Musique éthiopienne

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Un azmari (ménestrel éthiopien) jouant du Masenqo dans un bar à T’edj

La musique éthiopienne est extrêmement diversifiée, chaque peuple d'Éthiopie développant ses propres sonorités. Certaines formes de musique traditionnelle sont fortement influencées par la musique folk d'autres régions de la Corne de l'Afrique, particulièrement la Somalie. L'influence du christianisme se ressent également. Au Nord-Est du pays, dans l'ancienne région de Wollo, s'est développé une forme de musique islamique appelée manzuma initialement chantée en amharique pour s'étendre aux régions d'Harar et de Jimma où elle est maintenant chantée en oromo. Sur les plateaux d'Éthiopie la musique traditionnelle est jouée par des musiciens itinérants dénommé les azmaris qui sont considérés à la fois avec suspicion et respect dans la société éthiopienne.

Théorie musicalemodifier | modifier le code

La musique éthiopienne des plateaux utilise un système modal particulier appelé qenet qui se décline sur quatre modes : tezeta, bati, ambassel et anchihoy1. Trois modes complémentaires sont des variations des précédents, à savoir : tezeta minor, bati major et bati minor. Certaines chansons prennent d'ailleurs le nom de leur qenet. Lorsqu'ils sont joués sur des instruments traditionnels, ces modes ne sont généralement pas tempérés alors qu'en utilisant des instruments occidentaux comme le piano ou la guitare, ils sont joués en suivant les tempéraments occidentaux.

La musique éthiopienne est généralement monophonique ou hétérophonique. Elle est beaucoup plus rarement polyphonique.

Instruments de musiquemodifier | modifier le code

Instruments à cordemodifier | modifier le code

Musicien éthiopien jouant du krar

Parmi les instruments à corde traditionnels, on peut citer :

  • le masenqo, est un luth à une corde se jouant avec un archet
  • le krar ou kirar, une lyre à six cordes
  • le kissar, un genre de lyre à cinq cordes
  • la begena qui est un type de harpe avec dix cordes
  • la dita, une lyre à cinq cordes
  • l'arc musical à une corde. Il en existe une variante à trois cordes

Instruments à ventmodifier | modifier le code

La washint est une flûte de bambou assez répandue sur les plateaux d'Éthiopie. On trouve également dans certaines régions des sortes de trompettes comme le malakat et le holdudwa (dont la forme est proche du shophar) principalement dans le sud du pays2. La flute embilta, qui n'a pas de trous et produit seulement deux tons, est généralement en métal au Nord et en bambou au sud. Chez les Konsos et d'autres peuples du sud, on joue la fanta, une espèce de flûte de pan.

Idiophonesmodifier | modifier le code

Au sein de l'Église éthiopienne orthodoxe, la musique liturgique emploie le senasel, un sistre. Historiquement, les églises rurales utilisaient le dawal, un genre de bâton fait de pierre ou de bois. Les falashas utilisent un petit gong appelé le qachel pour accompagner les chants liturgiques. Le toom, un idiophone fait de lamelles métalliques, est utilisé chez les Nuers, Anuaks, Majangirs, Surmas et autres groupes nilo-sahariens.

Membranophonesmodifier | modifier le code

Le kebero est un large tambour utilisé dans la musique liturgique orthodoxe. Le nagarit, joué avec un bâton courbé, est en principe utilisé lors de cérémonies laïques alors qu'il a une fonction liturgique chez les falashas. Les Gurages et d'autres peuples du sud jouent fréquemment de l'atamo, un petit tambour parfois fait d'argile.

Musique populairemodifier | modifier le code

En Éthiopie, la musique populaire est jouée, enregistrée et écoutée, la plupart des musiciens chantent aussi des chansons traditionnelles et la plus grande partie du public écoute à la fois de la musique populaire et traditionnelle. L'un des exemples de cette pratique de la musique populaire en Éthiopie est le brass band Arba Lijoch, composé de quarante orphelins ayant fui l'Arménie3 sous le règne de Hailé Sélassié. Ce groupe, arrivé à Addis-Abeba le , est devenu le premier orchestre officiel d'Éthiopie. À la fin de la Seconde Guerre mondiale de grands orchestres accompagnaient les chanteurs. Les orchestres les plus connus furent ceux de l'armée, de la police et l'orchestre de la Garde impériale. Généralement ces groupes étaient dirigés par des Européens ou des Arméniens à l'exemple principalement de Nersès Nalbandian qui de 1940 à 1974 eut une influence majeure sur la musique populaire éthiopienne4.

Entre les années 1950 et 1970, de nombreux musiciens populaires sont apparus comme Bezunesh Bekele, Mahmoud Ahmed, Alemayehu Eshete, Hirut Bekele, Ali Birra, Ayalew Mesfin, Kiros Alemayehu, Muluken Melesse et Tilahun Gessesse. Dans la musique traditionnelle on peut citer Alemu Aga, Kassa Tessema, Ketema Makonnen, Asnatqètch Wèrqu ou Mary Armede. À cette époque, le musicien le plus influent était sans doute l'inventeur de l'éthio-jazz, Mulatu Astatke.

Durant les années 1980, le Derg dirigeait l'Éthiopie et l'émigration était devenue quasiment impossible. Des musiciens ont tout de même percé comme Ethio Stars, Wallias Band et Roha Band dont le chanteur, Neway Debebe, était particulièrement populaire. Il a d'ailleurs contribué à populariser l'utilisation du seminna-werq (cire et or, une forme poétique de double sens) dans la musique, permettant ainsi aux chanteurs de critiquer le gouvernement sans risquer la censure.

La réédition à Bruxelles en 1986 de l'album Erè Mèla Mèla de Mahmoud Ahmed est suivi d'un grand succès en Occident et permet de faire connaître et diffuser le « groove éthiopien » hors de ses frontières. Dans les années 1990, la rééditions de tous les artistes de l'éthio-jazz dans la collection Éthiopiques de Buda Musique en France, créée par Francis Falceto, permet une plus large diffusion et assure un succès croissant de ce type de musique éthiopienne.

Scène contemporainemodifier | modifier le code

Aster Aweke est l'une des chanteuses éthiopiennes les plus populaires, originaire de Gondar et vivant à Los Angeles.

Plus récemment, la musique du Tigré et d'Érythrée s'est diffusée en Éthiopie et parmi les exilés, notamment en Italie. Toutefois, la plus grande évolution a été le développement du bolel, un genre de blues, joué par des azmaris dans certains quartiers d'Addis Ababa, particulièrement à Yohannès Sefer et Kazentchis, avec des musiciens comme Tigist Assefa, Tedje ou Admassou Abate.

Actuellement, la chanteuse la plus connue[réf. nécessaire] est Gigi qui jouit d'une renommée internationale. Avec ses concerts, entourée de musiciens de jazz comme Bill Laswell (qui est aussi son époux) et Herbie Hancock, Gigi a rendu la musique éthiopienne populaire, notamment aux États-Unis où elle vit désormais.

Notes et référencesmodifier | modifier le code

  1. New Grove 2001, Shelemay, Kay Kaufman, viii, p. 356
  2. Shelemay, pp. 355–356
  3. [1]
  4. Un siècle de musique moderne en Éthiopie par Francis Falceto dans Cahiers d'études africaines no 168, 2002, p.711-738.

Bibliographiemodifier | modifier le code

  • (en) Francis Falceto, Land of Wax and Gold, 2000. In Broughton, Simon and Ellingham, Mark with McConnachie, James and Duane, Orla (Ed.), World Music, Vol. 1: Africa, Europe and the Middle East, pp 480–487. Rough Guides Ltd, Penguin Books. (ISBN 1-85828-636-0)
  • (en) David H. Shinn et Thomas P. Ofcansky, « Music and instruments », in Historical Dictionary of Ethiopia, Scarecrow Press, 2013 (2e éd.), p. 297-299 (ISBN 9780810874572)

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