Facteur d'impact
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Un facteur d'impact, également abrégé par les sigles FI ou IF (pour l'anglais : impact factor), est un calcul qui estime indirectement la visibilité d'une revue scientifique. Un journal avec un IF élevé est ainsi considéré comme plus important (plus lu et plus cité) qu'un journal avec un FI faible. Le FI d'un journal est le nombre moyen de citations de chaque article publié dans ce journal. Les facteurs d'impact ont une grande influence dans le domaine de la publication scientifique car ils servent souvent de critères d'évaluation quantitatifs. Les FI sont indexés dans le Thomson Reuters Journal Citation Reports et publiés tous les ans.
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Calcul modifier
Pour une année donnée, le FI d'un journal est le nombre moyen de citations de chaque article publié dans ce journal par les autres journaux durant la période des 2 ans précédents1. Par exemple si un journal a un FI de 3 en 2003, alors ses articles de 2002 et 2001 ont été cités en moyennes 3 fois chacun. Par exemple, le facteur d'impact de 2003 pour une revue X est calculé ainsi :
A = le nombre de fois que des articles publiés dans X durant la période 2001-2002 sont cités dans l'ensemble des revues indexées durant l'année 2003.
B = le nombre d'articles, résumés étendus ou notes publiés dans X dans la période 2001-2002.
Le facteur d'impact de la revue X pour 2003 sera A/B
L'ISI exclut certains types d'articles comme les errata dans le calcul du dénominateur B. Les nouvelles revues, indexées depuis leur premier numéro, recevront un facteur d'impact après une période de deux ans. Certaines publications annuelles ou irrégulières ne publient rien pendant un an, ce qui a une incidence sur ce calcul. Le FI concerne une période de temps définie. Il est possible de le calculer pour n'importe qu'elle période désirée. Les Journal Citation Reports (JCR) incluent aussi un FI de 5 ans2. Le JCR montre aussi les rangs de journaux par FI, et si nécessaire par discipline, comme la chimie organique, ou la psychiatrie.
Histoire modifier
Le FI a été conçu par Eugène Garfield, le fondateur de l'Institute for Scientific Information (ISI) maintenant faisant partie de Thomson Reuteurs. Il est publié dans le Journal Citation Reports.
Utilisation modifier
Par exemple, les deux revues scientifiques considérées comme les plus prestigieuses sont Nature et Science. Toutes les deux ont des facteurs d'impact autour de 30. Certaines revues biomédicales ont des valeurs plus importantes. Nombre de revues de domaines spécialisés de haut niveau ont des facteurs d'impact inférieurs à 5. Le FI est utilisé pour comparer différents journaux dans un même domaine. L'index de l'ISI recense plus de 11 000 journaux de science et de sciences sociales3. Il est parfois commode de pouvoir faire des comparaisons entre différentes revues ou différents groupes de recherche. Par exemple, le financeur d'une recherche scientifique désire un critère pour juger la productivité de son investissement. Une mesure quantitative et objective de l'importance des publications est alors nécessaire, laquelle peut utiliser le facteur d'impact. Un lecteur peut s'intéresser à lire un journal à FI élevé car il serait plus lu et cité et donc de meilleure qualité. Un article publié dans une revue à faible FI est plus douteux qu'un article publié dans une plus grande revue où les critères de sélections sont plus importants (comité de lecture plus exigeant).
Utilisation détournée modifier
Les facteurs d'impact ne sont cependant pas sans biais, surtout quand on utilise le FI dans des situations dans lesquelles il n'est pas adapté. Comme d'autres outils de bibliométrie, leur usage est critiqué4.
- Bien que le facteur d'impact ait été créé à l'origine comme mesure de la réputation d'une revue, il est de plus en plus employé comme mesure de la productivité des chercheurs5.
- C'est une mesure trop grossière de la fiabilité de l'information donnée. Un essai qui démontre l'efficacité d'un traitement dans un article d'une grande revue médicale à FI élevé peut changer la pratique médicale quotidienne. C'est rarement le cas avec un article publié dans une revue avec un FI faible (s'il était bien mené avec des résultat intéressants, il serait publié dans une plus grande revue). Cela ne marche pas puisque seul un petit nombre d'articles sont cités beaucoup plus que la majorité. par exemple, environ 90 % du FI de Nature en 2004 était basé sur seulement le quart des publicationsréf. souhaitée]. Ainsi, l'importance des publications sera très variable dans un même journal. Le FI sous-estime l'importance des articles d'une même revue les plus cités et sur-estime l'importance des articles les moins cités qui sont la grande majorité d'une revue.
Discussion modifier
Avantages modifier
- Les avantages de l'utilisation du facteur d'impact tiennent de ce qu'il est très facilement calculable et qu'il se base sur une large couverture internationale de 8 400 revues de plus 60 pays différents.
- C'est un des outils bibliométriques les plus simples et les plus connus.
Autres mesures d'impact modifier
- L'algorithme Pagerank
En 1976, un FI récursif, qui donne aux citations provenant de journaux avec un plus grand impact une plus grande importance que les citations provenant de journaux de faible impact, a été proposé6. Un tel système ressemble à l’algorithme Pagerank du moteur de recherche Google. De nombreuses approches différentes ont été proposées7,8,9. Le facteur Eigen et un autre type de mesure de type Pagerank de l'influence d'un journal. Ces classements sont librement accessibles en ligne.
Inconvénients modifier
- Par exemple, on peut critiquer le fait que le nombre de citations soit une mesure correcte de la qualité ou de la quantité des publications. Il y a d'autres critères que la qualité scientifique brute du travail qui font qu'un article est lu et cité : il y a la clarté de l'article, le fait qu'il soit dans un thématique « à la mode » ou pas.
- La fenêtre temporelle est trop courte. Dans la recherche de pointe, l'importance de l'article peut ne devenir apparente qu'après plusieurs années, et ne sera donc pas prise en compte par le facteur d'impact de l'ISI10. De plus, les articles classiques sont cités fréquemment, même après plusieurs décennies. Pour les revues ayant des processus de publication assez longs, les auteurs n'auront cité que des articles qu'ils ont lu au moment de la rédaction de leur travail. En effet, pour certaines revues, le temps entre la soumission de l'article et sa publication peut prendre plus de deux ans. Seules les citations d'articles de moins de 3 ans avant la publication et de moins de 1 an avant la rédaction seraient alors pris en compte. Un FI de 5 ans ou plus serait alors plus pertinent.
- La nature des résultats dans les différents domaines scientifiques implique une quantité de publications différente à un rythme différent. Ceci a un effet direct sur le facteur d'impact. Par exemple, les revues médicales ont des facteurs d'impact bien supérieurs aux revues de mathématiques. Il n'est pas logique de comparer une revue médicale avec une revue mathématique sur le même plan. Il serait illogique de comparer le travail d'un chercheur en sciences biomédicales avec un chercheur en mathématiques à partir du nombre de publications qu'ils ont faites et du FI des revues dans lesquelles ils ont publié.
- Comptant la fréquence de citation par article et négligeant le prestige de la revue, le facteur d'impact est une mesure de popularité, non de prestige[pas clair].
- Le facteur d'impact peut être artificiellement augmenté par une politique éditoriale adéquate.
- Le facteur d'impact est lié à la revue et non à l'article. Un article publié dans une revue à fort impact peut avoir un nombre de citations très bas, voire nul, et inversement.
- La plupart des revues non-anglophones ne sont pas répertoriées, et ne bénéficient pas d'un facteur d'impact, alors même qu'elles sont internationalement reconnues, en sciences sociales particulièrement. Elles souffrent également de bugs dus aux diacritiques propres aux langues autres que l'anglais5.
- Le facteur d'impact pourrait également conduire à une uniformisation de la recherche et à la « multiplication des publications avec tronçonnement des résultats » (afin de gonfler artificiellement les chiffres)5.
- Le FI ne pourrait pas être reproduit à partir d'un audit indépendant, les données brutes n'étant pas accessibles11.
- À court terme, surtout dans le cas de journaux à FI faible, de nombreuses citations sont faites dans les articles sur les travaux précédents du chercheur (auto-citation)12 ; Garfield maintient cependant que ce phénomène influence peu le FI d'un journal13. Par ailleurs, une étude d'auto-citations d'auteur dans la littérature sur le diabète montre que la fréquences des auto-citations n'est pas associée à la qualité des publications14. par ailleurs, une auto-citation du journal est fréquente dans les journaux qui traitent de sujets spécialisés et qui ont de forts regroupements entre leur lectorat et leurs auteurs. Ce n'est pas nécessairement un signe de mauvaise qualité ou de manipulation15.
- Les listes de classement des journaux basés sur le FI ou sur le résultats d'une enquête d'expert ont une corrélation modérée16.
- La politique d'un journal peut affecter le FI17,18 :
- Un journal peut publier un grand pourcentage de revues systématiques, qui sont généralement plus souvent citées que les rapports de recherche 19. Par conséquent, des articles de revues peuvent augmenter le FI d'un journal et les journaux de revues ont souvent le plus FI dans leur domaine respectif. A contrario, des journaux peuvent décider de ne pas publier des articles mineurs (comme des rapports de cas) qui ont moins de chance d'être cités et qui diminueraient le nombre moyen de citation par article.
- Les journaux changent la fraction d'objets citables (chiffre au dénominateur). Il s'agit d'un sujet de négociation avec Thomson Scientifique. Par conséquent, des variations du FI pouvant atteindre 300 % ont été décelées20. Par exemple, les éditoriaux dans un journal ne sont pas considérés comme des articles citables et ainsi ne rentrent pas dans le denominateur dans le nombre d'articles citables. Cependant, les citations de ces articles vont toujours rentrer dans le numérateur, augmentant ainsi le FI. Par ailleurs, si de tels articles citent d'autres articles (souvent du même journal) ces citations seront comptées et augmenteront le FI. Cet effet est difficile à évaluer. La distinction entre un éditorial et un article court est difficile à établir, par exemple les lettres aux éditeurs/rédacteurs.
- Les journaux peuvent publier une plus grande proportion de leurs articles ou surtout les articles qu'ils s'attendent à voir cités dans le début de l'année. Cela donne plus de temps au journal pour récolter les citations.
- L'impact factor est manipulable :
- En 2007, le journal spécialisé Folia Phoniatrica et Logopaedica, avec un FI de 0.66, publia un éditorial qui citait tous ses articles de 2005 à 2006, en protestation contre l'utilisation absurde du FI21. Le grand nombre de citations entraîna une augmentation du FI à 1,44. Par conséquent, le journal n'a pas été inclus dans le Journal Citation Reports de 2008 et 200922.
- En 2008, un article unique, Une brève histoire du SHELX, incluait la phrase « Cet article peut servir comme une citation de littérature générale quand un des logiciels libres SHELX est utilisé pour déterminer la structure d'un cristal. » Cet article a reçu plus de 6 600 citations . Par conséquent, le FI de Acta Crystallograhica Section A augmenta de 2,051 en 2008 à 49,926 en 2009, soit plus que Nature (31,434) et Science (28,103)23. Le second article le plus cité dans Acta Crystallographica Section A en 2008 avait seulement 28 citations24.
- Incitation à l'auto-citation
C'est une pratique dans laquelle un éditeur force un auteur à ajouter des auto-citations de son journal pour accepter la publication de son article. Ceci permet d'augmenter artificiellement le FI. Une étude de 2012 indique que l'incitation à l'auto-citation a été expérimentée par 1 chercheur sur 5 en économie, sociologie, psychologie et de multiples disciplines dans le monde des affaires. Cette pratique est plus fréquente dans le monde des affaires et dans les journaux avec un faible FI25. Cependant, des cas d'incitation à l'auto-citation ont rarement été rapportés dans les autres disciplines scientifiques26.
Notes et références modifier
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Impact factor » (voir la liste des auteurs)
- (en) Introducing the Impact Factor. Consulté le 26 août 2009
- (en) JCR with Eigenfactor. Consulté le 26 août 2009
- (en) Web of Knowledge > Real Facts > Quality and Quantity. Consulté le 5 mai 2010
- « European Association of Science Editors statement on impact factors » (Archive • Wikiwix • Que faire ?). Consulté le 25 mars 2009
- Laurence Coutrot, « Sur l’usage récent des indicateurs bibliométriques comme outil d’évaluation de la recherche scientifique », Bulletin de méthodologie sociologique, octobre 2008, no 100, p. 45-50.
- (en) Gabriel Pinski and Francis Narin, « Citation influence for journal aggregates of scientific publications: Theory with application to literature of physics », Information Processing & Management, vol. 12, no 5, 1976, p. 297–312 lien DOI
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- (en) A. W. Wilhite et E. A. Fong, « Coercive Citation in Academic Publishing », Science, vol. 335, no 6068, 2012, p. 542–3 lien PMID, lien DOI
- (en) R. Smith, « Journal accused of manipulating impact factor », BMJ, vol. 314, no 7079, 1997, p. 461 lien PMID, lien DOI
Voir aussi modifier
Articles connexes modifier
Liens externes modifier
- (en) Le facteur d'impact sur le site du Thomson ISI.
- (en) Impact Factor
- (en) Le nombre qui dévore la science, un article en anglais publié dans The Chronicle of Higher Education sur l'utilisation du facteur d'impact dans le recrutement académique.
- (en) Citation data: the wrong impact?
- (en) Impact factor: a valid measure of journal quality?










