" (conciliabule), par lequel ils entendent "excommunier" S. Cyrille, Memnon, évêque d’Éphèse et leurs partisans, et annuler les décisions concilaires déjà prises. Le situation était dramatique et apparemment inextricable. On comprend le commentaire de Louis-Sébastien Le Nain de Tillemont: "Saint Cyrille est saint, mais on ne peut pas dire que toutes ses actions soient saintes." Venaient encore compliquer la situation des questions historiques de sensibilité théologique légèrement divergente, entre l'Église d'Alexandrie et celle d'Antioche2.

Le 10 juillet arrivent enfin les légats pontificaux Arcadius, Profectus, Philippe, délégués par le pape Célestin Ier, qui soutiennent aussitôt Cyrille et valident, au nom du pape, la déposition de Nestorius2.

Le 22 août, Théodose II ordonne la fin et la dissolution du concile2.

Cyrille accepte de ne pas exiger de Jean d'Antioche la reconnaissance écrite de ses fameux Douze Chapitre contre Nestorius, ce qui permettra de rétablir la paix entre lui et Jean d'Antioche au printemps 433 autour du "Symbole d'union".

Les canons du concile œcuménique d’Éphèsemodifier | modifier le code

Concile d’Éphèse de 431, mosaïque de Notre-Dame de Fourvière

Canon 1. Des métropolitains sectateurs de Nestorius et de Célestius.

Comme il fallait que les évêques qui n'ont pas assisté au concile, mais sont restés dans leur territoire ne soient pas sans savoir ce qui a été décidé, nous faisons savoir à votre sainteté, que :

Le métropolitain qui abandonne ce saint et œcuménique concile, pour entrer dans l'assemblée des apostats ou qui y entrera à l'avenir; ou celui qui a partagé les opinions de Célestius ou les partagera à l'avenir, celui-là perd toute juridiction sur les évêques de la province, et est déjà exclu de toute communion et déclaré suspens par le concile. Les évêques de sa province et les métropolitains voisins qui sont orthodoxes doivent veiller à ce qu'ils soit entièrement dépossédé du rang d'évêque.

Canon 2. Des évêques qui rejoignent ceux de Nestorius.

Si d'autre part certains évêques suffragants n'ont pas assisté au saint concile et ont passé à l'apostasie, ou bien cherchent à y passer, ou bien, après avoir signé la déposition de Nestorius, sont ensuite retournés à l'assemblée des apostats, ceux-là suivant la sentence du saint concile, sont exclus du sacerdoce et déchus de leur rang.

Canon 3. Des clercs déposés par Nestorius à cause de leur orthodoxie.

Si dans une ville ou une campagne quelconque des clercs ont été déposés par Nestorius ou ses partisans, à cause de leurs sentiments orthodoxes, nous avons jugé qu'à juste titre ils doivent être réintégrés dans leurs fonctions. En règle générale nous ordonnons que les clercs, qui reçoivent ce concile orthodoxe et œcuménique ou le recevront maintenant ou après, en quelque temps que ce soit ne doivent être subordonnés en aucune manière et à aucun moment aux évêques qui ont apostasié ou qui apostasieront ou qui vont à l'encontre des saints canons et de la vraie foi.

Canon 4. Des clercs sectateurs de Nestorius.

Si certains clercs apostasient et osent prendre parti, secrètement ou publiquement, pour Nestorius, ils sont eux aussi déposés par ce saint concile.

Canon 5. Des clercs condamnés à des peines ecclésiastiques, absous par Nestorius.

Quant à ceux qui ont été condamnés pour des actions coupables par un saint synode ou par leurs propres évêques, et auxquels Nestorius, agissant contre les canons, avec l'indifférence qui le caractérise, ou bien ses partisans ont cherché ou chercheront à rendre la communion ou leur rang, nous avons jugé qu'ils ne doivent retirer aucun profit de ce fait et n'en demeureront pas moins déposés.

Canon 6. De ceux qui enfreignent les décisions du concile.

De même, au sujet de tous ceux qui voudraient renverser d'une manière quelconque les décisions du saint concile à propos d'un chacun, le concile décide que, s'ils sont évêques ou clercs, ils perdront entièrement leur rang, et s'ils sont laïcs, ils seront excommuniés.

Canon 7. Acclamation contre ceux qui altèrent la foi de Nicée.

Le saint concile a décidé qu'il ne sera pas permis de produire en public, d'écrire ou de composer un symbole de foi autre que celui défini par les saints pères réunis à Nicée sous la conduite du saint Esprit. Ceux qui oseront composer un autre symbole, le répandre, ou le présenter à ceux qui veulent se convertir et reconnaître la vérité, venant du paganisme, du judaïsme ou de n'importe quelle hérésie, ceux-là, s'ils sont évêques ou clercs, seront dépouillés, les évêques de l'épiscopat et les clercs de la cléricature; s'ils sont laïcs, ils seront anathématisés. De même, si des évêques, des clercs ou des laïcs étaient convaincus d'admettre ou d'enseigner la doctrine contenue dans l'exposé du prêtre Charisius, au sujet de l'incarnation du Fils unique de Dieu, ou bien encore les enseignements impurs et pervers de Nestorius qui y sont adjoints, qu'ils tombent sous le coup de la sentence de ce saint et œcuménique concile, c. à d. que le évêque soit dépouillé de son épiscopat et soit déposé, et le clerc pareillement soit déchu de la cléricature, et si c'est un laïc, qu'il soit anathématisé, comme il a été dit plus haut.

Canon 8. Vœu concernant les évêques de Chypre, qu'ils élisent à eux seuls aux sièges vacants de leur île.

Un fait, qui est une innovation contraire aux coutumes ecclésiastique et une atteinte a la liberté de tous nous a été rapporté par Réginus, l'évêque très aimé de Dieu, et ses compagnons, les très pieux évêques Zénon et Evagre, de la province de Chypre. C'est pourquoi, comme le mal commun a besoin d'une remède d'autant plus fort que sa nuisance est plus grande, vu qu'aucune coutume n'a existé jusqu'ici que l'évêque de la ville d'Antioche sacre des évêques à Chypre, ainsi que les très pieux hommes qui ont eu recours au saint concile nous le prouvèrent par leurs rapports et de vive voix, les chefs des saintes églises de Dieu en Chypre resteront sans être inquiétés ni exposés à la violence, si, observant les canons des saints et vénérés pères, ils procèdent par eux-mêmes, selon l'ancienne coutume, à l'élection des très pieux évêques. Cette même règle sera aussi observée dans les autres diocèses et dans toutes les provinces, en sorte qu'aucun des évêques aimés de Dieu ne s'empare d'une autre province, qui ne fût déjà et dès le début sous son autorité ou sous celle de ses prédécesseurs; et s'il s'en était emparé et par force se la fût assujettie, il la rendra, afin que les canons des pères ne soient pas enfreints, ni que sous le prétexte d'actes sacrés ne s'insinue l'orgueil de la puissance mondaine et que sans nous en rendre compte nous perdions peu à peu la liberté, que nous a donnée par son propre Sang Jésus Christ notre Seigneur, le Libérateur de tous les hommes. Il a été donc décidé par le saint concile œcuménique que soient sauvegardés à chaque province purs et inviolés les droits acquis déjà et dès le début selon l'usage établi depuis toujours et le métropolitain sera autorisé de prendre copie conforme de notre décision pour garantir ainsi la sécurité de sa province. Si quelqu'un produisait une ordonnance opposée à la définition présente, le saint et œcuménique concile tout entier décide que cette ordonnance sera nulle et non avenue.

Une autre hérésie est abordée durant le concile d'Éphèse : le pélagianisme et le concile condamne les erreurs du pélagien Célestius.

Postérité du concilemodifier | modifier le code

Le progrès accompli lors du concile d'Éphèse, dans la clarification de la théologie concernant la personne du Christ ne devait pleinement apparaître que deux ans plus tard, en 433, dans le Symbole d'union, texte signé conjointement par Cyrille d'Alexandrie et le patriarche d'Antioche Jean. Dans ce texte, les deux grands courants de l'École théologique d'Alexandrie et de l'École théologique d'Antioche se rencontrent dans une vision commune :

« Dans la personne du Christ, il y a lieu tout à la fois de distinguer les deux natures, divine et humaine, et de considérer leur union sans confusion. »

Malgré cet accord, l’Église de Perse, qui n'était pas représentée au concile d’Éphèse, refusa, pour des raisons politiques et de personnes, les conclusions du concile, et se plaça ainsi dans une position schismatique, la première en Orient à se séparer de la communion universelle de l'Église.

Dans les années qui suivirent, après 440, une autre hérésie nouvelle, l'hérésie monophysite, déformera à son tour, mais dans un sens à l'extrême opposé de Nestorius, la doctrine catholique définie au concile d'Éphèse : le monophysisme d'Eutychès confondra alors les deux natures dans le Christ, humaine et divine, considérant l'humaine comme seulement une "apparence", en réalité absorbée par la divine. Ce qui amènera la convocation du concile de Chalcédoine, en 451, qui sera le 4e concile œcuménique. Les Pères de Chalcédoine, condamnant cette nouvelle hérésie, proclameront alors que l'union hypostatique dans la personne du Christ n'entraîne pas pour autant la confusion des deux natures, ni l'"absorption" d'une nature par l'autre, définissant cela en une forule désormais célèbre : dans le Christ "vrai homme et vrai Dieu", les deux natures humaine et divine sont "sans confusion, sans mutation, sans division, sans séparation".

À partir du concile œcuménique d'Éphèse, fut désormais acquis la reconnaissance de la maternité divine de Vierge et son titre de Mère de Dieu (Theotokos), tant pour l'Église catholique que pour l'ensemble des Églises orthodoxes.

Concernant le dogme de l'union hypostatique, défini sous l'impulsion de Cyrille d'Alexandrie, tans les catholiques, les orthodoxes que les protestants s'en réclament. Le pape Célestin Ier ratifia et promulgua en 432 les actes du concile œcuménique d'Éphèse, et donna à saint Cyrille d'Alexandrie le titre de "Défenseur de l’Église". Le pape Léon XIII, en 1883, proclama solennellement S. Cyrille d'Alexandrie Père et Docteur de l'Église.

Voir aussimodifier | modifier le code

Articles connexesmodifier | modifier le code

Liens externesmodifier | modifier le code

Notes et référencesmodifier | modifier le code

  1. Venance Grumel, "Le Concile d'Éphèse. Le Pape et le Concile" in Échos d'Orient, tome 30, no 163, p. 295-298, 1931
  2. a, b, c, d et e Jean Huscenot, Les docteurs de l'Église, Mediaspaul Éditions,‎ 1997 (ISBN 9782712206444, présentation en ligne)







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