Crue

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Rivière en crue
Repère de crue de la Seine à Paris
A Dijon, l'Ouche débordant de son lit mineur en ville

La crue1 est une augmentation2,3, un accroissement du débit / de la hauteur d'eau en écoulement d'un cours d'eau, qui provoque un débordement de son lit mineur et une inondation de zones plus ou moins éloignées des rives, dans une zone inondable. La crue commence lorsque le niveau critique de crue4 est atteint : c'est le seuil indicateur d'un limnimètre fixe à partir duquel le débordement du cours d'eau commence à provoquer des dommages en un point quelconque du bief amont.

Ceci se produit le plus souvent après de fortes pluies à l'amont dans le bassin versant, plus rarement lors de la fonte des neiges et exceptionnellement lorsqu'une fracture terrestre en profondeur libère des nappes phréatiques. Liées à des caractéristiques météorologiques et géomorphologiques propres à chaque site, les crues sont un phénomène naturel bien connu et très suivi dans l'histoire.

Lorsque la hauteur d'eau constatée atteint un maximum, c'est la pointe de crue, parfois conservée par un repère de crue. Ensuite, le niveau d'eau redescend : c'est la décrue, jusqu'au retour de l'écoulement dans le lit mineur du cours d'eau.

On lutte contre les crues par divers aménagements hydrauliques, comme les digues et les zones d'expansion de crue ou par du reboisement (forêt de protection) dans les hauteurs des bassins versant.

Le terme de crue ne s'applique pas à la submersion marine.

Caractéristiquesmodifier | modifier le code

échelle limnimétrique près d'un pont

En hydrologie, l'ensemble du phénomène crue-décrue peut se caractériser en un point caractéristique, (une section de contrôle ex : un pont) par un hydrogramme5,6dont les pentes caractérisent la rapidité ou la lenteur des variations. On relie ensuite souvent la pointe de crue à une période de retour de la crue.

Le niveau d'aléa7 lié à la crue est principalement lié à :

  • sa fréquence / période de retour ;
  • sa soudaineté : de quelques secondes à quelques jours ; Onde de crue5,8 ;
  • sa vitesse d'augmentation : ex : à vue d'œil ;
  • son ampleur : approche / dépassement des niveaux historiquement connus ; Extension spatiale ;
  • sa durée : de quelques minutes à plusieurs jours : Temps de montée5,9.

Les zones inondées par les crues sont néanmoins très souvent considérées comme à risque en liaison avec leur occupation humaine (habitat, voie de circulation, zone industrielle/ commerciale). Elles sont maintenant assez bien répertoriées en France dans chaque plan de prévention du risque inondation communal.

Causesmodifier | modifier le code

  • Pluie : l'intensité et/ou la durée de la pluie sur un même bassin versant génère par ruissellement et automatiquement une augmentation du débit du cours d'eau. La crue commence alors quand un seuil spécifique à chaque lieu est atteint puis dépassé. L'ampleur du phénomène dépend aussi beaucoup de la perméabilité et de la saturation en eau des sols du bassin versant.
  • Fonte des neiges : Au printemps, la transformation de la neige en eau liquide étant un phénomène relativement lent, l'eau issue de la fonte des neiges pénètre mieux dans le sol que l'eau de pluie, elle contribue donc plus à l'alimentation des nappes phréatiques et au régime dit nival du débit du cours d'eau. Néanmoins, les quantités d'eau stockée sous forme de neige ou de glace pouvant être considérables, et en cas de radoucissement intense, rapide et accompagné de pluies, la fonte rapide des neiges peut provoquer des inondations parfois catastrophiques.
  • Refoulement depuis un fleuve en crue sur une rivière affluente : la montée des eaux provient alors de l'aval !

Typologiemodifier | modifier le code

Le premier critère de distinction des crues est son temps de montée lié à la taille du bassin versant concerné6 :

  • Une crue-éclair10,11 a un temps de montée très court, inférieur à quelques heures11 et se produit sur un petit bassin versant (jusqu'à une centaine de km2)7, souvent assez pentu. Elle peut être torrentielle10, urbaine ou périurbaine10. Le torrent, le ruisseau, ou la rivière sort subitement de son lit à la suite de pluies torrentielles, généralement de durée assez limitée, souvent sous des orages. Ce phénomène est fréquent dans les régions montagneuses où le ruissellement des pentes vers les vallées est très rapide.
Crue à Queens Park (Grande-Bretagne) - Piéton en danger
  • une crue rapide10,12 a un temps de montée compris entre 2 et 12 heures et se produit sur un bassin versant assez grand (plusieurs centaines à quelques milliers de km2)7 ou lors d'intensité pluviométrique moins forte. Parfois la pluie est tombée assez loin de la zone inondée car la crue résulte de la concentration de l'eau tombant sur l'ensemble du bassin hydrique vers les points les plus bas.
  • une crue lente10 a un temps de montée supérieur à 12 heures et se produit sur un grand bassin versant (supérieur à une dizaine de milliers de km2)7 en plaine sur les fleuves et les grandes rivières. Les pluies continues sur de larges zones, comme la mousson, vont ruisseler vers les cours d'eau. Dans ces cas, même si la pente est faible, la quantité importante de pluie peut les faire déborder.

Le type de crue dépend aussi9 :

  • du sol (nature, état de saturation en eau, couverture (végétale, imperméable)) ;
  • des précipitations : selon leur intensité - durée - extension spatiale ;
  • des caractéristiques géographiques du bassin versant (pentes (des versants, du cours d'eau), forme (du bassin versant, du cours d'eau)).

On distingue aussi les crues selon :

Conséquencesmodifier | modifier le code

Les grandes crues, par leur soudaineté ou par l'étendue des inondations qu'elles provoquent, sont souvent des catastrophes, avec leur lot de victimes et de dégât matériels.

Crue du Nil en 1908 en Haute-Egypte, avec palmiers partiellement submergés.

Mais dans certaines régions du globe, les crues font partie du cycle naturel des saisons. Durant plusieurs millénaires, la crue annuelle du Nil11, très souvent bienfaitrice en s'étendant sur une bande agricole jusqu'à environ 25 kilomètres des bords du fleuve, a fait prospérer la civilisation égyptienne. Elle était mesurée par des nilomètres comme celui d'Éléphantine. Son démarrage commençait la nouvelle année égyptienne. Parfois liés aux moussons, de nombreuses zones tropicales sont encore tributaires de ce type de crue assez régulière, qui fertilisent et irriguent les cultures, en reconstituant des réserves d’eau pour la saison sèche.

Grandes crues historiquesmodifier | modifier le code

Témoin de crue de la Seine au Pont-Neuf à Paris

Quelques crues célèbres en France:

  • Témoin de crue de la hauteur d'eau en 1910 à Paris sous le Pont Neuf. Il existe un autre témoin dans les salles de la conciergerie à environ un mètre au-dessus du sol et un de 1845 à environ 1 mètre au-dessus de la route surplombant à mi-hauteur du chambranle d'une porte à plus de 5 mètres de haut le niveau courant de la Loire à Orléans à moins de 300 mètres du pont Jeanne-d'Arc au-dessus du niveau des constructions au sud de la Loire.
  • 3 témoins de crue dont 1910 sur le mur de la mairie construite en 1763 de Noyers (89) sous la fenêtre.

[style à vérifier][réf. nécessaire]

Prévisionmodifier | modifier le code

Organisationmodifier | modifier le code

Organisation collectivemodifier | modifier le code

Article détaillé : Prévision des crues.

Certains pays organisent la prévision des crues pour alerter la protection civile et les populations en indiquant continuellement le niveau de vigilance adapté aux principaux cours d'eau :

  • en Belgique, avec Meteo-Belgique par l'intermédiaire de l'alerte aux fortes pluies18,
  • au Canada, avec les centres de prévision des crues19 des différentes provinces,
  • en France, avec le Service Central d'Hydrométéorologie et d'Appui à la Prévision des Inondations (Schapi), situé à Toulouse, et des Service de Prévision des Crues, diffusant leurs prévisions et niveaux de vigilance au travers du site Vigicrues20,
  • en Suisse, avec l'office fédéral de l'environnement, OFEV21 avec 5 niveaux de danger,

Préparation individuellemodifier | modifier le code

Un particulier qui souhaite limiter les effets des crues pour lui-même, sa famille, son habitation22,23 peut :

  • Bien avant la crue :
    • Prévoir une issue vers le haut, facile pour tous, utilisable sans éclairage ni électricité : étage supérieur, toit ;
    • Prévoir des équipements (exemple : barrages temporaires) permettant de limiter la pénétration de l'eau et de la boue à l'intérieur ;
    • N'utiliser les pièces submersibles que pour un usage secondaire24 ;
    • Disposer bien en conséquence ses installations électriques (tableau hors d'eau...) ;
    • Amarrer les cuves et les gros objets pouvant flotter ;
  • Au moment de l'alerte de crue :
    • s'informer de l'ampleur prévue de la crue et prévoir une marge supplémentaire (en hauteur, en vitesse) ;
    • Déplacer hors d'atteinte des plus hautes eaux connues les objets de valeur (ex : véhicule...), les aliments, les produits polluants;
    • se constituer une réserve d'eau potable ;
    • installer les équipements limitant la pénétration de l'eau ;
    • couper les arrivées de gaz, d'eau et d'électricité ;
    • monter dans les étages.

Période de retour / Fréquencemodifier | modifier le code

Repères de hauteurs de crues de la Loire sur la façade du 22 quai du Châtelet à Orléans (45)
Repère des plus hautes eaux connues de La Garonnette à Quissac (Gard)

Les hydrologues classent l'importance des crues selon la période de retour de leurs débits : une crue n-ennale (exemple : crue centennale) est celle :

  • dont chaque année, la probabilité que son débit soit atteint ou dépassé est de 1 / n ,
  • qui apparait donc en moyenne toutes les n ans, mais ne se produit pas nécessairement tous les n ans,
  • dont la probabilité que son débit ne soit pas atteint sur la période de n ans est de \textstyle(\frac{n-1}{n})^{n},
  • dont la probabilité que son débit soit atteint au moins une fois sur la période de n ans est de 1 -\textstyle(\frac{n-1}{n})^{n} .

Tableau des caractéristiques possibles de périodicité usuelle de crue :

Adjectif Nombre
d'années
Probabilité que le débit de la crue n-nale soit :
≥ chaque année toujours <
sur n ans
≥ au moins 1 fois
sur n ans
annuelle 1 1 0 1
biennale 2 0,5 0,25 0,75
triennale 3 0,333 0,296 0,704
quadriennale 4 0,25 0,316 0,684
quinquennale 5 0,2 0,328 0,672
décennale 10 0,1 0,349 0,651
quindécennale 15 0,067 0,355 0,645
vicennale 20 0,050 0,358 0,642
trentennale 30 0,033 0,362 0,638
quadragennale 40 0,025 0,363 0,637
cinquantennale 50 0,02 0,364 0,636
centennale 100 0,01 0,366 0,634
bicentennale 200 0,005 0,367 0,633
tricentennale 300 0,0033 0,3673 0,6327
500 0,002 0,3675 0,6325
millenale 1000 0,001 0,3677 0,6323
décamillenale 10000 0,0001 0,3679 0,6321

Notes et référencesmodifier | modifier le code

  1. Dictionnaire de l'académie françoise, Académie française,‎ 1694, p. 290
  2. Le grand vocabulaire françois, vol. 7, Panckoucke,‎ 1769, 600 p., p. 287
  3. Dictionnaire de l'académie française, vol. 1, Académie française,‎ 1835, 911 p., p. 460
  4. Organisation météorologique mondiale, « Niveau critique de crue », sur Eumetcal (consulté le 11 novembre 2013)
  5. a, b et c Benoît Hingray, Cécile Picouet et André Musy, Hydrologie : 2 Une science pour l'ingénieur, PPUR Presses polytechniques Universitaires Romandes, coll. « Sciences et ingénierie de l'environnement »,‎ 2009, 600 p. (ISBN 2880747988), p. 269
  6. a et b Jean-Paul Amat, Charles Le Coeur et Lucien Dorize, Éléments de géographie physique, [1], coll. « Grand Amphi géographique »,‎ 2008, 464 p. (ISBN 2749502055), p. 177-178
  7. a, b, c et d Helga-Jane LAGANIER, Risque d'inondation et aménagement durable du territoire, Presses universitaires du Septentrion,‎ novembre 2004, 242 p. (ISBN 2-85939-870-8), p. 51
  8. a et b Jacques Bethemont, Le thème de l'eau dans la vallée du Rhône : Essai sur la genèse d'un espace hydraulique,‎ 1998 (ISBN 2851452150), p. 108
  9. a et b Roger Lambert, Géographie du cycle de l'eau, Toulouse,‎ 1996, 440 p. (ISBN 2858162735), p. 213 à 214
  10. a, b, c, d, e, f et g Pierre-Alain ROCHE, Jacques MIQUEL et Eric GAUME, Hydrologie quantitative : Processus, modèle et aide à la décision, Verlag France,‎ 2012, 590 p. (ISBN 2817801067), p. 103
  11. a, b et c François ANCTIL, L'eau et ses enjeux, presses de l'Université Laval,‎ 2008, 230 p. (ISBN 280415694X), p. 200
  12. Renaud Marty, Prévision hydrologique d'ensemble adaptée aux bassins à crue rapide,‎ 2010, 302 p. (lire en ligne)
  13. Anton J. Schleiss et Henri Pougatsch, Les barrages : Du projet à la mise en service, PPUR Presses polytechniques Universitaires Romandes, coll. « Traité de génie civil de l'EPFL »,‎ 2011, 716 p. (ISBN 2-88074-831-3), p. 178 à 180
  14. Roger Ginocchio et Pierre-Louis Viollet, L'énergie hydraulique, Lavoisier, coll. « EDF R&D »,‎ 2012 (ISBN 2743011912), p. 294
  15. Gérard Degoutte, Les déversoirs sur digues fluviales, QUAE, coll. « Savoir faire »,‎ 2012, 184 p. (ISBN 2759218856), p. 64 à 67
  16. Annales des ponts et chaussées: Partie technique : Mémoires et documents, Paris, Carilian-Goeury et Dalmont,‎ 1834, 399 p., p. 30
  17. Alain Recking, Didier Richard et Gérard Degoutte, Torrents et rivières de montagne: Dynamique et aménagement, Versailles, Quae, coll. « Savoir faire »,‎ 2013, 336 p. (ISBN 2759219992), p. 109
  18. [2]
  19. [3]
  20. Site Vigicrues officiel
  21. [4]
  22. http://www.developpement-durable.gouv.fr/Referentiel-de-travaux-de.html
  23. http://www.fntp.fr/upload/docs/application/pdf/2011-08/prevenir_les_inondations_2011-08-21_18-07-56_866.pdf
  24. http://www.maif.fr/conseils-prevention/habitation/prevenir-risques-vie-courante/risques-naturels/risques-naturels-1.html

Annexesmodifier | modifier le code

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexesmodifier | modifier le code

Liens externesmodifier | modifier le code

  • [5], Vigicrues sur le site ministère français de l'écologie, du développement durable et de l'énergie
  • [6], Repères de crues sur le site prim.net du ministère français de l'écologie, du développement durable et de l'énergie
  • [7], Repères de crues sur le site de la DRIEE Île-de-France
  • [8], Repères de crues sur le site de l'association Bouclier bleu
  • Histoire de la lutte contre les crues en Suisse (209 pages), par l'ASSETS







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