Nominoë

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Nominoë
Le Serment de Nominoë (illustration du Barzaz Breiz)
Le Serment de Nominoë (illustration du Barzaz Breiz)
Titre
Comte de Vannes
Juillet 819851
Prédécesseur Gui II de Vannes
Successeur Pascweten
Chef des bretons, Père de la Bretagne
845851
Successeur Erispoë
Biographie
Date de naissance Vers 800
Date de décès
Lieu de décès Alentours de Vendôme

Nominoë (Nevenoe en breton n. 1, en français la graphie Nominoé est aussi utilisée), né vers 800, mort le près de Vendôme1, fut souverain de Bretagne de 845 à 851. Il fut à l'origine de la naissance d'une Bretagne unifiée et indépendante, d'où le qualificatif de père de la Patrie (« Tad ar Vro ») que lui attribue l'historien Arthur de La Borderie au XIXe siècle2.

Biographiemodifier | modifier le code

Ses originesmodifier | modifier le code

Son nom, assez rare, est peut être issu du vieux breton « nom » c'est-à-dire « temple », à rapprocher du gaélique irlandais « nomh » saint et gaulois « nemeto » sanctuaire ou « nemo » ciel avec comme variantes Nevenoe/Nevenou en breton, Naomhin, Nevin, Niven en irlandais3.

Dom Morice, s'appuyant sur une vie du roi Judicaël rédigée au XIe siècle par le moine Ingomar dans laquelle ce dernier précise que « tous les princes qui ont régné en Bretagne depuis Judicaël étaient issus de ce roi », indique que Nominoë était « Fils d'Erispoë comte de Rennes et de la race des anciens rois de Bretagne »4.

Les moines de l'Abbaye de Saint-Florent-le-Vieil dont il avait incendié le monastère ont complaisamment reproduit, dans une prose rythmée nommée « Versiculi » ou « Versus de eversione monasterii Glonnensis », une légende qui indique que Nominoë était fils d'un paysan enrichi par la découverte d'un trésor, indications reprises par les Francs d'Anjou de la famille Foulques (Plantagenêt), hypothèse totalement fantaisiste car à l'époque carolingienne seuls les laïcs issus de familles de la haute aristocratie avaient le quasi-monopole des charges publiques 5.

Une charte de 834 le qualifie de prince des Vénètes, mais c'est seulement en raison de sa fonction de comte de Vannes. Il semblerait qu'il soit originaire du Poher, la région de Carhaix6,7.

Hypothèsemodifier | modifier le code

D'autres[Qui ?] ont situé ses origines à Dinan ou dans ses environs, hypothèse appuyée par les bienfaits qu'il prodigua aux moines de Léhon, près de Dinan. Autre indice, Renac, lieu du domicile préféré de Nominoë, se situait certes sur le territoire de la cité des Vénètes comme il convenait à un comte de Vannes, mais dans ses confins limitrophes de la cité des Redones, juste à côté du lieudit « Roton », où Conwoïon fit construire en 832 une abbaye grâce au soutien actif de Nominoë. On sait combien Lambert tenait à Nantes, mais Nominoë ne tenait-il pas tout autant à Rennes ? En 850, c'est d'abord de Rennes qu'ils sont venus s'emparer, juste avant de récidiver dans la foulée à Nantes. Leurs demeures respectives de Craon et de Renac n'étant pas très éloignées avec un bon cheval, on peut penser[évasif] que ces deux cavaliers confirmés se rendaient visite à domicile pour parler politique.

Renac faisait sûrement[évasif] très campagne à côté de Craon, la ville antique avec son abbaye Saint-Clément et son prieuré, toutefois Conwoïon avait déjà bien compensé en faisant construire l'abbaye Saint-Sauveur sur le chantier du lieudit « Roton ».

Comte carolingienmodifier | modifier le code

Selon Arthur de La Borderie, Nominoë est comte de Vannes dès juillet 8198. Toutefois le titulaire de ce comté carolingien Gui II de Vannes exerçait encore sa fonction de comte de Vannes dans un acte du 16 janvier 830 daté de la 17e année de Louis le Pieux9. Il semble donc que l'autorité de Nominoë se limitait à une partie du comté n. 2 avant qu'il ne soit reconnu comme gubernans in Brittanniam à partir de 833, missus in Brittanniam à partir de 837 par Louis le Pieux10.

Nominoë apparaît pour la première fois dans un acte exerçant une charge publique comme « Nominoe magistro in Britanniam  » lors d'une donation en faveur du l'Abbaye de Redon le 9 février 833 vingtième année du règne de Louis le Pieux11.

Rebellemodifier | modifier le code

À la mort de l'Empereur Louis en 840, il soutient dans un premier temps Lothaire Ier avant de se rallier à Charles le Chauve12 qui lui reconnaît le titre de missus dominicus ducatus, lorsque Nominoë lui rend l'hommage au printemps 841. Puis il entre en rébellion ouverte contre l'administration franque. Nominoë trouve à cette époque un allié local en la personne de Lambert II de Nantes, fils d'un précédent comte de Nantes lui aussi ancien partisan de Lothaire, mais non confirmé dans cette charge par Charles le Chauve13.

À la suite des batailles de Messac (843) et de Ballon (845), le roi Charles doit reconnaître l'autorité de Nominoë sur la Bretagne n. 3. Au cours de l'été 846 Charles et Nominoë concluent un traité. Charles accorde au Breton le titre officiel de « dux » et le dispense de tribut en échange de la reconnaissance de sa suzeraineté personnelle sur la Bretagne14. En 847-848 Nominoë, occupé à résister difficilement aux attaques des Vikings sur la Bretagne qui lui infligent trois défaites n. 4, ne mène aucune expédition contre la Neustrie15.

Vers l'indépendancemodifier | modifier le code

Statue de Nominoë sur le parvis de la Cathédrale Saint Samson de Dol-de-Bretagne.

Le pouvoir carolingien disposait en Bretagne d'évêques acquis à son autorité à Quimper, Vannes, Dol-de-Bretagne et Saint-Pol-de-Léon. Cette situation était inacceptable pour Nominoë qui désirait affirmer son émancipation. Ne pouvant rien attendre du pouvoir franc ni de l'archevêque de Tours dont dépendait la Bretagne, Nominoë se tourne vers le Pape Léon IV et lui envoie en 848 une délégation menée par Conwoïon l'abbé de Redon. Le Pape réserve aux Bretons un bon accueil, il donne quelques reliques à Conwoïon mais refuse de se prononcer sur la déposition des évêques 16. Il se contente de préconiser la tenue d'un synode de douze évêques devant lesquels les prélats en cause doivent comparaître17.

Comme il était impossible de réunir une telle assemblée en Bretagne, Nominoë se résout à un coup de force. En avril 849 il réunit à Coët Louh une assemblée de clercs et de laïcs, et les évêques Suzannus de Vannes, Félix de Quimper, Salacon de Dol et Liberalis de Léon (?) sont condamnés pour simonie, déposés et remplacés par des « évêques bretons ». Selon la chronique de Nantes citée par Arthur de la Borderie18, le pape aurait aussi reconnu à Nominoë sous le titre de duc le droit de porter une couronne d'or, et donc de se faire sacrer par l'archevêque de Dol n. 5.

Bien que la promotion de Dol-de-Bretagne à la tête de l'église bretonne, mise au crédit de Nominoë par Arthur de la Borderie19, doive être attribuée à l'accord de 866 entre Salomon de Bretagne et le Pape Nicolas Ier20, l'installation de ces nouveaux évêques marque une étape essentielle pour Nominoë, il ne s'agit plus d'une révolte mais de la revendication d'une prérogative royale.

Les incursions bretonnes s'étendent jusqu'aux abords de Bayeux21. En 849 Nominoë est de nouveau en guerre contre Charles le Chauve qui rappelle Lambert II et lui confie de nouveau la marche de Bretagne. En février 850 Nominoë reprend ses agressions 22 et occupe Angers et ses alentoursn. 6. Lambert II trahit une nouvelle fois son suzerain et s'allie avec le chef breton. Alors que vers le 15 août 850 Charles le Chauve s'avance vers la Vilaine, Nominoë et Lambert II s'emparent de Rennes et de Nantes et lancent ensuite des raids sur le Bessin et le comté du MaineLe Mans qui est prise à son tour.

Nominoë meurt subitement au cours d'une expédition en profondeur dans la Beauce près de Vendôme, le 23 après avoir une nouvelle fois occupé le Maine et l'Anjou. Il est inhumé dans l'abbaye Saint-Sauveur de Redon24.

Même s'il en avait les prérogatives, il ne semble pas que Nominoë ait jamais porté le titre de roi bien que le chroniqueur de la fin du IXe siècle Réginon de Prüm lui donne ce titre. Dans le cartulaire de Redon, il est tour à tour qualifié de duc des Bretons, de duc en Bretagne, de duc de toute la Bretagne, de prince de Bretagne et de prince de toute la Bretagne. C'est son fils et successeur Erispoë qui a été reconnu officiellement comme roi par Charles le Chauve après la bataille de Jengland, fondant ainsi le royaume de Bretagne. Roi sous condition d'hommage. Le roi de Bretagne est donc vassal du roi de la Francia Occidentalis.

Titresmodifier | modifier le code

Comes Venetice civitatis en 832
Princeps Venetice civitatis en 834
Missus in Britannia en 837, 839,
Gubernans in Brittanniam 833,834 831-837
Dux in Britannia 834, 840
Regnans in Britannia 833, 835
Magister in Britanniam 833
Dominans in Britanniam 837

25,26

Postérité littérairemodifier | modifier le code

Nominoë dans L'Histoire de Notre Bretagne (1922, Jeanne Malivel).

Le Tribut de Noménoë est un poème du Barzaz Breiz par Théodore Hersart de La Villemarqué qui le qualifie dans l’argument de « plus grand roi que la Bretagne ait eu »27.

Nominoë est le héros du roman de Colette Geslin « La chevauchée de Nominoë »28. Il est également l'un des principaux personnages « historiques » du roman de Yann Brekilien « Les Cavaliers du Bout du Monde »29.

Notes et référencesmodifier | modifier le code

Notesmodifier | modifier le code

  1. En breton, on trouve aussi des variantes comme Neumenoiou (graphie utilisé dans le Barzaz Breiz notamment).
  2. « On observe cette dualité des fonctionnaires civils. Gui reste comte jusqu'en 831 or dès 820 le breton Nominoë apparaît comme « princeps Veneticæ » et en 827 il est dit « come Veneticæ civitatis ». Pendant 10 ans au moins il y eut en Vannetais simultanément deux comtes, le comte franc Guy et le comte Breton Nominoë ». Léon Levillain « La Marche de Bretagne, ses marquis et ses comtes » dans: Annales de Bretagne. Tome 58, numéro 1, 1951. p. 89-117.
  3. Annales de Saint-Bertin: AD 846 « Charles marchant avec une armée contre le pays de Bretagne, la paix fut traitée entre lui et Noménoé »
  4. Annales de Saint-Bertin AD 847 « Les Danois viennent dans les parties de la Gaule habitée par les Bretons, et l'emportent trois fois sur eux dans les combats. Noménoé vaincu fuit avec les siens, puis par des présents qu'il leur envoie, il écarte les Danois de son pays »
  5. Chronique de Nantes ch. XII « quand il eut déposé ainsi lesdits évesques, il assembla ceux qu'il avoit substituez en leurs lieux, et tous les autres prélats de sa région, au monastère de Dol, où il se fist oindre en roy ». Toutefois les historiens considèrent généralement que le chroniqueur, non contemporain, n'est pas fiable, nombre de ses affirmations étant contredites par les textes contemporains.
  6. Annales de Saint-Bertin: AD 849 : « Le Breton Nominoë avec sa perfidie accoutumée s’empare d’Angers et des pays circonvoisins...et se répandit en armes hors de son pays avec son insolence accoutumée »

Référencesmodifier | modifier le code

  1. René Merlet, La Chronique de Nantes (570 environ-1049), Alphonse Picard, 1896, p. 42
  2. La Borderie 1975
  3. Alain Stéphane Les prénoms celtiques éditions Jean-Paul Gisserot 1999 (ISBN 2877473953) p. 96
  4. Pierre-Hyacinthe Morice, Histoire ecclésiastique et civile de la Bretagne, 1836, p. 432
  5. Chédeville et Guillotel 1984, p. 229-231
  6. Les Bretons de Nominoé, Brasparts, Éditions Beltan, 1990 (réimpr. Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 2003)
  7. Chédeville et Guillotel 1984, p. 231
  8. La Borderie 1975, p. 27, toutefois les données chronologique de cet acte sont contradictoires selon Chédeville et Guillotel 1984, p. 227.
  9. Cartulaire de Redon, acte no 155 p. 119-120: Uuidone comite in Venedia, Reginario episcopo, Portitoë machtierno et Uuoruili frater eju (ils s'agit de deux fils de Iarnithin)
  10. Chédeville et Guillotel 1984, p. 233
  11. Chédeville et Guillotel 1984, p. 227 Cartulaire de Redon acte VII p. 7-8
  12. Janet L. Nelson Charles le Chauve, Aubier, Paris 1994 (ISBN 2700722612) p. 134
  13. Janet L. Nelson op.cit p. 159-160.
  14. Janet L. Nelson op.cit p. 170
  15. Janet L. Nelson op.cit p. 176
  16. Barthélémy-Amédée Pocquet du Haut-Jussé Les Papes et les Ducs de Bretagne COOP Breizh Spézet (2000) (ISBN 284346 0778) p. 15-17
  17. Noël-Yves Tonnerre Naissance de la Bretagne Presses de l'Université d'Angers (1994) (ISBN 2903075581) p. 86-88
  18. La Borderie 1975, p. 55 note n°3
  19. La Borderie 1975, p. 57
  20. Noël-Yves Tonnerre op.cit p. 92 note no 1
  21. Louis Halphen Charlemagne et l'empire carolingien éditions Albin Michel, Paris réédition 1968, p. 296.
  22. Janet L. Nelson op.cit p. 179
  23. Annales de Saint-Bertin: AD 851
  24. Jean Verdon Chronique de Saint-Maixent, Les Belles Lettres, 1979, p. 57 : « Noménoé, tyran des Bretons plutôt que roi, est frappé par la volonté céleste ; Erispoë, son fils, lui succéda dans le royaume d'une manière indue »
  25. Histoire de Bretagne p. 197
  26. Nominoe missus imperatoris Ludovici .
  27. Lire en ligne sur Wikisource : Le Tribut de Noménoë (1846, quatrième édition, vol 1) ou Le Tribut de Noménoë (1883, huitième édition, p. 112-119)
  28. éditions Terre de Brume littérature Rennes 2001 (ISBN 2843621100).
  29. éditions du Rochers, Paris 1990 (ISBN 2268009289).

Sourcesmodifier | modifier le code


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