Conformisme

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Le conformisme, selon le psychosociologue Roger Mucchielli (1919-1981), est l'attitude sociale qui consiste à se soumettre aux opinions, règles, normes, modèles qui représentent la mentalité collective ou le système des valeurs du groupe auquel on a adhéré, et à les faire siens.

Emprunté de l’anglais « conformist  », le mot est dérivé du français, « conforme » et fait référence, au XVIIe siècle, à la personne qui menait une conduite traditionaliste et qui était en accord avec le contexte et le milieu où elle vivait, celui qui professait la religion officielle 1.

Il existe différentes formes de conformisme, qui impliquent les individus de manière plus ou moins forte2.

Le conformisme a des implications dans plusieurs secteurs comme dans la consommation, les gout musicaux, la mode, l'économie, ... Ce processus très largement étudié en psychologie sociale correspond à un changement d'opinion, de comportement ou même de perception des individus, que l'on observe dans des situations de pression sociale ou d'influence sociale.

Ce processus est autrement dit celui de l'influence des opinions, comportements, perceptions, d'une majorité sur une minorité. Et ceci au niveau de toutes les formes de communautés.

Enfin, ce phénomène reste important pour le fonctionnement de la société car sans lui, elle ne pourrait fonctionner3 Aussi, si le phénomène n'existait pas, il est fort possible que l'anarchie et la solitude nous guetteraient4

En psychologie, Solomon Asch (1907-1996) explique les raisons du conformisme d'un sujet ou d'un groupe de sujets : ce serait pour éviter d'une part le conflit (entre deux opinions différentes : l'une exprimée par la majorité, l'autre exprimée ou représentée mentalement par le sujet en minorité) et éviter d'être rejeté par la majorité. Pour Asch, le conformisme correspond à un suivisme, dans lequel le sujet qui se conforme n'adhère pas aux opinions de la majorité, c'est un suivisme de complaisance. Autrement dit, il sait que son opinion est la bonne mais suit verbalement la majorité. Le conformisme serait également engendré par une carence informationnelle, une pression normative et par l'attractivité du groupe majoritaire.

« Le conformisme se manifeste par le fait qu’un individu modifie ses comportements, ses attitudes, ses opinions, pour les mettre en harmonie avec ce qu’il perçoit être les comportements, les attitudes, les opinions du groupe dans lequel il est inséré ou il souhaite être accepté » - Jean-Paul Codol, 2001

Le conformisme est généralement considéré, aussi bien en sociologie qu'en politique, comme une faiblesse individuelle, une difficulté à s'affirmer en tant qu'individualité. Car le conformisme n'est pas seulement une adhésion mimétique avec un cercle d'opinion, c'est également l'adoption des attitudes du groupe auquel on veut adhérer ou duquel on subit l'influence ou la pression. Ainsi, derrière la vision d'un conformisme de classe se cache une cascade de conformismes comportementaux qui sont cultivés et recherchés par des groupes de pression dont les intérêts sont économiques, politiques ou religieux, avec en arrière-plan l'idée commune d'asseoir et consolider un pouvoir ou une hégémonie.

On rencontre le conformisme dans les différents types de corporations ou de corps.

Le conformisme est répandu dans les environnements sociaux tels que les établissements d'école primaire et secondaire, voire dans les universités (on pense notamment aux fraternités où il est question d'acceptation).

On dit d'une attitude, par exemple « suivre la mode », qu'elle est conformiste lorsqu'elle va dans le sens général. C'est l'ambivalence de l'intégration sociale : « Faire comme les autres, être comme les autres, ne pas se distinguer des autres ».

Expériences célèbresmodifier | modifier le code

L'expérience de Shérif (1936): effet d'auto-cinétiquemodifier | modifier le code

C'est à Muzafer Sherif que l'on doit les expériences fondatrices du concept de normalisation. Lors de cette expérience, Sherif exploite l’effet auto-cinétique, une illusion d’optique qui prouve que lorsqu'on observe un point lumineux sans autre point de référence, on a l'impression que le point bouge.

Sherif invite donc des sujets à se prêter au jeu en les installant dans une pièce sombre et en leur demandant de déterminer si le point lumineux est en mouvement ou pas. Dans la première condition, le sujet répond d'abord seul, puis en groupe. Dans la seconde il y répond d'abord en groupe puis seul.

Les résultats ont pu démontrer que lorsque le sujet était dans la première condition (d'abord seul), il se crée sa propre valeur centrale puis converge vers la norme du groupe. Dans la seconde condition, le sujet se base sur la norme du groupe pour répondre individuellement.

Cette expérience suggère donc qu'en cas d'incertitude, l'individu utilise le groupe comme source d'information5.

L'expérience de Asch (1951): effet du conformismemodifier | modifier le code

experience de Asch

C'est grâce à une tâche de discrimination perceptive qu'Asch a souhaité démontrer l'effet de conformisme. Pour ce faire, un sujet était invité à prendre place dans une salle où se trouvaient déjà sept autres personnes, qui elles, étaient des complices de l'expérimentateur. Aussi, le sujet naïf était placé de façon à ce qu’il se retrouvait être le dernier à répondre aux questions qu'on lui posait.

Dans un premier temps, il montrait aux sujets une image sur laquelle était tracée une ligne. La tâche consistait à retrouver sur une deuxième image, où étaient tracées trois lignes différentes " A, B et C", laquelle était de longueur identique à la ligne tracée sur la première image. La tâche était relativement simple, étant donné que les lignes A et C étaient manifestement différentes.

Les résultats de Asch ont montré que sur l'ensemble des réponses, 30% étaient conformistes. Cela a donc pu démontrer que même lorsque la réponses parait évidente, il n'est pas exclus que l'individu en donne une mauvaise réponse, pour se conformer à l'avis majoritaire6.

A la fin de l'expérience, l'expérimentateur a interrogé les sujets naïfs sur les raisons de leurs réponses conformistes et les a classées de la façon suivante 6 :

  • Les réponses de perception

Les sujets ont réellement fini par percevoir la ligne A ou C comme une réponse correcte. Leur perception à donc changé.

  • Les réponses de jugement

Les sujets restait persuadé que leur réponse était la bonne, mais pensait qu'une majorité aussi unanime ne pouvait pas se tromper. Ils doutaient donc de la justesse de leur réponse.

  • Les réponses d'action

L'avis de la majorité a été adopter par crainte d'être rejeté mais le jugement et la perception n'ont pas été affectés.


Plusieurs variations ont été introduites dans cette expérience, ce qui a permis de démontrer que

  • Lorsqu'un second sujet naïf était introduit, le taux d’erreur était divisé par 3.
  • Lorsque le nombre représentant la majorité (les complices) était inférieur à 3, l’influence baissait.
  • Lorsque le nombre représentant la majorité atteignait 4 ou +, l’influence augmentait.

Cette expérience a donc démontré que le groupe a le pouvoir de nous faire choisir la mauvaise réponse, même lorsque cela est évident5.

Analysesmodifier | modifier le code

La réflexion sur le conformisme apparaît avec les premiers penseurs humanistes, en particulier le français Etienne de la Boétie (1530-1563) dans son célèbre Discours de la servitude volontaire (1574).

Mais la réflexion sur le conformisme se développe surtout en Europe occidentale au lendemain de la Seconde guerre mondiale, alors que les ravages des grands mouvements de masse (stalinisme, nazisme...) apparaissent au grand jour.

Le psychiatre suisse Carl Gustav Jung (1875-1961) voit dans le phénomène des idéologies et des totalitarismes la manifestation moderne du conformisme et il l'impute au fait que nos sociétés se sont massifiées. « La moralité d'un individu est inversement proportionnelle à la masse dans laquelle il est immergé », ironise t-il 7. Selon lui, en particulier, la croyance répandue que l'État peut répondre à tous les problèmes de l'individu constitue le premier de tous les conformismes. Et elle n'a d'autre équivalent dans le passé que le phénomène religieux.

S'interrogeant sur la tragédie nazie, plusieurs philosophes allemands, Martin Heidegger8, Günther Anders9 et Hannah Arendt 10, considèrent que le progrès technique émousse le sens des responsabilités. Selon les philosophes de l'École de Francfort (tout particulièrement Théodore Adorno et Max Horkheimer), la culture de masse est le symptôme d'une civilisation qui programme l'autodestruction de la raison par le déclin de la conscience critique, elle constitue donc le premier foyer du conformisme contemporain.

Un certain nombre de penseurs français estiment également que le développement de la technique dans son ensemble aplanit à la fois l'esprit critique et le sens des valeurs. Ainsi, selon l'écrivain Georges Bernanos (1888-1948), « on ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l'on n'admet pas tout d'abord qu'elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. »11 Mais c'est au sociologue Jacques Ellul (1912-1994), qui est l'auteur de trois ouvrages critiques sur le phénomène technique12 que l'on doit la réflexion la plus aboutie. Selon lui, la technique est désormais un phénomène totalement autonome, qui évolue « par delà le bien et le mal », en dehors de toute considération éthique. Elle correspond au fait que « la particularité de l'homme moderne est de rechercher la méthode absolument la plus efficace en toutes choses » : toute la vision du monde de cet homme se ramène à cette quête. C'est pourquoi, affirme t-il, « le conformisme constitue le totalitarisme de demain. »13

Les penseurs occidentaux ne sont pas les seuls à s'interroger sur le conformisme. Ainsi le philosophe indien Krishnamurti (1895-1986) voit-il en lui « une forme de violence ».

Notes et référencesmodifier | modifier le code

  1. « La- définition », sur L’orthographe pour tous, dictionnaire des définitions,‎ 2014 (consulté le 10 mars 2014)
  2. (fr) Vérona Aebisher & Dominique Oberlé, (2012). Le groupe en psychologie sociale, Dunod.
  3. (fr)Sylvain Delouvée (2013). Manuel visuel de psychologie sociale, Dunode
  4. (fr) Ariane Bilheran, (2009). L'autorité, Armand Colin
  5. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Manuel.
  6. a et b (fr) Drozda-Senkowska Ewa (2006). "Psychologie sociale expérimentale", Cursus.
  7. C. G. Jung, Présent et avenir, 1957. Dernière édition française : Le Livre de poche, 1995. ISBN 978-2-253904311
  8. Martin Heidegger : La question de la technique, 1954
  9. Günther Anders, L'obsolescence de l'homme, 1956
  10. Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme, 1951; Condition de l'homme moderne, 1958
  11. La France contre les robots, 1947 ; rééd. Le Castor Astral, 2009.
  12. La technique ou l'enjeu du siècle, 1954, 3ème édition Economica, 2008. Le système technicien, 1977, 3ème édition, Le cherche-midi, 2012. Le Bluff technologique, 1988, 3ème édition, Hachette,, 2012.
  13. Serge Steyer, L'homme entier, 1993 (documentaire vidéo)

Voir aussimodifier | modifier le code

Articles décrivant la pensée conformiste :

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