Lev Kamenev

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Lev Kamenev (à gauche) et Lénine en 1922.

Lev Borissovitch Kamenev (en russe : Лев Борисович Каменев) de son vrai nom Rosenfeld (Розенфельд), né le à Moscou et mort le à Moscou était un révolutionnaire et homme politique russe, de confession juive.

Biographiemodifier | modifier le code

Kamenev en 1918.

Kamenev est né en 1883 à Moscou, fils d'un père cheminot. Ses parents sont juifs orthodoxes russes. Son père travaillait sur la ligne de chemin de fer Bakou-Batoumi. Kamenev a bénéficié d'une éducation suivie : il a étudié au lycée pour garçons de Tiflis, en Géorgie (Tbilissi maintenant) et a étudié à l'Université de Moscou ; ses études ont été interrompues après son arrestation en 19021.

À partir de 1902, Kamenev devient révolutionnaire professionnel, il travaille à Saint-Pétersbourg, à Moscou et à Tiflis. En 1900, Kamenev épouse la sœur de Léon Trotski, Olga Kameneva, le couple aura deux fils. En 1901, Kamenev rejoint les communistes et en 1902, il rencontre Lénine2.

En 1902, Kamenev fait un séjour à l'étranger et rencontre des leaders sociaux-démocrates russes vivant en exil, y compris Vladimir Ilitch Lénine, dont il devient un proche collaborateur. Il visite Paris. Kamenev assiste au 3e Congrès du Parti POSDR à Londres en mars 1905. Il participe à la révolution russe de 1905 à Saint-Pétersbourg entre octobre et décembre. Il retourne à Londres pour assister à la 5e réunion du RSDLP, où il est élu au Comité central du Parti bolchevique. En mai 1907, Kamenev est arrêté à son retour en Russie. Il est libéré de prison en 1908 et quitte la Russie la même année pour l'étranger afin d'aider Lénine à éditer le magazine Proletariy. Après l'éviction d'Alexandre Bogdanov par Lénine en 1908, Kamenev, Zinoviev et Grigori deviennent les principaux collaborateurs de Lénine à l'étranger. Ils contribuent à expulser Bogdanov et ses partisans en 1909.

En janvier 1910, les léninistes et les partisans de Bogdanov se réunissent à Paris et tentent de réunifier le parti. Kamenev et Zinoviev ont des doutes, mais suivent Victor Noguine, le négociateur de la réunion. Lénine est farouchement opposé à toute réunification, mais il est devenu minoritaire au sein de la direction bolchevique. Les principaux participants à la réunion sont parvenus à un accord de principe et aux propositions faites par Trotski.

Après l'échec de la tentative de réunification, Kamenev continue à travailler pour le journal Proletariy et enseigne à l'école du parti bolchevique à Longjumeau près de Paris. En janvier 1914, Kamenev est envoyé à Saint-Pétersbourg pour diriger la version bolchevique de la Pravda et la fraction bolchevique de la Douma. Kamenev est arrêté après le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Il est exilé en Sibérie début 1915 et y reste deux ans jusqu'à la Révolution de février 19173.

Le parcours d'un révolutionnairemodifier | modifier le code

Les porteurs du cercueil de Lénine lors de ses funérailles, de la gare au Temple. Devant, Félix Dzerjinski, derrière lui, Timofeï Sapronov et derrière lui à gauche, Lev Kamenev.
Trotski, Lénine et Kamenev (de gauche à droite), le 5 Mai 1920 à Moscou.

Vieil ami de Lénine qu'il avait connu au Congrès de Londres en 1905, il fut un membre important du POSDR, et après la Révolution russe, un des principaux dirigeants bolcheviks. Il était marié à la bolchevik Olga Davidovna Bronstein, sœur de Trotski, avec laquelle il eut deux enfants et dont il se séparera à la fin des années 1920 pour un second mariage. Il participa à lIskra et à la rédaction, en Suisse, de la Pravda, d'abord avec Trotski, puis dans la faction opposée. Il fut chargé de missions clandestines en Russie.

Après cette période à l'étranger, il revint à Saint-Pétersbourg, mais fut arrêté. Relâché après la révolution de février 1917, il fut élu au Comité central; à ce titre il participa aux négociations du Traité de Brest-Litovsk. Il était opposé au projet d'insurrection de Lénine : un article publié avec Grigori Zinoviev contre le projet d'insurrection devait rester dans les mémoires, à leur détriment. Un vote de la majorité du parti fut favorable à la stratégie de Lénine. Il se rallia, et après le succès de la Révolution, fut élu Président du Comité Exécutif Central — en position de chef de l'État — par le deuxième Congrès des Soviets, réuni à la même date en prévision du succès de la révolution. Il fut aussi un des tout premiers membres du Politburo. Il y avait parmi les collaborateurs de Lénine des divergences politiques et stratégiques : Kamenev, de concert avec Zinoviev et Staline, s'opposa en 1923 à Trotski mais, trois ans plus tard, après la mort de Lénine, il forma avec Trotski l'Opposition de gauche à Staline dont tous deux critiquaient la tendance à la bureaucratie.

En 1918, Kamenev est devenu président du soviet suprême de Moscou et peu après vice-président du gouvernement de Lénine et membre du conseil du Travail et de la Défense. Durant la maladie de Lénine, Kamenev est son conseiller, il est commissaire du peuple et le président du Politburo. En collaboration avec Zinoviev et Joseph Staline, il participe à la marginalisation de Trotski. Durant le treizième congrès du parti, Kamenev obtient une vaste majorité des sièges. La conférence s'est tenue en janvier 1924, juste avant la mort de Lénine.

Après la défaite de Trotski à la XIIIe conférence, les tensions intervenues entre Zinoviev et Kamenev, d'une part, et les tensions avec Staline, d'autre part, deviennent plus prononcées. Néanmoins Kamenev, en particulier aidé par Staline, conserve son poste de Secrétaire général du Comité central à l'occasion du XIIIe Congrès du Parti en mai-juin 1924.

Cependant, en octobre 1924, Trotski publie Les Leçons d'Octobre, un résumé détaillé des événements de 1917. Dans l'article, Trotski décrit l'opposition de Zinoviev et Kamenev à la saisie bolchevique du pouvoir en 1917, alors que ces derniers auraient préféré passer cela sous silence. Cette révélation a entraîné un nouveau cycle de lutte au sein du parti entre Zinoviev et Kamenev, une fois de plus allié avec Staline contre Trotski. Eux et leurs partisans accusèrent Trotski de diverses erreurs durant la guerre civile russe et salirent sa réputation militaire à tel point qu'il fut contraint de démissionner en tant que commissaire du peuple de l'Armée et de la présidence du conseil militaire révolutionnaire en janvier 1925. Zinoviev exigea l'expulsion de Trotski du Parti communiste, mais Staline refusa de le suivre, jouant habilement le rôle d'un modéré.

La chutemodifier | modifier le code

Une fois Trotski sur la touche, le triumvirat Zinoviev-Kamenev-Staline commença à se désunir en 1925. Staline, de son côté, fit alliance avec le théoricien et éditeur de la Pravda Nikolaï Boukharine et le Premier ministre soviétique Alexei Rykov. Zinoviev et Kamenev s'allièrent à la veuve de Lénine, Nadejda Kroupskaïa, et au commissaire du peuple aux Finances et membre du Politburo, Grigori Sokolnikov. Leur alliance devint connue sous le nom de "nouvelle opposition".

La lutte devint ouverte à la réunion du Comité central de septembre 1925 et au XIVe Congrès du Parti en décembre 1925, lorsque Kamenev demanda publiquement le retrait de Staline de son poste de Secrétaire général. Avec sa délégation et avec Zinoviev, il se retrouva au sein d'une infime minorité et fut battu. Trotski était resté silencieux pendant le Congrès. Zinoviev fut réélu au Politburo, mais Kamenev fut rétrogradé et, de membre à part entière, il devint un membre sans droit de vote, tandis que Staline récupéra plus d'alliés au Politburo.

Dans les années 1920, Kamenev quitta sa première femme, Olga Kameneva, pour Tatiana Glebova avec qui il eut un fils, Vladimir Glebov (1929 -1994)4.

Au cours d'une accalmie dans les combats au sein du parti en 1926, Zinoviev, Kamenev et leurs partisans retrouvèrent les partisans de Trotski et les deux groupes formèrent une alliance. L'alliance devint connue sous le nom d'"Opposition unie". Mais lors de la XVe Conférence du Parti en octobre 1926, l'opposition fut rejetée et Kamenev perdit son siège au Politburo.

Kamenev resta dans l'opposition à Staline tout au long des années 1926 et 1927, il fut expulsé du Comité central en octobre 1927. Après l'expulsion de Zinoviev et Trotski du Parti communiste, le 12 novembre 1927, Kamenev resta porte-parole du chef de l'opposition au sein du Parti et représenta sa position au XVe Congrès du Parti en décembre 1927. Le Congrès expulsa Kamenev, comme beaucoup d'opposants, début 19285.

De ce fait, Kamenev fut exclu du parti en 1927. Il fit amende honorable, demandant sa réintégration, qui lui fut accordée en 1928. En 1932, il fut à nouveau exclu, et demanda à nouveau à Staline d'être réintégré : il le fut le et dirigea pendant quelques mois la Maison Pouchkine. Pourtant, à peine trois ans plus tard, il fut arrêté et condamné à dix ans de prison au motif d'avoir conspiré pour assassiner Staline. Celui-ci avait en effet, à cette époque, établi son pouvoir dictatorial, et il était extrêmement méfiant. Lors du premier des procès de Moscou, en août 1936, il fut à nouveau jugé, avec Grigori Zinoviev et d'autres, cette fois pour trahison envers l'État soviétique. Jugé coupable, il fut exécuté à Moscou le .

Toute la famille de Kamenev disparut avec lui. Ses enfants furent exécutés, Yu. L. Kamenev le , à l'âge de 17 ans et A. L. Kamenev, officier d'aviation, le , à l'âge de 33 ans. Sa première épouse fut d'abord envoyée en exil en 1935, rejugée en 1938 et exécutée par le NKVD sur ordre de Staline le avec 160 autres prisonniers politiques dans la forêt de Medvedev près d'Orel. Seul son plus jeune fils, Vladimir Glebov, issu de son second mariage, a survécu aux prisons et camps de travail staliniens6.

Notes et référencesmodifier | modifier le code

  1. Lindemann, Albert S.. Esau's Tears: Modern Anti-Semitism and the Rise of the Jews. Cambridge University Press. p. 430 (ISBN 0-521-79538-9).
  2. For a summary of Kamenev's revolutionary activities between 1901 and 1917, see Vladimir Lenin's Collected Wêorks, Volume XX, International Publishers, 1929, ISBN 1-4179-1577-3 p.353
  3. See Adam Bruno Ulam. Stalin: The Man and His Era, Boston, Beacon Press, 1973, ISBN 0-8070-7005-X p.112
  4. See Michael Parrish. The Lesser Terror: Soviet State Security, 1939-1953, Westport, CT, Praeger Publishers, 1996, ISBN 0-275-95113-8 p. 69.
  5. See Elisabeth Kehoe. The Titled Americans: Three American Sisters and the English Aristocratic World Into Which They Married, Atlantic Monthly Press, 2004, ISBN 0-87113-924-3, p.325.
  6. Orlando Figes, Les Chuchoteurs. Vivre et survivre sous Staline, p. 302-303, Denoël, 2009, (ISBN 978-2-207-26085-2)

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