Région des Sudètes

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La Région des Sudètes (zones en noir) peuplée par des populations allemandes en Bohême et en Moravie au début du XXe siècle

La Région des Sudètes (en tchèque : Sudety ou pohraniční území - « régions frontalières de la Tchéquie », en allemand : Sudetenland, en polonais : Kraj Sudetów) est une région historique d'Europe centrale, actuellement l'une des composantes de la République tchèque. Au temps de l'existence de la Tchécoslovaquie, ce terme désignait les zones frontalières de Bohême et la Moravie bordant le Troisième Reich.

Le nom de Sudètes vient des montagnes du nord-est du pays, qui étaient, historiquement, habitées d'une population majoritairement allemande qu'on a appelée par métonymie les Allemands des Sudètes (ou tout simplement les « Sudètes »).

Sens historiquemodifier | modifier le code

Historiquement, le terme désigne, par extension, les régions de Tchécoslovaquie (tout particulièrement en Bohême, Moravie et en Silésie) majoritairement peuplées de germanophones jusqu'à leur expulsion suite aux décrets Beneš en 1945 et, par métonymie, les populations de nationalité allemande de ces régions pendant la période de l'entre-deux-guerres.

Pour cette raison, il arrive qu'au XXIe siècle les Sudètes soient mentionnés dans des événements récents, par analogie à cette 1re partie du XXe siècle1,2,3,4,5,6,7,8,9.

Histoiremodifier | modifier le code

Installation des Allemands en Bohèmemodifier | modifier le code

Cartes de l'Autriche-Hongrie en 1911 montrant la répartition des nationalités dans l'ancien empire et la présence majoritaire des Allemands (en rose) sur le pourtour de la Bohême.

Durant le Moyen Âge, les rois de Bohême font appel aux Allemands pour coloniser des terres et peupler des villes, en apportant leur savoir-faire. Ils sont très souvent majoritaires dans les villes, même en dehors de la région des Sudètes proprement dite. Quand ils sont minoritaires, ils en forment souvent l’élite et sont les édiles des villes, en raison de leur proximité linguistique et culturelle avec le pouvoir impérial de Vienne qui les favorise. Les Allemands des Sudètes représentent, au début du XXe siècle, près de 30 % de la population totale de la Bohême, alors partie intégrante de l'Empire austro-hongrois.

Réunion à la Tchécoslovaquiemodifier | modifier le code

Période de transition 1918-1920modifier | modifier le code

En 1919, le traité de Saint-Germain-en-Laye qui démantèle l'Empire des Habsbourg après la Première Guerre mondiale stipule, sur la base du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, qu'il est fait droit à la revendication des Tchèques et des Slovaques en vue de se doter d'un pays : la Tchécoslovaquie ; dans les faits, elle existe depuis octobre 1918 et est ainsi reconnue. Elle comprend les territoires du royaume de Bohême (jusqu'alors dépendant de la couronne d'Autriche), de la Slovaquie et de la Ruthénie subcarpatique (jusqu'alors dépendantes de la couronne de Hongrienote 1).

Cet état de fait est dénoncé par les minorités allemandes incluses dans le nouvel État et majoritaires dans certaines régions :

  • Le Böhmerwaldgau (le « pays des Forêts de Bohême »), en Bohême du sud se déclare District (Kreis) du Land de Haute-Autriche ; administré par un Kreishauptmann (chef de district) — Friedrich Wichtl (1872 - 1922) — depuis le 30 octobre 1918 ;
  • Le Deutschböhmen (la « Bohême allemande »), au nord-est de la Bohême se déclare partie entière du nouvel État autrichien et est administré par un Landeshauptmann — Rafael Pacher (1857-1936) — du 29 octobre au 6 novembre 1918 puis par Rudolf Ritter von Lodgman von Auen (1877 - 1962) du 6 novembre au 16 décembre 1918 (sa capitale, Reichenberg, est la dernière à être conquise par l'armée tchécoslovaque mais son gouvernement continue en exil tout d'abord à Zittau en Saxe puis à Vienne, jusqu'au 24 septembre 1919) ;
  • Le Sudetenland (le « Pays des Sudètes » proprement dit), au nord de la Moravie et en Silésie se déclare partie intégrante du nouvel État autrichien et est administré par un Landeshauptmann — Robert Freissler (1877-1950) — du 30 octobre au 18 décembre 1918 (date à laquelle les Tchécoslovaques occupent sa capitale, Opava) ;
  • Le Deutschsüdmähren (la « Moravie allemande du sud ») se proclame District (Kreis) du Land de Basse-Autriche et est administré par un Kreishauptmann — Oskar Teufel (1880 - 1946) — du 30 octobre 1918 jusqu'en décembre de la même année, mois où les troupes tchécoslovaques reprennent la situation et les territoires en main.

À ce propos, il est utile de rappeler que les terres et territoires de la Région des Sudètes ont fait l'objet d'un transfert illicite après la défaite de la bataille de la Montagne Blanche (1620) qui a provoqué l'extermination ou l'exil forcé des élites protestantes tchèques et la confiscation de leurs terres par l'Empire ; ces terres ont ensuite été redistribuées largement aux nobles allemands.

1920-1938modifier | modifier le code

L'opposition entre les Allemands et les Tchèques est latente tout au long des années 1920 et s'intensifie dans les années 1930, après la dissolution de deux partis irrédentistes par le gouvernement tchécoslovaque, puis la création par Konrad Henlein d'un Front patriotique des Allemands des Sudètes en 1933, forcé de changer de nom en 1935 pour devenir Parti allemand des Sudètes. Celui-ci réclame, avec l'appui de l'Allemagne nazie, le rattachement au Troisième Reich et amplifie graduellement ses exigences. La crise éclate après l'Anschluss de l'Autriche au Reich en 1938.

Pendant la période 1920-1938, il y a d'autres partis politiques allemands en Tchécoslovaquie, dont des sociaux-démocrates du Parti ouvrier social-démocrate allemand en République de Tchécoslovaquie (Deutsche sozialdemokratische Arbeiterpartei in der Tschechoslowakischen Republik), des sociaux-chrétiens du Parti populaire chrétien social allemand (Deutsche Christlich-Soziale Volkspartei) et des agrariens du Bund der Landwirte, et de nombreux Allemands soutiennent le Parti communiste tchécoslovaque. Ces partis sont largement majoritaires dans l'électorat allemand jusqu'en 1935.

Les gouvernements de coalition tchécoslovaques de 1926 à 1938 sont appuyés par des partis allemands modérés, dont certains élus deviennent ministres, notamment l'agrarien Franz Spina à diverses reprises entre 1926 et 1938, le social-démocrate Ludwig Czech de 1929 à 1938, et le social-chrétien Erwin Zajicek de 1936 à 193810.

Résultats des partis allemands et de la liste magyaro-allemande * aux élections législatives11,12

Parti
Sièges en 1920 Sièges en 1925 Sièges en 1929 Sièges en 1935 Voix en 1935
Parti allemand des Sudètes - - - 44 1 256 010
Parti national allemand - 10 7 (dissous en 1933) -
Parti national-socialiste des travailleurs allemands 15 17 8 (dissous en 1933) -
Parti social-démocrate allemand 31 17 21 11 300 406
Parti populaire chrétien social allemand 7 13 14 6 163 666
Union des agriculteurs 11 24 - 5 142 775
Liste magyaro-allemande ** 9 4 9 9 292 847
« Partis allemands réunis » 6 - 16 - -
Total 79 85 75 75
  • Il y avait également des électeurs et des élus allemands dans d'autres partis, non spécifiquement allemands, comme le Parti communiste tchécoslovaque (848 822 voix et 30 députés),
  • ou le Deutsch-demokratische Freiheitspartei, Deutsche Gewerbepartei, Deutschnationale Partei, Sudetendeutsche Landbund, Deutsche Arbeiterpartei, Zipser deutsche Partei, Parti chrétien-social hongrois et Parti national hongrois13

De nombreux Allemands des Sudètes, sociaux-démocrates, communistes, juifs ou simplement antinazis, seront déportés après l'annexion par le Troisième Reich, d'autres fuiront dans les autres parties de l'ex-Tchécoslovaquie et participeront à la résistance tchèque et slovaque contre le nazisme. Par ailleurs, parmi les Allemands de Tchécoslovaquie, « des Sudètes » comme « des Carpates » (ces deux catégories ne regroupent pas la totalité des Allemands de Tchécoslovaquie), il y a également des catholiques, des protestants et des juifs.

La crise des Sudètes et l'annexion de la Tchéquiemodifier | modifier le code

Les 29 et , Hitler, poursuivant ses objectifs pangermanistes et se faisant alors le champion du principe des nationalités, déclare vouloir « libérer les Allemands des Sudètes » de l'« oppression » tchécoslovaque. Hitler affirme ses revendications en s'appuyant sur les agitations de l'organisation nazie locale, menée par Konrad Henlein. Le Führer évoque le « droit des nations » pour exiger de Prague l'annexion au Reich de la région des Sudètes. Il annonce aux Français et aux Britanniques qu'une fois ce dernier problème territorial résolu, l'Allemagne se contentera de ces nouvelles frontières en Europe. « L'Europe connaîtra ensuite la paix pour mille ans » : dira-t-il.

Pour Prague, il n'est pas question d'abandonner le seul secteur défendable d'une zone frontalière stratégique et qui constitue la principale région industrielle du pays, avec notamment les usines d'armement Škoda ; celles-ci sont à l'époque parmi les plus grandes et les plus modernes. En outre, les tchécoslovaques viennent juste d'achever un système de fortifications qui a demandé trois ans de travaux.

Bien qu'alliée à la France et à l'Union soviétique, la Tchécoslovaquie ne peut compter sur leur soutien. Paris veut absolument éviter le conflit militaire, incitée en cela par le refus britannique de participer à une éventuelle intervention. Le souvenir de la Première Guerre mondiale contribue à l'édification de cette attitude : si les Allemands ont développé un désir de revanche, les Français entretiennent quant à eux des idées pacifistes. Hitler exige alors que les Tchèques habitant la Région des Sudètes évacuent celle-ci en y laissant leurs biens. La guerre paraît imminente…

Le , réunis dans la capitale bavaroise, Adolf Hitler, le président du Conseil français Édouard Daladier, le Premier ministre britannique Neville Chamberlain et le Duce italien Benito Mussolini signent les accords de Munich. Ainsi, pour préserver la paix, la France et le Royaume-Uni acceptent que l'Allemagne annexe la Région des Sudètes. En échange, Hitler, manipulateur, assure que les revendications territoriales du Troisième Reich vont cesser. Le lendemain, la Tchécoslovaquie, qui a commencé à mobiliser ses troupes, est contrainte de s'incliner et de laisser pénétrer la Wehrmacht sur son territoire. Parallèlement, l'Allemagne autorise la Pologne et la Hongrie à s'emparer respectivement de la ville de Český Těšín et de la région sud de la Slovaquie. Alors que les opinions publiques françaises et britanniques sont enthousiastes, Winston Churchill commente : « Vous avez eu à choisir entre la guerre et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur, vous aurez la guerre. » De fait, quelques mois plus tard, Hitler rompt sa promesse.

Ainsi, dès , lors d'une entrevue à Berlin avec le président tchécoslovaque Emil Hácha (qui a succédé au président démissionnaire Edvard Beneš), le Führer menace de bombarder Prague si la Bohême et la Moravie ne sont pas incorporées à l'Allemagne. Le , Hácha cède et l'armée allemande entre dans Prague le lendemain. La Bohême et la Moravie deviennent un protectorat du Reich, dirigé par Konstantin von Neurath à partir de . La Slovaquie proclame son indépendance sous la houlette de Mgr Jozef Tiso sans toutefois quitter l'orbite allemande. En s'appropriant la Bohême-Moravie, l’Allemagne nazie dispose de la sorte d'une importante industrie sidérurgique et notamment des usines Škoda qui pourront être incorporées à son industrie d'armement en construisant des chars d'assaut.

La région des Sudètes dans l'Allemagne naziemodifier | modifier le code

Carte du Reichsgau Sudetenland

Pendant les premières semaines d'occupation par les troupes allemandes, la région est placée sous administration militaire, sous les ordres du général Keitel. Lors de son annexion effective, le , la partie méridionale de la région des Sudètes est rattachée aux Gaue limitrophes de Bayreuth, Oberdonau et Niederdonau. Tandis que la partie septentrionale constitua le Gau Sudetenland, avec Reichenberg (aujourd'hui Liberec) pour capitale.

Konrad Henlein, devenu ouvertement membre du parti Nazi, y est nommé Reichskommissar (« Commissaire du Reich ») le , puis Reichsstatthalter (« Gouverneur du Reich ») pendant six années, du au .

Le Sudetenland est alors divisé en trois districts :

La mainmise du régime nazi sur la région s'accompagne comme dans tout le reste l'Allemagne, de persécution contre les « ennemis du Reich » : Juifs, communistes, socialistes ou pacifistes.

Le Gleichschaltung est alors si efficace dans la région que, lors des élections de 1938, 97,32 % des voix reviennent au parti nazi (NSDAP). Un demi-million d'Allemands des Sudètes rejoignent le NSDAP avec un taux d'adhésion de 17,34 % de la population (la moyenne sur toute l'Allemagne n'est alors estimée qu'à seulement 7,85 %), ce qui en fait un des soutiens les plus solides du régime d'Hitler.

Réintégration à la Tchécoslovaquiemodifier | modifier le code

Ce soutien indéfectible scelle le sort de la région des Sudètes à la fin de la Seconde Guerre mondiale qui est réintégrée à la Tchécoslovaquie. L'expulsion massive des Sudètes est alors décidée par le gouvernement de Prague : les décrets Beneš correspondants sont signés dans ce sens entre avril et .

Voir aussimodifier | modifier le code

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Notes et référencesmodifier | modifier le code

Notesmodifier | modifier le code

  1. Même si cela est beaucoup moins connu, en 1938, la situation des minorités hongroises en Slovaquie est traitée de manière identique à celle des Allemands en Bohême : ils sont également réintégrés à leur pays « natal » au même moment, car l'amiral Horthy, à l'imitation de Hitler et sur son autorisation, fait aussi « main-basse » sur les territoires de ces minorités hongroises en 1938 suite aux accords de Munich.

Référencesmodifier | modifier le code

  1. Dick Morris, Eileen McGann. HITLER INVADED SUDETENLAND; NOW PUTIN INVADES SOUTH OSSETIA. Baltimore reporter, September 20th 2008, Vol 1. No. 25. http://www.baltimorereporter.com/?p=5636
  2. Kate Connolly. Obama adviser compares Putin to Hitler. Guardian, Tuesday August 12 2008; http://www.guardian.co.uk/world/2008/aug/12/georgia
  3. BBC Monitoring: Lithuania's main daily urges policymakers to boost country's national security. Lituanica, September 1, 2008 http://irzikevicius.wordpress.com/
  4. Melik Kaylan. Destroying Democracy. Forbes, September 4, 2008. http://virtualcollector.blogspot.com/2008/09/destroying-democracy.html
  5. Михаил Берг. Осетинские Судеты. Грани, 14.08.2008, http://grani.ru/Politics/Russia/m.140057.html
  6. Luis Sanzo. Quebec/Kosovo. Britakula Almendron, 30 de Junio de 2006, http://www.almendron.com/tribuna/9786/quebeckosovo/
  7. PILAR BONET. Rusia tiene un instinto depredador y quiere reconquistar lo que cree suyo. El Pais Internacional, Miércoles, 24/9/2008, http://www.elpais.com/articulo/internacional/Rusia/tiene/instinto/depredador/quiere/reconquistar/cree/elpepuint/20080609elpepiint_9/Tes
  8. PUTIN EN OSETIA DEL SUR, HITLER EN LOS SUDETES: SEMEJANZAS Y DIFERENCIAS. The New York Times Syndicate - 8/15/2008 http://noticias.prodigy.msn.com/landing.aspx?cp-documentid=9410689
  9. Von Jürgen Elsässer. Verhandlungen nach Rambouillet-Muster. Verhandlungen über den Status der serbischen Provinz Kosovo stehen bevor, http://www.uni-kassel.de/fb5/frieden/regionen/Serbien-Montenegro/status4.html
  10. Czechs and Germans in a Democratic Czechoslovakia, 1918-1938, in: Facing history — The evolution of Czech-German relations in the Czech provinces, 1848–1948
  11. (de) « Prager Tagblatt », No 116, 18 mai 1935, Tschechoslowakische Parlamentswahl, vol. 19, 5, 1935
  12. (de) « Alena Mípiková und Dieter Segert », Republik unter Druck.
  13. (de) « Prager Tagblatt », No 116, 18 mai 1935, Tschechoslowakische Parlamentswahl, vol. 19, 5, 1935







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