Philosophie de la nature

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La philosophie de la nature (en allemand Naturphilosophie) est un courant à la fois scientifique et philosophique, qui apparaît en Allemagne dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, et se propage ensuite dans le reste de l'Europe, où il reste cependant discret. Il est principalement lié au contexte du romantisme allemand et de l'idéalisme allemand. On parle d'ailleurs de Naturphilosophie romantique.

Réagissant contre le mécanisme froid de la physique mathématique de Newton, alors paradigme tout-puissant de la science moderne, la philosophie de la nature fait la part belle à la question du vivant, de l'organique, de l'organisme, de l'organisation, etc. Le concept de "biologie, d'ailleurs, apparaît dans ce contexte, marqué par le mesmérisme ou galvanisme. En même temps, la philosophie de la nature est animée par des exigences épistémologiques fortes. Loin de laisser simplement libre cours à la "fantaisie" du scientifique, comme le voudra plus tard l'image popularisée par Auguste Comte et le positivisme, qui conspuent la Naturphilosophie, cette dernière refuse d'abord de séparer arbitrairement la science factuelle de la philosophie spéculative. Elle refuse de séparer les "faits" de l'activité productrice de l'esprit humain comme de celle de la nature elle-même. Fortement marquée par la pensée de Spinoza (on est dans le contexte du Pantheismusstreit, la "Querelle du panthéisme", lié à la redécouverte de Spinoza à la fin des Lumières allemandes), la philosophie de la nature se veut une "science spéculative", capable d'aller et venir entre la natura naturata et la natura naturans. Autrement dit, le philosophe-scientifique doit s'élever du produit fini au "produire", à l'activité productrice infinie de la nature elle-même, qui s'autolimite elle-même dans des produits finis.

Kant participe indirectement aux origines de la philosophie de la nature, avec ses Premiers principes métaphysiques de la science de la nature où le couple attraction-répulsion, qui aura une grande postérité, en particulier chez Schelling, apparaît pour la première fois. Abraham Gottlob Werner, fondateur du neptunisme, est l'un des premiers noms importants de ce courant. Ce géologue propose une histoire de la terre à la fois spéculative et expérimentale basée sur le concept d'océan primordial. L'invention de l'homéopathie par l'Allemand Samuel Hahnemann, en 1796, c'est-à-dire en plein contexte romantique, peut aussi être rattachée à la philosophie de la nature, qui se déploie de fait dans de multiples directions : géologie, physique, chimie, biologie, médecine, pharmacie, etc. Chez les romantiques d'Iéna, Novalis et Ritter participent activement à la philosophie de la nature. Goethe est l'un des noms les plus importants de ce courant, avec ses recherches sur la métamorphose des plantes et ses réflexions, plus spéculatives, sur le phénomène originaire (Urphänomen). Les grands idéalistes allemands s'y mettront ensuite, en particulier Schelling, auteur d'une philosophie de la nature conséquente et systématique, puis Hegel qui l'intègre comme un moment dans le développement de l'Esprit. Fichte, de son côté, préféra se tenir à distance des recherches en philosophie de la nature, y lisant une trahison méthodologique du projet transcendantal, et pointant son incompatibilité avec celui-ci sans vraiment chercher à la dépasser, sinon dans des passages isolés de son œuvre.

En effet, ce courant a notamment pour but de dépasser l'idéalisme transcendantal de Kant, qui interdisait les spéculations philosophiques du point de vue de la nature elle-même, au nom de la limitation des capacités de l'entendement. Or, s'il s'agit de Naturphilosophie et non de Philosophie der Natur (ce dont le français échoue à rendre compte), c'est parce que la nature y est moins l'objet du philosophe que son propre objet, se développant et se réfléchissant lui-même à travers les objets naturels. Il en est ainsi en particulier pour Schelling. Tout le projet du premier Schelling fut de réconcilier le kantisme et le fichtéanisme avec le spinozisme, c'est-à-dire de dévoiler les deux faces de l'Absolu que sont l'esprit et la nature. La philosophie de la nature est également liée au projet esthétique du romantisme allemand, de chercher en la nature ce qui la rapproche de l'art et vice versa.

Mais la philosophie de la nature n'a pas seulement des prétentions philosophiques et esthétiques : elle veut aussi donner une explication métaphysique aux récentes découvertes de la science, notamment en physique et en biologie. Les philosophes allemands cherchent alors à rendre compte de phénomènes comme le magnétisme et l'électricité, ou plus tard, de la cellule, chez un disciple de Schelling, Oken.

C'est pourquoi la philosophie de la nature a été violemment critiquée par le positivisme et les courants scientifiques de la fin du XIXe siècle : après avoir enterré Hegel, on a accusé la Naturphilosophie de n'être qu'une mystique irrationnelle, une théosophie romantique dénuée de fondements scientifiques. Les positivistes discréditèrent une métaphysique qui, selon eux, ne pouvait que freiner le développement des sciences positives, rivées à la factualité. Des philosophes comme Auguste Comte, mais aussi, de façon bien plus subtile et nuancée, Paul Natorp et Edmund Husserl, tentèrent de détacher le raisonnement scientifique des spéculations métaphysiques.

Malgré les critiques qu'on a pu lui apporter, la philosophie de la nature est le dernier projet conséquent en date à avoir proposé une alternative à la science orthodoxe moderne initiée par Galilée, dont le positivisme, puis le néo-positivisme (le Cercle de Vienne) et de nombreux philosophes, épistémologues et scientifiques après eux, ont fait l'alpha et l’oméga de la culture européenne moderne.

Bibliographiemodifier | modifier le code

  • F. W. J. Schelling, Introduction à l'esquisse d'un système de philosophie de la nature, Le Livre de Poche (Classiques de la philosophie), 2001.

Notes et référencesmodifier | modifier le code

Voir aussimodifier | modifier le code








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