Réflexions sur la question juive

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir La Question juive.

Les Réflexions sur la question juive de Jean-Paul Sartre ont été publiées en 1946 pour la première fois. L'édition de 1954 comporte une présentation par Arlette Elkaïm-Sartre.

Résumé de l'analyse sartriennemodifier | modifier le code

Extraits de l'essaimodifier | modifier le code

« Si un homme attribue tout ou partie des malheurs du pays et de ses propres malheurs à la présence d'éléments juifs dans la communauté, s'il propose de remédier à cet état de choses en privant les juifs de certains de leurs droits ou en les écartant de certaines fonctions économiques et sociales ou en les expulsant du territoire ou en les exterminant tous, on dit qu'il a des opinions antisémites. Ce mot d'opinion fait rêver... » ~ Jean-Paul Sartre
« Je me refuse à nommer opinion une doctrine qui vise expressément des personnes particulières et qui tend à supprimer leurs droits ou à les exterminer » , «L ’antisémitisme ne rentre pas dans la catégorie de pensée que protège le droit de libre opinion » Les antisémites « pensent faux », […] comme ils ont peur du raisonnement, ils veulent adopter un mode de vie où le raisonnement et la recherche n’aient qu’un rôle subordonné »

L’antisémitisme existe, le fait est indéniable. Mais pourquoi ? Principalement parce que la population a une mauvaise image du juif. Jean-Paul Sartre donne l’exemple d’une personne racontant qu’elle s’est fait voler par un fourreur juif. Mais plutôt que de haïr les fourreurs, elle décide de haïr les juifs car la chose est plus facile. « Si le juif n’existait pas, l’antisémite l’inventerait.» L’antisémitisme s’explique par l’idée que l’on se fait du juif et c’est cette idée qui détermine l’histoire. L’antisémitisme est une passion qui permet d’affecter sa haine et ses colères non pas parce que le juif fait souffrir mais parce que l’individu anticipe les faits. « Ils savent que leurs discours sont légers, contestables ; mais ils s’en amusent, c’est leur adversaire qui a le devoir d’user sérieusement des mots puisqu’il croit aux mots […] ils sont de mauvaise foi avec délices, car il s’agit pour eux, non pas de persuader par de bon arguments, mais d’intimider ou de désorienter » La haine du juif repose de plus sur le fait que l’antisémite ne se fait pas d’illusion sur ce qu’il est. Il est conscient d’être quelqu’un de médiocre ; dès lors, pour lui, plus le juif a de vertus, plus il est dangereux.

« L’antisémitisme est une tentative pour valoriser la médiocrité en tant que telle, pour créer l’élite des médiocres. Pour l’antisémite, l’intelligence est juive, il peut donc la mépriser en toute tranquillité comme toutes les autres vertus que possède le juif. » La haine des juifs permet aux petits d’avoir l’impression d’être propriétaires, d’avoir quelque chose à défendre. « Puisque le juif veut leur dérober la France, c’est que la France est à eux » L’antisémitisme est un « snobisme de pauvre ». De plus l’argent étant juif, alors raison de plus pour le mépriser. En traitant le juif comme un être inférieur, j’affirme de la même manière que je suis supérieur à lui. J’appartiens donc à une élite. Mais je n’ai rien fait pour cela. « Le juif participe aux élections, il y a des juifs dans le gouvernement, donc le pouvoir légal est vicié à la base ; mieux, il n’existe plus et il est légitime de ne pas tenir compte de ses décrets ». Ainsi par ses exemples, Sartre nous montre que l’antisémitisme n’est pas une simple opinion puisqu'elle engage la personne entière. « L’antisémite a peur de découvrir que le monde est mal fait : car alors il faudrait inventer, modifier et l’homme se retrouverait maître de ses propres destinées, pourvu d’une responsabilité angoissante et infinie. Aussi localise-t-il dans le juif tout le mal de l’univers. » Si les nations se font la guerre, ce n’est pas la faute du nationalisme, non c’est de la faute du juif. Le juif est libre « pour faire le mal, non le bien » Il possède le libre arbitre, non pas pour se réformer mais pour porter la responsabilité des crimes dont il est l’auteur. Le combat antisémite n’est pas la volonté de construire une société mais seulement de purifier une société déjà existante (à l’inverse de la lutte des classes). La lutte antisémite est donc basée sur le rejet d’une partie de la société non pas à cause de leur rôle social mais parce qu’ils sont (Juif). L’antisémite est donc un homme qui a peur, non pas des juifs mais « de sa conscience, de sa liberté, de ses instincts, de ses responsabilités, de la solitude, du changement, de la société et du monde ; de tout sauf les juifs. C’est un lâche. » Le juif n’est donc qu’un simple prétexte. « L’antisémitisme en un mot, c’est la peur devant la condition humaine ». L’antisémite est l’ennemi du juif et il le revendique. À l’inverse le démocrate est censé être l’ami du juif. En effet, celui-ci « ne connaît pas le juif, ni l’arabe, ni le nègre, ni le bourgeois, ni l’ouvrier : mais seulement l’homme. » Mais le problème c’est que l’antisémite veut détruire l’homme pour ne laisser subsister que le juif alors que le démocrate veut détruire le juif pour ne laisser subsister que l’homme, le démocrate reproche ainsi au juif de se considérer comme tel.

Comment alors comprendre le juif ? Les caractères somatiques et héréditaires ne sont que des facteurs parmi d’autres. De même la religion est de plus en plus symbolique chez les juifs. Alors qu’est-ce qui fait l’unité des juifs ? « Le juif se définit comme celui que les nations ne veulent pas assimiler ». L’Église au Moyen Âge a toléré les juifs alors qu’elle aurait pu les assimiler de force. Elle ne l’a pas fait car ils occupaient des fonctions économiques de première nécessité (grâce à leur religion) « Ainsi n’est il pas exagéré de dire que ce sont les chrétiens qui ont créé le juif en provoquant un arrêt brusque de son assimilation en lui pourvoyant une fonction […] C’est l’antisémite qui fait le juif ». Il se crée ainsi « un complexe judaïque ». Ainsi par exemple l’étoile jaune était d’autant plus choquante qu’elle ramenait perpétuellement le juif à sa condition de juif et non d’homme. C’est pourquoi certains ont beaucoup hésité avant de rentrer dans la résistance de peur que leur geste soit perçu comme une façon de défendre leurs intérêts. Ils auraient résisté en tant que juifs et non en tant que Français.

« C’est la société, non le décret de Dieu qui a fait de lui un Juif, c’est elle qui a fait naître le problème juif […] c’est nous qui le contraignons à se choisir juif malgré lui »

Pour résumer, « la situation du juif est telle que tout ce qu’il fait se retourne contre lui ».

Que faire ? L’assimilation est impossible car « on les a contraints de se penser juifs, on les a amenés à prendre conscience de leur solidarité avec les autres juifs » Ainsi, « doit-on s’étonner qu’ils repoussent les mesures qui tendent à détruire Israël ? » Le problème juif est né de l’antisémitisme. Pour résoudre ce problème c’est donc l’antisémitisme qu’il faut supprimer. Les lois et l’éducation peuvent changer la situation mais uniquement individuellement. L’antisémitisme n’est pas une opinion isolée mais un choix global résultant de notre société. « Cela signifie que l’antisémitisme est une représentation mythique et bourgeoise de la lutte des classes et qu’il ne saurait exister dans une société sans classe.[…] Aussi dans une société sans classe et fondée sur la propriété collective des instruments de travail, lorsque l’homme, délivré des hallucinations de l’arrière-monde se lancera enfin dans son entreprise, l’antisémitisme n’aura plus aucune raison d’être […] c’est aussi pour les juifs que nous ferons la révolution [car] l’antisémitisme n’est pas un problème juif : c’est notre problème. »


« Pas un Français ne sera en sécurité tant qu’un juif, en France et dans le monde entier, pourra craindre pour sa vie »

Bibliographiemodifier | modifier le code

  • Ingrid Galster (sous la dir.), Sartre et les juifs, La Découverte, Paris, 2005







Creative Commons License