Rodolphe d'Autriche

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Rodolphe d'Autriche
Rodolphe, Prince héritier d'AutrichePortrait réalisé par Heinrich von Angeli en 1885
Rodolphe, Prince héritier d'Autriche
Portrait réalisé par Heinrich von Angeli en 1885

Titre Archiduc d’Autriche
Prince héritier de l’Empire austro-hongrois
Grade militaire Colonel du dix-neuvième régiment d'infanterie
Biographie
Dynastie Habsbourg-Lorraine
Nom de naissance Rodolphe François Charles Joseph de Habsbourg-Lorraine
Naissance
Laxenbourg
Décès (30 ans)
Mayerling
Père François-Joseph Ier d’Autriche
Mère Élisabeth de Wittelsbach
Conjoint Stéphanie de Belgique
Liaisons Mizzi Caspar
Marie Vetsera
Enfants Élisabeth-Marie d'Autriche
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Rodolphe François Charles Joseph de Habsbourg-Lorraine (Rudolf Franz Karl Joseph von Habsburg-Lothringen) (Laxenbourg, Mayerling, ) était un membre de la Maison Impériale et Royale d'Autriche-Hongrie. Archiduc d’Autriche et Prince héritier de l’Empire austro-hongrois, il mourut à 30 ans dans des circonstances mystérieuses au pavillon de chasse de Mayerling.

Biographiemodifier | modifier le code

Naissance et éducationmodifier | modifier le code

Troisième des quatre enfants et seul fils de l’empereur François-Joseph Ier d’Autriche et de l'impératrice Élisabeth en Bavière, dite Sissi, l'archiduc naît le au château de Laxenbourg, près de Vienne. Il est prénommé Rodolphe en l'honneur de son ancêtre Rodolphe Ier du Saint-Empire, premier empereur germanique de la dynastie Habsbourg.

Selon la tradition instaurée par son arrière-arrière-grand-père François-Etienne de Lorraine époux de Marie-Thérèse La grande, dès le lendemain de sa naissance, le jeune prince héritier est proclamé Colonel du dix-neuvième régiment d'infanterie par son père.

Rodolphe enfant
Rodolphe en 1861

Comme ses deux sœurs aînées, l'archiduchesse Sophie (morte à l'âge de deux ans avant la naissance de Rodolphe) et l'archiduchesse Gisèle, l'archiduc héritier est élevé par sa grand-mère paternelle, l’archiduchesse Sophie.

Peu robuste, le petit archiduc est un enfant de tempérament craintif. Cependant, en homme de devoir, l'empereur veut en premier lieu faire de son fils un soldat et dès l'âge de trois ans, le petit archiduc apprend des exercices militaires tels que le tir ou la revue des troupes et puisqu'il sera appelé un jour à gouverner l'un des plus puissants empires du monde et de multiples peuples, l'enfant reçoit des cours de lecture, d'écriture, de religion, de tchèque et de hongrois.

A l'âge de six ans et suivant la tradition, comme le voulait l'éducation des princes de l'époque, le petit Rodolphe « passe aux hommes » et est séparé de sa sœur aînée bien-aimée Gisèle et confié à un précepteur, le général-comte d'origine Lorraine Charles-Léopold de Gondrecourt (1814 - 1888), héros des guerres de l'empire et grand maître de la cour, connu pour sa sévérité. Celui-ci, par des méthodes très dures voire d'une cruauté contre-productive, en tout cas inadaptées, traumatise l'enfant. Après l'intervention de l'impératrice, Gondrecourt est remplacé par le colonel-comte Joseph Latour von Thurmburg (1820-1904), un aide de camp de l'empereur également d'origine Lorraine mais plus pédagogue et libéral qui saura se faire aimer de son élève.

Rodolphe en 1879

Rodolphe souffre des absences de sa mère qui court le monde, des défaites de l'Autriche face à la Prusse (1866), de la création de la double-monarchie (1867), de l'amour exclusif de sa mère pour sa dernière-née (Marie-Valérie, 1868) des ragots propagés par les mauvaises langues qui prétendent que l'enfant est le fils du comte Andrassy, de la création de l'Empire allemand sous l'égide des Hohenzollern (1871). L'année suivante, sa grand-mère, l'archiduchesse Sophie qui s'était chargé de son éducation, décède. En 1873, c'est sa sœur Gisèle qui est mariée à l'âge de 16 ans au prince Léopold de Bavière, mariage de convenance mais politiquement inutile. L'archiduc de 15 ans vit alors dans une grande solitude morale mais commence sa vie amoureuse avec des « comtesses hygiéniques ».

Lorsqu'il atteint l'âge de dix-neuf ans, Rodolphe achève ses études. Latour est remplacé par le comte Aloÿs de Bombelles de quatre ans plus âgé que lui. Alors qu'il veut faire des études de sciences naturelles, notamment d'ornithologie, Rodolphe est contraint de poursuivre sa carrière militaire et en 1879, il sert au Trente-sixième régiment d'infanterie.

Vie publiquemodifier | modifier le code

Rodolphe et son père ne parlent jamais ensemble, sinon de sujets secondaires comme la chasse. L'empereur, d'une nature secrète, se protège en se cachant derrière le protocole et a très tôt rappelé à son fils que ledit protocole ne permet à personne – pas même au prince héritier – de lui adresser la parole en premier ; le jeune prince ne peut donc guère discuter de ce qui lui tient à cœur avec son père.

Rodolphe a des idées politiques libérales opposées au conservatisme de son père. Proche des milieux progressistes et libéraux, le seul moyen qu'il ait trouvé pour critiquer la ligne suivie par son père est d'écrire de nombreux articles dans divers quotidiens viennois, publiés sous plusieurs pseudonymes, où il défend son idéal. D'un point de vue social, il combat ainsi le cléricalisme et les privilèges de l'aristocratie, dénonce la misère des travailleurs. Sur un plan diplomatique, il refuse le traité avec l'Allemagne au profit d'une alliance avec la Russie et la France.

Par ailleurs, Rodolphe tient de sa mère un amour profond pour la Hongrie et porte aux Magyars un intérêt fédéraliste. Il est frustré de n'être que prince héritier à trente ans alors que son père était empereur à dix-huit ans et que le nouvel empereur d'Allemagne, Guillaume II qu'il méprise profondément, en a 29. Craignant également de mourir avant d'avoir eu le temps d'accomplir son œuvre de libéralisation de l'empire (comme le père de Guillaume II, Frédéric III mort en 1888 après trois mois de règne), Rodolphe est également très affecté par le sort tragique du roi de Bavière Louis II.

Mariage et enfantsmodifier | modifier le code

Le couple archiducal, en 1881

En 1879, on commence à lui chercher une épouse qui soit à la fois de son rang, catholique et dont l'union ne provoquera pas la susceptibilité des différents peuples de la monarchie. Après avoir refusé les infantes d'Espagne et de Portugal, ainsi que la princesse de Saxe, il épouse la très jeune princesse Stéphanie de Belgique le en l’église des Augustins de Vienne.

Pour le couple impérial, c'est un pis-aller : l'empereur n'a guère d'estime pour le père de la fiancée, l'arriviste roi Léopold II. Celui-ci trompe ouvertement son épouse la reine Marie-Henriette, une archiduchesse d'Autriche de la branche hongroise. Il est également le beau-frère du dernier empereur du Mexique, frère jalousé de François-Joseph, tombé tragiquement sous les balles des républicains de Juarez. L'impératrice trouve Stéphanie beaucoup trop jeune et laide (elle la surnommera d'ailleurs plus tard « le hideux dromadaire » ou « la paysanne flamande »). Les deux fiancés sont en effet plutôt mal assortis, Rodolphe étant un jeune homme très séduisant alors que sa promise, pas très féminine, a encore un corps d'enfant.

La princesse Stéphanie lui donnera une fille, l’archiduchesse Elisabeth, née le au château de Laxenbourg. La naissance de la petite princesse, surnommée « Erzsi », est une déception pour ses parents qui espéraient un fils. Rodolphe est également le père présumé de Robert Pachmann, fils probable de l’archiduchesse Marie-Antoinette d’Autriche-Toscane.

Relations extra-conjugalesmodifier | modifier le code

Marie Vetsera, en 1888.

Le mariage, heureux au départ, se solde rapidement par un échec. Rodolphe est très intelligent, peu conventionnel, impulsif et très libéral, alors que Stéphanie est plutôt sérieuse, protocolaire et terne. Les désaccords grandissent peu à peu, et Rodolphe finit par retrouver son ancienne vie de célibataire. Il multiplie les conquêtes, et prend pour principale maîtresse Mizzi Caspar dès 1886.

Suite à ses nombreuses relations extra-conjugales, le prince héritier finit par attraper une forme de blennorragie très grave. Il contamine alors son épouse, qui en conséquence ne peut plus avoir d'enfants. Rodolphe « se soigne » alors par de la morphine, de la cocaïne et de l'alcool, afin de surmonter son impuissance. Sujet à des états de dépression et d'anxiété, il se sait incurable, et tente par tous les moyens de cacher son mauvais état de santé à son père.

Durant l'été 1888, dans un état physique et psychologique très inquiétant, il propose à sa maîtresse Mizzi Caspar de se suicider avec lui. Après le refus de celle-ci, Rodolphe rencontre au début de l'automne 1888 (par l'intermédiaire de sa cousine la comtesse Marie-Louise Larisch) Marie, la plus jeune fille de la baronne Hélène Vetsera. Une relation intime se noue entre eux ; on a dit que Marie Vetsera était enceinte de quatre ou cinq mois au moment de sa mort mais si elle l'était, ce n'était pas de l'archiduc qu'elle ne connaissait que depuis moins d'un mois.

Mort et enterrementmodifier | modifier le code

Article détaillé : Drame de Mayerling.
Rodolphe, en 1887

Le 26 janvier 1889, le prince Rodolphe a une violente dispute avec son père, mais on ne sait pas si l'empereur était en colère parce que Rodolphe a demandé au pape Léon XIII l'annulation de son mariage ou s'il a exigé que son fils rompe avec Marie Vetsera.

Le 27 janvier, Rodolphe va voir sa cousine Marie-Louise et lui apprend qu'il est en danger. À la question de savoir si le danger vient de Stéphanie, Rodolphe répond : « Stéphanie ! Ah non, elle ne représente qu'un malheur privé. Le danger qui me menace est de nature politique. »

Le 28 janvier, Marie Vetsera et Rodolphe quittent chacun de leur côté Vienne pour se rendre au pavillon de chasse de Mayerling, où le prince héritier doit chasser avec le comte Joseph Hoyos et son beau-frère, le prince Philippe de Cobourg. Rodolphe envoie des lettres d'adieu à ses proches et écrit au chef de section au ministère des Affaires étrangères d'ouvrir seul son bureau et de détruire toutes les lettres de la comtesse Larisch et de Marie Vetsera.

Le 29 janvier, les deux invités, le comte Hoyos et le prince Philippe de Saxe-Cobourg (époux de la sœur de Stéphanie), arrivent à Mayerling. Ceux-ci ne soupçonnent pas la présence de Marie Vetsera.

Rodolphe et Marie sont retrouvés morts au matin du 30 janvier 1889 dans le pavillon de chasse, tués par balles. Un suicide organisé par Rodolphe et sa maîtresse ou un attentat politique. Zita, la dernière impératrice d'Autriche affirma vers la fin de sa vie (1983) que le couple a été assassiné pour des raisons politiques1. Rodolphe aurait refusé de participer à un complot contre son père où des Français, qui voulaient se venger de l'Allemagne, auraient eu une part importante. Cette thèse est appuyée par des historiens, notamment depuis la découverte d'un télégramme de l'empereur adressé au pape Léon XIII, où il explique que son fils a été assassiné. De nombreux documents ont été détruits par les Habsbourg. Le couple avait de nombreuses blessures qui ne pouvaient pas s'expliquer par un suicide, notamment Marie qui aurait eu une blessure au crâne2.

Il y a néanmoins une version plus plausible. Dans "Les entretiens de l'Impératrice Eugénie" de Maurice Paléologue, la dernière souveraine des Français, très amie avec le couple impérial d'Autriche Hongrie, explique à l'auteur que l'Impératrice Élisabeth lui a confié ce qui s'est réellement passé cette nuit, lors de son dernier séjour au Cap Martin. En réalité, l'Empereur François Joseph eu une explication très vive avec son fils au sujet de Mlle Vetsera, il le menaça même de le déshériter s'il ne rompait pas aussitôt cette liaison. L'Empereur s'exprima sur un ton tellement violent, que l'archiduc effrayé, finit par consentir à congédier sa maitresse. Il demanda cependant l'autorisation de la revoir une dernière fois. L'Empereur accepta. Le soir venu, il expliqua à sa maitresse la dispute qu'il eut avec son père, l'Empereur. Il raconta donc à Marie Vetsera qu'il dut consentir sous la menace d'être déshérité. Cette dernière lui répondit froidement qu'elle était enceinte. Ce fut alors une scène affreuse de désespoir et de tendresse. Ils se répétaient: "Nous ne pouvons plus vivre ! Mourons dans les bras l'un de l'autre! Finissons en ce soir même ! Dieu aura pitié de nous !". Rodolphe saisit alors son revolver et tua Marie d'une balle dans le sein. Puis l'ayant dévêtue, il la disposa pieusement sur son lit, il prit des roses et en couvrit la morte. Après quoi, il écrivit à sa mère une longue lettre qui débutait ainsi: "Ma mère, je n'ai plus le droit de vivre: j'ai tué..." C'est par cette lettre que l'empereur et l'impératrice ont pu connaître les péripéties du drame. Vers six heures du matin, Rodolphe se tua d'une balle dans la tête.

Le prince héritier est enterré le 5 février dans la Crypte impériale de l’église des Capucins à Vienne après avoir été d'abord exposé à la Hofburg sur un catafalque élevé masqué par notamment par des palmiers comme pour masquer sa tête, de même ses mains gantées — contraire à l'usage de l'époque — remplis de coton font naître des rumeurs sur les circonstances de sa mort3.

Diversmodifier | modifier le code

Notes et référencesmodifier | modifier le code

  1. Der Spiegel in ihrem Kurznachruf zu Zitas Tod 1989 berichtete (de) « Gestorben: Zita von Habsburg », Der Spiegel, no 12,‎ 1989, p. 286 (ISSN 13495142)
  2. Un livre "Die Mayerling-Affäre" écrit par Elisabeth Mayr sur des bases scientifiques et objectives conclut également à l'invraisemblance du suicide : Vgl. Elisabeth Mayr, Die Mayerling-Affäre: Dargestellt anhand der österreichischen Historiographie 1889-2006. Seminararbeit an der Leopold-Franzens-Universität Innsbruck, "Seminar: Politische Skandale und Gewalt in Österreich-Ungarn bis zum 1. Weltkrieg", Innsbruck 2007 (veröffentlicht im Grin-Verlag: ISBN 978-3-640-30190-4, S. 21. (Eingeschränkte Ansicht in der Google Livres.), Fußnote 35: „‚Er wollte sich umbringen, solange er noch konnte‘. Interview mit Brigitte Hamann in: profil Nr. 42, 36. Jg., Oktober 2005, S. 120“
  3. Jean des Cars, «Le drame de mayerling : suicide ou assassinat ? », émission L'Ombre d'un doute sur France 3, 24 octobre 2012
  4. (pl) Doktorzy honoris causa, sur le site de l'université jagellonne de Cracovie

Voir aussimodifier | modifier le code

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Articles connexesmodifier | modifier le code

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