Dogmes chrétiens

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Un dogme est une expression de la foi proclamée solennellement par l’Église. Pour les chrétiens, les seules instances qui peuvent proclamer un dogme sont les conciles. Pour les catholiques, un concile avec le pape, ou le pape seul, ont également ce pouvoir.

Une Cène, fresque du IVe siècle découverte le 25 février 1988 à Tomis (Scythie mineure) dans un tombeau : en l’absence de symboles spécifiquement chrétiens, elle témoigne davantage d’une ambiance spirituelle que d’une foi en particulier.

Statut du dogmemodifier | modifier le code

Pour tous les chrétiens, la révélation est complètement et définitivement donnée en Jésus Christ. Cependant, c’est le rôle de l’Église de transmettre cette révélation et d’en approfondir la compréhension au cours des âges, avec l’assistance de l’Esprit-Saint. C'est l’ensemble de cette transmission-approfondissement du message évangélique qui constitue la Tradition, fondée sur la succession apostolique.

Ainsi, les catholiques par exemple considèrent les dogmes comme des expressions de la foi déjà implicitement incluses dans la révélation divine, et qui sont simplement explicités par l'Église1.

Formation des dogmesmodifier | modifier le code

Les questions précises relatives à l'élaboration d'une doctrine du Christ ont commencé à se poser très tôt (IIe siècle). C'est ainsi que se définissent, par opposition l'une à l'autre, les « hérésies » et l’« orthodoxie »2, comme en témoignent, par exemple, les écrits apologétiques d’Hilaire de Poitiers contre les hérétiques3.

En effet, si la première tradition est orale, la reconnaissance de la canonicité de ce qui constituera le Nouveau Testament mit un certain temps à être fixée. Ces écrits eux-mêmes n'ont pas été rédigés comme des ouvrages de référence dogmatiques.

De ce fait, comme dans toutes les religions, des interprétations multiples ont commencé à se répandre. La plus répandue étant les gnoses dont les évêques de Constantinople et d'Antioche considéraient qu'elles sapaient les fondements mêmes de la foi chrétienne. Se considérant dépositaires du seul message chrétien authentique, ils s'investirent de la mission de le propager et de l'autorité d'en préciser des points si nécessaire.

C'est au cours du IVe siècle que débute la succession des conciles élaborant la dogmatique, particulièrement la christologie. Plutôt que de trouver un consensus entre les cinq patriarcats, égaux et indépendants à l'époque, les conciles agissent comme des tribunaux et chacun d'eux donna lieu à un schisme. Toutefois, jusqu'en 1054, ces schismes ne séparaient que des communautés de croyants (appelées « sectes » c'est-à-dire "coupées"), mais non les patriarcats (Jérusalem, Alexandrie, Rome, Antioche et Constantinople), qui eux, restèrent dans l’« orthodoxie »2.

Les premiers schismes sont issus de la multiplication des débats christologiques entre Antioche, Alexandrie et Constantinople. Le présupposé herméneutique qui se fait jour à cette époque est la nécessité de définir ce qu'il faut croire. Dès leur condamnation, les écoles minoritaires — arienne, nestorienne et monophysite — seront déclarées hérétiques avec le sens péjoratif qui persiste de nos jours.

Article détaillé : dogme.

Comme l'explique Marie-Emile Boismard o.p., une formulation des divers dogmes destinée au croyant se retrouve alors dans les confessions de foi qui représentent une conception héllenistique de la religion :

"Croire que les dogmes étaient présents à l'origine relève de la mentalité moderne. On a toujours tendance à analyser les textes du Nouveau Testament pour y retrouver la foi de l'Église actuelle. Dans le monde sémitique, la foi est avant tout l'engagement d'une personne vis-à-vis de Dieu. Quand on passe dans le monde grec, elle se transforme : au lieu d'être une adhésion à une personne, elle devient adhésion à des vérités, à des dogmes.
Elle "s'intellectualise". Pour beaucoup de gens, est chrétien celui qui va adhérer à un credo." 4

Lucien Jerphagnon attire notre attention sur la crise arienne qui change tout. Auparavant, les conciles sont locaux : ce sont des tribunaux où l'on juge les minoritaires, tel celui de Hierapolis qui avait exclu Montan en 175. Avec la crise arienne au lieu d'être local (assorti de conséquences locales) le concile, par la volonté de l'empereur, devient oecuménique et les conséquences s'étendent à tout l'empire. La seule issue pour l'hérétique condamné est alors l'exil5.

Dogmes orthodoxes et catholiquesmodifier | modifier le code

Le développement historique des principales églises en rapport avec les différents conciles ; dans ce diagramme la position des branches n'a pas de signification autre que chronologique et démographique approximative.

Dès le troisième concile, la promulgation de dogmes entraîna des schismes, privant la foi chrétienne de ce caractère de « catholicité » qui, en grec, signifie universel, et relativisant la notion d'« orthodoxie », qui en grec signifie "juste foi".

Article détaillé : Christologie.

C'est pourquoi il est impossible de parler de conciles œcuméniques ou de dogmes œcuméniques6. En effet, en 1054, pour des raisons d'ailleurs plus géopolitiques que doctrinales, l'église d'Occident, dirigée par l’évêque et pontife de Rome, le « Primus inter pares » ("premier parmi ses pairs" : le Pape), quitte la Pentarchie (qui devient dès lors une « tétrarchie ») et depuis lors, cette Église a réuni 14 conciles qui lui sont propres, à l'origine d'importantes innovations tant doctrinales que canoniques (Filioque, Purgatoire, autorité temporelle des papes, célibat des prêtres, inquisition entre autres). Le nombre des conciles dits œcuméniques varie donc selon les diverses églises : les Églises orthodoxes en comptent sept7, les réformés en reconnaissent quatre (les premiers), certaines Églises d'Orient comme l'arménienne en reconnaissent deux (sans celui de Chaldédoine8,9, tandis qu'en ajoutant ses 14 conciles propres aux 7 premiers, l'Église catholique romaine compte pour sa part vingt et un conciles.

Par ailleurs, même au sein d'une même confession, les dogmes ne sont plus reçus uniformément de la même manière qu'autrefois, malgré la définition originale de la dogmatique10.

Dogmes des sept premiers concilesmodifier | modifier le code

  1. 325 : Premier concile de Nicée - Fils « vrai Dieu de vrai Dieu, engendré et non créé, consubstantiel au Père » (empereur Constantin Ier, Ossius de Cordoue contre Eusèbe de Césarée et Arius).
  2. 381 : premier concile de Constantinople - « Saint-esprit consubstantiel au Père » - Credo de Nicée-Constantinople (empereur Théodose Ier, Grégoire de Nazianze contre Démophile).
  3. 431 : Concile d'Éphèse - Marie, Mère de Dieu (théotokos) (Cyrille d'Alexandrie contre Nestorius).
    Les conclusions de ce concile provoquent la scission avec les Églises des deux conciles
    En 449 se déroule le Deuxième concile d'Éphèse, un concile oriental qui décide le monoénergisme. Ce concile n'est pas reconnu par les Églises des sept conciles
  4. 451 : Concile de Chalcédoine - « La double nature de Jésus » c'est-à-dire deux natures en une personne (pape Léon - empereur Marcien contre Eutychès - Dioscore d'Alexandrie)
    Les conclusions de ce concile provoquent la scission avec les Églises des trois conciles
  5. 553 : deuxième concile de Constantinople
  6. 680 : troisième concile de Constantinople
  7. 786 : Concile de Nicée II - Légitimité du culte des icônes (Théodore Studite, patriarche Nicéphore)

À partir de 1054, la rupture est progressivement consommée entre catholiques (latins) et orthodoxes (grecs), qui organisent deux conciles distincts et parallèles. Les anathèmes mutuels provoquent la scission avec les Églises des sept conciles (l'un d'eux n'étant reconnu que par les christianismes orientaux) et donc la rupture définitive de la Pentarchie.

Dogmes proprement romainsmodifier | modifier le code

Notes et référencesmodifier | modifier le code

  1. Charles Morerod, o.p., Dogme et oecuménisme in Nova et Vetera
  2. a et b Walter Bauer, Orthodoxy and Heresy in Earliest Christianity, éd. Sigler Press, 1996 (ISBN 978-0-9623642-7-3) (rééd.); Traduction originale en anglais (1934) en ligne
  3. Depuis Walter Bauer, déjà cité and Heresy in Earliest Christianity, on sait que les hérésies, ou école de pensées, étaient premières en un temps où la règle herméneutique la plus fréquente était plus c'est ancien, plus c'est authentique. Elles correspondaient à la fois au mode de transmission pharisien, groupe religieux dont les membres se réunissaient autour d'un maître, et au mode de transmission hellénistique, groupe philosophique dont les membres se réunissaient autour d'un maître.
  4. Le Monde de la Bible, juillet-août 1998
  5. : Arius sème la zizanie in Historia-thématique, mars-avril 2003, Les hérétiques
  6. Dans l'antiquité gréco-romaine, oikoumene désigne la Terre habitée : l'œcuménicité d'un concile ne saurait être affirmée qu’a posteriori, lorsque des années ou des siècles plus tard, les églises proclament leur adhésion au concile en question; cf Michel Grandjean, Histoire du christianisme, Faculté autonome de théologie protestante, Université de Genève, cours n°4, janvier 2001 résumé en ligne
  7. de Nicée à Nicée II en 787, d'où l'appellation d' Églises des sept conciles
  8. d'où les appellations d'Églises des deux ou des trois conciles
  9. cf Michel Grandjean, ref. cit.
  10. À titre d'exemple, on pourra se reporter à la comparaison entre l' Enchiridion Symbolorum de 1976 et l' Introduction à la théologie chrétienne de Claude Tresmontant de 1967 ou encore l'Histoire des Dogmes de Bernard Sesboué, publié en 2000; cf. bibliographie

Voir aussimodifier | modifier le code

Articles connexesmodifier | modifier le code

Liens externesmodifier | modifier le code

  • Les dogmes de l'église catholique sont définis dans les textes du Magistère, consultables dans la Bibliothèque catholique en ligne (12000 pages). Le seul texte qui fait foi dans le catholicisme, est cependant l'Enchyridion cité ci-dessous qui rassemble les textes originaux tels que produits par les conciles. Il va de soi que le Magistère de l'église catholique romaine ne s'applique qu'aux catholiques romains. Les autres églises chrétiennes en sont exemptes.

Bibliographiemodifier | modifier le code

  • H. Denzinger et A. Schönmetzer, Enchiridion Symbolorum, Definitionum et Declarationum de Rebus Fidei et Morum, Editio XXXVI emendata, Romæ, 1976.
  • Claude Tresmontant, Introduction à la théologie chrétienne (1967, Paris, le Seuil)
  • Bernard Sesboué s.j., Histoire des dogmes, 2000
  • Marie-Émile Boismard o.p., À l'aube du christianisme. Avant la naissance des dogmes, Paris, Cerf, 1998.
  • Le Catéchisme de l'Église catholique (1998)
  • Le Catéchisme hollandais (édition de 1967)
  • Le Catéchisme progressif de Monsieur Colomb







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