Lavrenti Beria

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Beria.
Lavrenti Beria
Beria (à droite) avec Staline (au fond) et la fille de celui-ci, Svetlana.
Beria (à droite) avec Staline (au fond) et la fille de celui-ci, Svetlana.
Fonctions
Vice-président du Conseil des ministres de l'URSS
Président Gueorgui Malenkov
Prédécesseur Viatcheslav Molotov
Successeur Lazare Kaganovitch
Ministre de l'Intérieur
Prédécesseur Sergueï Krouglov
Successeur Sergueï Krouglov
Prédécesseur Nikolaï Iejov
Successeur Sergueï Krouglov
Secrétaire-général du Parti communiste de Géorgie
Prédécesseur Petre Agniachvili
Successeur Candide Tcharkviani
Prédécesseur Lavrenti Kartvelichvili
Successeur Petre Agniachvili
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Merkheoul
Date de décès (à 54 ans)
Lieu de décès Moscou
Nationalité Drapeau Soviétique
Parti politique Parti communiste de l'Union soviétique

Lavrenti Pavlovitch Beria (Lavrenti Pavles dze Beria en géorgien : ლავრენტი პავლეს ძე ბერია) ; Lavrentiï Pavlovitch Beria (en russe : Лавре́нтий Па́влович Бе́рия), né le à Merkheoul et décédé à Moscou, est un homme politique soviétique. Né dans une famille pauvre, il fut une des figures-clefs du pouvoir soviétique de 1938 à 1953. Chef du NKVD, puis membre du Politburo de 1946 à 1953, il contrôlait l'ensemble de la sécurité intérieure et extérieure de l'Union soviétique.

Staline le présenta à Ribbentrop comme « le chef de notre Gestapo » lors de la signature du pacte germano-soviétique ; lors de la conférence de Yalta, il le présenta comme « notre Himmler » au président des États-Unis Franklin Roosevelt1.

Son rôle fut primordial dans l'organisation industrielle du Goulag, la répression des déserteurs lors de la Seconde Guerre mondiale — il est le créateur du SMERSH —, le développement d'un réseau d'espionnage international performant, la mise au pas des démocraties populaires, à commencer par le massacre de Katyn pour finir aux procès de Prague. Il organisa l’accession de l'Union soviétique au statut de puissance nucléaire.

En 1953, alors que Staline avait déjà programmé son élimination en montant de toutes pièces un « complot mingrélien », la mort du dictateur le sauva in extremis. Plusieurs sources suggèrent qu'il en est l'organisateur et peut être même l'exécutant.

Quelques mois plus tard, alors qu'il est premier vice-président du Conseil des ministres de l'Union soviétique et presse sa prise du pouvoir, il est piégé par les autres membres du Politburo à l'occasion d'une réunion de routine au Kremlin et éliminé. Il existe au moins trois versions de son arrestation, aucune ne pouvant être considérée comme la vérité historique. Sa mort marque la poursuite de la déstalinisation, commencée par lui dès la disparition de Staline.

Un compatriote de Stalinemodifier | modifier le code

Comme Staline, Lavrenti Beria est originaire de Géorgie. Fils de Pavel Khoulaïevitch Beria, il est né à Merkheouli près de Soukhoumi en Abkhazie, dans une famille d'origine mingrélienne extrêmement pauvre. Sa mère, servante, réussit à convaincre son employeur de financer les études de son fils. Cette aide lui permet d'étudier à l'école technique de Soukhoumi, puis dans une école d'ingénieurs (architecture et construction) de Bakou. Il est employé par l'Okhrana qui lui fournit quelques subsides. Il ne rejoint les étudiants Bolcheviks qu'en mars 1917, quand l'histoire tourne en leur faveur. Astucieusement, il s'engage dans l'Armée puis dans les rangs adverses menchevik en prétendant jouer double jeu. Cette audace lui permet d'être remarqué par Mikoyan et les amis directs de Staline. Selon Sergo Beria, son fils, il n'est ni marxiste, ni communiste mais, ambitieux, il décide d'entamer une carrière d'apparatchik classique au sein du parti communiste2.

En 1921, il épouse Nina Gueguetchkori, aristocrate géorgienne orpheline de père et élevée par ses oncles Evgeni Gegechkori (en) et Sasha Gegechkori (en)3. Ils ont eu un fils en 1924, Sergo2.

Il fournit notamment les noms des « bourgeois à assassiner » à Bakou. Son caractère méthodique et impitoyable le fait recruter par la Tchéka première police politique bolchévique et il deviendra en 1922 chef-adjoint de la branche géorgienne de l'OGPU, qui succède à la Tchéka.

En 1924, il dirige la répression du soulèvement d'Août des nationalistes géorgiens, organisant l'exécution de 10 000 partisans. Du fait de cette « bravoure bolchevique », Beria est nommé chef de la division des affaires politiques secrètes de l'OGPU en Transcaucasie et reçoit l'ordre de l'Étoile rouge.

En 1927, il prend la tête de l'OGPU en Géorgie. Un de ses premiers crimes personnels est l'exécution de l'employeur de sa mère qui avait financé ses études3.

Il est présenté à son compatriote Joseph Staline, qui apprécie sa fidélité indéfectible et sa cruauté sans limite, autant que son sens de l'organisation4.

En octobre 1931, Beria est nommé secrétaire du parti communiste géorgien, puis celui de toute la Transcaucasie en 1932. Son rôle est d'extirper tout risque nationaliste et d'assurer l'accès au pouvoir total de Staline3.

En février 1934, au XVe congrès du Parti communiste de l'Union soviétique, il est membre du comité central du Parti communiste3.

Il engage alors une lutte d'influence au sein du Parti communiste géorgien, en particulier contre Gaioz Devdariani, ministre de l'Éducation dans la république socialiste soviétique de Géorgie, en ordonnant l'assassinat de ses deux frères, George et Shalva, qui occupaient respectivement des postes importants dans la Tchéka et le parti communiste local. Finalement, Gaioz Devdariani est accusé de menées contre-révolutionnaires et exécuté en 1938.

Beria conserve le contrôle du Parti communiste géorgien jusqu'à sa mort, y compris après sa nomination au Kremlin.

En 1935, il est l'un des subordonnés en qui Staline a le plus confiance. En effet, Beria s'est assuré une place de choix dans l'entourage du « Père des peuples », en réécrivant l'histoire du Parti communiste géorgien, en attribuant à Staline le rôle moteur dans l'histoire du parti communiste en Transcaucasie et en éliminant les vieux bolcheviques qui pourraient contester cette affabulation.

Lors de la terreur stalinienne, qui commence après l'assassinat de Sergueï Kirov en décembre 1934, Beria dirige les purges politiques dans l'ensemble de la Transcaucasie.

Chef du NKVD de 1938 à 1953modifier | modifier le code

En novembre 1938, Staline le nomme à la tête du NKVD, la police secrète de l'Union soviétique en remplacement de Nikolaï Iejov, qu'il fait exécuter en mars 1940. Beria reste fidèle au principe posé par Staline, quand celui-ci avait nommé Iagoda à la tête du Guépéou en 1934, d'éliminer son prédécesseur (Viatcheslav Menjinski dans le cas de Iagoda), principe qu'avait respecté Iejov en faisant fusiller Iagoda.

Beria est ainsi appelé par Staline pour mettre fin aux Grandes Purges qui avaient décimé l'armée et rendait l'URSS vulnérable aux visées hitlériennes. Il fait sortir du Goulag de nombreux officiers, sur demande du nouveau chef d'état-major, le maréchal Chapochnikov. Parallèlement, il purge l'appareil policier des hommes de Iejov et organise des procès contre eux, ce qui lui vaut pendant quelque temps une certaine popularité. Des cadres ayant servi un de ses prédécesseurs, Iagoda avant les années 1930 sont réhabilités et deviennent ainsi ses obligés. Personnage cruel et sadique, il n'hésite pas à présider lui-même certaines séances de torture dans son bureau de la Loubianka ou de la prison de Lefortovo4.

Il organise des arrestations en masse et des exécutions de dissidents ou de personnes innocentes. Il est notamment responsable en 1940 de l'exécution du grand metteur en scène Meyerhold, de l'écrivain Isaac Babel et du journaliste Mikhaïl Koltsov. Virtuose, tout comme ses prédécesseurs, de l'extorsion de confessions délirantes, il se vantait cyniquement de pouvoir faire avouer sous 24 heures à tout individu tombé entre ses mains qu'il était le « roi d'Angleterre ». Lorsque le Pacte germano-soviétique permet à l'Union soviétique de s'étendre en Pologne, en Finlande, aux Pays baltes et en Moldavie, Beria planifie méticuleusement les déportations massives de centaines de milliers d'habitants de tous âges et de toutes classes sociales. Maître d'un Goulag dont les effectifs sont alors à leur apogée, il tente de rationaliser l'exploitation des détenus. Il crée notamment les charachka, où des scientifiques prisonniers sont contraints de travailler à des projets militaires, dans une stricte discipline mais en bénéficiant de meilleures conditions de vie que la plupart des détenus.

Beria commet aussi des crimes de guerre au cours de la Seconde Guerre mondiale. Il rédige notamment l'ordre d'exécution du massacre de Katyń, au cours duquel 25 700 officiers polonais furent assassinés par le NKVD au printemps 1940. Les exécutions furent réparties en six lieux, dont le plus connu est celui de Katyń, situé dans une forêt près de Smolensk.

En 1941, le NKVD de Beria planifie la déportation des Allemands de la Volga, et en 1944, celle des Tchétchènes, des Tatars de Crimée et d'une dizaine d'autres peuples faussement accusés collectivement de collaboration avec les Allemands.

Il est aussi durant la période de guerre, le collaborateur le plus efficace de Staline. Remarquable organisateur, il joue un rôle-clé dans la mise en place du Comité d'État à la défense au début de la guerre, et au fur et à mesure de celle ci, il surpasse par son habileté les collaborateurs de Staline. En effet, il est successivement chargé de la production de fusils, chars, d'obus et de divers armements. Doté d'une grande intelligence, infatigable[non neutre], il coordonne certains mouvements de sabotage via ces agents, qui par ailleurs glanent des informations essentielles dans tous les domaines pour l'Armée rouge. Il met également en place le comité antifasciste juif, dirigé par Mikoels[réf. nécessaire].

Le père politique de la bombe atomique soviétiquemodifier | modifier le code

Jusqu'en 1942, les milieux scientifiques soviétiques étaient plutôt sceptiques quant à la possibilité de réaliser une bombe atomique, considérant qu'il existait des obstacles théoriques à la fission nucléaire qui n'avaient pas été surmontés. Toutefois, les missions de renseignement dans les milieux scientifiques et sympathisants, montraient que les Britanniques et les Américains envisageaient une telle hypothèse. C'est donc à Beria qu'est revenue la paternité politique de mettre l'accent sur la recherche nucléaire à des fins militaires.

Le 10 mars 1942, il adressa en effet une lettre à Staline synthétisant l'ensemble de données d'espionnage et de renseignement collectées par le NKVD — notamment par le réseau Philby et l'action de Niels Bohr dans les milieux scientifiques — à propos de la recherche atomique et des programmes d'armement nucléaire, déclarant5 : « Dans un bon nombre de pays capitalistes, par suite des travaux engagés sur la fission du noyau de l'atome en vue d'obtenir une nouvelle source d'énergie, des recherches ont été entamées sur la possibilité d'utiliser l'énergie nucléaire de l'uranium à des fins militaires ».

En février 1943, l'action commando des Britanniques contre l'usine d'eau lourde de Vemork, en Norvège, convainquit Staline que « le projet de construction d'une bombe atomique n'avait rien d'illusoire6. ». Staline confia alors à Beria le soin de coordonner le projet atomique de l'URSS, ce qu'il continuera durant les premiers moments décisifs de la guerre froide, à la fois sur le plan bureaucratique et sur le plan du renseignement par une stratégie de séduction des scientifiques américains, tels qu'Oppenheimer, Fermi et autres.

À cette occasion, Beria mobilise des moyens considérables en ressources humaines et industrielles, largement puisées dans le Goulag, et il commence à constituer ainsi un État dans l'État. En 1949, l'URSS procède à son premier essai nucléaire grâce à Beria et Staline lui demande alors de fabriquer la première bombe H soviétique.

La chute de Beriamodifier | modifier le code

La carrière de Beria se termine dans des conditions extrêmement difficiles. Staline, de plus en plus paranoïaque, craint constamment pour sa vie et veut se débarrasser de lui. Le ministère de la Sûreté de l'Etat lui est retiré. Le nouveau responsable, Ignatiev, monte un dossier à la demande de Staline. Beria est sauvé par la mort de Staline, à laquelle on lui prête une part de responsabilité. Après la mort de Staline, Beria, deuxième personnalité de l'État après Malenkov, se met en position de prendre le pouvoir, développant même un programme général de réforme. Les autres membres du Politburo ne lui en laisseront pas le loisir. Le contexte de la répression du soulèvement ouvrier en Allemagne de l'Est fragilise Beria. Il est arrêté et tué sans que l'on puisse trancher entre les différentes versions de son arrestation, de son procès et de sa mort.

Beria, cible de Staline dans l'affaire du complot « mingrelien »modifier | modifier le code

Staline confie à Semion Ignatiev et à son adjoint Rioumine, le ministère de la Sécurité d'État qu'il détache des fonctions de Beria. Ce dernier connaît trop ce qui est arrivé à ses prédécesseurs, Iaogoda et Iejov, pour ne pas comprendre ce qui l'attend : un dossier monté de toutes pièces pour l'éliminer. Ignatiev organise aussitôt contre Beria, à la demande de Staline, le montage de deux affaires de trahison : le « complot mingrelien », puis le complot des blouses blanches.

À la fin du 19e Congrès du Parti communiste, convoqué à cet effet, un climat de reprise en main, y compris au sommet de l'État soviétique, est annoncé. Le 16 octobre 1952, devant le Plénum du Comité central récemment réélu, Staline prend position nominativement contre un groupe de quatre membres du Politburo à ses yeux défaillants. Beria en fait partie. L’historien Thaddeus Wittlin explique : « Il ne fait pas de doute que les paroles du dictateur ne sont pas une menace vaine. Une nouvelle vague de terreur , une nouvelle série de purges va probablement submerger les plus hauts postes »7.

Au départ, elle prend la forme d'un explosion de haine contre les Juifs8. L'exécution du général Mehlis donne le branle au processus. En février 1953, Ignatiev accélère à la demande de Staline le montage du « complot mingrelien », puis du complot des blouses blanches. Selon ce dernier complot, un groupe de médecins — en majorité d'origine juive — chargé de la santé des dirigeants soviétiques aurait cherché à les empoisonner, ce qui prouverait la défaillance, voire la complicité des services de sécurité dirigés par Beria. On laisse même entendre que la mère de Beria, employée dans des maisons juives, aurait été enceinte des œuvres d'un de ses patrons et que Beria aurait de ce fait une part de sang juif.

Staline accumule de fausses preuves pour éliminer Beria. Toutefois, la mort subite de Staline, en mars 1953, interrompt le processus de purge en formation.

Beria s'empresse d'aller détruire toutes les preuves que le Géorgien avait accumulées contre lui9. Il fait même raser la villa de Staline à Kountsevo 10.

Beria, assassin de Staline ?modifier | modifier le code

Staline meurt le des suites d'une hémorragie cérébrale, après un repas pris avec Beria, Malenkov, Boulganine et Khrouchtchev.

La rumeur selon laquelle Beria aurait tué ou fait tuer Staline est persistante, mais invérifiable4.

Trois éléments sont cependant troublants :

  • Dans ses Mémoires publiés en 1993, Molotov affirme que Beria se vanta auprès de lui d'avoir empoisonné Staline. Lors des funérailles de Staline, Malenkov et Molotov marchaient effectivement en tête du cortège avec Beria quand ce dernier aurait affirmé : « C’est moi qui ai liquidé le tyran »11.
  • Il est également avéré que Beria avait refusé une intervention médicale alors que Staline était inconscient depuis plusieurs heures, sous prétexte que ce dernier était seulement en train de dormir.
  • Enfin l’autopsie du corps du défunt est introuvable et semble avoir disparu sans laisser de trace alors qu'elle mentionnait des hémorragies intestinales évoquant un empoisonnement. En outre, Beria fit déporter tous ceux qui y avaient participé4.

Après Staline : le début d'une déstalinisation ?modifier | modifier le code

C'est à Beria que revient l'honneur de prononcer l'éloge funèbre de Staline sur la place Rouge11.

Beria, nommé ministre de l'Intérieur réunifié avec la Sécurité d'État et vice-président du Conseil des ministres, dispose d'atouts pour succéder à Staline. Il sait qu'il existe d'autres ambitions. Il a une tactique et un programme. Il se rapproche de Malenkov. Pendant les trois mois où il a les mains libres, l'incarnation de la terreur policière stalinienne se révèle paradoxalement un champion de la libéralisation du régime. Dès le 4 avril, il relâche les victimes du complot des blouses blanches et fait savoir que leurs aveux avaient été extorqués par la torture, première fois que l'État soviétique reconnaît une faute. Il ferme les grands chantiers du socialisme alimentés par la main-d'œuvre pénitentiaire. Il fait promulguer une amnistie qui libère un million de détenus du Goulag, tous des droits communs - rien n'ayant été préparé pour les réinsérer, cette masse d'anciens condamnés va déferler sur le pays en commettant une vague traumatisante de vols, de viols et de meurtres[réf. nécessaire]. Il restitue le Goulag au ministère de la Justice, limitant ainsi en partie l'arbitraire qui y régnait, et il dénonce en connaissance de cause son inutilité économique ainsi que son hypertrophie. Il fait voter au Politburo l'enlèvement des portraits de dirigeants dans les défilés et manifestations, mesure qui ne lui survivra pas. Il se prononce à l'intérieur pour un meilleur traitement des minorités nationales, et à l'extérieur pour une politique résolue de Détente avec l'Occident, fût-elle payée de l'abandon de la RDA et de la réunification de l'Allemagne en échange de sa démilitarisation4.

La liquidation de Beriamodifier | modifier le code

Ses collègues craignent Beria, qui dispose de pouvoirs puissants et qui montre ses ambitions2.

À peine trois mois après la mort de Staline, et dans les trois jours qui suivront l'écrasement de la révolte berlinoise, le chef du NKVD est piégé, arrêté le 26 juin 1953, transféré dans le bunker de l'état-major de l'armée et exécuté avec six de ses collaborateurs.

Il existe au moins trois versions, avec chacune des variantes, de l'élimination de L. Beria. Les seules certitudes portent sur la réalité du complot mené par ses collègues du Politburo et sur le fait que Beria sera liquidé. On ne sait même pas si le procès non public qui décida de sa mort fut tenu en sa présence ou celle d'un sosie. Arrêté, soit le soir sur le chemin du Bolchoï, ou à la sortie d'une soirée donnée à l'ambassade de Pologne, soit le matin peu avant ou au cours d'une réunion du Politburo, il est mené à la Loubianka où il est jugé, certains disent aussitôt, d'autres après quelques jours de procès, puis exécuté à son terme dans des caves qu'il a beaucoup pratiquées.

Le corps de Beria est ensuite immédiatement incinéré et ses cendres dispersées dans la forêt alentour.

Deux thèses connues sont celles de Soudoplatov et du fils de Beria.

Les raisons politiques, et les modalités exceptionnelles de son arrestation dans l'enceinte du Kremlin sont narrés de façon circonstanciée par Soudoplatov12. Selon des méthodes qu'il connaît bien, Beria est condamné à mort le par un tribunal spécial de la Cour suprême de l'URSS dirigé par le maréchal de l'Union soviétique Ivan Koniev. Il est exécuté le même jour d'une balle dans la tête à l'intérieur d'une cellule du bunker du Quartier général dans la banlieue de Moscou. Le colonel-général Pavel Batitski fut chargé de cette exécution13. Plusieurs de ses principaux collaborateurs, notamment Bogdan Koboulov, Amaïak Koboulov et Vsevolod Merkoulov, connaissent le même sort que lui. Son rival Viktor Abakoumov sera lui aussi exécuté, en 1954.

Le fils de Beria, Sergo Beria met en doute cette version des faits dans un livre paru en 1999 14. Selon lui, son père aurait été arrêté et exécuté le matin du 26 juin à son domicile avant de se rendre à la réunion du Politburo. Pour lui, l’arrestation au Kremlin, la détention, le procès et l’exécution de son père sont des mises en scène destinées à donner une valeur légale au complot.

L'histoire de la mort de Beria, dans son détail, garde encore son mystère.

Beria est le seul dirigeant soviétique membre du Politburo à avoir été exécuté après la mort de Staline. Ses dernières lettres avant sa mort montrent un homme suppliant et effondré.

Quelques jours plus tard, le , il fut déchu à titre posthume de tous les titres et médailles qui lui avaient été décernés.

Le , la Cour suprême de Russie refusa de le réhabiliter, ses crimes contre l'humanité ayant été prouvés.

Aspects criminels de la personnalité de Beriamodifier | modifier le code

Lors du procès de Beria, le rapport du comité central15 mit en avant le fait qu'il avait utilisé son pouvoir de chef de la police pour se comporter comme le marquis de Sade. C'était la première fois qu'un personnage politique était accusé, non seulement de déviation politique, mais que l'on mettait en avant ses déviances personnelles. Ces accusations n'ont jamais été sérieusement démenties. Elles sont reprises par les biographes récents de Beria16. À l'occasion de travaux effectués dans l'ancienne résidence où Beria officiait à Moscou, dans un bâtiment occupé maintenant par l'ambassade de Tunisie, des ossements ont été retrouvés par les ouvriers lors de sa reconstruction17.

Simon Sebag Montefiore qualifie Beria de « pervers », de « violeur », et relate qu'il avait pour habitude de conduire en limousine la nuit à Moscou afin d'enlever des femmes pour en abuser sexuellement. L'auteur raconte également qu'il adorait torturer des personnes et qu'il s'avérait être doué pour les empoisonner18.

Dans la culture populairemodifier | modifier le code

  • Les actes de sadisme de Beria sont le thème d'un chapitre du roman Une saga moscovite19 de l'écrivain russe Vassili Axionov.
  • Dans la bande dessinée Paris, secteur soviétique de la série chronique Jour J, Lavrenti Beria est l’un des protagonistes de l'histoire, mettant notamment en avant son penchant pour les viols, mais cette fois-ci dans la capitale française.
  • Il est l'une des personnalités politiques citées dans le roman Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas Jonasson[réf. nécessaire].

Voir aussimodifier | modifier le code

Bibliographiemodifier | modifier le code

en françaismodifier | modifier le code

  • Avtorkhanov, Abdourakhman, Staline assassiné : le complot de Béria, traduit du russe par Alain Préchac, 1980
  • Beria, Sergo Lavrentevič, Beria, mon père : au cœur du pouvoir stalinien, préf., trad. et notes de Françoise Thom, Paris, éd. Plon (relié) et Critérion (broché), 1999.
  • Nikita Sergeïevitch Khrouchtchev, Souvenirs, Paris, Robert Laffont, 1971
  • Boris I. Nicolaevski, Les dirigeants soviétiques et la lutte pour le pouvoir : essai, Paris , Denoël, Coll. « Dossiers des Lettres Nouvelles », 1969
  • Pavel Soudoplatov, Missions spéciales : mémoires d'un maître espion soviétique, Paris, Le Seuil, 1994, trad. de l'américain, préface de Robert Conquest.
  • Thom, Françoise, Beria : Le Janus du Kremlin, Paris, les Éd. du Cerf, 2013, 924 p. (ISBN 2204101583)

autresmodifier | modifier le code

  • (en) Wittlin, Thaddeus. Commissar: The Life and Death of Lavrenty Pavlovich Beria, New York, The Macmillan Co., 1972.
  • (en) Knight, Amy, Beria: Stalin's First Lieutenant, Princeton University Press, 1993. (ISBN 0-691-03257-2)
  • (en) Rhodes, Richard, Dark Sun: The Making of the Hydrogen Bomb, Simon and Schuster, 1996 (ISBN 0-684-82414-0)
  • (ru) Antonov-Ovseïenko, Anton, Beria, Moscow, 1999
  • (en) Yakovlev, A.N., Naumov, V., and Sigachev, Y. (eds), Lavrenty Beria, 1953. Stenographic Report of July's Plenary Meeting of the Central Committee of the Communist Party of the Soviet Union and Other Documents, International Democracy Foundation, Moscow, 1999 (in Russian). (ISBN 5-89511-006-1)
  • (en) Stove, R. J., The Unsleeping Eye: Secret Police and Their Victims, San Francisco, Encounter Books, 2003 (ISBN 1-893554-66-X)
  • (ru) Sukhomlinov, Andrei, Kto Vy, Lavrentiy Beria?, Moscou, 2003 (non traduit), (ISBN 5-89935-060-1)
  • (en) Strauss, Julius, « Stalin's depraved executioner still has grip on Moscow », Daily Telegraph, 23 décembre 2003. Consulté le 24.09.2008.

Notes et référencesmodifier | modifier le code

  1. Simon Sebag Montefiore, Staline. La cour du tsar rouge, Édition des Syrtes, 2005, p. 512.
  2. a, b et c (en) Sergo Beria, Beria My Father : Inside Stalin's Kremlin, Duckworth,‎ 2003, 320 p.
  3. a, b, c et d Jean-Jacques Marie, Beria : Le bourreau politique de Staline,‎ Tallandier, 512 p.
  4. a, b, c, d et e Françoise Thom, Beria : Le Janus du Kremlin, Cerf,‎ 2013, 924 p.
  5. Soudoplatov, op.cit., p. 228 et suivantes.
  6. Soudoplatov, op. cit., p. 228.
  7. Thaddeus Wittlin, Beria, Nouveau monde édition, page ?.
  8. ibidem
  9. Simon Sebag Montefiore, Staline, La cour du Tsar rouge
  10. Thaddeus Wittlin - Beria
  11. a et b Vladimri Fedorovski, Le fantôme de Staline, Rocher, 2007.
  12. op.cit., p. 435 et suivantes "La chute de Beria et mon arrestation"
  13. Simon Sebag Montefiore, Staline : La cour du Tsar rouge, Édition des Syrtes, 2005, p. 696.
  14. Beria, mon père. Au cœur du pouvoir stalinien ; Sergo Lavrentievitch Beria, trad. Françoise Thom - 1999. PLON
  15. voir le rapport en russe, cité en bibliographie
  16. Anton Antonov-Ovseenko, op. cit..
  17. Voir l'article du Daily Telegraph cité en bibliographie
  18. Interview de l'auteur Simon Sebag Montefiore.
  19. Vassili Axionov, Une saga moscovite, Éditions Gallimard, 1995 – cf. partie III « Prison et Paix », chapitre trois « Un héros solitaire ».







Creative Commons License