Musidora

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Musidora

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Portrait de Musidora

Naissance
Paris (France)
Nationalité Drapeau de la France Française
Décès (à 68 ans)
Paris (France)
Profession Actrice, réalisatrice
Films notables Les Vampires,
Judex

Musidora (de son vrai nom Jeanne Roques), née dans le 5e arrondissement de Paris le , morte dans le 14e arrondissement de Paris le est une actrice et réalisatrice française, célèbre pour son rôle d'Irma Vep, dans la série Les Vampires de Louis Feuillade et Judex. Pour toute une génération, elle est cette « vamp », cette « beauté fatale ». Les surréalistes l'adoptent, elle est l'une de leurs nombreuses muses.

Débutsmodifier | modifier le code

Son père Jacques Roques, compositeur et théoricien du socialisme et sa mère Adèle Clémence (née Porchez), peintre et grande combattante de la cause féministe, lui transmettent leur goût de la littérature. C’est en lisant Théophile Gautier qu’elle choisit le pseudonyme de Musidora, l’héroïne de Fortunio1. Enfant douée, elle peint, écrit, sculpte mais c’est dans la danse et la comédie qu’elle exprime le mieux ses passions artistiques. Après de modestes débuts dans des revues parisiennes et quelques apparitions dans des petits films aujourd’hui disparus, elle se fait remarquer, en 1910, dans la pièce La loupiotte de Aristide Bruant, où elle joue la môme Liquette. Elle connaît son premier succès, deux ans plus tard au Bataclan, dans la revue Ça grise dont elle partage l’affiche avec Colette.

Elle dira : « J'ai joué le vaudeville et un homme est venu me chercher pour jouer le drame. Un autre qui m'avait vue dans le drame, m'a entraînée dans la revue ; celui qui m'avait vue dans la revue m'a écrit : « Le cinéma est un art, venez faire du cinéma », et ceux qui m'ont vue au cinéma m'ont dit : « Ici c'est un café-concert, ici c'est un music-hall, ici c'est un cabaret. Venez, vous ferez un tour de chant. Venez vous passerez dans un sketch, venez vous direz des chansons ». Et comme je finissais de dire des chansons, un artiste russe m'offrait de jouer une pantomime. »

Musidora se produit dans des cabarets et sur les planches des théâtres de l’Odéon et du Châtelet, où elle révèle une plastique sans défauts. La jeune comédienne aux beaux yeux noirs fait ses vrais débuts au cinéma dans Les Misères de l'aiguille, drame social destiné aux Maisons du Peuple réalisé en décembre 1913 par Raphaël Clamour, l’histoire d’une couturière qui, à la mort de son mari, tente de se suicider avec son enfant pour échapper à la misère. C'est alors que Feuillade la remarque, en danseuse de tango dans la Revue Galante aux Folies-Bergère. Les portes de la maison Gaumont s'ouvrent alors pour Musidora.

En 1914, elle tourne dans une poignée de films pour Gaston Ravel, mais c’est Louis Feuillade qui la révèle dans l’adaptation de la pièce de François Coppée Severo Torelli avec Fernand Herrmann dans le rôle-titre. Elle est alors une des multiples actrices que le cinéaste emploie dans des productions patriotiques et des vaudevilles. Mais avec ses yeux noirs soulignés de kohl, sa peau blanche, son maquillage un peu inquiétant et sa garde-robe exotique, Musidora n’allait pas tarder à devenir une des plus populaires et des plus emblématiques actrices du cinéma européen. Elle va tourner toute une série de films avec les réalisateurs-maison, arrachés les uns après les autres à leur travail par la mobilisation. Drames historiques, comédies burlesques, bandes patriotiques, scènes sentimentales se succèdent de 1914 à 1917.

Les Vampires et Judexmodifier | modifier le code

Musidora en Irma Vep dans Les Vampires

Fin 1915, Louis Feuillade, rendu à la vie civile, lui offre le rôle de sa vie, celui d'Irma Vep dans Les Vampires, un film en dix épisodes, un rôle de vamp et de femme fatale qui lui apporte la gloire et l’installe définitivement dans la mythologie du cinéma1.

Irma Vep (anagramme de « vampire ») est une chanteuse de cabaret affiliée à la société secrète « les Vampires », en fait une bande de brigands combattue par le journaliste Philippe Guérande, incarné par Edouard Mathé. Au troisième épisode Musidora apparaît en souris d’hôtel cagoulée et vêtue d’une combinaison noire moulante et, ange du mal, provoque, chez les spectateurs, une trouble fascination. Plus tard, elle passe sous le contrôle hypnotique de Moreno, un criminel rival, qui fait d’elle sa maîtresse et la pousse à assassiner le Grand Vampire1. Elle finit elle-même par prendre la tête de la bande de brigands, et commet encore de nombreux méfaits avant d’être vaincue par Guérande. Ce personnage étrange, d’un érotisme certain, connaît un grand succès populaire, et enthousiasme auprès des surréalistes, qui en feront plus tard un de leurs emblèmes poétiques.

Musidora en Diana Monti dans Judex

En 1916, elle incarne à nouveau pour Feuillade une inquiétante beauté, l’aventurière de grand style Diana Monti, dans son nouveau feuilleton Judex, face au justicier incarné par René Cresté1. Diana, sous l'apparence de l'institutrice Marie Verdier, séduit le banquier Favraux. Avec l'aide de son amant et complice Morales, elle essaie en vain pendant toute la série de s'emparer de sa fortune.

Musidora a vingt-huit ans, de longs cheveux noirs, le teint exagérément blanc, le regard charbonneux et la bouche sombre. Pour toute une génération, cette beauté moderne sera l'incarnation de la vamp.

Musidora et les surréalistesmodifier | modifier le code

André Breton, Louis Aragon et les autres créateurs du mouvement surréaliste étaient des spectateurs assidus des serials de Feuillade, et notamment des Vampires. C'est donc tout naturellement qu'ils ont fait de Musidora leur égérie, l'invitant à plusieurs de leurs manifestations. Aragon et Breton écriront en 1929 une pièce lui rendant hommage, le Trésor des Jésuites, dont tous les personnages ont pour nom des anagrammes de Musidora (Mad Souri, Doramusi, ...)1.

Autres activitésmodifier | modifier le code

Musidora passe parallèlement à la réalisation en adaptant deux romans de Colette, l'Ingénue libertine, qui devient Minnie (1916), et la Vagabonde (1917) ; puis elle tourne un scénario original de cet écrivain, la Flamme cachée (1918), avant d'être l'auteur complet de Vincenta (1919). Entre-temps, elle joue dans des films d' André Hugon, les Chacals (1917), Johannes, fils de Johannes (1918), Mam'zelle Chiffon (1918) de Gaston Ravel, la Geôle (1918) de Germaine Dulac, la Jeune Fille la plus méritante de France (1918) et de Fred Leroy-Granville, les Ombres du passé.

Par amour pour le rejoneador Antonio Cañero, elle quitte la France et s’installe en Espagne. Elle y écrit, réalise, produit et interprète sans grand succès, quatre films : Pour Don Carlos (la Capitana Alegría, 1920), d'après Pierre Benoit, qui retrace l’épopée carliste, Musidora en Espagne (1922), Soleil et Ombre (Sol y Sombra, 1922) dont l'anecdote dépouillée trouve son parfait décor dans la ville de Tolède et dans l'Andalousie et enfin la Tierra de los toros (1924), dont l'exploitation n'eut lieu qu'en Espagne, et qui était conçu pour s'incorporer dans un spectacle où Musidora intervenait en personne pour chanter et danser. De retour à Paris en 1926, elle fait sa dernière apparition au cinéma dans une fresque religieuse Le berceau de dieu, aux côtés de Léon Mathot, France Dhélia et Lucien Dalsace.

Après son mariage le 20 avril 1927 avec un ami d'enfance, Clément Marot, médecin à Châtillon-sur-Marne, et dont elle aura un fils également prénommé Clément, Musidora s’éloigne du Septième Art et se consacre essentiellement au théâtre jusqu’au début des années cinquante. Elle est également professeur de diction au conservatoire de Reims, en 1938. Elle continue d'apparaître, jusqu'en 1948, dans des pièces de théâtre dont elle est l’auteur (une trentaine entre 1916 et 1952) et réalise un dernier film en 1950, la Magique Image. Elle a également publié deux romans, Arabella et Arlequin (1928) et Paroxysmes (1934), et de nombreuses chansons ainsi qu’un recueil de poésies, Auréoles (1940). Selon son biographe, Francis Lacassin, Musidora a laissé à sa mort de nombreux inédits. À partir de 1944, année de son divorce, elle travaille avec Henri Langlois à la Cinémathèque française. La muse des surréalistes et première vamp du cinéma français meurt le 7 décembre 1957, à l’Hôpital Broussais de Paris.

Critiquemodifier | modifier le code

Les surréalistes avaient su découvrir Musidora. Ils l'admirèrent et l'exaltèrent. André Breton lui envoyait des roses et l'actrice participa à une soirée « Dada ». Il écrivit à son attention : « À quelques-uns, nous avons bien souvent parlé de vous et du médiocre avenir que se préparent le cinéma et le théâtre français, qui n'ont-jamais su qui vous étiez. »

« Car c'est malgré soi, à travers Les Vampires, que s'offre, pour les dernières touches, le portrait de Musidora, parée dans son collant pour les noces de l'amour et de la mort, l'œil tour à tour rêveur, sadique ou passionné. Par cette imagerie d'Épinal s'est fixé le mythe. Mais sous le maillot de souris d'hôtel à la soie arachnéenne et sublimante, il y avait aussi une femme que ses admirateurs ignorèrent. Souffrante, sensible, inquiète, cherchant à exprimer dans l'amour, la poésie, la lutte, un sentiment de l'inaccessible qu'a étouffé ou masqué cette élégante armure noire... » (Francis Lacassin in "Musidora", Anthologie du Cinéma, Tome VI.)

Filmographiemodifier | modifier le code

Bibliographiemodifier | modifier le code

Documentairesmodifier | modifier le code

  • Musidora, la dixième muse par Patrick Cazals, 2013

Liens externesmodifier | modifier le code

Référencesmodifier | modifier le code

  1. a, b, c, d et e D'Hugues, p. 106.







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