Livre de la Genèse

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Genèse
Image illustrative de l'article Livre de la Genèse
Frontispice du livre de la Genèse, (Bible carolingienne, IXe siècle)

Titre dans le Tanakh Sefer Bereshit
Auteur traditionnel Moïse
Auteur(s) selon l'exégèse Plusieurs auteurs anonymes
Datation traditionnelle XVIe-XIIe siècle av. J.-C.
Datation historique VIIIe-IIIe siècle av. J.-C.
Plus ancien manuscrit Qumrân 1, 2, 4, 6 et 8
Nombre de chapitres 50
Classification
Tanakh Torah
Canon chrétien Pentateuque
Livre de la Genèse Exode Suivant
Livre de la Genèse Exode Suivant

Le livre de la Genèse (en latin Liber Genesis, en grec βιβλίου της Γένεσης Bibliou tes Geneses, en hébreu ספר בראשית Sefer Bereshit) est le premier livre de la Torah (Pentateuque), et donc de la Bible, tant hébraïque que chrétienne.

Récit des origines du monde créé par Dieu, puis de l’humanité, il décrit ensuite celles du peuple israélite – dont l’histoire se poursuit avec les livres suivants – au rythme des générations qui se succèdent et des alliances contractées entre Dieu et les fondateurs de ce peuple. Ce livre est fondamental pour le judaïsme et le christianisme.

Le livre est anonyme, tout comme les autres livres de la Torah. Les traditions juives et chrétiennes l’attribuent à Moïse, mais les recherches exégétiques, archéologiques et historiques tendent, au vu des nombreux anachronismes, redondances et variations que porte le texte, à remettre en cause l’unicité de son auteur et à relativiser l’historicité de son contenu. Ainsi, la Genèse est, selon les exégètes, la compilation d’un ensemble de textes écrits entre le VIIIe et le IIe siècle av. J.-C. dans le but de transmettre certaines traditions juives.

Résumémodifier | modifier le code

Article détaillé : Résumé de la Genèse.

Le livre de la Genèse peut être divisé en quatre parties : l'histoire des origines (Gn 1,1–11,9 )1, l'histoire d'Abraham et de ses deux fils (Gn 11,10–25,18 )2, la geste de Jacob (Gn 25,19–36,43 )3 et enfin l'histoire de Joseph (Gn 37,1–50,26 )4.

L'histoire des originesmodifier | modifier le code

Le chapitre 1 décrit la création en six jours de l'univers et de ce qui s'y trouve. L'homme est créé le sixième jour.

Les chapitres 2 à 4 offrent un autre regard sur la création des êtres vivants, notamment de l'homme, puis de la femme. Au chapitre 2, la création se termine par un repos sabbatique le septième jour. Dieu place l'homme dans le jardin d'Éden « pour le cultiver et pour le garder » (Gn 2, 15). Il l'autorise à manger de tous les arbres du jardin, à l'exception de l'arbre de la connaissance du bien et du mal (Gn 2, 16-17). Puis il crée la femme. Au chapitre 3, le serpent tente la femme, qui mange le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, et en donne à l'homme. À cause de leur désobéissance, l'homme et la femme sont chassés du jardin d'Éden, ce qui constitue la Chute. Dans le christianisme, cette transgression correspond au « péché originel ». Au chapitre 4, l'homme devient de plus en plus violent, et c'est alors que survient le meurtre d'Abel par son frère Caïn5.

Les chapitres 5 à 9 montrent que la violence est contrebalancée par une lignée d'humains plus pieux, allant d'Hénoch à Noé. Cependant, Dieu voyant la corruption des hommes, provoque le déluge, auquel seuls la famille de Noé et les animaux survivent. Dieu établit alors une alliance avec les humains survivants, promettant de ne plus amener de déluge sur la terre6.

Le chapitre 10 parle des familles qui sont à l'origine de l'humanité, présentant ce que l'on appelle la Table des nations. Le chapitre 11 narre l'épisode de la Tour de Babel, où apparaissent les langues et se dispersent les nations. Il donne aussi la généalogie qui va de Sem (un des fils de Noé) à Abraham7.

L'histoire d'Abraham et de ses deux filsmodifier | modifier le code

Les chapitres 12 et 13 commencent avec l'appel d'Abraham et son arrivée en Canaan, où Dieu lui promet de posséder un jour cette terre. Lui et sa femme Sarah se rendent ensuite en Égypte, puis à Béthel. Au chapitre 14, Abraham sauve Loth puis rencontre Melchisédech2.

La promesse faite à Abraham d'avoir un jour non seulement un fils, mais aussi une descendance innombrable et une terre, est confirmée au chapitre 15. Hagar tombe alors enceinte, puis donne naissance à Ismaël (chapitre 16). Le nom d'Abram est alors changé en Abraham et une alliance est conclue avec Ismaël. Dieu prédit aussi une destinée particulière pour Isaac, le fils à naître de Sarah (chapitre 17)2.

Les chapitres 18 et 19 parlent de la destruction de Sodome et du sauvetage de Loth. Puis, au chapitre 20, Abraham et Sara se rendent chez Abimelech, qui craint Dieu2.

Le chapitre 21 voit la naissance d'Isaac, rapidement suivi du renvoi d'Agar et de son fils Ismaël, puis d'un traité entre Abraham et Abimelech. Abraham est alors mis à l'épreuve lorsque Dieu lui demande de sacrifier son propre fils (chapitre 22)2.

Au chapitre 23, Abraham fait l'acquisition d'une sépulture près de Mamré. Puis le temps arrive où il faut choisir une femme pour Isaac (chapitre 24)2.

Au chapitre 25, Abraham prend une nouvelle femme : Ketourah, qui lui donne une descendance nombreuse. Il meurt ensuite et est enseveli par ses fils. Puis le chapitre se termine par la descendance d'Ismaël2.

La geste de Jacobmodifier | modifier le code

Le chapitre 25 décrit la naissance de Jacob et d'Esaü, puis la vente du droit d'aînesse de ce dernier à Jacob. Le chapitre 26 fait une parenthèse sur l'histoire d'Isaac, puis le chapitre suivant revient sur la rivalité entre les deux frères : Jacob vole la bénédiction qui revient à Esaü, puis fuit lorsque ce dernier menace de se venger. Le chapitre 28 propose une autre motivation pour le départ de Jacob et décrit un songe divin à Béthel3.

Au chapitre 29, Jacob arrive chez Laban, où il se marie puis devient père. Il prospère et s'enrichit (chapitre 30). Puis un conflit éclate avec Laban, ce qui mène à la conclusion d'un traité (chapitre 31)8.

L'affrontement avec Esaü semble imminent. Juste avant qu'il ait lieu, Jacob rencontre Dieu à Penuel, et reçoit alors le nom d'Israël (chapitre 32). Au chapitre suivant, Jacob rencontre Esaü, mais au lieu de s'affronter, les deux frères se réconcilient. Jacob construit alors un autel à « El, Dieu d'Israël »8.

L'histoire de Dinah et le massacre des Sichémites est racontée au chapitre 34. Puis Jacob et son clan reviennent à Béthel, où naît Benjamin et où meurt Rachel (chapitre 35). Le chapitre 36 se concentre sur Esaü et sa descendance8.

L'histoire de Josephmodifier | modifier le code

Joseph est privilégié parmi ses frères. Cela les rend tellement jaloux qu'ils le vendent pour servir en Égypte (chapitre 37). Le chapitre suivant relate l'histoire de Juda et de Tamar4. En Égypte, Joseph est au service de Potiphar. Il est alors jeté en prison, puis interprète deux rêves (chapitres 39-40). Il réitère cela au palais, et devient alors vice-roi d’Égypte (chapitre 41)4.

Les frères de Joseph font un premier voyage en Égypte (chapitre 42), puis un second. Joseph se fait alors reconnaître et leur pardonne. Jacob est alors invité à venir en Égypte (chapitres 43-45)4. Les chapitres 46 et 47 racontent l'installation en Égypte de Jacob et de sa famille.

À la fin du chapitre 47, Jacob est mourant. Il bénit alors ses fils et leurs descendances (chapitre 48) et demande à être enterré dans la tombe ancestrale4. Le chapitre 50 décrit l'enterrement de Jacob, et s'achève sur la mort de Joseph4.

Structuremodifier | modifier le code

Découpages du livremodifier | modifier le code

Découpages traditionnelsmodifier | modifier le code

La tradition juive propose dès les premiers temps une lecture régulière et structurée de la Torah. Dans l'Israël antique, elle est divisée en 155 portions et sa lecture prend trois années. À Babylone, la Torah est divisée en 54 sections hebdomadaires et sa lecture complète prend un an9,10. Au XIIe siècle, les 54 sections déterminées à Babylone sont précisément fixées par Moïse Maïmonide, qui se fonde sur le Codex d'Alep11.

La Genèse forme les douze premières parashiyot hebdomadaires, lues chaque année dans les synagogues à partir de la fête de Sim'hat Torah12 : Bereishit (1,1-6,8), Noa'h (6,9-11,32), Lekh Lekha (12,1-17,27), Vayera (18,1-22,24), Hayye Sarah (23,1-25,18), Toledot (25,19-28,9), Vayetze (28,10-32,3), Vayishla'h (32,4-36,43), Vayeshev (37,1-40,23), Miketz (41,1-44,17), Vayigash (44,18-47,27), Vaye'hi (47,28-50,26)13. C'est ce cycle annuel de lecture qui subsiste aujourd'hui14.

Découpages selon les exégètesmodifier | modifier le code

La formule « et voici les générations » (hébreu אֵלֶּה תּוֹלְדֹת, Éleh toledot) ou une variante « voici le livre des générations » revient dix fois dans la Genèse. De nombreux exégètesN 1 proposent un découpage de la Genèse selon les dix sections introduites par ces formules appelées toledot15,16,17. Selon certains d'entre eux, ce découpage peut être vu comme composé de deux parties principales, séparées chacune en cinq sous-sections18,19 :

  • L'histoire primitive (Genèse 1,1-11,26), comprenant :
    • Prologue sans tolédot : Premier récit sacerdotal de la création (1,1-2,4a) ;
    • Histoire d'Adam et Ève (2,4-4,25) ;
    • Histoire des Adamites (5,1-6,8) ;
    • Histoire de Noé et du déluge (6,9-9,29)
    • Liste des descendants de Noé (10,1-11,9)
    • Histoire des fils de Sem (11,10-26).
  • L'histoire patriarcale (Genèse 11,27-50,26), comprenant :
    • Histoire de Térah (11,27-25,11) ;
    • Histoire d'Ismaël (25,12-18) ;
    • Histoire d'Isaac (25,19-35,29) ;
    • Histoire d'Esaü (36,1-43) ;
    • Histoire de Jacob et de son fils Joseph (37,1-50,26).

Selon Victor P. Hamilton, la Genèse est aussi structurée géographiquement. Ainsi, les chapitres 1 à 11 ont lieu en Babylonie, les chapitres 12 à 36 en Palestine, et les chapitres 37 à 50 en Égypte20.

Doublets et ruptures littérairesmodifier | modifier le code

Le livre de la Genèse contient certains doublets. Par exemple, il existe deux récits de création, le premier (Genèse 1,1-2,3) employant exclusivement Elohim pour désigner Dieu, tandis que le second (le reste du chapitre 2) utilise YHWH21. On trouve aussi deux chronologies et descriptions divergentes du déluge, l'une où Noé sauve un couple de chaque animal (Genèse 6,19–20) ; l'autre où il en sauve sept (Genèse 7,2-3)22,23. L'épisode où Abraham fait passer Sarah pour sa sœur au lieu de son épouse se retrouve lui aussi en deux exemplaires : au chapitre 12, où Dieu est nommé YHWH, et au chapitre 20, où il est nommé Elohim21. Les noms des femmes d'Esaü donnés Genèse 26,34 et 28,9 ne correspondent pas avec ceux donnés en Genèse 36,2-323.

Le texte est aussi l'objet de ruptures littéraires. Par exemple, le récit de la vente de Joseph à Potiphar est interrompu à la fin du chapitre 37, pour reprendre au chapitre 39. Le chapitre 38, qui parle de Juda, coupe ce récit. Cela se reproduit avec le chapitre 49, qui interrompt en plein milieu l'histoire de Joseph et de son père mourant24.

Compositionmodifier | modifier le code

Le livre de la Genèse ne mentionne aucune assignation à un auteur. Selon les traditions juives et chrétiennes25, il fut dicté dans son intégralité - comme le reste de la Torah - par Dieu à Moïse sur le mont Sinaï. Cette idée vient sans doute du fait que nombre de lois contenues dans la Torah sont attribuées à Moïse, ce qui incite les premiers commentateurs bibliques à penser qu'il est l'auteur le plus probable du texte dans son intégralité26.

Cependant, l'étude sémantique et linguistique des termes utilisés et les contradictions entre les différentes légendes qui s'y entremêlent amènent, dès Maïmonide au XIIe siècle et surtout Spinoza au XVIIe siècle, à remettre en question son historicité et l'unicité de son auteur27. En 1753, Jean Astruc démontre que l'histoire des origines contenue dans les onze premiers chapitres du livre est composée de sources diverses qui se croisent et s’enchevêtrent28.

Comparaison avec les autres mythologiesmodifier | modifier le code

L'étude des mythologies de l’Égypte, du Proche-Orient, de l'Asie Mineure et de la Grèce antique, montrent que ces textes sont en grande partie inspirés par d'autres récits mythologiques. Ainsi, les rédacteurs bibliques ont adapté des mythes qui existaient avant eux et qui étaient très connus dans le Levant, comme ceux de l'Enuma Elish (Genèse chap. 1), d'Atrahasis (Genèse chap. 2)29 ou de Gilgamesh (Genèse chap. 7)30. L'histoire de la tour de Babel (Genèse chap. 11) a sans doute aussi des origines babyloniennes31. De plus, l'épisode où la femme de Potiphar tente de séduire Joseph est de même très similaire à un récit égyptien datant du XIIIe siècle av. J.-C., le Conte des deux frères32.

Selon Mario Liverani, la description du jardin d’Éden est très similaire au paradis perse, et il situe donc le récit de Genèse chapitre 2 après l'Exil33. Il situe aussi l'écriture de la table des peuples au VIe siècle av. J.-C., période qui voit fleurir ce genre de généalogies34.

Anachronismesmodifier | modifier le code

Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman citent en exemple la caravane de chameaux transportant des marchandises décrite dans l'histoire de Joseph (37,25). Selon eux, cette description correspond à un commerce exercé aux VIIIe siècle av. J.-C. ou au VIIe siècle av. J.-C. sous la surveillance de l'Empire assyrien35. La mention des Philistins, présentés comme étant installés dans la cité de Gérar sous la domination d'un roi (26,1), est tout aussi anachronique. En effet, l'archéologie démontre que les Philistins ne s'établissent en Canaan qu'à partir de 1200 av. J.-C., et que leurs villes prospèrent lentement durant les siècles qui suivent. La cité de Gérar est un centre important vers la fin du VIIIe siècle av. J.-C. ou au VIIe siècle av. J.-C., ce qui donne un indice supplémentaire laissant penser que le texte qui en parle est rédigé à cette époque36. Finkelstein et Silberman concluent ainsi : « Ces anachronismes, et bien d'autres, indiquent que les VIIIe et VIIe siècles av. J.-C. ont été une période particulièrement active de composition du récit des patriarches37 ».

Un autre anachronisme est la référence à la cité d'« Ur des chaldéens ». En effet, les chaldéens n'apparaissent en Mésopotamie que longtemps après l'époque patriarcale. De même, les rois Édomites mentionnés en Genèse chap. 36 sont anachroniques, ceux-ci ne s'installant en transjordanie pas avant le XIIIe siècle av. J.-C.38.

Couches rédactionnellesmodifier | modifier le code

L’Introduction à l'Ancien Testament distingue dans la Genèse plusieurs couches rédactionnelles :

  • La geste de Jacob non sacerdotale, (anciennement nommée « JE ») qui vient d'une tradition du royaume du Nord et est produite vraisemblablement suite à sa destruction en 720 av. J.-C. Exemples : Genèse 28,10-22 ; chap. 29-31 ; 32,23-3339 ;
  • Un récit pré-sacerdotal (l'ancien « Yahwiste »), qui produit sauf exceptions les textes en YHWH, vraisemblablement durant le VIe siècle av. J.-C.40 ;
  • Une relecture de ce récit (l'ancien « Yéhowiste ») qui l'amplifie considérablement, entre le Ve siècle av. J.-C. et le IVe siècle av. J.-C.. Exemples incluant le développement précédant : Genèse 2,4b-9a et 16-25 ; 4,1-24 ; 6,5-8 ; 8,6-13b ; 8,20-2241 ;
  • Un récit dit « sacerdotal » (P)42, qui produit les textes en Elohim40 (incluant le cycle de Jacob43) et que la majorité des commentateurs considèrent comme une source autonome40. Exemples : Genèse 1,1-2,4a ; 5,1-32 ; 9,1-17 ; 17,1-27 (sauf verset 14)44 ;
  • Une rédaction (R) finale de l'ensemble à la fin du IVe siècle av. J.-C. ou au début du IIIe siècle av. J.-C.45, incluant l'histoire de Joseph qui est écrite vraisemblablement entre le VIe siècle av. J.-C. et le IVe siècle av. J.-C.46. Exemples : Genèse 6,1-4 ; 9,20-27 ; 11,1-9 ; 50,15-21 ;
  • Des passages sont ensuite ajoutés tardivement. Exemples : Genèse chap. 38 ; chap. 49 (qui contient semble-t-il des matériaux plus anciens)24.

Thèmesmodifier | modifier le code

La Genèse, qui se comprend mieux si l'on considère l'intégralité du Pentateuque, aborde diverses questions, dont : la création du monde par Dieu ; la place de l'humanité ; l'origine du mal ; les lois morales ; l'unité de la race humaine ; la sélection divine de certains humains ; les alliances et les promesses faites par Dieu aux hommes ; et l'idée d'une intervention divine dans le cours de l'histoire humaine47.

Selon James McKeown, les thèmes principaux de la Genèse sont la postérité, la bénédiction et la terre48.

Le Dieu de la créationmodifier | modifier le code

La Genèse s’inspire grandement des cosmologies du Proche-Orient ancien. Elle présuppose, comme chez les Égyptiens, un seul Dieu créateur, la différence étant seulement que chez les Égyptiens, ce Dieu créé ensuite d’autres dieux qui sont aussi l’objet de vénération. Pour les autres mythologies, la création est vue comme la victoire divine contre les forces du chaos. C’est le cas aussi dans la Bible47.

Le processus de création est divisé en deux groupes de trois jours : le premier représente la phase de création des éléments (ou conteneurs) ; le second remplit ces conteneurs de créatures vivantes. Le septième jour est un jour consacré à Dieu seul47.

L'Humanitémodifier | modifier le code

Contrairement au mythe d’Atrahasis, qui voit les humains comme les serviteurs de dieux mineurs, les humains sont présentés par la Genèse comme l’aboutissement de la création, créés à l’image de Dieu. Ils sont considérés comme responsables de la nature et peuvent l’exploiter à leur guise47.

De plus, l'Humanité est considérée comme dérivant d'un seul couple, Adam et Ève, puis de la seule famille de Noé, faisant donc de chaque humain le membre d'une grande famille47.

Élection divine et alliancesmodifier | modifier le code

L'idée d'une lignée de personnes approuvées par Dieu, tels Noé, Abraham, Isaac et Jacob, est développée tout au long du livre. Elle trouve son apogée dans le fait que la nation d'Israël tout entière est finalement l'objet des promesses divines47.

Dieu établit des alliances avec ceux qu'il approuve. Il promet à Abraham non seulement une postérité nombreuse, mais aussi une terre sur laquelle elle vivra : le pays de Canaan47.

Dieu et l'Histoiremodifier | modifier le code

La Genèse défend l'idée que l'Histoire a un sens, et que Dieu la dirige. L'étude des nombres d'années données dans ses généalogies et ses histoires fait apparaître des schémas récurrents et symboliques, ce qui incite à penser qu'ils ont avant tout un sens allégorique47.

Commentairesmodifier | modifier le code

Judaïsmemodifier | modifier le code

La Torah étant le texte fondamental du judaïsme, ses différents livres dont la Genèse font l'objet de nombreux commentaires rabbiniques. Certains sont entièrement consacrés à ce livre. On peut citer le Bereshit Rabba (parfois appelé Genèse Rabba) dans la littérature midrachique (Ve et VIe siècles) et les commentaires de Rachi49 (XIe siècle) dont le but essentiel était de faire connaître à ses contemporains les textes fondamentaux de la tradition juive50.

Interprétationsmodifier | modifier le code

Tentatives de datation de la Créationmodifier | modifier le code

Sur la base des généalogies (toledot) dans le livre de la Genèse et des parties ultérieures de la Bible, les érudits religieux juifs et chrétiens ont estimé la datation de la Création du monde, nommée anno mundi, en employant une interprétation au sens littéral51,1. Cette approche donne des résultats différents suivant le texte choisi et le point de repère utilisé. Les textes diffèrent selon le tableau suivant52 :

Texte De la création au déluge Du déluge à Abraham Total
Texte massorétique 1656 années 292 années 1948 années
Septante Alexandrinus 2262 années 1072 années 3334 années
Septante Vaticanus 2242 années 1172 années 3414 années
Pentateuque samaritain 1307 années 942 années 2249 années

Selon Christoph Uehlinger, il semble que la création du monde doive se situer exactement 4000 ans avant la dédicace de l'autel purifié par Judas Maccabée, en 164 av. J.-C.1

Un autre point de désaccord est le fait de déterminer la durée de chacun des six jours de création. Selon une lecture littérale du texte, il est logique de penser qu'il s'agit de jours de 24 heures. Cela est défendu par les « créationnistes Jeune-Terre ». Cependant, les « créationnistes Vielle-Terre » prétendent quant à eux que les jours auraient une durée bien plus longue51. Cette manière de voir, appelée « concordisme », permettrait de rendre le récit de la Genèse compatible avec la datation géologique de la Terre53.

Évocations dans l'artmodifier | modifier le code

Littératuremodifier | modifier le code

Adam et Ève par Lucas Cranach l'Ancien (1526)
Caïn (1880), tableau de Fernand Cormon d'après La Légende des siècles

La Genèse est un thème de nombreuses œuvres. En voici quelques exemples :

Peinture et sculpturemodifier | modifier le code

La tour de Babel par Pieter Brueghel l'Ancien

La Genèse est évoquée dans plusieurs cathédrales dont :

Notes et référencesmodifier | modifier le code

Notesmodifier | modifier le code

  1. Dont Jean-Daniel Macchi, André Paul, Jean Louis Ska, Victor P. Hamilton et James McKeown

Référencesmodifier | modifier le code

  1. a, b et c Christoph Uehlinger, Introduction à l'AT, p. 198
  2. a, b, c, d, e, f et g Albert de Pury, Introduction à l'AT, p. 217-218
  3. a et b Albert de Pury, Introduction à l'AT, p. 219-220
  4. a, b, c, d, e et f Christoph Uehlinger, Introduction à l'AT, p. 242-243
  5. Christoph Uehlinger, Introduction à l'AT, p. 200-201
  6. Christoph Uehlinger, Introduction à l'AT, p. 200
  7. Christoph Uehlinger, Introduction à l'AT, p. 200, 202
  8. a, b et c Albert de Pury, Introduction à l'AT, p. 220
  9. Marc-Alain Ouaknin, Mystères de la Bible, Assouline, 2008, p. 300
  10. (en) Shira Schoenberg, « Reading the Torah », sur Jewish Virtual Library
  11. Sion.org, « Parasha - Péricope »
  12. (en) « Jewish Holidays: Shemini Atzeret & Simkhat Torah », sur Jewish Virtual Library
  13. Sefarim, « Pentateuque », « Genèse », liste des parashiyot
  14. Colette Sirat, Sara Klein-Braslavy, Olga Weijers, Les méthodes de travail de Gersonide et le maniement du savoir chez les scolastiques, Vrin,‎ 2003 (ISBN 2-7116-1601-0, lire en ligne), p. 216
  15. Jean-Daniel Macchi, « Introduction à l’Ancien Testament », diag. 7
  16. James McKeown, 2008, Genesis, p. 2-3
  17. Jean Louis Ska, Introduction to Reading the Pentateuch, 2006, p. 19
  18. André Paul, Encyclopaedia Universalis, « Livre de la Genèse »
  19. Victor P. Hamilton, The Book of Genesis: Chapters 1-17, p. 8-9
  20. Victor P. Hamilton, The Book of Genesis: Chapters 1-17, p. 10. Daniel Marguerat nomme ces contrées respectivement : la Mésopotamie, Canaan et l'Égypte. Voir Daniel Marguerat, La Bible en récits: l'exégèse biblique à l'heure du lecteur, Labor et Fides,‎ 2003 (ISBN 2-8309-1106-7, lire en ligne), p. 188.
  21. a et b Michel Langlois, « Enquête sur la naissance de la Bible », Le Monde de la Bible,‎ hors-série d'automne 2012, p. 50
  22. Christoph Uehlinger, Introduction à l'AT, p. 203-204
  23. a et b Jewish virtual library, Encyclopaedia Judaica 2008, « Book of Genesis », « Composition – The Critical View », « Duplications »
  24. a et b Christoph Uehlinger, Introduction à l'AT, p. 248
  25. Traditions reçues entre autres par Philon, Josèphe, la Mishna et le Talmud
  26. Raymond B. Dillard, An Introduction to the Old Testament, p. 39
  27. Thomas Römer, Introduction à l'AT, p. 141
  28. Christoph Uehlinger, Introduction à l'AT, p. 197
  29. Christoph Uehlinger, Introduction à l'AT, p. 209-212
  30. Voir aussi La Bible et l'invention de l'histoire, p. 320-323
  31. La Bible et l'invention de l'histoire, p. 323-325
  32. Pierre Bordreuil et Françoise Briquel-Chatonnnet, « Enquête sur la naissance de la Bible », Le Monde de la Bible,‎ hors-série d'automne 2012, p. 43
  33. La Bible et l'invention de l'histoire, p. 327
  34. La Bible et l'invention de l'histoire, p. 329-330
  35. Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée, p. 67
  36. Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée, p. 68
  37. Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée, p. 69
  38. Victor P. Hamilton, The Book of Genesis: Chapters 1-17, p. 15
  39. Albert de Pury, Introduction à l'AT, p. 227, 230
  40. a, b et c Christoph Uehlinger, Introduction à l'AT, p. 204
  41. Christoph Uehlinger, Introduction à l'AT, p. 205
  42. Christoph Uehlinger, Introduction à l'AT, p. 206
  43. Christoph Uehlinger, Introduction à l'AT, p. 227
  44. Albert de Pury, Introduction à l'AT, p. 224-225
  45. Christoph Uehlinger, Introduction à l'AT, p. 207
  46. Christoph Uehlinger, Introduction à l'AT, p. 247-248
  47. a, b, c, d, e, f, g et h Jewish virtual library, Encyclopaedia Judaica 2008, « Book of Genesis », « The Major Themes and Teachings »
  48. James McKeown, 2008, Genesis, p. 4
  49. Un lien vers les commentaires de Rachi sur la Genèse est disponible ici.
  50. Julianne Unterberger, Claude Secroun, Rachi et la Champagne, Presses Universitaires de Reims,‎ 2004, p. 11
  51. a et b (en) Stanford encyclopedia of philosophy, « Creationism »
  52. Geoscience Research Institute, Gerhard F. Hasel, « Genesis 5 and 11: Chronogenealogies in the biblical history of begginnings »
  53. American Scientific Affiliation, « Two Creationist Interpretations of Genesis 1 »
  54. François-René de Chateaubriand, Oeuvres de Chateaubriand : Le paradis perdu, Volume 14, Legrand, Troussel et Pomey (lire en ligne), p. 6
  55. Maurice Hambursin, Anthologie de littérature en langue française, De Boeck,‎ 2000 (ISBN 2-8041-3609-4, lire en ligne)

Références bibliographiquesmodifier | modifier le code

  • Henri Blocher (1988), Révélation des origines, Presses bibliques universitaires, Lausanne.
  • (en) Nahum M. Sarna, The JPS Torah Commentary: Genesis. Philadelphia: Jewish Publication Society (en), 1989. (commentaire juif autoritatif.)
  • (en) Hamilton, Victor P, 1990, The book of Genesis: chapters 1–17, Eerdmans, ISBN 9780802825216
  • (en) Hamilton, Victor P, 1990, The book of Genesis: chapters 18-50, Eerdmans, ISBN 9780802823090
  • (en) Terrence E. Fretheim, "The Book of Genesis", in The New Interpreter's Bible. Volume 1. Nashville: Abingdon Press, 1994. (commentaire chrétien autoritatif.)
  • (en) Avivah Gottlieb Zornberg, The Beginning of Desire: Reflections on Genesis. New York: Doubleday, 1995. (commentaire juif érudit basé sur les sources traditionnelles.)
  • (en) Nehama Leibowitz, New Studies in Bereshit, Genesis. Jerusalem: Hemed Press, 1995. (un commentaire juif faisant un emploi extensif des sources traditionnelles.)
  • (en) Cardinal Joseph Ratzinger, In the Beginning. Edinburgh, 1995. (un point de vue catholique sur le récit de la Création et la Chute.)
  • Jean Bottéro, Naissance de Dieu, Gallimard, Paris, 2002
  • (en) James McKeown, Genesis, Eerdmans,‎ 2008 (ISBN 9780802827050, lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Mario Liverani, La Bible et l'invention de l'histoire, Bayard,‎ 2008, 616 p. (ISBN 978-2-2274-7478-9) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Didier Luciani, Dina (Gn 34). Sexe, mensonges et idéaux, Éditions Safran, Bruxelles,‎ 2009 (ISBN 978-2-87457-023-0)
  • Thomas Römer (éd.), Jean-Daniel Macchi (éd.) et Christophe Nihan (éd.), Introduction à l'Ancien Testament, Labor et Fides,‎ 2009 (1re éd. 2004), 902 p. (ISBN 978-2-8309-1368-2, lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

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