Crassus

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Crassus
Tête de Marcus Licinius Crassus exposée au musée du Louvre, à Paris
Tête de Marcus Licinius Crassus exposée au musée du Louvre, à Paris

Titre Consul (70 et 55 av. J.-C.)
Commandement 10 légions dans la lutte contre la révolte de Spartacus
7 légions lors de la campagne contre les Parthes
Autres fonctions Questeur
Édile
Préteur
Consul
Biographie
Naissance vers 115 av. J.-C.
Rome
Décès 53 av. J.-C.
Carrhes
Père Publius Licinius Crassus Dives
Mère Venuleia
Conjoint Tertulla
Enfants Marcus Licinius Crassus
Publius Licinius Crassus

Marcus Licinius Crassus (latin : M•LICINIVS•P•F•P•N•CRASSVS1) né vers 115 av. J.-C. à Rome et mort en 53 av. J.-C., est un général et politicien romain qui joua un rôle essentiel dans le passage de la République à l'Empire. Ayant amassé une immense fortune durant son existence, Crassus est considéré comme l'homme le plus riche de l'Histoire de Rome, et il fait certainement partie de la liste des hommes les plus riches de l'Histoire en général.

Crassus commence sa carrière d'homme d'État en tant que commandant militaire sous Lucius Cornelius Sylla pendant la seconde guerre civile. Après la victoire de Sylla et son ascension en tant que dictateur, Crassus amasse une énorme fortune grâce à la spéculation immobilière. Paradoxalement, Crassus s'impose sur la scène politique romaine après sa victoire contre les esclaves révoltés de Spartacus, partageant le consulat avec son rival Pompée2.

En tant que patron politique et financier de Jules César, Crassus se joint à César et à Pompée dans l'alliance officieuse du Premier Triumvirat. Ensemble, les trois hommes dominent le système politique romain. Cependant, l'alliance ne peut durer indéfiniment à cause des ambitions et jalousies des trois hommes. Alors que César et Crassus sont de vieux amis, ce dernier et Pompée se haïssent ; Pompée devenant de surcroît maladivement jaloux des succès spectaculaires de César au cours de sa guerre des Gaules. L'alliance est toutefois renouvelée à la conférence de Lucques en 56 av. J.-C., à la suite de laquelle Crassus et Pompée sont élus à un nouveau mandat de consul. Après ce second mandat, Crassus est proconsul en Syrie romaine. Crassus fait usage de la Syrie comme d'une plate-forme afin de lancer sa campagne militaire contre l'empire parthe, le traditionnel ennemi oriental de Rome. Sa campagne est un échec retentissant, s'achevant par sa défaite et sa mort à la bataille de Carrhes.

Sa mort défait rapidement et définitivement l'alliance entre César et Pompée. Quatre années après le décès de Crassus, César traversera le Rubicon, inaugurant ainsi une nouvelle guerre civile contre Pompée et le gouvernement légitime de la République.

Biographiemodifier | modifier le code

Les premières annéesmodifier | modifier le code

Marcus Licinius Crassus est le troisième et plus jeune fils de Publius Licinius Crassus Dives, consul en 97 av. J.-C.. Crassus incarne le type même de l'aristocratie sénatoriale par sa carrière exemplaire. Son frère aîné, Publius, est décédé au cours de la Guerre sociale, tandis que son père et un autre frère, Lucius, ont été victimes de la répression sanglante de Marius et de Cinna lorsque Marcus Crassus était encore jeune. En 85 av. J.-C., pour échapper à la mort, il trouve refuge en Hispanie ultérieure, auprès de la clientèle que son père y avait établie. Il recrute une petite armée, sous les ordres de Sylla lorsqu’il revient en Italie comme légat romain ou préfet.

Il se met en valeur lors de la Première guerre civile, et en particulier dans la célèbre bataille de la Porte Colline (1er novembre 82 av. J.-C.). Son intervention décisive donne finalement la victoire à Sylla dans un combat imprudemment engagé. Les proscriptions qui suivent l'instauration de la dictature de Sylla font de lui un homme extraordinairement riche. Dès lors sa puissance financière est évidente. En négociant, en spéculant et en extorquant, il amasse une immense fortune avec des activités aussi diverses que des maisons de prostitution ou des brigades de pompiers3.

Lors de son procès pour avoir couché avec une vestale vierge, un crime grave à l'époque, il est acquitté en justifiant qu'il n’avait couché avec elle que pour saisir ses biens. Une grande partie de sa fortune est utilisée pour des raisons politiques, accroissant sa clientèle populaire, octroyant des prêts à des familles nobles dans une situation économique difficile maintenant de bonnes relations avec le noyau capitaliste des chevaliers.

Il utilise des intermédiaires, des prête-noms pour ses affaires. Selon Plutarque il passe d’une fortune de 300 talents4 à 71005 avant de commencer sa campagne parthique.

Guerre contre Spartacusmodifier | modifier le code

Article détaillé : Troisième Guerre servile.

Début de la guerremodifier | modifier le code

En 73 av. J.-C., les esclaves d'Italie se révoltent contre Rome sous le commandement de Spartacus et défont les armées romaines à plusieurs reprises. Le Sénat, déjà alarmé par la rébellion apparemment imparable dans le sud de l'Italie, confie à Marcus Licinius Crassus la tâche d'y mettre fin. Crassus avait été préteur en 73 av. J.-C. certes, mais, bien que connu pour les connexions politiques de sa famille, n'avait aucune réputation de commandant militaire67.

On lui attribue six nouvelles légions en plus des deux légions consulaires de Gellius et Lentulus, c’est-à-dire au total une armée d’environ 40 000 à 50 000 soldats romains entraînés8. Crassus soumet ses légions à une discipline de fer, parfois brutale, réactivant le châtiment de décimation de l’unité au sein de l’armée. Appien n’est pas sûr qu’il ait décimé les deux légions consulaires pour lâcheté lorsqu’il fut nommé leur commandant, ou s’il décima son armée entière lors d’une défaite ultérieure (un événement durant lequel près de 4 000 légionnaires auraient été exécutés)9. Plutarque ne fait mention que de la décimation de 50 légionnaires d’une cohorte comme châtiment après la défaite de Mummius lors de la première confrontation entre Crassus et Spartacus10. Quelle qu'en fût la raison, Crassus démontra ainsi à ses hommes qu’il pouvait leur être plus néfaste que l'ennemi

Crassus et Spartacusmodifier | modifier le code

Les combats entre Crassus et Spartacus

Lorsque les forces de Spartacus se déplacèrent de nouveau vers le nord6, Crassus déploya six de ses légions sur les frontières de la région. Plutarque affirme que la première bataille entre les légions de Crassus et Spartacus eut lieu près de la région du Picenum6. Appien donne lui, comme emplacement, la région de Samnium, en soulignant les deux légions placées sous le commandement de Mummius, son légat, afin de pouvoir manœuvrer à l'arrière de Spartacus, mais Crassus donna l'ordre de ne pas attaquer les rebelles. Lorsque l'occasion se présente, Mummius désobéit et attaque les forces de Spartacus, mais est battu10. Malgré cette défaite initiale, Crassus attaque Spartacus et le bat, tuant près de 6000 rebelles11.

Le cours de la guerre semble avoir changé. Les légions de Crassus sont victorieuses au cours de plusieurs affrontements, tuant des milliers d'esclaves rebelles et forçant Spartacus à se retirer au sud à travers la Lucanie vers le détroit de Messine. Selon Plutarque, Spartacus négocie avec les pirates ciliciens afin de le transporter, accompagné de quelques 2 000 hommes en Sicile, où il a l'intention d'inciter à une révolte d'esclaves et d'obtenir des renforts. Cependant, il est trahi par les pirates, qui ont été payés mais abandonnent les esclaves rebelles. Trois sources mentionnent qu'il y a eu des tentatives de construire des bateaux et des radeaux par les rebelles comme un moyen d'évasion, mais que Crassus prit des mesures non précisées afin d'assurer que les rebelles ne pourraient pas traverser le détroit de Messine, et en conséquence, ils abandonnent leurs efforts12.

Ensuite les forces de Spartacus se retirent vers la presqu'île de Rhegium. Les légions de Crassus les poursuivent et lors de leur arrivée, érigent des fortifications tout le long de l'isthme de Rhegium, malgré le harcèlement des esclaves rebelles assiégés et coupés de tout ravitaillement13.

La fin de la révoltemodifier | modifier le code

Les derniers événements de la guerre en 71 av. J.-C., dans laquelle l'armée de Spartacus brise le siège des légions de Crassus et se retire vers les montagnes près de Petelia. Le plan montre les premières escarmouches entre les éléments des deux côtés, la rotation des forces de Spartacus durant la confrontation finale. On peut remarquer les légions de Pompée qui rejoindront le nord pour capturer les survivants.

Au même moment, les légions de Pompée reviennent en Italie, après avoir maté la rébellion de Quintus Sertorius en Hispanie.

Les sources divergent pour savoir si Crassus a demandé du renfort, ou si le Sénat profite seulement du retour de Pompée en Italie. Ce qu'il a de certain, c’est qu'on ordonne à Pompée d’éviter Rome et de se diriger vers le sud pour prêter main forte à Crassus14. Le Sénat envoie également des renforts sous le commandement de Lucullus, qu’Appien pense par erreur être Lucius Licinius Lucullus, commandant des forces engagées à l’époque dans la Troisième guerre de Mithridate, mais qui est en réalité Marcus Terentius Varro Lucullus, frère du précédent et proconsul de Macédoine15. Comme les légions de Pompée marchent depuis le nord, et que les troupes de Lucullus débarquent à Brundisium, Crassus réalise que s’il ne met pas rapidement un terme à la révolte des esclaves, le crédit de la victoire reviendrait au général qui arriverait avec des renforts, et donc pousse ses légions pour mettre fin au conflit16.

À l’annonce de l’approche de Pompée, Spartacus tente de négocier avec Crassus pour achever rapidement le conflit avant l’arrivée des renforts romains17. Lorsque Crassus refuse, une partie des forces de Spartacus rompt le siège et s’échappe vers les montagnes à l’est de Petelia (actuellement Strongoli) dans le Bruttium (Calabre moderne), avec les légions de Crassus à sa poursuite18. Les légions parviennent à atteindre une partie des rebelles (commandés par Gannicus et Castus) isolés de l’armée principale, et tuent 12 300 hommes19,20. Cependant, les légions de Crassus subissent également des pertes, lorsqu'une partie des esclaves échappés font demi-tour pour affronter les forces romaines qui sont sous le commandement d’un officier de cavalerie nommé Lucius Quinctius et du questeur Gnaeus Tremellius Scrofa, et les battent21. Les esclaves rebelles ne sont cependant pas une armée professionnelle, et ont atteint leur limite. Ils ne veulent plus fuir plus loin, et des groupes d’hommes se séparent de l’armée principale pour attaquer indépendamment les légions de Crassus qui approchent22. Comme la discipline se perd, Spartacus reviens avec son armée et jette toutes ses forces pour affronter les légions qui viennent à sa rencontre. Les forces de Spartacus sont alors complètement battues, l’immense majorité des hommes sont tués sur le champ de bataille23. Le destin final de Spartacus lui-même est inconnu, puisque son corps ne fut jamais retrouvé, mais les historiens considèrent qu’il périt dans la bataille avec ses hommes24. Malgré l'importance de cette victoire, Crassus n'a pas eu les honneurs d'un triomphe pour l'avoir obtenu sur des esclaves, mais il se voit décerner une ovatio, qui ne donne droit qu'à une couronne de myrte. Selon Aulu-Gelle25, il l'aurait rejetée avec dédain et fini par obtenir une couronne de lauriers.

Cette victoire vaut à Pompée des honneurs dont Crassus est privé. Cet épisode va engendrer des tensions entre les deux rivaux. Néanmoins, leurs intérêts convergents les poussent à s'allier contre le Sénat et à devenir les deux consuls de 70 av. J.-C.. Cette magistrature de Crassus est parfaitement illégale, car il venait de déposer la préture ; celle de Pompée l'est tout autant car il n'avait pas l'âge requis et il n'avait pas suivi le cursus honorum, et ceci porte un nouveau coup aux institutions républicaines.

Son premier consulatmodifier | modifier le code

Crassus et Pompée, sont donc élus consuls (70 av. J.-C.). Pompée est déjà devenu le favori du peuple et a commencé à provoquer la méfiance des optimates, tandis que Jules César applaudit l'union entre Crassus et Pompée pour stimuler des mesures populaires. Les deux consuls font approuver la lex Aurelia par laquelle les juges sont choisis parmi le populus représenté par les tribuns aerarii et les chevaliers, tout comme le Sénat (jusqu'alors, le Sénat nommait exclusivement les juges pendant douze ans suite à la lex Cornelia promulguée par Sylla). Crassus est conscient que son collègue est plus populaire et pour obtenir un soutien, organise un banquet de dix mille tables et distribue assez de céréales pour répondre aux besoins de chaque famille romaine pendant trois mois. Malgré ces efforts Crassus ne peut rivaliser avec la popularité de Pompée et la froideur entre les deux consuls devient publique et notoire. Au dernier jour de l'année, le chevalier Gaius Aurelius, probablement un agent de Jules César, monte à la tribune et déclare que Jupiter lui est apparu en rêve et demande que les deux consuls se réconcilient avant d'abandonner leur charge. Pompée reste inflexible mais Crassus tend la main à son rival au milieu de grandes acclamations.

La réconciliation n’est que de façade et la rivalité continue. Crassus s'oppose, en privé, à la rogatio Gabinia qui avait été mise en service pour que Pompée puisse nettoyer la Méditerranée des pirates, et à la lex Manilia qui donne à Pompée le commandement de la guerre contre Mithridate VI. Lorsque Pompée revient victorieux de ces tâches, Crassus se retire temporairement de la politique.

Le Triumviratmodifier | modifier le code

En 65 av. J.-C., il exerce la censure avec Quintus Lutatius Catulus. Il tente d'obtenir des pouvoirs extraordinaires pour transformer le royaume d'Égypte, un allié de Rome, en province, ainsi que de faire accorder aux Transpadans la citoyenneté romaine (ce qui lui aurait valu une importante clientèle politique). Les deux projets sont bloqués par son collègue, Catulus, qui use de son droit de veto pour paralyser l'activité de la magistrature. Pendant ces années, Crassus protège Lucius Sergius Catilina, soutenant sa candidature aux élections consulaires de 64 av. J.-C.. C’est lui qui, peu de temps après, informe Cicéron de la préparation de la conspiration. Dans sa fonction d'édile curule, il rétablit les trophées et les statues de Caius Marius, intriguant pour ranimer le parti populaire ; provoquant un sénatus-consulte, il fait envoyer Pison, l'adversaire de Pompée, en Hispanie ultérieure avec la fonction de propréteur, mais Pison y est bientôt assassiné.

Autour de l'an 59 av. J.-C. Crassus conclut avec les deux hommes politiques les plus importants de l'époque, Pompée et César, une alliance connue sous le nom de Premier triumvirat. Chacun des membres avait ses propres intérêts et ceux de Crassus sont axés sur l'approbation d'une loi qui abaisse le loyer de l'encaissement des impôts dans la province d'Asie et d'une commission chargée de mener à bien les répartitions de terres parmi les vétérans. En accord avec ces objectifs, en 59 Crassus fait déjà partie d'une commission pour la mise en œuvre de la répartition des terres parmi les vétérans. Les trois hommes décident de s'allier pour faire élire César consul l'année suivante, et, ainsi, obtenir de ce dernier la réalisation des exigences que le Sénat refusait de satisfaire. Crassus, qui était l'homme le plus riche de Rome, parvient, grâce à la corruption, à faire aboutir le projet.

En 56 av. J.-C., par des accords dits de Lucques, le triumvirat est reconduit, et par conséquent Pompée et Crassus sont élus au consulat en 55 av. J.-C. Au cours de leur magistrature, il est prévu de créer deux pouvoirs proconsulaires pendant cinq ans, similaires à ceux exercés par César en Gaule. Le projet de loi présenté à l'Assemblée transfère pour une période de cinq ans les provinces d'Hispanie à Pompée et de la Syrie à Crassus, avec des privilèges tels que le recrutement et la possibilité de prendre des décisions de façon autonome. La province promettait d'être une source inépuisable de richesses et elle l'aurait été si Crassus n'avait pas également cherché la gloire militaire et traversé l'Euphrate dans une tentative de conquérir la Parthie.

Guerre parthiquemodifier | modifier le code

Crassus quitte Rome en novembre 55 av. J.-C., sous la malédiction d'un tribun, et malgré plusieurs présages défavorables. À l'été de 54 av. J.-C., il franchit l'Euphrate et prend un certain nombre de villes frontalières. Les Parthes lui demandent de se retirer. Crassus refuse. Toutefois, lorsqu’il eut la guerre qu'il avait tant souhaitée, il prit son temps avant de la poursuivre. Il passe la première année en tant que gouverneur en se consacrant à des pillages lucratifs. Il prend tout ce qu'il y avait de valeur dans le Temple de Jérusalem26. Et comme le dit Plutarque « Il passait ses jours penché sur la balance. » Grâce à sa comptabilité minutieuse, Crassus peut recruter une armée véritablement digne de ses ambitions.

En juin de l'année 53 av. J.-C., l'armée de Crassus (composée de sept légions, 4 000 cavaliers et troupes auxiliaires, un total d'environ 50 000 hommes) est massacrée à la bataille de Carrhes, en raison de la supériorité stratégique des Parthes et du manque de souplesse des Romains, à proximité de Carrhes, aujourd'hui Harran en Turquie (Selon Plutarque, « ils ont commencé à entendre des sons, une mélange féroce de rugissements de fauves et de bousculade de tonnerre », en référence aux bruits sourds qui produisaient les armes de leurs ennemis). Les légions de Crassus sont incapables de manœuvrer plus vite que leurs opposants. Crassus refuse les plans de son questeur, Cassius, de reconstruire la ligne romaine de bataille, et reste dans la formation de testudo. Plus de 20 000 soldats perdent la vie et environ 10 000 sont faits prisonniers.

Par la suite, les hommes de Crassus, proches de la mutinerie, exigent qu'il parlemente avec les Parthes, qui auraient offert de le rencontrer. Crassus, abattu par le décès de son fils Publius dans la bataille, se rend à cheval au campement du général parthe Suréna pour négocier. Un officier subalterne, Octave, soupçonne un piège quand un Parthe saisit le cheval de Crassus par la bride, engageant une discussion qui bientôt tourne à la violence. Les Romains du groupe sont tués, dont Crassus; Dion Cassius rapporte avec certaines réserves que Suréna fait couler de l'or fondu dans la bouche du général et en faisant allusion à son avarice, lui dit: « Rassasie-toi de ce métal dont tu es si avide ! »27. La tête de Crassus fut ensuite envoyée au roi parthe, Orodès II.

La fortune de Crassusmodifier | modifier le code

Dès 66, « riche comme Crassus » était devenu une expression proverbiale. En raison de son immense richesse, le surnom de Dives (« le riche ») est resté accolé à son nom, comme l'écrit Cicéron28 ; mais ce surnom était déjà attaché depuis cinq générations à sa famille, une des plus illustres de la noblesse patricienne. En effet, après la mort de son frère et le suicide de son père, Crassus hérita d'un patrimoine considérable estimé à 1 800 000 deniers29. Sa fortune s'accrut ensuite de différentes manières : il pratiqua le trafic d'esclaves, formant des esclaves spécialisés dans les fonctions de lecteurs, secrétaires, comptables, ouvriers d'art qu'il louait ou revendait30 ; il possédait des mines d'argent en Espagne et il acquit de nombreuses terres et maisons. Il usa de deux méthodes pour ces achats : d'une part il fit de nombreuses acquisitions lors des ventes aux enchères des biens confisqués après les proscriptions de Sylla ; d'autre part il rachetait à bas prix les maisons voisines d'un incendie, qu'on l'accusait de provoquer lui-même pour baisser la valeur des biens et forcer la vente, avant de faire appel à ses nombreux clients (près de 500) pour arrêter l'incendie.

Cicéron critique son enrichissement au service d'ambitions égoïstes et lui prête cette déclaration « qu'un homme qui voulait jouer le premier rôle dans une république n'avait jamais assez de fortune, tant qu'il ne pouvait entretenir une armée à ses frais »31, propos également rapporté par Pline l'Ancien32.

Cette fortune estimée à deux cent millions de sesterces de biens fonciers33,34 lui permit à plusieurs reprises de jouer un rôle politique important : ainsi, il contribua à faire acquitter Publius Clodius Pulcher en achetant les juges, malgré le témoignage à charge de Cicéron ; ses capitaux financèrent les enrôlements ; c'est encore avec l'argent de Crassus que Jules César, encore édile curule en 65, put donner des jeux magnifiques.

Représentations fictivesmodifier | modifier le code

Littératuremodifier | modifier le code

  • 1873 : Benoît Malon, Spartacus ou la guerre des esclaves, 1873, inspiré par le parallèle entre la révolte des esclaves et la Commune de Paris. (rééd. par Jacques André éditeur 2008)
  • 1939 : Spartacus (The Gladiators), Arthur Koestler (Traduction française en 1945 chez Aimery Somogy. Réédité depuis chez Calman-Levy).
  • 1951 : Spartacus, roman de Howard Fast sur lequel est basé le film de Stanley Kubrick.
  • 1956 : Marcus Licinius Crassus est un personnage important dans le roman de Alfred Duggan, Winter Quarters. Le roman montre deux nobles gaulois fictifs qui se joignent à la cavalerie de Jules César pour ensuite trouver leur chemin au service du fils de Marcus, Publius Licinius Crassus, en Gaule. Les personnages finissent par devenir des clients de Publius Crassus et, par extension, de son père. La seconde moitié du roman est reliée par son narrateur gaulois aux rangs de l'armée de Crassus vouée à l'échec, en route pour se battre avec les Parthes. Le livre dépeint un Crassus trop confiant et militairement incompétent jusqu'au moment de sa mort.
  • 1988  : Dans le roman de David Drake, Ranks of Bronze, la Légion pérdue est le principal participant, bien que Crassus ait lui-même été tué avant le début du livre.
  • 1988  : Spartacus et la révolte des gladiateurs, Joël Schmidt, Mercure de France
  • 1992 : Crassus est un personnage important dans roman L'Étreinte de Némésis, de Steven Saylor. Il est dépeint comme le cousin et mécène de Lucius Licinius, dont l'enquête du meurtre constitue la base du roman. Il a également une apparition mineure dans Du sang sur Rome.
  • 1995 et 1996: Crassus est un personnage important dans le romans Le Favori des dieux (en français, il a été publié en deux volets, le premier étant celui-ci et le second La Colère de Spartacus) et Jules César, la violence et la passion (en français, il a aussi été publié en deux volets, le premier étant celui-ci et le second Jules César, le glaive et la soie). Il est dépeint comme un général courageux mais médiocre, un brillant financier, et un véritable ami de César.
  • 2005 : Les Romains, tome 1: Spartacus, la révolte des esclaves, roman de Max Gallo, éd. Fayard.
  • 2006 et 2009: Imperium de Robert Harris. Roman sur l'ascension politique de Cicéron. Parmi les épisode marquants, le roman montre Crassus organisant l'exécution de masse des esclaves de la rébellion de Spartacus. Lorsque le triomphe romain de Crassus a lieu, il paraît falot puisqu'il n'y a que très peu de prisonniers à montrer. Crassus est un personnage important dans Lustrum (Conspirata aux Etats-Unis), la suite de Imperium.
  • 2008 : L'histoire de la bataille de Carrhae est la pièce centrale du roman de Ben Kane, The Forgotten Legion. Crassus est représenté comme un homme vain avec un manque de jugement militaire.

Cinéma et télévisionmodifier | modifier le code

  • 1909 : Spartacus, film italien d'Oreste Gherardini ;
  • 1953 : Spartacus, film franco-italien de Riccardo Freda, avec Carlo Ninchi, dans le rôle de Crassus.
  • 1960 : Spartacus, film américain de Stanley Kubrick, Crassus y est interprété par Laurence Olivier. Le film est basé sur le roman portant le même nom de Howard Fast publié en 1951.
  • 1998 : Crassus apparaît dans un épisode de la troisième saison de Xena, la guerrière, dans lequel il est décapité dans le Colisée.
  • 2001 : Il est un antagoniste très fictionnalisé dans le film Amazones and Gladiators, interprété par Patrick Bergin - il est connu comme “Marcus Crassius”. Sa victoire sur Spartacus, son exil par César en raison de sa popularité à une province pauvre où il est très cruel à la population sont mentionnés, il conquiert les Amazones, sous la reine Zénobie (qui règne apparemment une tribu d'Amazones dans la même province, Pannae (Pannonie, on suppose). Dans ce film, il est tué par une jeune fille dont la famille il tua.
  • 2004 : Spartacus, téléfilm américain de Robert Dornhelm avec Angus Macfadyen, dans le rôle de Crassus35 ;
  • 2013 : Spartacus : La Guerre des damnés. Crassus y est interprété par Simon Merrells. Contrairement au roman d'Alfred Duggan, il est décrit comme un tacticien militaire brillant.

Jeux vidéomodifier | modifier le code

Notesmodifier | modifier le code

  1. En français : Marcus Licinius Crassus, fils de Publius, petit-fils de Publius.
  2. La guerre de Spartacus (73-72 av. J.-C.)
  3. Brigades qu’il inventa et qui n’intervenaient que si le propriétaire acceptait de vendre la propriété à un prix inférieur au marché
  4. Soit7,2 millions des sesterces
  5. Soit 170,4 millions des sesterces, ce qui n'est pas beaucoup par rapport aux 350 millions accumulés par le philosophe stoïcien Sénèque le Jeune grâce à l'exercice immoral de l'usure.
  6. a, b et c Plutarque, Crassus 10:1
  7. Plutarque, Crassus, 6; Appien, Les Guerres civiles à Rome, 1:76–1:104. Plutarque donne un bref résumé de l'implication de Crassus dans la guerre, notamment en 6:6–7. Appien donne plus de détails.
  8. Appien, Les Guerres civiles à Rome, 1:118; Smith, A Dictionary of Greek and Roman Antiquities, "Exercitus", p. 494; Appien donne le détail sur le nombre de légions, alors que Smith, en analysant la taille des légions romaines à travers l'histoire de la Rome antique, donne le chiffre de 5000 à 6200 hommes par légion à la fin de la République romaine.
  9. Appien, Les Guerres civiles à Rome, 1:118.
  10. a et b Plutarque, Crassus, 10:1–3.
  11. Appien, Guerres Civiles, 1:119.
  12. Florus, Epitome, 2.8; Cicéron, Oraciones, "For Quintius, Sextus Roscius...", 5.2
  13. Plutarque, Crassus, 10:4-5.
  14. Contrast Plutarque, Crassus, 11:2 with Appien, Les Guerres civiles à Rome, 1:119.
  15. Strachan-Davidson on Appian. 1.120; Appien, Les Guerres civiles à Rome, 1:120; Plutarque, Crassus, 11:2.
  16. Appien, Les Guerres civiles à Rome, 1:120; Plutarque, Crassus, 11:2.
  17. Appien, Les Guerres civiles à Rome, 1:120;.
  18. Appien, Les Guerres civiles à Rome, 1:120; Plutarque, Crassus, 10:6. Aucune mention du devenir des forces qui n'ont pas abandonné le siège n'est disponible, bien qu'il puisse s'agir des esclaves sous le commandement de Gannicus et Castus mentionnés plus tard.
  19. Chiffre tiré de Plutarque Vie de Pompée, XIX
  20. Plutarque, Crassus, 11:3; Tite-Live, Periochae, 97:1. Plutarque donne le chiffre de 12300 rebelles tués. Tite-Live 35000.
  21. Bradley, Slavery and Rebellion. p. 97; Plutarque, Crassus, 11:4.
  22. Plutarque, Crassus, 11:5;.
  23. Appien, Les Guerres civiles à Rome, 1:120; Plutarque, Crassus, 11:6–7; Tite-Live, Periochae, 97.1. Tite-Live donne le chiffre de 60000 rebelles tués lors des combats finaux.
  24. Appian, Les Guerres civiles à Rome, 1:120; Florus, Epitome, 2.8.
  25. Aulu-Gelle, Nuits attiques, V,6
  26. Flavius Josèphe,Antiquités juives, livre 14, VII, 1
  27. Dion Cassius, Histoire romaine livre XL, 26-27
  28. Cicéron, De Officiis, livre II, XVI, 57 : « Crassus le Riche et par le surnom et aussi par la fortune ».
  29. Carcopino 1968, p. 42 ; Plutarque, Vie de Crassus, II, 3 et IV, 1.
  30. André Piganiol, La Conquête romaine, PUF, 1967, p. 519.
  31. Cicéron, De officiis, livre I, VIII, 25 ; ou sous une formulation un peu différente dans Paradoxes des stoïciens, VI, I.
  32. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXXIII, 47, 1.
  33. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXXIII, 134.
  34. Claude Nicolet, Rome et la conquête du monde méditerranéen 264–27 av. J.-C., Tome 1 Les structures de l’Italie romaine, Presses universitaires de France, coll. « Nouvelle Clio, l'Histoire et ses problèmes », Paris, 2001 (1re éd. 1979), (ISBN 978-2130519645), p. 110.
  35. Spartacus (2004) sur IMDb

Bibliographiemodifier | modifier le code

Voir aussimodifier | modifier le code









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