Lutèce

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Lutèce
Reconstitution libre du plan de Lutèce selon d'Anville (1705).
Reconstitution libre du plan de Lutèce selon d'Anville (1705).
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Coordonnées 48° 51′ N 2° 21′ E / 48.85, 2.35 ()48° 51′ Nord 2° 21′ Est / 48.85, 2.35 ()  

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Lutèce
Lutèce

Lutèce est une forme francisée du nom employé par les Romains Lutetia ou Lutetia Parisiorum pour désigner la ville gauloise connue aujourd'hui sous le nom de Paris ainsi que son oppidum.

Par convention, on nomme « Paris préhistorique » puis « Paris antique » le site jusqu'à la bataille de Lutèce en 52 avant J.-C., marquant la conquête romaine. Vers 310, Lutèce prend le nom de Paris, par une abréviation des mots latins « civitas Parisiorum » ou « urbs Parisiorum » du nom du peuple gaulois qui occupe le site depuis le IIIe siècle av. J.-C. : les Parisii.

Les découvertes archéologiques réalisées entre 1994 et 20051,2 compromettent fortement la localisation traditionnelle de la Lutèce gauloise : la découverte d'un large espace d'urbanisation proto-urbain (15 hectares) sur le territoire actuel de Nanterre dans les Hauts-de-Seine remet en cause le rôle joué par l'île de la Cité avant la domination romaine.

Étymologiemodifier | modifier le code

Le nom de la localité est attesté en grec ancien sous la forme Λoυκoτοκία / Loukotokía (Strabon), Λευκοτεκία / Leukotekía (Ptolémée)3, d'où le doublet Lucotèce, ainsi qu'en latin : Lutetia au Ier siècle av. J.-C., Lutetia apud Parisios au IVe siècle, puis Paris uniquement à partir du IVe siècle4.

La forme Lutèce résulte de la francisation de Lutetia par l'intermédaire d'une forme Lutecia5.

Albert Dauzat et Charles Rostaing6 y voient un radical gaulois lut- « marais » (équivalent du latin lŭtum « boue »), suivie d'une suffixe -ecia7.

Xavier Delamarre cite les racines gauloises sous les formes luto- (lire lŭto-), luteuo- qu'il compare aux termes du celtique insulaire : gaélique loth « marais » (de *lūta), breton loudour « malpropre » (de *lout-). On retrouve ces mots celtiques dans le nom des villes de Ludesse; Lodève (Luteua); Lutitia (Allemagne) ou Lutudarum (GB, Derbyshire).

Cependant, Pierre-Yves Lambert qui se base sur la forme grecque « Lucotèce », penche pour une racine gauloise *lucot- « souris » (cf. breton logod, irlandais luch), mais précise qu'il y a au moins deux suffixes qui prêtent une valeur collective au dérivé, c'est-à-dire « les souris »8. C'est peu surprenant dans la toponymie gauloise, si l'on compare par exemple avec Bibracte qui signifie « les castors ».

Emplacementmodifier | modifier le code

La première mention de la ville de Lutèce est due à César, lorsqu'il y réunit l'assemblée des chefs gaulois en -539. Il la place chez les Parisii et la situe sur une île de la Seine10. Mais ces écrits ne permettent pas de déterminer s'il s'agit d'un des six ou sept îlots se trouvant à l'emplacement de la future île de la Cité ou sur une des boucles de la Seine, près de Nanterre11. Les fouilles réalisées en 2003 au lieu-dit Les Guignons sur le tracé de l'autoroute A86, permettent de mettre au jour des vestiges correspondant à ce qui apparaît comme étant la capitale des Parisii12.

Suivant une politique de la terre brulée, les Gaulois révoltés en -52 et emmenés par Camulogène, incendièrent la ville et coupèrent les ponts13, lors de la Bataille de Lutèce. Une seconde bataille eut lieu à l'emplacement de l'actuel Champ-de-Mars, sur la plaine de Grenelle. Quelques îlots tout proches de ce champ de bataille semblent avoir été choisis par les Romains pour leur emplacement plus protégé qu'une boucle marécageuse de la Seine.

Histoiremodifier | modifier le code

Sur le site de Paris actuel, on trouve des signes d'occupation très anciens. Des fouilles en 1991 ont permis la découverte de barques datant du néolithique au niveau du quai de Bercy14,15. César situait l'oppidum des Parisii dans une île du fleuve (« Id est oppidum Parisiorum, quod positum est in insula fluminis Sequanae. »), mais aucune trace d'occupation avant l'époque romaine n'a été trouvée sur l'île de la cité16,15. Il est probable que celui-ci soit situé sous la ville de Nanterre, des fouilles récentes à l'occasion de la construction de l'autoroute A86 ayant révélé une vaste agglomération gauloise11,15. Celle-ci se trouve dans un méandre très serré de la Seine, au niveau de la boucle de Gennevilliers, pouvant donner un aspect trompeur.

Ainsi, le site de Nanterre pourrait représenter la capitale pré-romaine des Parisii. Sur 15 à 20 hectares, il existe de nombreuses fondations correspondant à des quartiers résidentiels, d'artisanat, un probable lieu de culte avec présence de divers objets tels que des armes, des outils, des parures, de la vaisselle. Les berges sont aménagées apportant la preuve de la réalité d'un port fluvial15. Pour l'archéologue Venceslas Kruta, les découvertes faites dans des endroits comme Nemetodunum/Nanterre ne sont cependant pas suffisantes pour remettre en cause le témoignage de César ; il rappelle que le site traditionnel est localisé là où la route nord-sud traverse le fleuve et à un endroit où les ponts pouvaient être deux fois plus courts ; il estime aussi que si une ville nouvelle avait été créée par l'occupant, elle aurait eu un nom nouveau, purement romain, comme d'autres villes de Gaule17.

Les Gaulois appelaient leur cité Lucotecia. César l'aurait baptisée du nom latin Lutecia, à partir du terme lutum, boue évoquant les marais aux alentours11. En 53 av. J.C., alors que les peuples du Nord sont entrés en rébellion contre Rome, il convoqua à Lutèce une assemblée des représentants des cités gauloises. Mais l'année suivante, les Parisii vont rejoindre la révolte initiée par Vercingétorix contre l'envahisseur romain. À partir de 52 av. J.C., Titus Labienus, lieutenant de César, entreprend une campagne en partant d' Agedincum (Sens) et va se heurter au vieux chef gaulois Camulogène dont la stratégie consiste à bloquer les romains dans les marais dans lesquels ils peuvent difficilement manoeuvrer18,19. Dans un deuxième temps, après s'être emparé de Melodunum (Melun) et avoir constitué une importante flottille de barques, permettant la construction d’un pont de bateaux, Labienus va revenir combattre Camulogène et ses troupes, qui seront défaits sur un lieu controversé, peut-être au niveau du Champ de Mars, l'oppidum ayant été préalablement incendié, peut-être par les Gaulois20,15.

Le forum de Lutèce, maquette (Musée Carnavalet)

La Lutèce gallo-romaine va apparaître dès l'époque d'Auguste pour prendre son essor surtout à partir de Tibère. Elle va être intégrée dans la Gaule lyonnaise avec Lugdunum comme capitale. La fondation de la ville se fait sur un schéma traditionnel d'un plan en damier s'ordonnant autour de deux axes principaux, le cardo maximus et le decumanus. Elle est implantée à la fois sur l'île de la Cité et sur la rive gauche19. La ville va prospérer pendant deux siècles et demi, période du Haut Empire, mais son histoire va être marquée dès le IIIe siècle par différents événements, dont la menace des Barbares, Alamans à l'est et Francs au nord, amenant les Parisiens à se retrancher dans l’île de la Cité qui sera entourée d'un puissant rempart sans délaisser totalement la rive gauche15. Lutèce joue un rôle important à la fois comme carrefour fluvial et commercial et aussi dans le système défensif de la Gaule du nord. Des troupes romaines sont installées et une flottille de guerre est présente. Des chefs militaires vont y séjourner dont le César Julien, neveu de Constantin, qui y sera proclamé empereur en 360 par ses légions21,15. Dans un de ses textes, le Misopogon, il mentionne sa «chère Lutèce et ses eaux claires». Il meurt en 363 lors d'un combat contre les Parthes. Plus tard, Valentinien Ier réside à Lutèce pendant une brève période (365-366)16. Par ailleurs, la ville s'est peu à peu christianisée. Progressivement le nom de Lutèce va être abandonné pour devenir la Civitas Parisiorum, la ville des Parisii (IVe siècle)19. Au Ve siècle, le général Ægidius puis son fils Syagrius essaient de maintenir le pouvoir gallo-romain, mais après la défaite de ce dernier à Soissons en 486, la ville tombe sous la domination de Clovis qui en fera sa capitale en 50815.

Religion : entre mythe et réalités historiquesmodifier | modifier le code

Cernunnos, Pilier des Nautes.
Pilier des Nautes. Dédicace à Jupiter sous Tibère (Thermes de Cluny).

La tolérance des Romains est grande face aux croyances des Celtes, qui sont respectées22. Une sorte de cohabitation des dieux est réalisée. Le témoignage le plus frappant de ce syncrétisme19,23,15 est représenté par le pilier des Nautes. On y voit à côté des dieux et déesses du panthéon romain (Jupiter, Mercure, Mars, Fortuna, Castor et Pollux), des divinités gauloises (Ésus, Tarvos trigaranus, Eurises, Smertrios, Cernunnos). Mais l'originalité des dieux autochtones souvent en rapport avec la nature, les animaux semblent préservée24.

En dehors de la religion traditionnelle qui ne répond pas aux problèmes métaphysiques de l'au-delà21, on voit apparaître d'une façon ponctuelle dans des lieux privés une orientation vers des cultes orientaux. Évoquant une éventuelle vie après la mort : mise en évidence de statuettes d'Isis, Osiris, Bès (divinités égyptiennes), voir culte de Mithra (décor sur un sarcophage). Le christianisme va s'implanter lentement pour s'imposer dans le milieu du IIIe siècle comme en témoignent des inscriptions sur les pierres tombales19.

Ainsi l'histoire de Paris est imbriquée dans des faits historiques et dans des mythes liés à la légende chrétienne. Saint Denis, premier évêque de Paris (250), après avoir été décapité à Montmartre, se met en marche, portant sa tête tranchée, puis tombe dans la campagne et est enterré sur place au niveau de ce qui deviendra la Basilique Saint-Denis. Telle est la légende19,11,25.

Évêque Marcel, une des grandes figures religieuses de l'époque aurait combattu un dragon. Après sa mort en 435, sa tombe devient l'objet d'une grande vénération19,25. Enfin l'histoire de Paris est associée à sainte Geneviève, qui, face à la menace des Huns, prend part d'une façon active à la résistance et aux affaires publiques. Elle avait par son père des relations privilégiées avec les dirigeants de l'Empire romain. Mais le facteur déterminant du sauvetage de Paris sera la victoire du général romain Aetius aux champs Catalauniques (451) sur les Huns d'Attila25. Sainte Geneviève a sans doute joué également un rôle dans le cheminement de Clovis vers le christianisme26.

Urbanisme et architecturemodifier | modifier le code

La Lutèce gallo-romaine, qui abrite environ 10 000 habitants, est implantée à la fois sur l’île de la Cité et sur la rive gauche, où les possibilités d'expansion sont plus grandes. La fondation de la ville se fait sur un schéma traditionnel d'un plan en damier où tout s'ordonne autour de deux axes principaux qui se coupent à angle droit : le cardo maximus (axe nord-sud) et le decumanus (est-ouest)19. Les voies majeures relient Lutèce aux autres cités gauloises et donc à l'Empire. Elles sont recouvertes de grandes dalles. Si la ville renferme des bâtiments importants, elle n'atteindra jamais une taille considérable, à l'inverse de villes comme Lugdunum (Lyon) et Augustodunum (Autun). Selon Goudineau, la romanité se dilue au-delà de la Bourgogne22. Sur l’île de la Cité, devaient exister un palais du gouverneur (à l'emplacement du palais de justice) et à l'est un temple ainsi qu'une basilique19. Mais les principaux bâtiments se situent sur la rive gauche. Comme dans toute ville romaine, des thermes sont édifiés, prouvant ainsi l'adaptation des Gaulois à ce type d'activité. Trois établissements existent. L'un est situé au niveau de l'actuelle rue Gay-Lussac. Ceux de l'est, dits du Collège de France, avaient à la fois une fonction hygiénique et thérapeutique et se trouvaient au niveau de la rue des Écoles.

Système hypocauste.

Enfin les plus importants et les mieux conservés sont les thermes du Nord, dits de Cluny, entre la rue des Écoles et le boulevard Saint-Germain. Leur construction date de la fin du Ier siècle. Ils comprennent des vestiaires, des palestres, des latrines, une salle froide (frigidarium), une salle tiède (tepidarium), une salle chaude (caldarium), un système de chauffage par hypocauste14,19,21. Des peintures, des mosaïques ornaient l'intérieur des bâtiments.

Mais le cœur de la cité se situe sur la montagne Sainte-Geneviève, au niveau de la rue Soufflot, où les vestiges du forum ont été dégagés. Il était implanté en avant de l'actuel Panthéon. Le forum représente le centre politique, religieux, et commercial de la ville gallo-romaine. Il comporte une esplanade entourée de portiques sous lesquels sont installées des boutiques, la basilique où se traitent les affaires judiciaires et au centre le temple dont on ignore à qui il était dédié, peut-être à la triade capitoline (Jupiter, Junon, Minerve)14,19. Il est possible d'imaginer la foule se promenant sous les portiques, assistant au culte ou écoutant les plaidoiries à la basilique.

Acqueduc (près du parc Montsouris).

L'approvisionnement régulier de la ville se fait par un aqueduc, les eaux étant captées dans le bassin de Wissous au sud14. Des lieux pour le spectacle sont présents. À l'emplacement du lycée Saint-Louis existait un théâtre de plan semi-circulaire dont il ne reste que quelques pans de mur. Par ailleurs, il est retrouvé en Gaule des monuments de spectacle de formes particulières (édifices dits mixtes)14,22.

Arènes de Lutèce (vue actuelle).

Ce sont les théâtres avec arène. Il en est ainsi des arènes de Lutèce, situées en dehors de la ville, qui seront mises au jour en 1860. Leur destruction programmée est évitée grâce à l'intervention de nombreuses personnalités dont Victor Hugo. Elles comportent une arène elliptique, un podium et un mur de scène permettant aux spectateurs d'assister soit à des comédies ou des pantomimes, soit à des combats de gladiateurs. Elles furent construites vers la fin du Ier siècle. Suite à la menace des Barbares, l'aspect de Lutèce va se modifier en se concentrant sur l’île de la Cité sans abandonner totalement la rive gauche. La plus grande partie de la population se retrouve sur l’île avec un remaniement des structures urbaines utilisant des blocs de pierre à partir des alentours, du Forum, des arènes de Lutèce ou des nécropoles. Il est réalisé à partir du IIIe siècle un important rempart protecteur14. Sur le plan des techniques d'architecture, l'utilisation la plus courante est celle du calcaire dit parisien, trouvé sur le site même de la ville et aux alentours. Les blocs de grande dimension servent pour les soubassements, les petits moellons, parfois associés à des lits de brique sont utilisés pour les murs. Le mode de couverture est le plus souvent la tuile.

À la périphérie de Lutèce, au-delà du pomerium se situent les cimetières. Deux grandes nécropoles ont été mises au jour : au sud-est, la nécropole Saint Marcel-Gobelins et au sud la nécropole du faubourg Saint-Jacques14,19. En dehors de la cité, comme dans la plupart des villes romaines, devait exister une ligne de sanctuaires et de bois sacrés. Sur la butte Montmartre, l'hypothèse d'un ou deux temples a été soulevée sans pouvoir préciser avec certitude l'attribution à Mars ou Mercure en l'absence d'inscription. La probabilité d'un temple dédié à Mercure se base sur le fait que le lieu se soit longtemps appelé Mons Mercurii jusqu'assez loin dans le haut Moyen Âge19. À quatre kilomètres au sud-ouest de Lutèce, au niveau du site de Vanves, ont été mis en évidence des thermes, un bâtiment luxueux pouvant correspondre à un sanctuaire périurbain27.

L'urbanisation de l'époque moderne a occulté peu à peu le passé de la ville antique. Les grands travaux commencés au moment du second Empire sous la responsabilité du Baron Haussmann permirent de nombreuses découvertes archéologiques. Il est probable que de futurs chantiers puissent révéler d'autres antiquités. Ainsi, récemment, à l'occasion de travaux de l'A86 et de l'A14, le probable oppidum des Parisii a été mis en évidence à Nanterre, alors que la tradition le situait sur l'île de la Cité15.

Dès 1844, Théodore Vacquer, considéré comme le père de l'archéologie parisienne, explore tous les chantiers de la capitale. Malheureusement les notes qu'il a pu consigner sont difficiles à utiliser. En 1912, un historien, Félix de Pachtere, publie Paris à l'époque gallo-romaine à partir d'écrits et de sources archéologiques. En 1897, la Commission du Vieux Paris (CVP) est mise en place avec pour vocation de surveiller toute fouille entreprise. Actuellement, le musée Carnavalet conserve et présente les vestiges du Paris antique14,19. Les textes anciens, en particulier La Guerre des Gaules, l'archéologie s'appuyant sur les monuments qui demeurent, comme les thermes de Cluny ou les arènes de Lutèce, et les fouilles, permettent une reconstitution. Certains éléments sont encore manquants. Pour reprendre une phrase de Pierre Grimal, « l'archéologie est une science des lacunes28 ».

Monuments publicsmodifier | modifier le code

Arènes de Lutècemodifier | modifier le code

Maquette des arènes de Lutèce.

Les arènes de Lutèce construites au Ier siècle étaient en fait un amphithéâtre romain. Il s'agissait d'un complexe hybride : de type amphithéâtre (en demi-cercle, appelé aussi cavea) avec une scène frontale de 40 mètres de long, il disposait néanmoins d'une arène elliptique de 52 mètres de long sur 46 mètres de large, destinée aux combats de gladiateurs.

Article détaillé : Arènes de Lutèce.

Théâtremodifier | modifier le code

Lutèce était également dotée d'un théâtre. On a mis au jour des murs courbes en 1861 sous le lycée Saint-Louis. Selon les reconstitutions, ce bâtiment mesurait 72 mètres sur au moins 47. La scène mesurait 40 mètres.

Maquette des thermes de Cluny.

Thermesmodifier | modifier le code

Lutèce comprenait aussi plusieurs thermes romains29 :

Pilier des Nautesmodifier | modifier le code

Le pilier des Nautes est un ensemble de cinq pierres d'autel sculptées dont les quatre faces représentent des divinités datant du règne de Tibère (14-37). Mises au jour en 1710 sous les fondations de l'autel de Notre-Dame lors des travaux de réalisation du Vœu de Louis XIII, elles sont riches d'informations sur le syncrétisme gallo-romain du début du Ier siècle, et attestent d'une continuité de l'édifice et du culte chrétien avec un temple et des confréries païennes.

Article détaillé : Pilier des Nautes.

Autres monumentsmodifier | modifier le code

Lutèce ne disposait pas de cirque (hippodrome dédié aux courses de chars). Les fouilles archéologiques sont claires à ce sujet. En revanche, quelques sources littéraires (Grégoire de Tours, notamment) font penser qu'il pouvait y avoir des installations provisoires afin de permettre la tenue de courses de chars.

Au bas-Empire, un bâtiment, que l'on appelle le Palais, occupait l'extrémité occidentale de l'île de la Cité. Situé à l'emplacement de l'actuel Palais de Justice de Paris, il occupait une superficie de près d'un hectare. Sa fonction n'est pas bien connue : peut-être une résidence de l'empereur lorsqu'il séjournait à Lutèce, peut-être un arsenal ou un entrepôt.

Vie quotidiennemodifier | modifier le code

Four romain.
Objets de la vie quotidienne (Musée Carnavalet).

L'habitat peut se rapprocher, pour les familles aisées, de la villa romaine classique : domus revêtant un caractère sacré, renfermant l'autel familial, comportant une cour centrale, l'atrium à ciel ouvert avec un bassin central, l'impluvium recueillant les eaux de pluie. Dans cette cour s'ouvraient les différentes pièces d'habitation et de service qui étaient ornées de peintures murales et de mosaïques28. Mais le centre-ville était surtout composé d'insulae, îlots d'habitations à étage où coexistent torchis et pierre, recouverts de tuiles ou de chaume, donnant sur des cours communes. Ils permettaient de tenir compte de la surface disponible avec occupation maximum d'un terrain qui, en ville, est rare. En périphérie, pour les habitants privilégiés, sont bâties quelques villae, bâtisses beaucoup plus grandes comportant des jardins et des vignes19.

Si les notables se rapprochent de la mode romaine dans leur habillement (tuniques, sandales, toges), l'ensemble de la population continue à porter les vêtements traditionnels (braies de leurs ancêtres ou manteau à capuchon, le cucullus)24,19. L'alimentation est basée sur les céréales, les fruits et les légumes sans exclure la viande fournie par le bétail et les poissons péchés dans la Seine ou la Bièvre. Les fouilles ont mis également en évidence la consommation d'huîtres et de crustacés. La boisson, outre l'eau, consiste en vin et en cervoise.

L'hygiène de vie a son importance comme en témoigne la présence de thermes qui participent aussi aux loisirs, gymnastique ou pugilat.

L'activité culturelle se manifeste, soit au niveau du théâtre, soit au spectacle des arènes.

Sur le plan économique, la Seine joue un rôle important par l'intermédiaire d'un trafic concernant les produits manufacturés, les biens de consommation, les matériaux de construction. Cette activité est sous le contrôle de l'importante corporation des Nautes qui emploie de nombreux bateliers. Ses dirigeants ont un rôle considérable dans la vie de la cité, assurant en partie l'administration. La nef qui sera adoptée comme armoiries de la capitale évoque à la fois la forme générale de l'île et l'activité la plus ancienne de ses habitants. Le fameux pilier des Nautes découvert sous Notre-Dame est dédié à Jupiter et Tibère24,19,11.

L'artisanat des Gaulois a bénéficié des apports de la technologie greco-latine. La découverte de plusieurs fours à potier sur la rive gauche, situés en périphérie des zones résidentielles, témoigne de cet apport (assiettes, vases, gobelets, amphores, bouteilles en verre soufflé). La métallurgie est surtout représentée par le bronze (statuettes, ustensiles de cuisine, fibules). Des bijoux sont également retrouvés, complétant les aspects de la vie quotidienne des Parisiennes24,19.

Chronologiemodifier | modifier le code

  • Mai 52 av. J.-C. : bataille de Lutèce. Victoire de Labienus, lieutenant de Jules César, sur les Aulerques, les Sénons et les Parisii. Les Gaulois préfèrent détruire les ponts et incendier eux-mêmes leur cité plutôt que d’y laisser entrer les Romains. L’incendie de la Lutèce gauloise permettra aux Romains de doter la ville d’une structure romaine rapidement, d’autant qu’avec sept collines et un fleuve, le parallèle avec Rome est facile.
  • Entre 14 et 37 : les nautes de Lutèce élèvent une colonne en l’honneur de Jupiter ; c’est le fameux « pilier des Nautes » mis au jour sous les fondations de Notre-Dame.
  • Entre 50 et 100 ap. J.-C. : construction du forum de Lutèce.
  • 65-66 : hiver glacial.
  • Entre 100 et 200 : construction à Lutèce de trois thermes alimentée par un aqueduc de 16 kilomètres longeant la Bièvre, d’un amphithéâtre de 17 000 places et d’un théâtre de 3 000 places, notamment.
  • Vers 250 : martyre du premier évêque de Lutèce, saint Denis. Ce dernier fut l’un des sept évêques envoyés en Gaule pour l’évangéliser. Il aurait été décapité sur la colline de Montmartre et, selon la légende, aurait ramassé sa tête, et marché jusqu'au lieu de sa sépulture.
  • 275 ou 276 : saccage probable par des envahisseurs germains de la rive gauche de la cité.
  • 291-292 : hiver particulièrement glacial. La Seine gèle ; c'est la première mention de ce type qui soit parvenue jusqu'à nous.
  • Vers 300 : Lutèce devient Paris.

Galeriemodifier | modifier le code

Sites et vestiges du Paris antique

Notes et éférencesmodifier | modifier le code

  1. [PDF] L’exposition archéologique « Nanterre et les Parisii » sur le site de Nanterre.
  2. Lutèce est-elle devenue Nanterre sur le site de France 3.
  3. Pierre-Yves Lambert, La langue Gauloise, éditions Errance 1994, p. 38.
  4. Albert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieu en France, Paris, Librairie Guénégaud,‎ 1979 (ISBN 2-85023-076-6), p. 519a
  5. Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, éditions errance 2003, p. 211.
  6. Albert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, éditions Larousse 1968.
  7. Albert Dauzat et Charles Rostaing, op. cit.
  8. Pierre-Yves Lambert, op. cit.
  9. César B.G., VI, 3.
  10. César B.G., VII, 57.
  11. a, b, c, d et e Lorànt Deutsch, Métronome, Michel Lafon - (ISBN 9782749910116), pp. 15 à 19.
  12. Histoire de Nanterre, des origines à nos jours.
  13. César B.G., VII, 58.
  14. a, b, c, d, e, f, g et h Busson, Didier, Paris ville antique. Éditions du patrimoine. 2001
  15. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Viand, Antide, Le site de Lutèce. Géoguide Gallimard. 2006.
  16. a et b Goudineau, Christian, « Lutèce » in Dictionnaire de l'antiquité sous la direction de Jean Leclant. Puf. 2005.
  17. [1]
  18. Jules César, La guerre des Gaules. Traduction par G.Lamothe. Librairie Hathier, 1957.
  19. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q et r De Carbonnières, Philippe, Lutèce. Paris Ville Romaine, Collection Gallimard, 1997.
  20. César, Jules, La Guerre des Gaules, traduction par G. Lamothe, Librairie Hathier, 1957.
  21. a, b et c Robert, Jean–Noël, Rome. Éditions les belles lettres. 1999.
  22. a, b et c Goudineau, Christian et Gauthier, Nancy, « Gaules » in Dictionnaire de l'antiquité sous la direction de Jean Leclant. Puf. 2005.
  23. Lavagne, Henri, « Religion gauloise » in Dictionnaire de l'Antiquité, Puf, 2005.
  24. a, b, c et d Beck, Françoise et Chew, Hélène, Quand les Gaulois étaient romains, Collection Gallimard, 1989.
  25. a, b et c Héron de Villefosse, René, Le passé de Paris. Paris tel qu'on l'aime, Éditions Ogé, Paris, 1950.
  26. Poulin, Jean-Claude, « 420-502 ap. JC » in Dictionnaire de l'antiquité. Puf. 2005.
  27. Busson, Didier, et Robin, Sylvie, Les grands monuments de Lutèce, exposition dans la crypte archéologique du parvis de Notre-Dame. 2010-2011.
  28. a et b Grimal, Pierre, Voyage à Rome, Édition Robert Laffont, 2004.
  29. Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire de Paris, coll. « Bouquins », Robert Laffont, 1996, (ISBN 2-22107862-4), p. 12

Annexesmodifier | modifier le code

Article détaillé : Histoire de Paris.

Bibliographiemodifier | modifier le code

  • Beck, Françoise et Chew, Hélène, Quand les Gaulois étaient romains, Collection Gallimard, 1989.
  • Busson, Didier, Paris ville antique, Éditions du patrimoine, 2001.
  • Busson, Didier et Robin, Sylvie, Les grands monuments de Lutèce, exposition dans la crypte archéologique du parvis de Notre-Dame, 2010-2011.
  • César, Jules, La Guerre des Gaules, traduction par G.Lamothe, Librairie Hathier, 1957.
  • De Carbonnières, Philippe, Lutèce. Paris Ville Romaine, Collection Gallimard, 1997.
  • Goudineau, Christian et Gauthier, Nancy, « Gaules » in Dictionnaire de l'Antiquité sous la direction de Jean Leclant, Puf, 2005.
  • Goudineau, Christian, « Lutèce » in Dictionnaire de l'Antiquité, sous la direction de Jean Leclant, Puf, 2005.
  • Grimal, Pierre, Voyage à Rome, Édition Robert Laffont, 2004.
  • Héron de Villefosse, René, Le passé de Paris. Paris tel qu'on l'aime, Éditions Ogé, Paris, 1950.
  • Lavagne, Henri, « Religion Gauloise » in Dictionnaire de l'Antiquité, sous la direction de Jean Leclant, Puf, 2005.
  • Poulin, Jean-Claude, « 420-502 ap. JC » in Dictionnaire de l'Antiquité, sous la direction de Jean Leclan, Puf, 2005.
  • Robert, Jean-Noël, Rome, Éditions les belles lettres, 1999.
  • Scheid, John, Le suburbium de Rome. Recherche sur l'organisation religieuse de Rome, Cours du Collège de France, 2010.
  • Viand, Antide, Le site de Lutèce, Géoguide, Gallimard, 2006.

Articles connexesmodifier | modifier le code

Liens externesmodifier | modifier le code

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