Judéophobie

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La judéophobie est une expression réapparue durant les années 1990 pour désigner des formes d'opposition à la communauté juive se définissant de forme floue dans une gamme de rejet allant de l'antisionisme à l'antisémitisme en passant par l'antijudaïsme issues notamment des tensions suscitées par le conflit israélo-palestinien (dans cette optique, judéophobie renvoie à islamophobie). Ce terme a été initialement forgé par Leon Pinsker en 18821.

Le réemploi de cette expression cherche à vraisemblablement marquer la différence entre l'antisémitisme issu du contexte sociopolitique international contemporain (ce qui permet de tenir compte de l'antisionisme) et l'antisémitisme radical associé au régime nazi et à une problématique ethnique. Son usage a été popularisé par la publication en 2002 d'un essai du politologue et historien des idées Pierre-André Taguieff intitulé La Nouvelle judéophobie suivi, en 2004, de Prêcheurs de haine. Traversée de la judéophobie planétaire. Dans le premier essai, Taguieff définit la judéophobie comme « l'ensemble des formes historiques prises par la haine des Juifs, et plus largement par toutes les passions, croyances et conduites antijuives dont les manifestations furent (et sont) les violences, physiques ou symboliques, subies par le peuple juif. ». Il définit l'antisémitisme comme « la forme racialiste prise par la judéophobie au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, dans le cadre des doctrines racialistes fondées sur l'opposition Aryens/Sémites. »2

Cette construction de néologisme à partir de la racine phobie, qui possède en psychiatrie et psychanalyse une connotation de peur bloquante, irrationnelle, d'angoisse immaîtrisable à propos d'un objet donné, est critiquée par certains observateurs comme Philippe Muray3 ou le psychanalyste Daniel Sibony4. Il convient de relever que le mot employé couramment pour le racisme à l'égard des juifs est antisémitisme et non pas judéophobie.

Notes et référencesmodifier | modifier le code

  1. « Automemancipation! ». Mahnruf an seine Stammesgenossen, Berlin, Commissiones-Verlag von W. Issleib [G. Schuhr], 1882.
  2. Pierre-André Taguieff, La Nouvelle judéophobie, Odile Jacob,‎ 2008, « Introduction »
  3. Dans son livre Exercices spirituels, tome 3 : « Je suis frappé depuis quelques années par l'opération de médicalisation systématique dont sont l'objet tous ceux qui ne pensent pas dans la juste ligne : on les taxe de phobie. ».
  4. « Homophobie, xénophobie, judéophobie… autant de mots détournés de leur sens. Ne pas aimer n'est pas phobie. », dans Libération, 9 décembre 2004 : « Que fait-on en parlant de « phobie » ? On prétend, en pointant ces « phobies », interdire aux gens d'avoir telle ou telle peur. Mais peut-on interdire d'avoir peur ? […] »

Voir aussimodifier | modifier le code

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