Gens de la caverne (islam)

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Les gens de la caverne étaient originaires d'une ville de Syrie dont le roi et tous les habitants étaient idolâtres, eux seuls faisant exception. Le roi, Diaclitianus, gouverneur de Philadelphie (actuelle capitale de la Jordanie) fut un homme cruel et dévoré par l'ambition. Des jeunes gens qui étaient ses ministres ne purent plus supporter ni sa cruauté ni son despotisme.

Ayant eux-mêmes embrassé la foi chrétienne, ils délaissèrent leurs familles, leurs biens et s'enfuirent pour sauvegarder leur foi. Dieu les guida vers une caverne dans laquelle ils entrèrent pour se reposer. Ils y dormirent alors 309 ans.

Fuite pour préserver leur foimodifier | modifier le code

Confession de leur foi devant le roimodifier | modifier le code

Ils étaient les seuls croyants dans toute la ville, et ils connaissaient Dieu ; Le roi, informé de leur croyance, les fit appeler et leur dit :

« Qui adorez-vous et quel est votre dieu ? »

Ils confessèrent leur religion devant le roi, se tenant devant le roi, et Dieu fortifia leurs cœurs, afin qu'ils n'eussent pas de crainte ; ils dirent :

Notre dieu est le Dieu du ciel et de la terre, et nous n'en reconnaissons pas d'autre que lui ; si nous disions autre chose, nous dirions un mensonge.

Dieu a dit dans le Coran (sur. XVIII, vers. 14) :

« Nous fortifiâmes leurs cœurs lorsque, en se tenant [devant le roi], ils dirent : Notre dieu est le Dieu du ciel et de la terre, ».

Selon la croyance musulmane, cette histoire aurait eu lieu 137 ans après la naissance du prophète Jésus, de Jean le Baptiste et de Zacharie.

Ces jeunes gens était de haute naissance et le roi ne pouvait pas les mettre à mort légèrement. Ce dernier avait un cadhi dont le fils professait également la vraie foi et qui n'offrait pas le faire publiquement, à cause du roi. Le roi dit à ce cadhi : « Que te semble, comment faut-il agir avec eux ? » Le cadhi répondit : « Ils sont tous de bonne famille, il ne faut pas les tuer légèrement. Donne-leur le temps de cette nuit, afin qu'ils réfléchissent et reviennent peut-être à la raison. » Le roi leur accorda ce temps, et ils se retirèrent.

Dans le Coran, ils sont appelés « jeunes gens ». (sur. XVIII, vers. 10 et 13)

C'étaient des jeunes gens qui croyaient en Dieu, sans que personne les eût appelés à Dieu.

Dieu ajoute encore dans le Coran (sur. XVIII, vers. 12) :

« Nous les avons dirigés dans la droite voie, afin qu'ils nous reconnaissent. »

Selon les docteurs et les commentateurs, l'expression « jeunes gens » n'est employée que deux fois dans le Coran, relativement à des croyants : une fois pour les compagnons de la caverne, l'autre pour Ibrahim, dont il est dit : « Nous avons entendu un jeune homme nommé Abraham » (sur. XXI, vers. 60). Quant aux infidèles, on lit dans l'histoire de Joseph : « Deux jeunes gens entrèrent dans la prison. » (sur. XII, vers. 36), et « Il dit à ses jeunes gens : mettez leur argent parmi leurs bagages » (sur. XII, vers. 62)

Fuite vers la montagne Nihlosmodifier | modifier le code

Quand la nuit fut venue, craignant que le roi ne les fit tuer, ils quittèrent tous les six la ville la même nuit. Maximilien (le premier d'entre eux et celui qui avait pris la parole devant le roi), Malchos, Yamblichos, Martinianos, Dionysios et Johannes se rendirent donc vers une montagne proche de la ville, Nihlos où ils rencontrèrent un pâtre nommé Antoninos. Ils lui dirent : “ Y a-t-il dans cette montagne un endroit où nous puissions nous cacher pour quelques jours ? ”, et la pâtre leur demanda : “ Qui êtes-vous ? ”. Ils répondirent : “ Nous professons une autre religion que le roi et les habitants de cette ville ; nous adorons un dieu différent de leurs idoles, et nous nous sommes enfuis d'auprès du roi, craignant pour notre vie ; nous cherchons un endroit pour nous cacher. ”. Le pâtre alors les interrogea : “ Quel est votre dieu et quelle est votre religion ? ”. Ils lui exposèrent leur croyance et il y adhéra, voulant finalement les accompagner, ce à quoi ils consentirent. Ensuite le pâtre dit : “ Il y a dans cette montagne une grande crevasse et une énorme caverne, ayant une entrée très-étroite; nous autres pâtres, quand dans la nuit il fait froid, ou qu'il fait du vent, et qu'il tombe de la pluie, et que nous craignons pour les moutons, nous les faisons entrer dans cette caverne. ” Le berger confia ses moutons à ses camarades et alla avec eux. Son chien le suivit, mais les autres, voyant cela : “ Renvoie ce chien; car, quand il aura faim, il fera du bruit et dénoncera aux hommes notre présence. ” Mais, quelque peine que le pâtre se donnât pour chasser le chien, en le frappant, l'animal ne s'en allait pas. Quand ils l'eurent longtemps frappé, Dieu lui donna la parole, et il leur dit distinctement : “ Pourquoi me frappez-vous ? Moi aussi, je crois au même dieu auquel vous croyez. ” Ce fut là pour eux un signe et un miracle de la part de Dieu. Ensuite ils se mirent en route et entrèrent dans la caverne. Le Coran dit qu'ils “ se trouvèrent dans un endroit vaste de la caverne. ” (sur. XVIII, vers. 17). Ensuite tous se couchèrent, le chien à l'entrée, les pattes de devant étendues (cf sur. XVIII, vers. 17).

Entrée dans un sommeil séculairemodifier | modifier le code

Dieu les plongea dans le sommeil et enleva leurs âmes ainsi que celle du chien. Le lendemain, le roi les fit chercher, mais on ne les trouva point et on l'informa qu'ils avaient quitté la ville. Le roi envoya alors des hommes à leur poursuite. On les rechercha pendant un mois, sans les trouver, alors on cessa les recherches. Dieu envoyait chaque semaine un ange, afin qu'il les retournât d'un côté sur l'autre pour éviter que leur chair ne pourrisse au contact de la terre, et pour que leurs corps ne se décomposent pas (Ibid.) Quand le soleil se levait, il était à leur droite, et il se couchait à gauche de la caverne, comme il est dit dans le Coran : “ Tu aurais vu le soleil, quand il se levait, passer à droite de leur caverne, et quand il se couchait, décliner à leur gauche. ” (sur. XVIII, vers. 17). Les docteurs et commentateurs[Qui ?] expliquent ce verset de la manière suivante : cette montagne était orientée vers le sud (à gauche de l'occident), et l'entrée de la caverne tournée du côté du nord. Dans cette situation, le soleil, qui se lève à l'orient, se trouve être à la droite de la caverne, et à sa gauche quand il se couche. Le vent du nord y soufflait et empêchait l'odeur cadavérique de se développer. Ils restèrent donc dans cette caverne trois cent neuf ans. Pendant ce temps, le roi Diaclitianus était mort et d'autres rois grecs lui avaient succédé dans le gouvernement de la Syrie, puis le gouvernement était passé entre les mains des Romains.

Leur réveil après trois cent neuf ansmodifier | modifier le code

Sous le premier des rois romains qui gouvernaient en Syrie, apparut Îsâ, qui avertit les enfants d'Israël de l'événement des gens de la caverne. Il leur annonça qu'ils ressusciteraient, que·les hommes les verraient et qu'ils mourraient de nouveau, afin que les hommes qui niaient la résurrection des morts, en voyant cela, fussent convaincus que Dieu tient ses engagements et que la résurrection est une vérité. Il est fait mention de leur histoire dans l'Évangile selon Tabari, et dans le Coran où il est dit : « C'est pour cette raison que nous les avons informés de leur histoire, afin qu'ils reconnaissent que les engagements de Dieu sont vrais et qu'il n'y ait pas de doute sur la résurrection. » (sur. XVIII, vers. 21). Après trois cent neuf ans, tous les habitants de la Syrie et du pays de Roum croyaient en Jésus et connaissaient cette aventure, mais ne savaient pas dans quel pays ils se trouvaient. Quand les trois cent neuf ans furent écoulés et que Dieu voulut les ressusciter, Maximilien revint à la vie, vers le temps du Namâz, avant que le soleil déclinât. Il appela les autres, et tous revinrent à la vie, de même que le chien ; et ils se levèrent, comme on se lève du sommeil. Ils s'interrogèrent sur la durée de leur sommeil (cf. sur. XVIII, vers. 18), s'imaginant être entrés dans la caverne la veille au crépuscule et s'être réveillés le lendemain au milieu de la journée. Puis ils dirent: « Votre Seigneur sait mieux que personne combien de temps vous êtes restés. » (Ibid.). Ils avaient de l'argent du temps de Diaclitianus, et qui était plus grand que celui qui était en usage dans cette ville ce jour-là. Ils dirent: « Envoyez l'un d'entre vous avec votre argent que voilà à la ville, qu'il cherche celui qui aura les meilleures provisions et qu'il vous en apporte pour votre nourriture ... Mais qu'il ne fasse pas connaitre ce qui vous concerne. » (Ibid.)

Ils envoyèrent donc Maximilien. Lorsque celui-ci fut entré dans la ville, il en reconnut les maisons et les bazars, mais pas les hommes. Il vit les hommes en prière, adorant Dieu, il en fut étonné et se dit « Depuis un jour que nous sommes partis, le peuple est devenu si croyant ». Ensuite il entra chez un boulanger pour acheter du pain. Quand il prit l'argent et le remit au boulanger, il se trouva que ce n'était pas la monnaie courante. Le boulanger dit : D'où as-tu cette monnaie ? L'autre répondit : C'est la monnaie de cette ville et la marque de ce roi. Le boulanger dit : Dans cette ville, il n'y a pas de monnaie semblable, et ce roi n'a pas frappé une pareille monnaie ; il est probable que vous avez trouvé un trésor de monnaies anciennes. Maximilien dit : J'ai emporté hier cette monnaie avec la marque de Diaclitianus, de cette ville. Le boulanger ne connaissait pas Diaclitianus ; il dit : Je ne connais pas ce roi dont tu parles ; celui-là est mort, à présent notre roi est un tel. Maximilien dit : Quelle religion a-t-il et qui adore-t-il? L'autre répondit : il suit la religion de Jésus et il adore Dieu. Pendant qu'ils parlaient ainsi, les serviteurs du roi passèrent par là et les entendirent. Ils emmenèrent Maximilien devant le roi, qui écouta son aventure et regarda la monnaie. Alors il reconnut qu'il était un des compagnons de la caverne dont il avait lu l'histoire dans l'Évangile. Le roi rassembla les habitants de la ville, les docteurs et les lecteurs de l'Évangile, afin qu'ils apprissent cet événement. Maximilien raconta : Moi et mes amis, nous avons quitté cette ville du temps du roi Diaclitianus. Nous nous sommes enfuis, craignant pour notre foi, et nous nous sommes rendus dans une telle montagne, nous sommes entrés dans une caverne, où nous avons dormi. Aujourd'hui nous nous sommes réveillés, et maintenant je suis venu, afin d'acheter avec cet argent de la nourriture pour mes compagnons. Nous voulons prendre les provisions et partir cette nuit. Les lecteurs de l'Évangile reconnurent que c'était là l'aventure des gens de la caverne dont il était question dans l'Évangile.

Le roi dit à Maximilien : Ô jeune homme, reçois la bonne nouvelle que Diaclitianus est mort, et que depuis sa mort il s'est écoulé trois cent neuf ans.

Appréciation critiquemodifier | modifier le code

L'histoire relatée provient de la version de Hermann Zotenberg (1836-1894), orientaliste reconnu pour ses traductions des manuscrits arabes et perses.
Ses chroniques de Tabari ne sont pas traduites de l'arabe, langue originelle de l'œuvre, mais à partir de la langue perse. Dans un souci de clarté et de cohérence, Zotenberg résuma l'œuvre de Tabari et choisit la version qui lui paraissait la plus cohérente.
Dans son œuvre, Tabari ne faisait que reproduire les récits provenant des traditions orales connues à son époque : les faits légendés ou non sont traités de la même façon. Ne serait-ce que pour le récit des gens de la caverne, il a rapporté dans ses chroniques en arabe plusieurs versions de l'histoire. Il faut distinguer les « Gens de la caverne » qui désigne les dormants de cette histoire, des « Gens de la grotte » qui sont mentionnés dans des textes de la tradition musulmane dont le Coran et qui pourraient être la désignation d'un mouvement religieux chez qui les grottes revêtaient une certaine importance.

Traditions analoguesmodifier | modifier le code

Ce récit présente de nombreuses analogies avec la légende chrétienne des Sept Dormants d'Éphèse dont de nombreuses versions circulaient au Moyen-Orient à partir du Ve siècle1.

En Cilicie (Turquie actuelle) existe une grotte près de Tarse à propos de laquelle existe un récit légendaire quasi-analogue2.

Notes et référencesmodifier | modifier le code

  1. Dictionnaire du Coran, op. cité.
  2. Léonce Alishan, " Sissouan, ou L'Arméno-Cilicie : description géographique et historique", S Lazare, Venise, 1899, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k503941c/f79.image.r=Sept-Saints.langFR

Voir aussimodifier | modifier le code

Articles connexesmodifier | modifier le code

Liens externesmodifier | modifier le code

Bibliographiemodifier | modifier le code

  • Les chroniques de Tabari, Tome II, M. Hermann Zotenberg.
  • Geneviève Gobillot, article « Gens de la Caverne » in M. Ali Amir-Moezzi (dir.) Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, p. 362-365.









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