Hans Hartung

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Hans Hartung

Naissance
Leipzig
Décès (à 85 ans)
Antibes
Mouvement artistique Abstraction lyrique

Hans Hartung, né le à Leipzig et mort le à Antibes, est un peintre français d'origine allemande, l'un des plus grands représentants de l'art abstrait et le père du tachisme.

Biographiemodifier | modifier le code

Son grand-père maternel et son père, musicien amateur et peintre autodidacte, sont médecins. Sa vocation est précoce : il raconte que dès l'âge de 6 ans « sur un de mes cahiers d'école, j'attrapais des éclairs dès qu'ils apparaissaient. Il fallait que j'ai achevé de tracer leurs zig-zags sur la page avant que n'éclate le tonnerre. Ainsi, je conjurai la foudre ». De 1912 à 1914 sa famille s'installe à Bâle ; l'astronomie (il construit son propre télescope grâce auquel il observe des « fragments du réel » dont l'apparence abstraite anticipe sur ses futures œuvres) et la photographie l'émerveillent. Il fréquente ensuite jusqu'en 1924 le lycée de Dresde, se passionnant pour Rembrandt, Goya, Frans Hals, Le Greco, puis les expressionnistes allemands (Oskar Kokoschka, Emil Nolde). Copiant librement certaines œuvres, il en simplifie la composition pour n'en retenir que les masses colorées. Dès 1922, il atteint l'abstraction dans une série d'aquarelles où apparaissent déjà les tracés noirs et les taches colorées et, en 1923-1924, avec des fusains et des sanguines.

En 1924 et 1925, Hartung poursuit des études de lettres classiques, de philosophie et d'histoire de l'art à Leipzig. Il assiste à une conférence de Kandinsky, s'inscrit en 1925 et 1926 à l'Académie des Beaux-Arts de Dresde où, à l'occasion de l'Exposition internationale, il découvre le parcours de la peinture française de l'impressionnisme au cubisme. Durant l'été, il parcourt l'Italie à bicyclette puis arrive à Paris, où il vit jusqu'en 1931 ; il effectue deux séjours au Barcarès, près de Perpignan, et voyage en Belgique et Hollande. Il rencontre Anna-Eva Bergman, jeune peintre norvégienne qu'il épouse en septembre 1929. En 1931, après un séjour sur la Côte d'Azur pendant l'hiver, il expose pour la première fois, à Dresde, et avec Anna-Eva Bergman l'année suivante, à Oslo, travaillant un moment dans une île du sud de la Norvège.

Après la mort de son père et face à la montée du nazisme, Hartung quitte l'Allemagne pour les Baléares, confiant au passage à Paris quelques toiles à la galerie Jeanne Bucher; il construit une petite maison sur la côte nord de Minorque. Sans argent, il regagne Paris en 1934, passe par Stockholm puis rentre en Allemagne, à Berlin. N'acceptant pas le régime nazi, il parvient à passer en France et s'installe définitivement à Paris. Il s'y lie avec Jean Hélion et Henri Goetz, rencontre Kandinsky, Mondrian, Alberto Magnelli, César Domela, Miro et Calder avec qui il expose. Entre 1934 et 1938, il peint la série de ses « taches d'encre ». N'ayant pas les moyens de se procurer de quoi dessiner, il s'installe à la terrasse des cafés et commande des cafés crèmes, ce qui l'autorise à demander aussi aux serveurs de l'encre et du papier. Ses premières œuvres consistent en des tourbillons d'encre noire tracés les yeux fermés, destinés à apaiser son angoisse.

Face à de grandes difficultés matérielles, la maladie de sa femme, leur divorce, le retrait de son passeport par l'ambassade d'Allemagne, Hartung bénéficie de l'hospitalité de Goetz et travaille dans l'atelier du sculpteur Julio González. En 1939, il s'inscrit sur la liste des volontaires contre l'hitlérisme en cas de guerre et épouse Roberta González, la fille du sculpteur. En septembre 1939, la France décidée d'arrêter et d'enfermer un certain nombre de ressortissants allemands présents sur le territoire national. Malgré son opposition au régime Hans Hartung fait partie de ceux-ci. Libéré le 26 décembre, il s'engage à la Légion étrangère pour la durée de la guerre sous le nom de Jean Gauthier et envoyé en Afrique du Nord. Présentant peu de goût pour la chose militaire, il est désigné, avec un autre camarade du nom d'Andréas Rosenberg pour repeindre l'intérieur du réfectoire du quartier militaire de Sidi Bel Abbès. Après la signature de l'armistice, il est démobilisé, quittant l'armée le 8 septembre 19401.

Il se réfugie alors avec la famille González dans le Lot. Après la mort de Julio González en 1942 et l'occupation de l'ensemble de la France, Hartung passe en 1943 en Espagne. Incarcéré, puis placé dans un camp de concentration (le camp de Miranda del Ebro) durant sept mois, il rejoint l'Afrique du Nord et s'engage à nouveau dans la Légion, sous le nom de Pierre Berton cette fois-ci. Affecté au Régiment de marche de la Légion étrangère comme brancardier, Blessé durant l'attaque de Belfort en novembre 1944, il est amputé de la jambe droite à Dijon. De retour à Paris en 1945, où il est aidé par Calder, il est naturalisé français en 1946, décoré de la Croix de guerre 1939-1945, de la Médaille militaire et de la Légion d'honneur.

Dans les années suivantes, Hartung participe à plusieurs expositions (première exposition personnelle à Paris en 1947 à la galerie Lydia Conti qui le révèle au public) et se fait remarquer par les critiques. Alain Resnais réalise sur lui un film qui est présenté en 1948 en Allemagne et en 1950 à Paris. À partir de 1949, il réalise plusieurs expositions personnelles ou collectives et fait la connaissance de Schneider, Soulages, Mathieu, Baumeister et Rothko. Il est alors reconnu comme l'un des chefs de file de l'Art informel et un des précurseurs de l'Action Painting. Une rétrospective de son œuvre est présentée dès 1952 au musée de Bâle où il retrouve Anna-Eva Bergman. En 1953, Hans Hartung s'installe à nouveau avec Anna-Eva Bergman, revenue de Norvège, et divorce d'avec Roberta Gonzalez. Il commence d'exposer à la Galerie de France de Myriam Prévot et Gildo Caputo et est élu en 1956 membre de l'Académie des arts de Berlin. En 1957, Hartung se remarie avec Anna-Eva Bergman. Multipliant les expositions de ses peintures, gravures et lithographies, il reçoit en 1960 le grand Prix international de peinture de la Biennale de Venise. À partir de 1961, le procédé du grattage est à l'origine d'un renouvellement de sa peinture. Il s'invente également de nombreux outils (larges brosses, pistolets et aérographes, balais de genêts, sulfateuses, tuyaux d'arrosage, rouleaux de typographes ...) et recourt à des matériaux nouveaux (peinture vinylique et acrylique qui sèche rapidement).

En 1964, Hartung fait avec Anna-Eva Bergman un voyage en bateau au long de la côte de l'extrême nord de la Norvège et en rapporte des milliers de photographies. À l'occasion de la publication du catalogue de ses gravures, celles-ci sont dans leur totalité exposées à Brunswick en 1965. De larges rétrospectives de son œuvre sont présentées au Musée de Turin en 1966, au Musée national d'Art moderne de Paris en 1968, puis à Houston, au Québec et à Montréal en 1969, tandis que ses toiles récentes sont exposées à New York. Hans Hartung reçoit le Prix d'honneur de la Biennale de gravure de Ljubljana en 1967, le Grand Prix des Arts de la ville de Paris en 1970. Pour son soixante-dixième anniversaire, le Musée de Cologne lui consacre en 1974 une nouvelle rétrospective et la revue Cimaise un numéro spécial. En 1968, Hartung fait construire près d'Antibes une maison dont il conçoit les plans et où il séjourne en permanence à partir de 1972. D'autres rétrospectives lui sont consacrées en 1975 à Berlin et à Munich, le Metropolitan Museum of Art de New York exposant une trentaine de ses œuvres monumentales. Les éditions Skira publient Un monde ignoré vu par Hans Hartung, avec des reproductions de ses photographies et des textes de Jean Tardieu.

Hartung est élu en 1977 à l'Académie des beaux-arts de l'Institut de France et le Centre Pompidou organise une exposition itinérante de ses gravures et lithographies. Un timbre-poste reproduisant l'une de ses peintures est émis en 1980. À cette occasion, le Musée de la Poste présente les tapisseries et gravures sur bois de Hartung et d'Anna-Eva Bergman. Hartung est en 1981 le premier peintre à recevoir le Prix Kokoschka créé par le gouvernement autrichien. La même année, la Stâdtische Kunsthalle de Düsseldorf, puis la Staatsgalerie Moderner Kunst de Munich organisent une grande exposition rétrospective ainsi que la Fondation Henie-Onstad en Norvège. Hartung se voit consacrer en 1982 une salle personnelle permanente à la Statsgalerie Moderner Kunst de Munich. Le conseil régional Provence-Alpes-Côte d'Azur inaugure en 1983 au Musée d'Antibes une exposition de ses photographies tandis que le Kupferstich-Kabinett der Staatlichen Kunstsammlungen de Dresde expose les 61 lithographies et gravures qu'il lui a offertes. En 1984 est ouverte au Hessisches Landesmuseurn de Darmstadt une salle consacrée à ses peintures, et Hartung reçoit la croix de grand officier de l'Ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne. Dans les dernières années de sa vie Hartung va peindre au pistolet à peinture, cela lui permit de faire plus 300 toiles l'année de sa mort, en 1989.

Anna-Eva Bergman meurt le 24 juillet 1987, Hans Hartung le 7 décembre 1989 à Antibes. Selon sa volonté, ses cendres sont dispersées dans la Méditerranée. Son ultime message :

« L'art me paraît être un moyen de vaincre la mort. »

— Hans Hartung

Hans Hartung et Anna-Eva Bergman font partie des peintres réunis pour l'exposition L'envolée lyrique, Paris 1945-1956 présentée au Musée du Luxembourg (Sénat), en avril-août 2006 (pour Hartung : Sans titre, 1947 ; T1948-38, 1949, de la Fondation d'Antibes ; T5232, 1952 ; pour Anna-Eva Bergman : N°5 1952, Deux formes noires, 1952, de la Fondation d'Antibes) [catalogue : (ISBN 8876246797)).

Sa cotemodifier | modifier le code

  • T 1949 - 10, 1949, huile sur toile, 50 × 73 cm, adjugé 245 448 euros en octobre 2007.

Citationsmodifier | modifier le code

  • « Divisez une ligne en deux parties égales : vous obtenez l'ennui. »
  • « Il y a une mesure unique qui préserve l'unité du tout. »
  • « Ne plus rien figurer, ce que j'aime faire, c'est agir sur la toile...»

Décorations2modifier | modifier le code

Éléments de bibliographiemodifier | modifier le code

  • Madeleine Rousseau et Ottamar Domnick, Hans Hartung, préface de James Johnson Sweeney, Stuttgart, Domnick Verlag, 1949.
  • Roger Van Gindertael, Hans Hartung, Paris, Éditions Pierre Tisné, 1960 (éditions en anglais et en allemand en 1961 et 1962).
  • Dominique Aubier, Hans Hartung, Paris, Le Musée de Poche, Édition Georges Fall, 1961, 72 p.
  • Jean Tardieu, Hans Hartung, Paris, Éditions Fernand Hazan, 1962.
  • Raymond Bayer, Entretiens sur l'art abstrait, Genève, Pierre Caillé, 1964.
  • Rolf Smücking, Hans Hartung [L'œuvre gravé 1921-1965], Brunsweig, Galerie Schmücking, 1965 (édition complétée en 1990).
  • Umbro Appolino, Hans Hartung, Milan, Fratelli Fabbri, 1966.
  • Jiri Sliblik, Hans Hartung, Prague, Odeon, 1967.
  • Hans Hartung, Autoportrait, récit recueilli par Monique Lefebvre, Bernard Grasset, Paris, 1976 (ISBN 224600403).
  • Pierre Descargues, Hartung, Paris, Éditions Cercle d'Art, 1977 (éditions en anglais et en allemand en 1977 et 1983).
  • Pierre Daix, Hartung, Paris, Bordas/Gervis, 1991.
  • Lydia Harambourg, Hans Hartung, dans L'École de Paris 1945-1965, Dictionnaire des peintres, Neuchâtel, Ides et Calendes, 1993 (ISBN 2825800481).
  • Annie Claustres, Hans Hartung. Les aléas d'une réception, Dijon, Les Presses du réel, 2005 (ISBN 978-2-84066-133-7).

Philatéliemodifier | modifier le code

En hommage à Hartung un timbre reproduisant l'une de ses œuvres est émis par les Postes françaises en 1980 (valeur de 4 F).

Collection publiquemodifier | modifier le code

Articles connexesmodifier | modifier le code

Liens externesmodifier | modifier le code

Notes et référencesmodifier | modifier le code

  1. A.-P. Comor, La Légion étrangère histoire et dictionnaire, p452-453, Éditions Robert Laffont, Paris, 2013
  2. A.-P. Comor, La Légion étrangère histoire et dictionnaire, p453-454, Éditions Robert Laffont, Paris, 2013







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