Fraternité

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L’amour fraternel, peinture bucolique de William Bouguereau

La fraternité ou l’amitié fraternelle est, au sens premier du terme, l'expression du lien affectif et moral qui unit une fratrie. Par extension, cette notion désigne un lien de solidarité et d’amitié à d’autres niveaux : on peut parler de fraternité à l’échelon d'un groupe telle la fraternité au sein d'une association qui unit ceux qui luttent pour la même cause, la fraternité d’armes qui unit des combattants, ou encore les fraternités scoute, monacale, sportive

Au sens le plus large, la fraternité universelle - qui s'exprime notamment dans des idéaux comme le christianisme, l'œcuménisme, le dialogue interreligieux, l'universalisme, le cosmopolitisme, l'internationalisme, etc. - fait résonner l'idée que tous les hommes sont frères et devraient se comporter comme tels, les uns vis-à-vis des autres. C'est le sens de la devise de la République française « Liberté, Égalité, Fraternité ». La fraternité est un état d'unité, entre plusieurs personnes. C'est un sentiment qui dépasse l'égo, qui rassemble plusieurs « moi » pour faire un « nous ». Cet ensemble porte à son fondement le respect de la personne humaine, le « moi », c'est donc un ensemble de personnes assemblées, de volontés personnelles combinées en un mouvement. Chaque personne peut vivre la valeur de la fraternité par l'exercice d'obligations morales envers autrui. « L'individu pour le groupe » est la cause, le terreau, qui permet comme conséquence « le groupe pour l'individu »1.

Étymologiemodifier | modifier le code

Fraternité vient du latin fraternitas qui fait référence à la relation entre frères et sœurs : la fraternité correspond au sentiment qui peut accompagner ce lien et comporte lorsqu'elle est culturellement valorisée, une dimension affective. Son contraire renvoie aux notions de désunion, de discorde, d'isolement, d'individualisme, associées à des comportements allant de la simple ignorance à l'inimitié.

En droitmodifier | modifier le code

La notion de fraternité est citée dans le premier article de la déclaration universelle des droits de l’homme (article 1er) :

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

En revanche, cette notion n'apparaît pas explicitement dans les textes du bloc de constitutionnalité, hormis la Constitution de 1958 qui le consacre dans son article 2 à travers la devise de la République :

« La devise de la République est Liberté, Égalité, Fraternité »

Historique en Francemodifier | modifier le code

Le terme figure en troisième position dans la devise de la France « Liberté, Égalité, Fraternité », mise en place par la constitution de 1848.

La fraternité est un terme clé de la Révolution française : « Salut et fraternité » est le salut des révolutionnaires de 1789. La Constitution de 1791 n'y fait allusion que pour justifier l'institution de fêtes nationales ( « Il sera établi des fêtes nationales pour conserver le souvenir de la Révolution française, entretenir la fraternité entre les citoyens, et les attacher à la Constitution, à la Patrie et aux lois. » Constitution du 3 septembre 1791, Titre I ). Les autres textes majeurs comme la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, la Constitution de l’an I (1793), ou la Charte de 1830 ne consacrent pas explicitement ce principe. Jacques Guilhaumou rappelle la devise imputée par les thermidoriens aux partisans de la terreur : « la fraternité ou la mort », selon l'adage « Sois mon frère ou je te tue »2 ; cette fraternisation peut être pratiquée par un « ensemble de moyens en vue d'établir ou de resserrer les liens d'une étroite union ».

Adopté sur proposition de Jean-Baptiste Belley[Informations douteuses] (un des premiers députés noirs, représentant de Saint-Domingue), le terme apparaît pour la première fois dans les textes en 1848 à l'article IV de cette constitution : « Elle (la République française) a pour principe : la liberté, l’égalité et la fraternité. »

Sous l’Occupation, Fraternité est le titre d'un journal clandestin de la Résistance française.

En moralemodifier | modifier le code

Le concept de fraternité entre les hommes est largement évoqué. La morale stoïcienne s'en fait l'écho de façon précoce 3. « L'unité du genre humain, l'égalité des hommes, l'égale dignité de l'homme et de la femme, le respect des droits des conjoints et des enfants, la bienveillance, l'amour, la pureté dans la famille, la tolérance et la charité envers nos semblables, l'humanité en toute circonstance et même dans la terrible nécessité de punir de mort les criminels, voilà le fonds d'idées qui remplit les livres des derniers stoïciens. » (Maurice Denis)
Pour Charles Péguy, « la fraternité est un devoir d'urgence, celui d'arracher les misérables à la misère, plus important selon lui que la notion d'égalité matérielle, qui serait un devoir de convenance4,5. »
Pour Jacques Attali : « On peut définir la fraternité comme un ordre social, dans lequel chacun aimerait l'autre comme son propre frère. [...] La fraternité est un but de civilisation, pas un état de nature 6. »

En religionmodifier | modifier le code

Dans le christianismemodifier | modifier le code

Importance et fondement de la fraternité dans le christianismemodifier | modifier le code

La fraternité est absolument centrale dans la doctrine chrétienne. Elle découle du commandement du Christ, comme l'a rappelé le pape François lors de la Journée mondiale de la paix du 1er janvier 2014, en citant en conclusion ce passage de l'Évangile :

« Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres.» (Jn 13, 34-35)

La fraternité est « fondement et route pour la paix ». Le pape rappelle que « la fraternité commence habituellement à s’apprendre au sein de la famille, surtout grâce aux rôles responsables et complémentaires de tous ses membres, en particulier du père et de la mère »7.

Le pape Jean-Paul II a souligné lors de son premier voyage en France en 1980, que la fraternité était, avec la liberté et l'égalité, une idée chrétienne8 :

« Que n’ont pas fait les fils et les filles de votre nation pour la connaissance de l’homme, pour exprimer l’homme par la formulation de ses droits inaliénables ! On sait la place que l’idée de liberté, d’égalité et de fraternité tient dans votre culture, dans votre histoire. Au fond, ce sont là des idées chrétiennes. Je le dis tout en ayant bien conscience que ceux qui ont formulé ainsi, les premiers, cet idéal, ne se référaient pas à l’alliance de l’homme avec la sagesse éternelle. Mais ils voulaient agir pour l’homme ».

Le pape Benoît XVI a souligné que la fraternité pouvait se vivre tout particulièrement dans la société civile, en tant que cadre le plus approprié pour une économie de la gratuité9.

La fraternité revêt une dimension transcendante, soulignée par le pape François dans son exhortation apostolique Evangelii gaudium (la joie de l'Évangile, 2013)10 :

« Il y a là la vraie guérison, du moment que notre façon d’être en relation avec les autres, en nous guérissant réellement au lieu de nous rendre malade, est une fraternité mystique, contemplative, qui sait regarder la grandeur sacrée du prochain, découvrir Dieu en chaque être humain, qui sait supporter les désagréments du vivre ensemble en s’accrochant à l’amour de Dieu, qui sait ouvrir le cœur à l’amour divin pour chercher le bonheur des autres comme le fait leur Père qui est bon. »

Du point de vue du statutmodifier | modifier le code

Il y a égale dignité de tous les hommes et femmes. Dans l'évangile selon saint Matthieu, on peut lire : « Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi ; car un seul est votre Maître, et vous êtes tous frères 11. »
Le texte de la Genèse rappelle - de manière symbolique - que tous les descendants d'Adam et Ève forment une même famille.

Du point de vue du comportementmodifier | modifier le code

Il y a une invitation à la fraternité qui consiste à dépasser :

  • les prescriptions de la Loi du Talion ( « œil pour œil, dent pour dent ») pour considérer le prochain comme soi-même : Il ne s'agit pas seulement de manière négative « de ne pas faire à autrui ce que l'on voudrait pas qu'on nous fit ».
  • les préséances naturelles ou sociales : « Les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers. Quiconque s'élève sera abaissé, quiconque est abaissé sera relevé »
  • les rapports de possession ou de propriété, par la charité, le partage et la promotion de la « destination universelle des biens »
  • les situations d'hostilité ou de conflit : « Lorsque tu veux déposer une offrande (à Dieu), si tu as un différend avec ton frère, va d'abord te réconcilier avec ton frère »
  • la violence et les rapports de forces : « Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, tend la joue gauche »

Dans l'islammodifier | modifier le code

Dans le judaïsmemodifier | modifier le code

Fraternité interreligieusemodifier | modifier le code

En France, il y a des exemples pour lesquels on voit des responsables des grandes religions manifester des signes de fraternité à l'occasion d'événements douloureux. Imitées de la pratique ancienne des Etats-Unis ces cérémonies se sont finalement insérées dans l'espace public français12.

Conflit entre frères dans les mythes fondateursmodifier | modifier le code

Le mot de fraternité est souvent utilisé pour désigner le lien positif qui unit deux frères, ou deux hommes comme s'ils étaient frères. Mais les mythes fondateurs font aussi état de rivalités fraternelles : le meurtre d'Abel par son frère Caïn ; Joseph vendu par ses frères; Esau qui vend son droit d’aînesse à Jacob pour un plat de lentilles; le Fils prodigue, méprisé par ses frères. Dans la mythologie romaine Romulus et Rémus , les deux jumeaux fondateurs de Rome avec le meurtre par le premier du second.

Psychanalysemodifier | modifier le code

L'ouvrage « Le Frère du précédent »13 du psychanalyste Jean-Bertrand Pontalis présente une réflexion sur la fraternité. Pontalis s'intéresse seulement à la fraternité de deux frères ; lui-même Jean-Bertrand et Jean-François Pontalis. « Un jour, il y a une vingtaine d'années de cela, Jean-François me dit : « Tu sais, ce que j'espère, c'est que, si ton nom apparaît dans un dictionnaire, j'y sois mentionné aussi comme frère du précédent. Cela me fit sourire à l'époque, cela m'émeut profondément aujourd'hui. »(p. 15)

Notes et référencesmodifier | modifier le code

Bibliographiemodifier | modifier le code

Articles connexesmodifier | modifier le code

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