Gaule belgique

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Provinces romaines vers 120 (en rouge, la Gaule belgique)

La Gaule belgique (en latin : Gallia belgica) est une des trois parties entre lesquelles, d'après Jules César, la Gaule était divisée lors de la guerre des Gaules (58-51/50 av. J.-C.). Elle correspond à la partie de la Gaule qui était habitée par les Belges (en latin : Belgae). D'après César, elle comprenait le Belgium, région habitée par les Calètes, les Véliocasses, les Bellovaques, les Ambiens et les Suessions ainsi, peut-être, que par les Atrébates et les Viromanduens. D'après César, la Gaule belgique comprenait, d'autre part, la région habitée par les peuples qu'il qualifie de Germains cisrhénans (en latin : Germani cisrhenani), à savoir : les Condruses, les Éburons, les Caerèses, les Pémanes et les Sègnes. D'après César, la Gaule belgique comprenait, enfin, les régions habitées par les Morins, les Ménapiens, les Nerviens, les Aduatuques, les Trévires et les Rèmes.

La grande province romaine formée après la conquête par les légions de César de la Gaule du Nord, de la Rhénanie et de la partie méridionale de l'île britannique entre -57 et 51 av JC. Elle s'étale d'abord entre Seine et Rhin, englobant une prérogative sur la Britannia et d'ambitieuses extensions outre Rhin au nord, outre Seine à l'ouest. L'entité administrative mieux délimitée à la fin du règne d'Auguste correspond aux territoires actuels du sud des Pays-Bas, de la Belgique, du Luxembourg, du nord et du nord-est de la France et de l'ouest de l'Allemagne. Son organisation obéit à un impératif de contrôle des transports marchands et d'intendance des légions qui commencent à se fixer sur les rives gauches du Rhin et les côtes de la Manche, du détroit et de la mer du Nord méridionale. Trèves sur l'axe mosellan, Cologne sur le Rhin et Boulogne sur la Manche en sont les cités portuaires à vocation militaire, fondées immédiatement dans la province.

La population, appelée par définition les Belgae ou Belges, semble constituée d'un mélange de Celtes, peuples fondateurs d'états gaulois et d'autres populations soit indo-européennes soit non-indo-européennes mais déjà assimilées. Le terme Germani désigne alors pour les Romains les habitants ou les groupes originaires des contrées rhénanes.

La grande province est démantelée en une Germania, sur le corridor rhénan, et une Belgica, rassemblant le vaste arrière-pays. Cette Belgica est ensuite scindée en deux provinciae, la Belgica prima et la Belgica secunda.

Les principaux peuples de Belgiquemodifier | modifier le code

Les Belges (Gaulois belges) sont un ensemble de peuples celtiques, dont certains semblent de souche germanique1 ; le sens de l’ethnonyme pourrait être « les plus grands ». Aucune source ne permet d'identifier une « spécificité linguistique ou culturelle par rapport à d’autres peuples celtiques1 ».

Article détaillé : Peuples de la Gaule Belgique.

La Gaule Belgique entre dans l’histoire lors de sa conquête par Jules César. En préambule à ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, le futur dictateur décrit un territoire ethniquement varié. Il distingue les Gaulois proprement dits qui se nomment Celtes dans leur langue, des Aquitains et des Belges, chacun ayant leur territoire, leur langue et leurs institutions. De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves, dit-il, parce que, entre autres, ils sont en guerre continuelle avec leurs voisins, les Germains, qui sont au-delà du Rhin. Il situe leur territoire au nord de celui des Celtes, dont ils sont séparés par la Marne et la Seine. Cette définition sommaire laisse dans le flou la frontière sud-est de la Belgique, entre la Marne et le Rhin I,1. Si la langue des Aquitains est une réalité tangible qui survit au Pays basque, la langue des Belges est par contre moins bien définie, bien qu'il est connu que près du Rhin des dialectes du proto-germanique y sont parlés depuis fort longtemps par des Germains cisrhénans (Germani cisrhenani), il apparaît toutefois que les Belges aient été des Gaulois s'exprimant dans un dialecte distinct, un peu à la manière des idiomes de la langue d'oïl en rapport à ceux de la langue d'oc.

Jules César, par abus de langage avoué (I,1(1)), assimile les Belges aux Gaulois celtes, mais, en prémisse à sa campagne contre ce peuple, il les distingue des Gaulois celtes sans ambiguïté (I,1, II,1(2), II,2(3), II,4(1)).

Ailleurs au cours du récit, Jules César laisse entrevoir une réalité linguistique et ethnique complexe pour le territoire des tribus Belges. La plupart des Belges sont, dit-il, d’origine germanique, et proviennent d’au-delà du Rhin (II,4). Le territoire est aussi habité par des Germains, et des Belges font valoir leur origine germanique. En outre, des Belges se sont installés au-delà du Rhin jusqu'à la Loire2 et sur les côtes de Bretagne (V,12).

Territoiremodifier | modifier le code

Époque celtiquemodifier | modifier le code

Pendant la protohistoire celtique, le territoire correspond à l'actuelle Belgique, à la partie de la Gaule située au nord de la Seine et sur la côte normande (France), bien que Strabon situe les Belges près de l'océan depuis la Garonne jusqu'au Rhin et ensuite vers les Alpes3. Certains de ces peuples se sont installés dans l’île de Bretagne, ils sont notamment mentionnés dans les Commentaires sur la Guerre des Gaules de Jules César. Les cartes ultérieures montrent par exemple des Parisii dans l'actuel Yorkshire, des Belgae dans l'actuel Sussex. César, à propos des Suessions, précise que leur magistrat régnait sur un ensemble étendu des deux côtés de la Manche, Gaule belgique d'une part, et d'autre part vraisemblablement ce qu'il appelle ailleurs « les provinces maritimes » de la Bretagne.

Guerre des Gaulesmodifier | modifier le code

La guerre des Gaules en -56 :
Après avoir vaincu les Atrébates et les Nerviens à la bataille du Sabis, César poursuit ses conquêtes vers la mer du Nord
Article détaillé : Guerre des Gaules.

L'année 57 avant J.-C. marque le début de l'invasion romaine, menée par Jules César. Une bataille décisive se joue sur les rives du Sabis4, un cours d'eau qui pourrait être la Selle5. Les Nerviens et les Atrébates y sont vaincus, mais la région n'est pas encore soumise pour autant. Les Morins mènent une guérilla contre l'armée romaine jusqu'à -54, de même que les Ménapiens.

En -54, l'assassinat, commandité par Jules César du chef gaulois Dumnorix, et les difficultés liées à la désastreuse récolte de blé conduisent à un mécontentement qui se retourne contre l'occupant alors en quartiers d'hivers. C'est le point de départ d'un soulèvement de plusieurs tribus belges (Atuatuques, Nerviens...) et des Eburons (les Tongres) commandés par le Tongre Ambiorix. Grâce à un stratagème, Ambiorix entraîna la XIVe légion romaine de Cotta et Sabinus dans un guet-apens et l'anéantit (cf. Bataille d'Aduatuca). Puis il marcha sur le camp de Quintus Cicéron, le frère du célèbre homme d'État du même nom. Les troupes romaines assiégées, tinrent bon jusqu'à ce que César réussisse à intervenir juste à temps pour les délivrer.

En -52, la plupart des peuples belges fournissent des guerriers qui se joignent à Vercingétorix. La Gaule Belgique, vaincue en -50, connaît une occupation militaires jusqu'à -27 av JC6.

Époque romainemodifier | modifier le code

La province romaine de Gallia Belgica du début de la période impériale correspondait pratiquement à l'ensemble des cités de l'ancienne fédération belge, c'est-à-dire les territoires sis entre le Rhin et la Seine, auxquels César donnait le nom de Belgium. Au départ, la capitale de la province fut Reims puis, à une date indéterminée (mais probablement pas avant la fin du Bas-Empire), la capitale fut transférée à Trèves.

À l'époque d'Auguste, la province de Belgique comprenait les cités suivantes :

Nord-est de la Gaule vers 70 apr. J.-C. avec les frontières (provinciales et linguistiques)

Sur le terrain, les frontières de la province belge, tant avec la Gaule lyonnaise qu'avec la Germanie, sont floues, au début de la période impériale. Il semble que les cités des Tongres, des Lingons, mais pas des Séquanes ni des Helvètes, aient fait partie de la province de Gaule belgique au début de la période impériale. Le premier événement qui vient quelque peu clarifier ces limites, même s'il les change par la même occasion, est la création par l'empereur Domitien d'abord de deux districts, puis de deux provinces de Germanie : la Germanie inférieure et la Germanie supérieure. Cette opération se situe entre 82 et 90 ap. J.-C. La création de ces provinces se concrétise par la perte définitive des Lingons, des Séquanes, des Tongres et des Helvètes. L'autre grande réforme territoriale qui toucha la Belgique date, comme pour le reste de l'Empire, de 297. La réorganisation territoriale voulue par Dioclétien a pour conséquence la division en deux de la province, les deux nouvelles provinces prenant les noms de Belgique première et de Belgique seconde (Belgica Prima et Belgica Secunda). Nous connaissons exactement la composition de ces provinces grâce à la Notitia Dignitatum, inventaire de l'administration du Bas-Empire.

L'agriculture de ces provinces était florissante et la ville de Reims (Durocortorum) était la plus grande ville de la Gaule et l'une des plus importantes d'Occident. En revanche, un bon nombre d'habitants de cette province connurent une romanisation plus lente qu'en Lyonnaise et en Narbonnaise, cela pouvant être dû au contact des Germains qui voulurent s'y créer un domaine. Les nobles Gaulois Classicus, Tuor et Sabinus voulaient le pouvoir et se joignirent aux Bataves de Civilis pour créer un empire en Gaule (an 70). Les Gaulois ne les suivirent pas ; les nobles des autres cités leur demandèrent de se désarmer, Sabinus fut vaincu par la cité des Séquanes, Tu(t)or, Classicus et Civilis par le général Cerialis.

La Belgique première comprenait :

  • Ciuitas Treuerorum (Cité des Trévires) ;
  • Ciuitas Leucorum (Cité des Leuques) ;
  • Ciuitas Mediomatricorum (Cité des Médiomatriques) ;
  • Ciuitas Verodunensium (Cité des Verodunenses), nouvelle cité de la première moitié du IVe siècle, par démembrement de la Ciuitas Mediomatricorum ; chef-lieu : Verdunum – Verdun.

La Belgique seconde comprenait :

  • Ciuitas Remorum (Cité des Rèmes) ;
  • Ciuitas Suessionum (Cité des Suessiones) ;
  • Ciuitas Veromanduorum (Cité des Véromanduens) – nouveau chef-lieu : Vermand ;
  • Ciuitas Atrebatium (Cité des Atrébates) ;
  • Ciuitas Silvanectum (Cité des Silvanectes) ;
  • Ciuitas Bellovacorum (Cité des Bellovaques) ;
  • Ciuitas Ambianensium (ou Ambianorum, Cité des Ambiens) ;
  • Civitas Morinorum (Cité des Morins) ;
  • Ciuitas Camaracensium (Cité des Camaracenses), ancienne c. Nerviorum, avec pour nouveau chef-lieu : CamaracumCambrai ;
  • Ciuitas Catalaunorum, séparée de la ciuitas Remorum ; chef-lieu : CatalaunumChâlons-en-Champagne ;
  • Ciuitas Bononensium, (Cité des Bononenses) séparée de la ciuitas Morinorum ; chef-lieu : BononiaBoulogne-sur-Mer.

Invasions barbaresmodifier | modifier le code

Article détaillé : Invasions barbares.

Vie économiquemodifier | modifier le code

L'agriculture de la Gaule Belgique est décrite par Pline l'Ancien dans son Histoire naturelle. Il y vante leur technique de moissonnage par l'usage d'une moissonneuse, le vallus.

Pline cite la grande diversité des légumes cultivés : oignons, choux et fèves, ainsi que les diverses variétés de pommiers. De vastes étendues céréalières d'arinca (variété de blé) et d'orge permettaient la fabrication du pain mais aussi de la cervoise7. Les sauneries du littoral produisaient du sel utilisé pour la conservation du poisson et de la viande : le jambon ménapien, salé ou fumé, était réputé et importé jusqu'à Rome7.

L'habitat était dense, hormis dans la région littorale; il était essentiellement composé de villae, (grandes fermes)7.

La présence romaine apporte quatre siècles de prospérité à la région. La sécurité des frontières face aux Germains est assurée par les légions et les premières voies de communication sont créées d’une part entre Boulogne et Cologne, d'autre part entre Reims et Trèves. Plusieurs bourgs sont créés à l’intersection de ces axes, tels par exemple Arlon et Bavay, ou encore Tongres et Tournai.

Religionmodifier | modifier le code

Article détaillé : Religion gauloise.

Pendant longtemps, la religion gauloise ne fut connue qu'au travers des descriptions romaines. La classe sacerdotale des druides connaissait l'écriture, mais privilégiait systématiquement la transmission orale. Aussi les premiers documents écrits sur leur religion passent par le prisme de l' interpretatio romana8, comme dans les Commentaires sur la guerre des Gaules où César décrit leurs rites et leurs dieux :

« Le dieu qu'ils honorent le plus est Mercure. Il a un grand nombre de statues ; ils le regardent comme l'inventeur de tous les arts, comme le guide des voyageurs, et comme présidant à toutes sortes de gains et de commerce.
Après lui ils adorent Apollon, Mars, Jupiter et Minerve... Apollon guérit les maladies ; Jupiter tient l'empire du ciel, Mars celui de la guerre ; Minerve enseigne les éléments de l'industrie et des arts.
Les Gaulois se vantent d'être issus de Dis Pater, tradition qu'ils disent tenir des druides. »
(Livre VI 17 §1,2 & 18 §1) 9.

Les découvertes du sanctuaire de Ribemont-sur-Ancre dans les années 1960 et de Gournay-sur-Aronde en Picardie a permis de connaître plus précisément des rites sacralisant les espaces naturels autour d'enclos sacrés 10.

Notes et référencesmodifier | modifier le code

  1. a et b Venceslas Kruta, Les Celtes, Histoire et Dictionnaire, p. 457-459, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins » , Paris, 2000, (ISBN 2-7028-6261-6).
  2. Strabon, Géographie, la Belgique livre IV, chapitre IV, 3
  3. Strabon, Géographie, la Belgique livre IV, chapitre I, 1 http://www.mediterranees.net/geographie/strabon/IV-1.html
  4. Jules César, Guerre des Gaules - Tome I, Livres I-IV, Paris, éd. les Belles lettres, 13e éd., 124 p., Livre II,‎ 1990, p. 23
  5. Collectif, Le Nord, de la Préhistoire à nos jours, Bordessoules,‎ 1988 (ISBN 2903504288), p. 41
  6. Collectif, Le Nord, de la Préhistoire à nos jours, Bordessoules,‎ 1988 (ISBN 2903504288), p. 42
  7. a, b et c Histoire des provinces françaises du Nord, Janine Desmulliez, Ludovicus Milis, page 63
  8. Chloé Chamouton, « Le druide, garant de l'ordre social », Le Monde des religions, no 24,‎ Juillet-août 2007, p. 32
  9. Jacqueline Desmulliez et L.J.R. Milis, Histoire des provinces françaises du Nord : De la préhistoire à l'An Mil, t. 1, Artois presses université, coll. « Histoire »,‎ 2008 (lire en ligne), p. 90-99
  10. Brunaux Jean-Louis, Méniel Patrice, Rapin André, « Un sanctuaire gaulois à Gournay-sur-Aronde (Oise) », Gallia, no Tome 38 fascicule 1,‎ 1980, p. 1-25 (lire en ligne)

Sourcesmodifier | modifier le code

  • Jacqueline Desmulliez et L.J.R. Milis, Histoire des provinces françaises du Nord : De la préhistoire à l'An Mil, t. 1, Artois presses université (lire en ligne)
pour l’époque celtique 
  • Venceslas Kruta, Les Celtes, Histoire et Dictionnaire,, Paris, Éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins »,‎ 2000 (ISBN 2-7028-6261-6).
  • John Haywood (intr. Barry Cunliffe, trad. Colette Stévanovitch), Atlas historique des Celtes,, Paris, éditions Autrement,‎ 2002 (ISBN 2-7467-0187-1).

Voir aussimodifier | modifier le code

Articles connexesmodifier | modifier le code

Liens externesmodifier | modifier le code








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