Miguel Primo de Rivera

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Miguel Primo de Rivera
Image illustrative de l'article Miguel Primo de Rivera
Fonctions
Président du Conseil des ministres espagnol
Monarque Alphonse XIII
Prédécesseur Manuel García Prieto
Successeur Dámaso Berenguer
Biographie
Nom de naissance Miguel Primo de Rivera y Orbaneja
Date de naissance
Lieu de naissance Jerez, Cadix, Royaume d'Espagne
Date de décès (à 60 ans)
Lieu de décès Paris, Seine, France
Nationalité Espagnole
Parti politique Union patriotique
Profession Militaire
Religion Catholique
Monument dédié à Miguel Primo de Rivera, à Jerez de la Frontera (Mariano Benlliure).

Miguel Primo de Rivera (Jerez de la Frontera, 8 janvier 1870 – Paris, 16 mars 19301) est un général et homme politique espagnol. Il dirige l’Espagne du 13 septembre 1923 (coup d’État à Barcelone) au 28 janvier 1930, date de sa démission.

Jeunessemodifier | modifier le code

Miguel Primo de Rivera est né le 8 janvier 1870 à Jerez de la Frontera (Espagne). Sa famille, principalement composée de militaires, appartenait à l’aristocratie andalouse2. Son père était un colonel à la retraite, sa mère s’appelait Fernandina de Busqueros (1845-1892). Son oncle, Fernando, était capitaine à Madrid et allait devenir le premier marquis d’Estella. Il fut plus tard un des héros de la dernière guerre carliste, gouverneur des Philippines et plusieurs fois ministre de la guerre. Fernando Primo de Rivera a aussi participé au complot restaurant la Monarchie Constitutionnelle en 1875, qui mît fin à la Première République d’Espagne. Avant d’entreprendre une carrière militaire, Miguel Primo de Rivera a étudié l’histoire et l’ingénierie. Il intègre ensuite l’académie militaire de Madrid3.

Carrière militairemodifier | modifier le code

Après ses études à l’académie militaire, il part servir aux colonies. Sa première mission se déroule au Maroc en 1893, mission pour laquelle il reçoit la une décoration. Deux ans plus tard il part à Cuba puis aux Philippines espagnoles jusqu’en 18982. Il se distingue très vite par ses capacités militaires ainsi que par son patriotisme, notamment contre les berbères au Maroc. Il ne tarde pas à occuper des fonctions militaires importantes. Primo de Rivera est convaincu que l’Espagne ne pouvait conserver ses colonies d’Afrique du Nord. Il considère que l’Espagne devait se retirer du Maroc espagnol. Il assiste aussi à la défaite face aux États-Unis en 1898 qui conduit à la perte de Cuba et des Philippines. Par la suite, Primo de Rivera est envoyé à Madrid pour travailler au ministère de la guerre avec son oncle, Fernando. En 1902, il épouse Casilda Saenz de Heredia, une jeune hispano-cubaine. Ils ont six enfants entre 1902 et 1908, année du décès de sa femme. Un an plus tard, il est envoyé en France et en Suisse pour une mission militaire. Primo de Rivera est de plus en plus inquiet pour l’avenir de son pays. Il est promu capitaine général alors qu’il retourne au Maroc espagnol. Il prend un commandement en métropole en 1915, comme gouverneur militaire de Cadix2. Pendant la Première Guerre mondiale, il occupe le poste d’observateur sur le front Ouest. Puis il est capitaine général à Valence (1919), et à Madrid. Il est finalement nommé au poste difficile de capitaine général de Catalogne en 1922, afin de rétablir l’autorité de gouvernement que des insurrections constantes avaient affaibli. Il s’y emploie avec énergie et efficacité.

L'arrivée au pouvoir : le Pronunciamiento du 13 septembre 1923modifier | modifier le code

Miguel Primo de Rivera entend alors tirer profit de la crise multiforme que l’Espagne connaît. L’instabilité ministérielle se conjugue avec des attentats anarchistes (un premier ministre est assassiné en 1921). Dans ce contexte, Alphonse XIII songe un temps à prendre lui-même l’initiative d’une abolition du régime parlementaire mais y renonce4. Miguel Primo de Rivera réalise à Barcelone un coup d’État le 13 septembre 1923 contre le gouvernement de Madrid. Il publie un manifeste revêtant la forme d’un pronunciamiento classique, où il déclare vouloir sauver le pays des « politiciens professionnels » et proclame la déchéance des Cortès et du gouvernement. En dehors de la Catalogne, les garnisons de Saragosse et de Bilbao sont seules à le suivre. Le capitaine général de Valence reste sourd, les troupes des Baléares tardent à réagir, la marine demeure neutre de même que la Garde civile. De façon plus malencontreuse encore, le général Queipo de Llano, capitaine général de Madrid, paraît un moment susceptible d’écouter ceux qui le poussent à se « contre prononcer » en faveur des autorités légales. Le putsch n’est tiré de ce mauvais pas que par l’indécision du gouvernement et la bonne grâce du Roi, qui refuse de réunir les Cortès comme le lui demande le président du Conseil. Ce refus scelle le décès du régime parlementaire. Bafoué, le gouvernement démissionne le 15 septembre. Le même jour, Alphonse XIII confie au général Primo de Rivera le soin d’en constituer un nouveau avec les pleins pouvoirs5.

Le régime dictatorialmodifier | modifier le code

Article détaillé : Dictature de Primo de Rivera.

Le Directoire militaire (1923 - 1925)modifier | modifier le code

La dictature ne rencontre à ses débuts que peu de résistances, Primo de Rivera jouant habilement afin de s'assurer un maximum de soutien. Il jure que son régime militaire n'est qu'une transition vers un gouvernement civil élu démocratiquement. Son coup d'État est justifié par son aspect « salvateur6 », le pays ayant besoin d'être « régénéré ». La principale source d'inspiration de Primo de Rivera est en effet le régénérationnisme, mouvement intellectuel espagnol de la fin du XIXè siècle s'interrogeant sur les causes de la décadence de l'Espagne en tant que nation. Son objectif est ainsi de restaurer l'ordre social et d'éliminer le caciquisme.

Pour installer sa dictature, Primo de Rivera s'inspire du modèle fasciste de Mussolini, tout en étant moins autoritaire. Le nouveau régime est de fait plutôt conservateur. Les deux premières années de la dictature douce7 sont toutefois les plus répressives du régime de Primo de Rivera, et aussi celles comportant le plus de décisions spectaculaires. L’état de guerre est déclaré à partir du 14 septembre 1923, et ce jusqu'au 16 mars 1925.

Politiquement, Primo de Rivera commence par suspendre la constitution. Cet acte supprime de fait la liberté d'expression par l'instauration d'une censure interdisant toute critique du gouvernement. Il choisit de rendre illégal la CNT et de poursuivre les anarchistes et les communistes, ayant refusé la dictature et appelant à la révolution. Il prit aussi la décision d'éliminer les différents partis politiques existants pour ne créer qu'un parti unique sur le modèle italien, l'Union Patriotique, en 1924. En accord avec la doctrine régénérationniste, Primo de Rivera souhaite ainsi mener le pays d'une main de fer. Il dissout les Cortès et forme un directoire composé exclusivement de militaires. Il met par ailleurs via décret royal la main sur l'ensemble des prérogatives de l'exécutif. Chef du gouvernement et unique ministre, Primo de Rivera a les mains entièrement libres pour exercer le pouvoir à sa guise. Par nombre décrets et circulaires8, il peut ainsi mener une politique de réformes ambitieuses.

Accueilli plutôt favorablement par les régionalistes lors du pronunciamiento, Primo de Rivera n'hésite pourtant pas à supprimer la Mancommunauté de Catalogne, organe administratif exclusif de la région depuis le XVIIIè siècle, ni à interdire l'usage des langues autres que le Castillan pour les écrits administratifs. Les symboles régionaux, tels que les drapeaux basques ou catalans, sont eux aussi interdits.

Socialement, les premières années de la dictature se passent sans heurts. Primo de Rivera est parvenu à s'attacher le soutien des travailleurs en imitant pour partie l’œuvre de Mussolini en Italie. Il crée 27 corporations représentants différentes branches de l'industrie et différentes professions. Dans chaque corporation, un arbitre gouvernemental tranche les conflits relatifs aux conditions de travail, aux salaires, etc. Cette politique corporatiste explique pour partie la coopération tacite des socialistes et de l'UGT à la dictature, les travailleurs obtenant là plus de pouvoir qu'auparavant, malgré un musellement par l’État.

Dans le domaine économique, afin de relancer un pays à la croissance atone depuis la fin de la Grande Guerre, il renforce le protectionnisme étatique en faveur de l'industrie nationale et prend l'initiative de grands projets publics, notamment dans le domaine des infrastructures (réseaux routier et ferroviaire, houille blanche, etc.). Le chômage est quasiment résorbé. L'éducation, dans l'optique régénérationniste, est une priorité. Miguel Primo de Rivera lance en ce sens la construction de nouvelles écoles et augmente la dotation de l'instruction publique de 58 %9.

Le début de la dictature connaît aussi le succès militaire. Malgré ses réticences à la colonisation africaine, Primo de Rivera finit par s'y rattacher lorsque se pose le problème des évolutions de carrière des officiers. Il faut en effet pour le chef de l’État trouver un compromis entre la progression à l'ancienneté ou au mérite, la loi de 1918 favorisant la première option10 ; et ce, sans pour autant perdre le soutien de l'armée. Primo de Rivera parvient à négocier un accord avec les Français afin de mettre un terme à la rébellion des Marocains menés par Abd El-Krim. Commandant personnellement les armées Espagnoles lors du débarquement d'Al-Hoceima le 8 septembre 1925, Primo de Rivera emporte une victoire éclatante et défait le leader Marocain. La défaite d'Annoual, cause directe du pronunciamiento de 1923, est ainsi effacée. Décoré de la Croix de l'Ordre de Saint Ferdinand, ce grand succès militaire l'incite a institutionnaliser sa dictature de manière plus durable.

Le Directoire civil (1925 - 1930)modifier | modifier le code

Originellement, pour Primo de Rivera, la dictature ne devait être que brève et ne servir que de transition pour renouveler les élites du pays tout en conservant la constitution de 1876. Cependant, à partir de 1925, il cherche à obtenir une nouvelle forme de légitimité en s'appuyant sur une large base sociale6. Profitant du prestige suscité par ses victoires militaires, le dictateur prit finalement la décision de rétablir le poste de Président du Conseil des ministres le 3 décembre 1925, et d'ouvrir le directoire à des personnalités issues du civil. Des hommes issus de l'ancien système des partis reviennent ainsi au gouvernement, tels que José Calvo Sotelo au budget, Galo Ponte y Escartín comme ministre de la Grâce et de la Justice et Eduardo Callejo de la Cuesta comme ministre de l'Instruction publique, entre autres. La constitution reste cependant suspendue.

Après avoir remporté avec succès le plébiscite des 11 et 13 septembre 1926, Primo de Rivera met en place une assemblée nationale consultative en 1927 afin de donner une image démocratique de son régime et tenter de conserver le soutien du PSOE et de l'UGT. Cependant, ce Parlement est privé du pouvoir législatif et ne peut que proposer des projets de loi. L'élection de ses membres n'est absolument pas démocratique : elle passe par un système corporatiste verrouillé par l’État. Cette chambre avait toutefois pour mission de rédiger une constitution afin de remplacer celle de 1876, libérale, par une constitution autoritaire stable, qui ne dépassa néanmoins jamais le stade d'avant-projet dédaigné par l'exécutif.

Ces ouvertures factices vers la démocratie ne peuvent toutefois pas masquer les carences du régime, tout entier fondé sur une légitimité de résultat. Lorsque survient la crise de 1929, l'embellie économique des années 1920 s'évapore en quelques mois, illustrant les limites d'une croissance artificielle. La constitutionnalisation du régime sans cesse retardée ne fait qu'empirer l'instabilité politique et sociale. Miguel Primo de Rivera perd progressivement l'ensemble des soutiens qui lui permettaient de se maintenir au pouvoir jusque là. L'armée elle-même, fondement du coup d’État de 1923, ne constitue plus un appui suffisant, échaudée par la volonté réformatrice du dictateur qui souhaitait réduire le nombre d'officiers dans un souci d'économie et d'efficacité. Différents coups d’État sont ainsi préparés.

Démission et fin de viemodifier | modifier le code

Primo de Rivera est conscient de son isolement profond et de son éviction proche. Il fait savoir par voie de presse le 26 janvier 1930 qu'il se soumet à « l'épreuve sensationnelle et décisive11 » de son maintien ou non au pouvoir selon le choix de ses pairs. Il ne reçut aucune réponse positive : l'armée l'a porté au sommet de l’État autant qu'elle fut l'artisan de sa chute. Affaibli depuis plusieurs années par un diabète, Miguel Primo de Rivera est contraint de présenter sa démission au roi Alphonse XIII le 28 janvier 1930, encouragé fortement par celui-ci qui craint pour la pérennité de la monarchie. Il s'exile alors à Paris, où il décède au bout de six semaines des suites de sa maladie.

Notes et référencesmodifier | modifier le code

  1. Dictionnaire des personnages historiques, La Pochotèque, Encyclopédies d'aujourd'hui p. 875.
  2. a, b et c Dictionnaire d'histoire politique du XXè siècle, Christian Hocq, Ellipses, p 810.
  3. Dictionnaire des personnages historiques, La Pochotèque, Encyclopédies d'aujourd'hui, p. 875.
  4. L'Espagne au XXè siècle, Guy Hermet, collection premier cycle, PUF, p. 84.
  5. L'Espagne au XXè siècle, Guy Hermet, collection premier cycle, PUF, p. 85.
  6. a et b Histoire de l'espagne contemporaine, de 1808 à nos jours, sous la direction de Jordi CANAL, éditions Armand Colin, Chap 12 p. 146.
  7. L'Espagne au XXè siècle, Guy Hermet, collection premier cycle, PUF, p. 86.
  8. Histoire de l'espagne contemporaine, de 1808 à nos jours, sous la direction de Jordi CANAL, éditions Armand Colin, Chap 12 p. 145.
  9. Histoire de l'espagne contemporaine, de 1808 à nos jours, sous la direction de Jordi CANAL, éditions Armand Colin, Chap 12 p. 148.
  10. Histoire de l'espagne contemporaine, de 1808 à nos jours, sous la direction de Jordi CANAL, éditions Armand Colin, Chap 12 p. 147.
  11. L'Espagne au XXè siècle, Guy Hermet, collection premier cycle, PUF, p. 99.

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Bibliographiemodifier | modifier le code

  • (es) Mario P Diaz Barrado, Palabra de dictador: General Primo de Rivera, análisis de discursos (1923-1930), Biblioteca de bolsillo.
  • (en) James H. Rial, Revolution from Above: The Primo De Rivera Dictatorship in Spain, 1923-1930
  • Les Dictateurs, Les Éditions Denoël et Steele, 1935. Réédition : Jean-Cyrille Godefroy, 1996, ASIN 2841910199. (Ouvrage disponible sur l'Université du Québec à cette adresse). Un chapitre est consacré à Primo de Rivera sous le titre de Primo de Rivera ou la dictature manquée.

Voir aussimodifier | modifier le code

Liens externesmodifier | modifier le code








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