Piotr Ilitch Tchaïkovski

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur les redirections « Tchaïkovski » redirige ici. Pour les autres significations, voir Tchaïkovski (homonymie).

Piotr Ilitch Tchaïkovski

Description de cette image, également commentée ci-après

Dernier portrait de Tchaïkovski en 1893

Nom de naissance Пётр Ильич Чайкoвский
Naissance
Votkinsk, Empire russe
Décès (à 53 ans)
Saint-Pétersbourg, Empire russe
Activité principale Compositeur
Style Musique romantique
Opéra, ballet, musique symphonique, musique de chambre
Formation Conservatoire de Saint-Pétersbourg
Maîtres Nikolaï Zaremba, Anton Rubinstein
Famille Modeste Tchaïkovski, son frère cadet, auteur dramatique et librettiste

Piotr Ilitch Tchaïkovski (en russe : Пётр Ильич ЧайковскийPrononciation), orthographié aussi Tchaïkovsky, est un compositeur russe de l’ère romantique né le à Votkinsk et mort le à Saint-Pétersbourg.

Tchaïkovski est un compositeur éclectique, il est l'auteur notamment de onze opéras, huit symphonies, quatre suites pour orchestre, cinq concertos, trois ballets, cent six mélodies et une centaine de pièces pour pianos1. Son œuvre, d'inspiration plus occidentale que celle de ses compatriotes contemporains, intègre des éléments occidentaux ou exotiques, mais ceux-ci sont additionnés à des mélodies folkloriques nationales. Tchaïkovski compose dans tous les genres, mais c'est dans la musique d'orchestre comme les symphonies, les suites, et les concertos qu'il déploie toute sa science et donne la mesure de son sens mélodique inspiré. C’est également lui qui donne ses lettres de noblesse à la musique de ballet, ajoutant une dimension symphonique à un genre auparavant considéré comme mineur. Il incarne la figure dominante du romantisme russe du XIXe siècle dans toute sa vitalité populaire et généreuse et sa profonde sincérité.

Biographiemodifier | modifier le code

Enfancemodifier | modifier le code

Signature de Tchaïkovski

Issu d’une famille de la petite noblesse non titrée, d'origine ukrainienne et cosaque, Piotr Ilitch Tchaïkovski naît le à Votkinsk, une petite ville d’Oudmourtie située dans l’Oural, second fils d'Ilia Petrovitch Tchaïkovski ( - ), ingénieur des mines (lui même fils de Piotr Fiodorovitch Tchaïka2 (1745-1818), connu plus tard sous le nom de Piotr Fiodorovitch Tchaïkovski), et d’une mère d’origine française, Alexandra Andreïevna Assier3 ( - ). Il a pour demi-sœur Zinaïda (née en 1829 d'un premier mariage de son père devenu veuf par la suite) avec qui il aura des rapports difficiles et pour frère aîné Nicolas (1838-1911)4. Viennent ensuite en 1842 Alexandra (future princesse Davydov5, dont il sera très proche et chez qui il passera de nombreuses vacances estivales), puis Hippolyte en 1843 et enfin en 1850 les jumeaux Anatole et Modeste. Ce dernier deviendra auteur dramatique, traducteur et librettiste au service, entre autres, des opéras de son frère : la Dame de Pique ou Yolande.

La famille Tchaïkovski en 1848. De gauche à droite : Piotr, sa mère Alexandra Andreïevna, ses sœurs Alexandra (assise) et Zinaïda (debout), ses frères Nikolaï (debout) et Hippolyte (assis) et son père Ilia Petrovitch

Les premiers efforts musicaux de Tchaïkovski sont des tentatives d’improvisation au piano. Lorsque sa mère se rend à Saint-Pétersbourg en septembre 1844, lui et sa sœur composent une chanson appelée Notre mère à Saint-Pétersbourg. Sa mère revient avec une gouvernante suisse, Fanny Dürbach (1822-1901), qui passe quatre ans avec les Tchaïkovski (elle dit plus tard que ces quatre ans furent la période la plus heureuse de sa vie)6. Fanny comblait par son attention et son amour le manque d’affection de leur mère. Alexandra était une femme malheureuse, froide, une mère distante. Ainsi que le raconte plus tard Modeste, elle exprimait rarement des sentiments chaleureux ; elle était gentille, mais sa bonté était austère. Elle était peut-être pour Piotr la source de sa fascination pour les femmes vouées à l’échec, souffrantes et défavorisées (Roméo et Juliette, Francesca da Rimini, Le Lac des cygnes). Piotr, âgé de quatre ans et demi, demandait toujours à Fanny la permission d’assister aux leçons de ses frères et sœurs. Ainsi, à six ans, il parle très aisément le français et l’allemand.

À cinq ans, il commence le piano avec Maria Paltchikova. En moins de trois ans, il lit la musique aussi bien que son professeur. Au XIXe siècle, les familles aisées envoient leurs enfants dans des établissements d’enseignement spécialisé qui permettent aux élèves d’acquérir une vaste culture tout en les dirigeant vers une carrière professionnelle spécifique. L’aîné, Nikolaï, est envoyé à l’Institut Technologique de Saint-Pétersbourg. La famille déménage à Alapaïevsk en 1849, à la faveur d'une nouvelle nomination du père et l'année suivante. Le « tribunal de famille » décide d'envoyer Piotr, alors âgé de dix ans (trop jeune pour entrer dans quelque établissement que ce soit), au pensionnat pour deux années préparatoires au Collège impérial de la Jurisprudence tandis que la famille déménage à nouveau, cette fois-ci à Saint-Pétersbourg. La pension est une expérience douloureuse car Piotr adore sa mère et est déjà hypersensible. « Enfant de verre » fragile selon sa gouvernante suisse, il manque de confiance en lui et reste dans les jupes de sa mère7. Son départ est traumatique ; ce fut l’une des séparations les plus brutales qu’il ait vécues, et qu’il n’oubliera jamais, la deuxième survenant quatre ans plus tard. Un autre traumatisme l'affecte durablement. Pris en charge par Nikolai Modestovich Vakar, un oncle ami de la famille, qui accepte le rôle de tuteur, une épidémie de scarlatine se déclare dans la classe de Piotr, les enfants devant réglementairement être pris en quarantaine. Nikolai, apitoyé, fait cependant revenir Piotr chez lui alors qu'il a contracté le virus. Piotr contamine le jeune fils de cinq ans de Nikolai qui en meurt. Piotr s'accuse d'être un criminel et dira dans ses lettres que le « fatum » le conduira à un destin tragique8.

Le Collège impérial de la Jurisprudence à Saint-Pétersbourg

En 1852, Piotr Tchaïkovski entre au Collège impérial de la Jurisprudence et y demeure jusqu’en 1858. L'enseignement des arts n'était pas la priorité de l'école. Néanmoins, les élèves ont des leçons de chant et jouent d’instruments différents. Ils vont souvent à l’opéra, au théâtre ou à des concerts. Piotr Tchaïkovski dirige la section des sopranos du chœur de l’école, sous la direction de Gavril Lomakine, chef d’orchestre et professeur célèbre. Il lui arrive par exemple de chanter en solo lors de cérémonies liturgiques. Il est apprécié de tous malgré son manque d’ordre et sa distraction. Piotr Tchaïkovski reçoit donc une excellente éducation générale tout en poursuivant son instruction au piano avec le directeur de la bibliothèque des partitions, mais ses résultats scolaires sont médiocres. Il se dirige progressivement vers une carrière musicale, chose courante à l’époque. De nombreux jeunes musiciens composaient et avaient un autre métier à côté. (Mikhaïl Glinka avait travaillé au ministère des Communications ; Alexandre Borodine était chimiste ; César Cui était ingénieur ; Nikolaï Rimski-Korsakov était officier de marine).

En juin 1854, sa mère meurt du choléra. Pendant deux ans, il ne peut évoquer cette perte dans les lettres qu’il écrit à Fanny Dürbach. Il se souviendra toute sa vie de ce triste jour. Sa mère a toujours encouragé son goût pour la musique et la réaction immédiate de Tchaïkovski, à la suite de cette perte, est de se tourner vers la musique9. Il fait ses premiers vrais efforts de composition. Il dédicace l'Anastasie-valse à la gouvernante de son jeune frère. C’est à cette époque que des penchants homosexuels platoniques se manifestent en se cristallisant sur des amis, tels qu’Alexeï Apoukhtine ou Vladimir Gérard. Il se met aussi à fumer.

De retour à Saint-Pétersbourg en automne, il commence à prendre des cours de chant avec Gavril Lomakine. En 1855, le père de Tchaïkovski finance pour son fils des études avec Rudolph Kündinger, professeur de piano de Nuremberg connu et, le consultant un jour à propos des perspectives d’une carrière musicale pour son fils, le pianiste répond qu’à part une bonne oreille musicale et une bonne mémoire, il n’y a rien chez Piotr laissant croire qu’il sera plus tard un bon compositeur ou même un bon interprète.

Carrièremodifier | modifier le code

Tchaïkovski en 1863, année où il abandonne son emploi au ministère pour se consacrer à la musique

Tchaïkovski obtient son diplôme de droit le , et est engagé comme secrétaire au ministère de la justice le 15 juin. Il s’adonne déjà en amateur à la musique. Il n'éprouve aucun intérêt pour son emploi au ministère et confie à sa sœur dans une de ses lettres : « On a fait de moi un fonctionnaire, et un mauvais fonctionnaire par dessus le marché ». En 1861, Tchaïkovski commence à prendre des cours de théorie musicale à la Société musicale russe, sous l'enseignement de Nikolaï Zaremba. L'année suivante, Tchaïkovski le suit au Conservatoire de Saint-Pétersbourg nouvellement fondé. Tchaïkovski ne veut pas quitter son emploi avant d'être certain qu'il est fait pour une carrière musicale.

Finalement, en 1863, il démissionne du ministère pour se consacrer à la musique. Depuis 1862 et jusqu'en 1865, il étudie l'harmonie, le contrepoint et la fugue avec Zaremba, la composition et l'instrumentation avec le directeur et fondateur du Conservatoire, Anton Rubinstein. Il joue du piano, de la flûte et de l’orgue, et obtient son diplôme de fin d'études en décembre 1865. Rubinstein et Zaremba étaient impressionnés par le talent de Tchaïkovski, mais cela n'a pas empêché les affrontements ultérieurs quant à la première symphonie.

En 1866, le frère d'Anton Rubinstein, Nicolas lui confie un poste de professeur de théorie musicale (qu’il occupe jusqu’en 1878) dans le tout nouveau Conservatoire de Moscou (qui porte son nom depuis 1940). C’est à cette période qu’il compose avec acharnement sa première symphonie dite « Rêves d’hiver » ; il faillit faire une dépression nerveuse. Tissant des liens d’amitié avec plusieurs membres du Groupe des Cinq, il dédie même son ouverture-fantaisie Roméo et Juliette au fondateur de ce groupe, Mili Balakirev. Tchaïkovski compose sa deuxième symphonie à l'été 1872 et entreprend l’écriture de son premier concerto pour piano en si bémol mineur à l'hiver 1874. À l'été 1875, il écrit sa troisième symphonie. Il publie ses partitions aux éditions de Peter Jurgenson (1836-1903), avec lequel il entretient des rapports cordiaux tout au long de sa vie.

L’année 1876 est marquée par sa relation épistolaire avec Nadejda von Meck. Celle-ci, grande admiratrice du compositeur, lui verse pendant treize années une pension alimentaire de 6 000 roubles par an, plaçant Tchaïkovski dans une situation beaucoup plus confortable qu’auparavant (peu après, l'empereur Alexandre III lui verse 3 000 roubles par an, à vie). Leurs relations restent strictement épistolaires. En 1877, c’est à Mme Von Meck que Tchaïkovski dédicace sa quatrième symphonie. Le 30 juillet de cette même année, le compositeur vit un des épisodes les plus sombres de sa vie : pour tenter de « guérir » son homosexualité, mettre un terme aux rumeurs et s'assurer une position sociale, il épouse Antonina Miliukova, une de ses anciennes élèves qui lui avait écrit une longue lettre enflammée, comme elle en avait adressé déjà à des banquiers, des généraux, des artistes en vogue et même des membres de la famille impériale10. Ce mariage est un échec. Deux mois après, Tchaïkovski raconte à son frère que, ne pouvant plus supporter la vue de sa femme, il tente de se suicider en plongeant dans la Moskova pour essayer de contracter une pneumonie11. Il se sépare d’Antonia peu après. La même année, il compose néanmoins sur commande du Théâtre Bolchoï son premier ballet, Le Lac des cygnes, qui est un échec en raison d’une mise en scène inadéquate (il aura fallu vingt ans pour que la trame du ballet soit définitivement fixée par Marius Petipa et Lev Ivanov), ainsi qu’un opéra fondé sur un roman d’Alexandre Pouchkine : Eugène Onéguine.

De tous les compositeurs du XIXe siècle, il est l’un des seuls dont l’homosexualité soit très bien documentée12 (notamment ses amours platoniques ou ses liaisons avec Alexeï Apoukhtine, Alexis Sofronov13, son domestique entré à son service à l’âge de quatorze ans, son élève Eduard Zak ou son neveu Vladimir Davidov (en) qui sera son héritier). L’un de ses biographes, André Lischke14, écrit pourtant qu’il avait moins de problèmes qu’on ne le dit parfois sur sa sexualité et qu’il lui arrivait d’« en aborder les questions physiologiques avec une gaillardise totalement dépourvue de complexes ». De même, les membres de son entourage connaissent très bien la vérité. Dans la biographie du compositeur qu’elle publie aux éditions Actes Sud, Nina Berberova raconte sa rencontre avec Praskovia Vladimirovna Tchaïkovskaïa, épouse d'Anatole, un des frères cadets de Piotr Ilitch. Celle-ci aborde d’elle-même le sujet de l’homosexualité en annonçant à Berberova : « Je lui ai chipé un amant […]. À Tiflis. […] Il ne m’a jamais pardonnée15 ! ».

En mars 1878, lors d’un voyage en Suisse, il est fasciné par la Symphonie espagnole d’Edouard Lalo et décide de composer un concerto pour violon et, avec l’aide de son ami violoniste et mentor Josef Kotek, en apprend un peu plus sur les techniques du violon. Leopold Auer, le dédicataire du concerto, refuse de le jouer à cause de sa difficulté ; c’est Adolf Brodsky qui est au violon solo lors de la première en 1881 de ce concerto pour violon en ré majeur.

Vers 1880, la réputation de Tchaïkovski se renforce considérablement en Russie, et son nom commence à être connu à l’étranger, comme il peut le constater lors des voyages qu’il effectue cette même année. Il y remporte de nombreux succès et rencontre les grands compositeurs de son temps : Johannes Brahms qu'il estime, mais dont la musique ne le touche guère, Antonín Dvořák et Edvard Grieg avec qui il noue des relations plus chaleureuses, etc. Il séjourne régulièrement à Paris et a ses habitudes au Café de la Paix. L’Italie, où il voyage, lui inspire un certain nombre de pièces musicales parmi lesquelles le Capriccio Italien. La célèbre Sérénade pour cordes et l'Ouverture 1812 datent également de 1880. Un an plus tard, son grand ami Nikolaï Rubinstein meurt. Profondément touché, Tchaïkovski compose son superbe Trio pour piano, pièce dédiée à son ami décédé. Tchaïkovski loue une maison près de Klin, non loin de Moscou. Cette maison est devenue un musée consacré au compositeur. Sur des textes d' Apollon Maykov, il écrit une cantate "Moscou" pour le couronnement du tsar Alexandre III (1883). Il compose Manfred (1885), sa cinquième symphonie (1888), son deuxième ballet, La Belle au bois dormant (1889), qui est un triomphe, ainsi qu’un opéra fondé sur une courte nouvelle de Alexandre Pouchkine : La Dame de pique (1890).

En 1890, sa mécène Nadejda Von Meck rencontre des problèmes financiers et ne peut plus lui allouer sa pension. La vraie raison serait en fait que la richissime Mme von Meck aurait été profondément choquée par la découverte de l’homosexualité du compositeur et aurait donc brusquement décidé de rompre leur correspondance. Il est aussi probable qu’elle souhaitait marier une de ses filles au compositeur, projet incompatible avec les tendances de celui-ci et qu’elle dut y renoncer. Cet épisode frappe durement Tchaïkovski.

En 1891, il fait un voyage jusqu’aux États-Unis. Ses œuvres qu’il dirige lui-même lors de l’inauguration de la salle new-yorkaise Carnegie Hall remportent un franc succès. En 1892, son troisième ballet Casse-noisette voit le jour, mais il ne rencontre pas dans un premier temps un succès aussi retentissant que la beauté de la musique pouvait le laisser espérer.

Les 1er et 2 janvier 1893, lors d’un déplacement de Berlin à Paris, Tchaïkovski fait halte à Montbéliard pour revoir Fanny Dürbach, qui s’était retirée dans sa ville natale.

Mort et funéraillesmodifier | modifier le code

Tombe de Tchaïkovski

Tchaïkovski meurt le à Saint-Pétersbourg, dans l'appartement de son frère Modeste, au 13 rue Malaïa Morskaïa, neuf jours après la création de sa sixième symphonie « Pathétique ». Il bénéficie de funérailles nationales célébrées par l'évêque de Narva, Mgr Nicandre Moltchanov à la cathédrale Notre-Dame de Kazan auxquelles assistent près de 8 000 personnes. Le cercueil de Tchaïkovski est porté par des proches, dont le prince Alexandre d'Oldenbourg (1844-1932), cousin de l'empereur, les frais des funérailles étant couverts par la Maison de Sa Majesté impériale. Le chœur de la cathédrale et le chœur de l'Opéra impérial russe accompagnent la cérémonie, en présence de son ami le grand-duc Constantin de Russie qui écrit le lendemain dans son Journal que « les murs de la cathédrale n'étaient pas suffisants pour contenir ceux qui voulaient prier pour le repos de l'âme de Piotr Ilitch ». L'inhumation a lieu ensuite au cimetière Tikhvine du monastère Alexandre-Nevski, sa tombe se trouve aux côtés de celles d'Alexandre Borodine, Mikhaïl Glinka, Nikolaï Rimski-Korsakov, Mili Balakirev et Modeste Moussorgski. Du fait de son innovation dans la forme et de son contenu émotionnel accablant, la « Pathétique » fut reçue la première fois avec un silence d'incompréhension de la part du public. Vingt jours plus tard, sous la direction d'Eduard Nápravník lors d'un concert en mémoire du compositeur, la symphonie fut reçue plus favorablement. Elle est devenue depuis l'une des compositions de Tchaïkovski les plus célèbres.

On attribue généralement au choléra la mort du compositeur (en), qui aurait bu de l’eau de la Néva non stérilisée. Le manque de preuves quant au diagnostic de la maladie, la confusion des témoignages des proches, et la considération des effets de l'alcool et du tabac à long terme ne permettent cependant pas de clarifier les causes exactes de son décès. Certains pensent qu’il s'agirait d'un suicide. D'après l'une des théories, à la suite de la découverte de la relation du compositeur avec le jeune officier de dix-sept ans Victor Stenbock-Fermor, le neveu (mineur) du prince Stenbock-Fermor, maréchal du palais, ce dernier aurait dénoncé le compositeur par une lettre au procureur Nikolaï Borisovitch Jacobi et Tchaïkovski aurait en fait été poussé au suicide (boire un flacon d'arsenic) par un tribunal d'honneur constitué d'anciens étudiants du Collège impérial de la Jurisprudence de Saint-Pétersbourg16. Cette théorie fut présentée par la musicologue russe Alexandra Orlova en 1979 après son émigration aux États-Unis, sur les bases de révélations qui lui furent faites en 1966 par Alexander Voitov, élève et historien du Collège impérial de la Jurisprudence de Saint-Pétersbourg17.

Musiquemodifier | modifier le code

L’œuvre de Tchaïkovski est une heureuse synthèse des œuvres classiques occidentales et de la tradition russe représentée de manière contemporaine, entre autres, par Modeste Moussorgski et le Groupe des Cinq. Sa musique, reflet de sa nature hypersensible et tourmentée, est très personnelle et d'une infinie sensibilité. Elle bénéficie d’une orchestration riche et variée. Tchaïkovski est aujourd’hui un des compositeurs les plus célèbres et compte parmi les compositeurs russes les plus populaires.

Style musicalmodifier | modifier le code

Il s'essaya plusieurs fois aux mesures asymétriques (par exemple, dans sa cinquième symphonie ou ses dix-huit pièces pour piano), mais s'en tenait généralement aux mesures régulières. Tchaïkovski était un maître de l'harmonie, des pratiques occidentales jusqu'à la gamme par tons (qu'il utilise dans le dernier mouvement de sa deuxième symphonie, par exemple). Ayant composé la majeure partie de ses œuvres pour l'orchestre, son style musical devenait de plus en plus conditionné par les couleurs orchestrales qu'il employait, surtout après la composition de sa deuxième suite pour orchestre. Bien qu'il ait établi son style sur des fondements occidentaux, il préférait les couleurs d'orchestre nettement contrastées, dans la continuité de Mikhaïl Glinka. Ainsi, il employait essentiellement les instruments aigus pour leur délicatesse, leur légèreté, mais en contrebalancement, explorait les couleurs plus sombres, voire lugubres des instruments les plus graves.

Réceptionmodifier | modifier le code

Bien que populaire, sa musique fit très vite l'objet de certaines critiques. Le caractère sentimental de sa musique a pu faire parfois l'objet de discussions. Cependant, Tchaïkovski demeure généralement reconnu comme un des compositeurs majeurs de l'histoire de la musique18.

Postéritémodifier | modifier le code

Œuvres majeuresmodifier | modifier le code

Œuvres audios
Douze pièces de difficulté moyenne pour piano, Op. 40
Ouverture 1812
Des difficultés à utiliser ces médias ? Des difficultés à utiliser ces médias ?

Balletsmodifier | modifier le code

Symphoniesmodifier | modifier le code

Ouvertures et autres œuvres pour orchestremodifier | modifier le code

Concertos et pièces concertantesmodifier | modifier le code

Suitesmodifier | modifier le code

Des suites existent aussi pour les ballets le Lac des cygnes (op. 20a) et la Belle au bois dormant (op. 66a), mais celles-ci ne sont pas authentiques, puisqu'elles n'ont pas été compilées par le compositeur (bien que celui-ci ait envisagé de le faire) et ne furent publiées qu’après sa mort.

Musique de chambremodifier | modifier le code

Pièces pour pianomodifier | modifier le code

Tchaïkovski a écrit une centaine de pièces pour piano, dont les plus célèbres sont Les Saisons, op. 37a. « [...] petites joies, petites peines, c'est tout ce que le piano lui soutire. La veine élégiaque, si pure chez un Scriabine, tourne chez lui en eau boueuse. Pour un moment exceptionnel, celui de la Berceuse op.72, que de pénibles méandres, que de laides circonvolutions ! »19.

  • Souvenir de Hapsal, op.2
  • Trois morceaux, op.9
  • Deux morceaux, op.10
  • Six morceaux, op.19
  • Six morceaux composés sur un seul thème, op.21
  • Les Saisons, op.37 bis
  • Album d'enfants, op.39
  • Douze morceaux, op.40
  • Six morceaux, op.51
  • Dix-huit pièces, op.72
  • Sonate en ut dièse mineur
  • Sonate nº 2 « Grande Sonate » en sol majeur, op.37
  • Scherzo à la russe et Impromptu, op.1
  • Valse-caprice, op.4
  • Romance, op.5
  • Valse-scherzo, op.7
  • Capriccio, op.8
  • Doumka, op.59

Chansonsmodifier | modifier le code

  • Six chansons françaises,op. 65 – sur des poésies en français de Paul Collin (1888)

Musique de scènemodifier | modifier le code

Opérasmodifier | modifier le code

Tchaïkovski composa onze opéras dont les deux plus célèbres, Eugène Onéguine et La Dame de Pique, figurent en bonne place dans le répertoire lyrique actuel. Ses autres opéras sont moins connus et sont rarement joués hors de Russie).

Opéras de Piotr Ilitch Tchaïkovski par ordre chronologique
Titre en français Titre original (en russe) Livret Première mondiale (date, théâtre, ville)
Le Voïévode20 Воевода Alexandre Ostrovski, Tchaïkovski , Bolchoï, Moscou
Ondine Ундина Vladimir Sollogoub Jamais représenté21
L'Opritchnik Опричник Tchaïkovski , Mariinsky, Saint-Pétersbourg
Vakoula le Forgeron Кузнец Вакула Iakov Polonski , Mariinsky, Pétersbourg
Eugène Onéguine Евгений Онегин Tchaïkovski, d’après Pouchkine , Maly, Moscou
La Pucelle d'Orléans Орлеанская дева Tchaïkovski, d’après Schiller , Mariinsky, Pétersbourg
Mazeppa Мазепа Viktor Bourénine et T., d’après Pouchkine , Bolchoï, Moscou
Tcherevitchki (Les Souliers de la reine)22 Черевички Iakov Polonski , Bolchoï, Moscou
L'Enchanteresse Чародейка Ippolit Chpajinski 1er novembre 1887, Mariinsky, Pétersbourg
La Dame de Pique Пиковая дама Modeste et Piotr T., d’après Pouchkine , Mariinsky, Pétersbourg
Iolanta Иоланта Modeste T., d’après Henrik Hertz , Mariinsky, Pétersbourg

Écritsmodifier | modifier le code

Tchaïkovski a publié deux ouvrages :

  • Guide à l'étude pratique de l'harmonie (en russe : Руководство к практическому изучению гармоний), 1871
  • Un bref manuel d'étude de l'harmonie (en russe : Краткий учебник гармоний), 1875

Œuvres inspirées de la vie de Tchaïkovskimodifier | modifier le code

Détail du portrait de Tchaïkovski par Nikolaï Kouznetsov en 1893

Œuvres inspirées de la musique de Tchaïkovskimodifier | modifier le code

Complémentsmodifier | modifier le code

Bibliographiemodifier | modifier le code

  • (en) Peter Ilyitch Tchaikovsky, Guide to the Practical Study of Harmony, Dover Publications,‎ 2005, 144 p. (ISBN 978-0‐486‐44272‐3)

Sur Tchaïkovskimodifier | modifier le code

  • André Lischke, Tchaïkovski au miroir de ses écrits, Fayard, coll. « Écrits de musiciens »,‎ 1996 (ISBN 978-2‐213‐59575‐7)

Iconographiemodifier | modifier le code

Voir aussimodifier | modifier le code

Liens externesmodifier | modifier le code

Buste de Tchaïkovski dans le jardin de Tauride à Saint-Pétersbourg

Notes et référencesmodifier | modifier le code

Tchaïkovski et son neveu Bob Davydov
  1. Francis Claudon, Encyclopédie du romantisme : peinture, sculpture, architecture, littérature, musique, Somogy,‎ 1980, p. 288
  2. Tchaïka (Чайка en russe) est le sobriquet donné à son aïeul, officier de cosaques qui servit en Petite Russie et qui signifie « mouette ».
  3. Alexandra Andreïevna Assier est fille d'Andreï Mikhaïlovitch Assier et d'Ekaterina Mikhaïlovna Popova. Sa famille prétendait à la noblesse en se disant parfois d'Assier, mais cela semble être une fantaisie et ses prétentions nobiliaires ne furent jamais reconnues par la Couronne russe.
  4. Sa chapelle funéraire est visible au cimetière de Novodiévitchi à Moscou.
  5. Elle est la mère de Bob, le neveu préféré de Tchaïkovski.
  6. (en) Productions Todtri, Tchaikovsky : 1840-1893, Smithmark Pub,‎ 1996, p. 6
  7. Peter Ilich Tchaikovsky, Konstantin Shilovskiĭ, Tchaikovski- Eugène Onéguine, Avant-scène,‎ 1982, p. 11
  8. (en) Alan Rich, Charles Dutoit, Pyotr Ilich Tchaikovsky : play by play, HarperCollins,‎ 1995, p. 25
  9. (en) John Warrack, Tchaikovsky Symphonies and Concertos, University of Washington Press,‎ 1969, p. 29
  10. Alain Duault, « St-Pétersbourg : la ville dont Tchaïkovski est le héros », sur Le Figaro,‎ 3 août 2012
  11. (en) Lulu Britz Gmoser, Great Composers, Smithmark,‎ 1997, p. 98
  12. (en) Rictor Norton, My dear boy : gay love letters through the centuries, Leyland Publications,‎ 1998, p. 171
  13. (en) David Brown, Tchaikovsky. The crisis years, 1874-1878, Norton,‎ 1983, p. 93
  14. (Fayard, 1993)
  15. Nina Berberova, Tchaïkovski, p. 13.
  16. (en) Anton Neumayr, Music and Medicine : Chopin, Smetana, Tchaikovsky, Mahler : notes on their lives, works, and medical histories, Medi-Ed Press,‎ 1997, p. 291
  17. (en) Alexandra Orlova, « Tchaikovsky : The Last Chapter », Music & Letters, vol. 62, no 2,‎ avril 1981, p. 125-145
  18. http://books.google.fr/books?id=0UMb1nX3FYkC&pg=PA16&dq=Vladimir+Volkoff+tchaikovsky+stravinsky&hl=fr&sa=X&ei=AxITT5y0M4Lj8AOc6uTWAw&ved=0CDoQ6AEwAA#v=onepage&q&f=false Vladimir Volkoff, Tchaïkovsky, Paris, Julliard, 1983, page 16
  19. Guy Sacre, La Musique de piano, p. 2811
  20. La partition fut détruite par le compositeur dans les années 1870. Elle fut reconstituée, en 1948, à partir des brouillons et des parties orchestrales préservées.
  21. L’œuvre fut refusée par l’Opéra Impérial et Tchaïkovski détruisit la partition. Néanmoins, trois extraits, qui furent joués le , ont été préservés. Tchaïkovski réutilisa quelques idées de l’opéra dans des œuvres postérieures.
  22. Révision de Vakoula le Forgeron.
  23. Traduction : Le grand compositeur russe Piotr Ilitch Tchaïkovski séjourna du 2 au 16 décembre 1887 (dans le calendrier julien ; du 14 au 28 décembre dans le calendrier grégorien) dans cet hôtel (à l'époque l'Hôtel Beau Rivage, aujourd'hui l'Hôtel Londra Palace) et composa ici sa quatrième symphonie. Il séjournait dans la chambre 106 et composa les trois premiers mouvements de sa Quatrième Symphonie qu’il appela dans un premier temps Do Leoni (Les Deux Lions) en honneur du lion de saint Marc et du lion rampant anglais.









Creative Commons License