Consommation

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La consommation se caractérise par l'utilisation des biens et services qui seront détruit immédiatement (biens non durables) ou progressivement (biens durables). Cela dans le but de satisfaire un besoin.

La consommation est souvent en partie définie par le concept qui lui est opposé, la production.

De nombreux paramètres conditionnent les actes de consommation :

  • Pouvoir d'achat, niveau des prix, usages des groupes sociaux, contraintes de la vie collective, accès au marché, réglementation.
  • Offre des fournisseurs, effets de la concurrence (à l'échelon local ou dans le cadre de la mondialisation).
Produits alimentaires présentés dans les linéaires d'un supermarché de Portland, Oregon, États-Unis.

Vision économiquemodifier | modifier le code

La consommation agrégat vue par la comptabilité nationale françaisemodifier | modifier le code

Les normes posées par la comptabilité nationale distinguent la consommation finale et la consommation intermédiaire.

La consommation finalemodifier | modifier le code

Elle correspond au niveau national à la quantité des biens et services utilisés qui concourent à la satisfaction directe :

  • des besoins humains individuels (consommation des ménages (elle est aussi appelée consommation privée)).

Ainsi, la consommation finale des ménages ou la consommation privée comprend:

L'ensemble des dépenses ayant permis l'acquisition de biens et services (marchands ou non marchands) pour satisfaire leurs besoins individuels.
L'ensemble des dépenses pour les biens et services issus d'une production destinée à un usage final propre (les services domestiques…)
L'autoconsommation, lorsque les ménages consomment ce qu'ils produisent eux-mêmes, même partiellement (dans l'agriculture traditionnelle voir le cas de l'agriculture vivrière).

Remarque : en comptabilité nationale,

les achats de logements par les ménages sont comptabilisés comme des dépenses d'investissement
le fait qu'un propriétaire occupe son logement se traduit par la constatation d'une fourniture de service à lui-même
  • de besoins collectifs (consommation des administrations).
  • La consommation finale des ISBLSM: Elle correspond aux transferts sociaux non marchands destinés aux ménages.

La consommation productivemodifier | modifier le code

Selon la comptabilité nationale, elle se décompose en 26 parties égales, coordonnées et répétitives, adjacent au fait que nous puissions vivre en communauté :

  • consommation intermédiaire : consommation productive contribuant à la production d'autres biens (ou services) et définie comme : « Valeur des biens (autres que les biens d'équipement) et des services marchands consommés au cours de la période dans le processus courant de production »
Exemple : La levure et la farine sont des biens intermédiaires utilisés dans la fabrication du pain
  • consommation de capital fixe, qui est égale à la valeur de l'amortissement économique (soit la dépréciation subie par le capital fixe dans la période considérée)
Exemple : l'amortissement du four du boulanger signifie qu'à chaque utilisation du four, une partie de la valeur de cet équipement est transférée dans les pains qui y sont cuits.

Remarque : En comptabilité nationale, seuls les biens et services produits peuvent être consommés. On ne consomme donc pas des ressources naturelles comme l'air, ou des facteurs de production tels que la terre ou le travail.

L'acte de consommation du point de vue des ménagesmodifier | modifier le code

L'articulation entre revenus et dépensesmodifier | modifier le code

La consommation, exercée en tant que fonction économique par les ménages fait partie du cycle économique général.(Production → Revenu → Endettement → Création de Monnaie → Dépense)

avec comme ressources :
les revenus perçus
l'argent qu'ils peuvent emprunter (notamment par le biais du Crédit à la consommation)
celui qu'ils peuvent retirer de leur patrimoine (désépargne)
avec comme dépenses :
leur consommation
leurs impôts et taxes
leurs remboursements d'emprunts
leur constitution d'épargne. (Noter au passage que l'épargne peut être destinée à une consommation différée dans le temps)
Leurs investissements (immobiliers ou autres).
  • Elle dépend aussi de facteurs non monétaires :
des mentalités, comportements, expériences et compétences vis-à-vis de l'argent.
des anticipations de revenus futurs
anticipations différentes en début ou en fin de carrière (revenu censé augmenter ou au contraire stagner, voire régresser en cas de retraite)
perspectives de maintien du pouvoir d'achat (surtout en période inflationniste et selon que l'on est titulaire de revenus fixes ou variables)
de la confiance générale en l'avenir : l'évolution de la consommation est un élément clé de la conjoncture économique.

Structure des dépenses de consommationmodifier | modifier le code

Elle est fortement dépendante de données socio-culturelles et psychologiques : D'un pays à l'autre, les différences de structure des dépenses de consommation le démontrent.
Il est cependant une loi ancienne énoncée par le statisticien Engel qui affirme1 que : " le coefficient budgétaire mesurant la part de l'alimentation dans le budget décroit lorsque les revenus augmentent "

La fonction de consommation selon l'optique keynésiennemodifier | modifier le code

Pour consommer, les agents économiques, notamment les ménages, doivent disposer d'un revenu.

  • Le revenu disponible brut :
- Revenus primaires : Les ménages perçoivent différents éléments qui constituent leur revenu primaire:
pour les salariés: salaires nets des cotisations sociales,
pour les travailleurs indépendants et professions libérales : revenus mixtes BIC/BNC/BA (bénéfices industriels et commerciaux/non commerciaux ou agricoles)
pour les détenteurs de patrimoine : les revenus de la propriété (dividendes, intérêts et loyers).
- Revenus de transfert : C'est la différence entre les versements effectués par l'État( prestations sociales )et les prélèvements opérés par celui-ci ( impôts directs ).

L'addition des Revenus primaires et des Revenus de transfert donne le Revenu disponible : C'est l'ensemble des ressources à disposition des ménages afin de consommer ou épargner.

  • La fonction de consommation

Les comportements de consommation des ménages sont déterminés en premier lieu par la décision de partage entre la consommation présente et consommation future (l'épargne).
Keynes suppose que la consommation a une importance première dans l'affectation du revenu : elle est fonction du revenu disponible, soit : '''C=c(Yd)'''

  • Propension à consommer, Propension à épargner

Keynes note que, lorsque le revenu augmente, les possibilités d'épargne s'accroissent. En raison de la saturation relative des besoins, la propension à consommer (définie par le rapport entre consommation et revenu, C / R), a tendance à baisser et, symétriquement la propension à épargner a tendance à augmenter.

Pourtant, il fait valoir qu'à court terme, propension à consommer et propension à épargner dépendent de paramètres plus sociologiques qu'économiques. Ce qui permet de conclure qu'elles restent relativement stables. Et donc que le niveau de consommation va davantage dépendre de la variation du revenu (revenu vu en termes de disponible réel et non pas en termes de revenu brut nominal).

Critiques de l'approche keynésienne de la consommationmodifier | modifier le code

Cette approche est remise en cause par les travaux de Milton Friedman publiés en 1957 dans Théorie de la fonction de consommation.
Alors que le keynésianisme dominait, Friedman en souligne les imperfections et formule pour la remplacer l'hypothèse de revenu permanent.
Celle-ci postule que les choix de consommation sont guidés non par les revenus actuels mais par les anticipations que les consommateurs ont de leurs revenus. Anticipations d'autant plus stables, qu'elles ont tendance à lisser la consommation, même en cas de variation du revenu disponible (à la hausse ou à la baisse). Ces travaux furent particulièrement remarqués car ils invalidaient les politiques conjoncturelles de relance de la demande et le multiplicateur d'investissement keynésien2.

Vision écologiquemodifier | modifier le code

En écologie, (c'est-à-dire comme science des écosystèmes en biologie, à ne pas confondre avec écologisme), la consommation désigne l'assimilation, l'ingestion ou l'utilisation par un organisme de ressources naturelles. La consommation entraîne presque toujours l'apparition de déchets. Lorsque de nombreux organismes consomment au même endroit, l'écosystème où la consommation a lieu accumule des déchets. Ces déchets peuvent alors parfois servir de ressources à un ou plusieurs autres organismes. Dans les cas où le cycle biogéochimique est interrompu, des problèmes écologiques apparaissent entraînant l'effondrement ou le déséquilibre de l'écosystème.

Vision sociologiquemodifier | modifier le code

La sociologie considère la consommation comme un acte essentiel de la vie en société, particulièrement dans le contexte de la société de consommation. Elle étudie la consommation sous un angle éventuellement non financier, étudiant notamment, les motivations de la consommation, les influences, l'usage des biens et services consommés, leur rôle symbolique.

Analyse de la société de consommationmodifier | modifier le code

Une employée dans un rayon de supermarché

Le terme « société de consommation » est la simplification du terme « société industrielle de consommation dirigée », défini par Henri Lefebvre comme étant l'état du capitalisme d'après la Seconde Guerre mondiale (le Salon des arts ménagers en est le fer de lance au milieu des années 1950).

Descriptionmodifier | modifier le code

Une société de consommation est une société dans laquelle l'achat de biens de consommation est à la fois le principe et la finalité de cette société. Dans celle-ci, le niveau moyen de revenu élevé satisfait non seulement les besoins considérés comme essentiels (alimentation, logement, éducation, santé…) mais il permet aussi d'accumuler des biens (par plaisir, pression sociale ou publicitaire) et de les utiliser ou juste les montrer (pour des raisons esthétiques ou autres), dépenses que certains jugent superflues3. Son symbole est l'objet « consommable » qui s'use et qu'il faut renouveler, voire l'objet jetable. S'il est possible de produire des objets plus résistants, cela augmenterait leur coût et leur durée de vie, ce qui nuirait alors à la consommation.

Critiques théoriquesmodifier | modifier le code

Pour les opposants à la société de consommation, l'idéologie consumériste se résume ainsi : il faut sans cesse créer de nouveaux désirs et le remède à tous ces désirs est de les assouvir. Et pour assouvir ses désirs, il faut gagner suffisamment d'argent pour pouvoir se le permettre. Cela suppose que, dans cette idéologie, tout est mercantilisable et que tous les désirs (sous influence publicitaire) et les efforts finissent par être constamment orientés vers un seul et unique horizon : la consommation.

Certaines critiques insistent sur le fait que cette focalisation sur les biens matériels pose un problème moral et philosophique pour le consommateur, une question concernant la finalité de l'Homme et de la vie terrestre.

D'autres critiques insistent sur les implications concrètes de la consommation, à travers ce qu'elle implique en termes de production, transport et distribution. Ces critiques pointent de la vie et sont due à la consommation excessive et abusive d'une société moderne de plus en plus peuplée conditions de travail, les conséquences sur l'environnement, les ressources naturelles et la santé. La comparaison du niveau de consommation finale avec la capacité terrestre de production de ressources naturelles et d'absorption de la pollution a conduit à l'émergence du concept de surconsommation. L'économiste Daniel Cohen souligne que si la Chine avait le même nombre de voitures par habitants que les États-Unis, elle consommerait la totalité de la production pétrolière mondiale, où que si elle avait la même consommation par habitant, elle devrait utiliser l'ensemble des forêts de la planète. Le mode de développement occidental n'est donc pas généralisable à l'échelle planétaire aussi bien d'un point de vue écologique que de disponibilité des ressources4.

Sur le plan philosophique, la recherche de bien matériels, quête sans fin, pousserait également selon certains au phénomène de surconsommation et s'interrogent sur la différence entre fin et moyens dans notre existence.

Sur le plan scientifique, on évoque l'empreinte écologique de notre consommation : l'essentiel de nos déchets n'est pas traité, certaines ressources naturelles sont en effet épuisées ou en voie de l'être et l'agriculture intensive est un facteur de réduction de la biodiversité.

Sur le plan psychologique, le consumérisme peut entraîner une continuelle frustration (encouragée par les modèles, les jalousies et les désirs alimentés par la publicité) qui engendre mal-être et parfois les comportements agressifs qui en découlent.

Sur le plan social, lorsque la consommation devient la valeur centrale de la société, l'être humain peut devenir lui aussi un « produit » qui doit « savoir se vendre » et qui doit entrer « en concurrence », « en guerre », avec tous et autrui. La cohésion sociale et les valeurs humaines sont alors mises au second plan lorsque ce principe s'applique sur fond de crise économique et sociale entraînant une pression et une détresse morale, voire un isolement social, que même la consommation ne parvient pas à atténuer.

Un autre aspect social est le paradoxe d’Easterlin lié au paradoxe de l'abondance : le bonheur généré par une richesse plus élevée est éphémère, au bout de deux ou trois ans 60 % de la satisfaction liée à celle-ci disparait. Le Bonheur intérieur net stagne malgré l'accumulation des richesses. Selon Daniel Cohen, « ce sont les augmentations de la richesse qui sont le déterminant du bonheur, pas son niveau, quel que soit celui-ci », ce qui donne deux interprétations : soit la consommation est semblable a une drogue, demandant sans cesse des nouveautés à consommer ce qui va à l'encontre des limites écologiques, soit elle est liée à la théorie des « sentiments moraux » développé par les économistes Adam Smith et Albert Hirschman, basé sur la nécessité d'être reconnu par les autres, par vanité et rivalité, impliquant un perpétuel dépassement d'autrui4.

Mouvements critiques de la société de consommationmodifier | modifier le code

La critique de la société à orientation consumériste est une critique du « tout quantitatif » (productivisme, standardisation, esprit de concurrence agressive) au détriment de la « diversité qualitative » (biodiversité, développement durable, valeurs et dignité humaines, qualité de vie) lorsque la consommation devient alors une finalité en soi, un projet de société au lieu d'être un moyen.

Parmi les principaux mouvements critiques de la société de consommation, citons principalement les altermondialistes (altermondialisme) et leur célèbre slogan « le monde n'est pas une marchandise », une bonne partie des mouvements écologistes (écologisme) ainsi qu'une partie des partis politiques de la gauche qui en critiquent certains aspects.

À ceux-ci s'ajoutent des acteurs critiques qui s'intéressent aux aspects plus particuliers de l'impact de la société de consommation tels que l'excès de publicité dans le paysage (mouvement antipub, associations contre la publicité abusive, la publicité mensongère ou le sexisme dans la publicité).

Apparu plus récemment, le mouvement des décroissants (décroissance), notamment, fait valoir le fait qu'une économie basée sur une croissance exponentielle continue de biens matériels régulièrement renouvelables et l'encouragement à la consommation au-delà des besoins raisonnables, et dont une bonne partie de la production non achetée est jetée, n'est pas compatible avec les limites de la biosphère et l'échéance écologique que représente le réchauffement climatique et proposent de réfléchir à de possibles alternatives viables.

Mouvements qui cherchent à rationaliser les pratiques de consommationmodifier | modifier le code

Il existe aussi des mouvements qui tentent de changer les pratiques de consommation : commerce équitable, consommation collaborative, achats groupés de légumes auprès du récoltant, troc.

Dans une plus large mesure, les politiques encourageant les produits bio, le tri des déchets et les transports moins polluant entrent aussi cette catégorie. On parle alors de consommation responsable dont l'impact sur les écosystèmes serait moins important. Citons également les associations de protection des consommateurs.

Certains sites tels que http://www.achetons-francais.net ou http://www.jachete-francais.fr, sont engagés dans la défense de la consommation enracinée (locale, régionale ou nationale). Les sociétés qui produisent encore en France y sont recensées, les thèmes liés au fabriqué en France sont abordés largement, et les échanges entre professionnels ou particuliers sont facilités.

La critique de la consommation se réalise à plusieurs niveaux qui entraînent parfois des confusions :

  • La critique d'une consommation qui ne serait pas attentive aux modes de production ou aux conséquences de la production du bien consommé. Elle entraîne le développement des concepts de consommation solidaire (qui aide prioritairement les petits producteurs), de consommation durable (qui ne nuit pas à l'environnement), de consommation citoyenne, etc.

C'est dans cette perspective que rentre la consom'action (néologisme) ou consommation responsable est un phénomène socioculturel récent, principalement dans des milieux "alternatifs". Il exprime l'idée selon laquelle on peut "voter avec son caddie" en choisissant à qui l'on donne son argent, en choisissant de consommer non plus seulement de manière consumériste, mais en tenant compte du « développement durable ».

  • La critique de la surconsommation selon les termes parfois employés, voire du principe de la consommation matérielle elle-même. D'où les mouvements, d'anticonsommation, de simplicité volontaire, les attitudes d'ascétisme à motivation religieuse ou non, etc.

Défense de la consommationmodifier | modifier le code

Un axe de défense de la consommation, repose sur l'idée qu'il s'agit d'une évolution naturelle et inéluctable des sociétés, issue du progrès technique ainsi que de l'enrichissement généralisé. Vue sous l'angle de la microéconomie, cette défense postule qu'une consommation croissante est le fruit du désir naturel de bien-être matériel de chaque individu.

La défense de la consommation repose également sur l'idée que cette décision individuelle, égoïste dans son principe selon le terme utilisé en sociologie de la consommation, abouti à l'enrichissement généralisé de la société. La consommation créé et maintient l'emploi, la hausse du niveau de vie, l'innovation et la créativité humaine, etc. Dans cette perspective, des phénomènes condamnés par la morale classique - le gaspillage, le superflu, l'éphémère, l'exploitation et la redondance - constituent en fait des moteurs du développement économique et de l'innovation.

D'un point de vue moral, la quête du superflu serait même l'une des caractéristiques qui distinguerait l'être humain de l'animal, limité dans ses attentes, besoins, envies et aspirations.

La société de consommation a également été présentée comme un élément positif d'un point de vue moral par opposition à d'autres modèles sociaux. La quête de biens matériels et leur possession permettant de canaliser les passions humaines dans des domaines d'où la violence (au moins physique) serait exclue. Par ailleurs, les citoyens des sociétés de consommation seraient moins enclins à désirer la guerre compte tenu de ce qu'ils auraient à perdre (biens, niveau de vie).

Autres analysesmodifier | modifier le code

  • Dans la théorie classique et notamment marxiste, la consommation est directement corrélée au revenu.
  • L'analyse du phénomène de la consommation de masse, avec ses déterminants immatériels (la consommation comme facteur d'identité, l'influence de la publicité et des médias).
  • la consommation ostentatoire de Thorstein Veblen,
  • la domination symbolique de Pierre Bourdieu.
  • la consommation « frugale » : Si la théorie classique postule que consommation et qualité de vie sont liées, certaines enquêtes relativisent ce postulat. Selon l'enquête Trend Observer 2008 de l'institut Ipsos, six français sur dix sont d'accord avec l'idée que, pour améliorer la qualité de vie, il faut réduire la consommation5.

Vision philosophiquemodifier | modifier le code

La philosophie pose notamment la question de la consommation d'un point de vue moral.

Les religions portent généralement un regard relativement distancié, voir critique, vis-à-vis de la consommation qui représente l'attachement aux biens matériels du monde et risque donc, à leurs yeux, de détourner l'Homme d'autres valeurs.

Dans le judaïsme, l'économie du Sabbat et les leçons de la manne apportée par Dieu lors de la traversée du désert par les Hébreux (ne ramasser que ce dont on a besoin, ne pas faire de réserves) ont également été interprétées comme des appels à la modération de la consommation.

Pour l'Église catholique romaine, le synode épiscopal qui a suivi Vatican II a déclaré que la cause philosophique de la société de consommation était un excès d'immanentisme, c'est-à-dire une forme de sensualisme porté exclusivement vers la vie matérielle6. Cette forme de matérialisme est apparentée à une interprétation de l'enseignement de Spinoza[réf. nécessaire].

Dans le bouddhisme, le but de l'Homme est d'atteindre le Nirvāna, qui se caractérise par la libération de tout désir matériel, source de souffrance, la fusion par la méditation dans un Tout spirituel qui fait disparaître la personne et la fin du cycle des réincarnations. Ces objectifs apparaissent contradictoires avec une consommation de biens et services allant au-delà de ce qu'exige le maintien en forme de la personne humaine.

Vision juridique : le droit de la consommationmodifier | modifier le code

Même si les plus grands économistes (Adam Smith ou Jean-Baptiste Say notamment) s’accordent à faire du consommateur le premier destinataire, et même « l’unique but de toute production », il faut attendre la décennie 1960 pour voir apparaître, peu après la montée en puissance du mouvement consumériste américain, non seulement des lois de protection du consommateur mais aussi, en quelques années, une nouvelle branche du droit : le droit de la consommation.

Principes directeurs : Il existe une déclaration de l’Assemblée générale des Nations-Unies, dénommée « principes directeurs des Nations-Unies pour la protection du consommateur » (1999, UNCTAD). Ces principes directeurs énoncent les droits des consommateurs, inspirent les grands principes juridiques qui, désormais, organisent le droit de la consommation et s’imposent aux professionnels :

  • Obligation générale d’information
  • Obligation générale de sécurité
  • Obligation générale de conformité
  • Obligation générale de réparation des préjudice
  • Obligation générale de loyauté et d’équilibre dans les contrats

Ces obligations, d’ordre public, pèsent à la fois sur les entreprises et les pouvoirs publics.

Origines : Il n’est pas contesté que « L’École de Montpellier » (un centre de recherche universitaire)7 et son fondateur, M. Jean Calais-Auloy (professeur émérite)8 est à l’origine de cette nouvelle branche du droit, en France, en Europe et même dans le monde. D’autres universitaires européens (Norbert Reich en Allemagne, Ewoud Hondius aux Pays-Bas, Geoffrey Woodroffe au Royaume-Uni, etc.) ont contribué à « l’européisation » de la matière qui, désormais, quoique portant encore la marque de la « méthode de Montpellier » est essentiellement façonnée par des textes (directives et règlements) d’origine communautaire.

Domaine – contenu : Constitué entre la fin des années 1970 et le début des années 2000, le droit de la consommation n’est pas encore bien délimité et des questions demeurent encore : faut-il y inclure les questions immobilières ? Les personnes morales, les professionnels, peuvent-ils l’utiliser pour se défendre ?

Quoi qu’il en soit de ces questions pour spécialistes l’École de Montpellier y intègre :

  • Les règles relatives aux produits (alimentaires et non alimentaires) et aux services de consommation (banque, assurance, transports, etc.)
  • Les règles relatives à la commercialisation (publicité, promotion des ventes) et aux contrats conclus par le consommateur (démarchage, vente à distance, clauses abusives, garantie, crédit…)
  • Les sanctions des précédentes règles (pénales ou civiles), les actions en justice, y compris celles qui sont exercées par les associations de consommateurs (actions collectives et projet de « class action ») et les questions de surendettement.

Objectifs – Effets : Le droit de la consommation a pour objet d’une part la protection de la partie faible du contrat (ordre public de protection) et, d’autre part, l’équilibre global de l’économie de marché et des rapports concurrentiels (ordre public économique), car la consommation représentant 75 % de la demande (et donc du PIB) il est essentiel qu’elle joue son rôle de manière fluide et symétrique9. C’est pour cela que, même si quelques milieux d’affaires le contestent pour la forme, le droit de la consommation est non seulement une matière essentielle mais encore une branche autonome du droit.

La récente crise des « subprimes » aux États-Unis, intégralement due à l’insuffisance de règles légales et, notamment, de droit de la consommation, apporte un démenti cinglant à ceux qui auraient facilement réduit les contraintes. Quant aux entreprises, elles appliquent le droit de la consommation pour ne pas être sanctionnées et intègrent dans le prix de revient – et donc le prix de vente finalement supporté par le consommateur – le surcoût que le respect de ces règles leur impose.

Toutefois le volume considérable de ces lois protectrices des consommateurs impose aux entreprises une lourdeur de gestion qui les conduit à recourir aux services de juristes spécialisés10 et à une gestion adaptée11.

Sources, textes, Code : Le droit de la consommation peut avoir une origine nationale (de moins en moins, sauf les sanctions), européenne (de plus en plus, sauf les sanctions) ou même, assez rarement, internationale. Certains pays se sont dotés d’un Code, soit complètement nouveau (le Brésil, qui s’est inspiré du « projet de code Calais-Auloy »12), soit simple mais utile compilation de textes existants, dans un ordre supposé pratique. Ainsi du Code français de la consommation13 (mais aussi italien…). Toutefois la méthode de la compilation induit des difficultés d’application car ces textes, venus d’époques différentes, font apparaître des lacunes, des obscurités, des redondances ou même des contradictions.

Les instruments d’origine européenne qui constituent désormais la majorité du corpus de textes, font apparaître, eux-aussi, surtout lorsqu’ils émanent de Directives et non de Règlements, les mêmes difficultés, ces dernières compliquant encore les difficultés du droit national.

L’École de Montpellier a proposé non seulement un nouveau code français, cohérent14, mais aussi un code européen (préférablement, pour des raisons tactiques, d’un usage limité aux seuls contentieux transfrontaliers européens).

Formation – Recherche : Il n’existe, en France – et même semble-t-il en Europe – qu’une seule formation pour des juristes spécialisés en droit de la consommation (à l’Université de Montpellier15) dont les grandes entreprises, cabinets, administrations, associations de consommateurs, ont désormais besoin.

En consortium avec les Universités de Londres-Brunel, Barcelone, Bologne-Rimini et Timisoara, le Centre du droit de la consommation de Montpellier offre désormais, depuis octobre 2009, sous l’impulsion de la Commission européenne, une formation bilingue, sous quintuple sceau, le European Master in Consumer Affairs, plus orientée vers le management de la consommation.

La recherche en consommation continue dans le monde entier et la Chine commence à s’y intéresser car les règles de consommation peuvent, en parfaite conformité avec celles de l’OMC, conduire au rejet, retrait, rappel de marchandises non conformes. Les Nations-Unies (CNUCED, ONUDI, FAO, OMS) tentent de coordonner aussi bien la recherche et la réflexion que l’action (adoption dans les derniers pays qui n’en connaissent pas encore).

Notes et référencesmodifier | modifier le code

  1. "Dictionnaire des théories et mécanismes économiques " Par J Brémond et A Gélédan, Hatier, Paris 1984
  2. Les grands économistes, Jean-Claude Drouin, Presses universitaires de France, 2006, ISBN 2130546250
  3. Société de consommation : société d'un pays industriel avancé qui crée sans cesse des besoins artificiels, (Le Petit Larousse, 1992)
  4. a et b Sortir de la crise, Daniel Cohen, Le Nouvel Observateur, 3/9/2009.
  5. Étude Trend Observer 2008 d'Ipsos, citée dans Aujourd'hui, les consommateurs y regardent à deux fois, in Les Echos, 2 décembre 2008, page 19
  6. Discours à la rote romaine, Vatican 1991
  7. Centre du droit de la consommation, v. http://www.dynamiques-du-droit.cnrs.fr
  8. H. Temple, Éloges au Professeur Calais-Auloy, in Liber amicorum Jean Calais-Auloy, Études de droit de la consommation, Dalloz, 2004
  9. V. les travaux de J. Stiglitz, Prix Nobel d’économie
  10. Master 2 Consommation et Concurrence
  11. European Master in Consumer Affairs
  12. J. Calais-Auloy, Proposition pour un code de la consommation, La documentation française, 1998
  13. Loi du 26 juillet 1993
  14. V. note 8
  15. Université Montpellier 1, http://www.univ-montp1.fr

Voir aussimodifier | modifier le code

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Articles connexesmodifier | modifier le code

Liens externesmodifier | modifier le code

Bibliographiemodifier | modifier le code

  • Jean Baudrillard, Le Système des objets, la consommation des signes, (1968), Paris, Gallimard «Tel», 1978
  • Nicolas Herpin, Sociologie de la consommation, Paris, Ed. La Découverte, 2001, (ISBN 2-7071-3492-9) ; La Consommation des Français, (1988), Paris, La Découverte, 2000
  • Luc Bihl & Luc Willette, Une histoire du mouvement consommateur - Mille ans de luttes, Ed. Aubier, 1984, (ISBN 9 782700 703498). Rééditions 1994 - 2003. Incontournable.
  • Jean Calais-Auloy & Frank Steinmetz, Droit de la consommation, 7e éd. Dalloz, 2006.







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