Royaume de Bourgogne

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Un premier royaume de Bourgogne, la Burgondie, fut créé par le peuple burgonde après son installation sur les bords du lac Léman, en Sapaudie, au Ve siècle. Son souverain le plus glorieux, Gondebaud, gouverna alors un territoire qui s'étend de Langres à Marseille et du Rhin à la Loire.

Pendant les six siècles qui suivent l'installation de ce peuple, les remous de l’histoire font naître successivement différentes entités géopolitiques aux limites territoriales toujours changeantes qui prennent le nom de Bourgogne. Le traité de Verdun de 843 divise la Bourgogne en deux grandes entités territoriales : une Bourgogne franque à l'ouest (futur duché, dont l'actuelle région Bourgogne est issue), et une Bourgogne impériale à l'est dans laquelle se trouve notamment la future franche comté de Bourgogne ou Franche-Comté.

Au IXe siècle, la Bourgogne impériale voit naître, en son sein, deux royaumes :

  • le premier, au sud, touchant les rives de la Méditerranée, qui prend le nom de « Bourgogne-Provence » appelé aussi « royaume d'Arles » ;
  • le second, appelé « royaume de Bourgogne », situé à l'origine en Helvétie, (en Transjurane, au-delà des monts du Jura), intègre rapidement d'autres domaines, dont les terres du diocèse de BesançonNote 1.

Vers 933, sous le règne de Rodolphe II, roi de Bourgogne transjurane, le royaume de Bourgogne et le royaume d'Arles s'unissent. Le royaume ainsi formé prend le nom de « royaume de Bourgogne et d'Arles », et se place sous la suzeraineté des souverains germaniques.

Le royaume des Burgondesmodifier | modifier le code

Le royaume des Burgondes (regnum Burgondionum), que l’on peut considérer comme le premier royaume de Bourgogne, doit son nom au peuple burgonde, venu s’installer en 443 sur les bords du lac Léman. Gondebaud et son fils Sigismond sont les souverains les plus marquants de ce royaume. À son apogée, ce royaume occupa un espace considérable : il trouvait ses limites, au nord à Langres, au midi jusqu'à Cavaillon, voire MarseilleNote 2. À l’ouest il s'étendait jusqu’à Nevers, et au nord-est jusque sur les bords du lac de Constance. Son existence fut éphémère : de 444 à 534. Les visées franques de Clovis Ier, en 500 ou 501, furent poursuivies par ses fils, Clodomir, roi d'Orléans ; lors de plusieurs campagnes militaires qui se sont déroulées entre 532 et 534, Childebert, roi de Paris, et Clotaire, roi de Soissons, finissent par mettre un terme au royaume burgonde.


Le royaume Burgonde au Ve siècle

Le royaume de Bourgogne mérovingienmodifier | modifier le code

Les Mérovingiens intègrent le royaume burgonde aux différents royaumes mérovingiens mais lui conservent son individualité. La Burgondie apparaît toujours comme une entité géopolitique, au même titre que la Neustrie et l'Austrasie, les Mérovingiens y installent un roi dont les plus connus furent Gontran, et Dagobert. C’est à Chalon-sur-Saône que Gontran réside le plus souvent. Il y réunit des conciles et fait ériger en 577 à Saint-Marcel une basilique et un monastère. Mais en 613, après la capture et la mise à mort à Renève de la reine Brunehilde, il n'y a plus de roi résidant en Bourgogne. Le roi de Neustrie Clotaire II réunit la Bourgogne à ses états. En 687, au lendemain de la bataille de Tertry, le royaume de Bourgogne-Neustrie disparaît à son tour. Le vainqueur, l'austrasien Pépin de Herstal fait l'unité des royaumes francs. En 751, le règne des Mérovingiens s'achève et Pépin le Bref couronné roi des francs ouvre l'ère des souverains carolingiens.

La reine Brunehilde, l'évêque d'Autun Léger ont été les personnages bourguignons les plus marquants des temps mérovingiens.

Les comtés bourguignons sous les Carolingiensmodifier | modifier le code

Le royaume de Bourgogne cesse d'apparaître en tant qu’entité géopolitique avec les Carolingiens. Le vaste territoire de l’ancien regnum francorum qui perd son roi, est réparti par Charles Martel en différents commandements, ayant chacun un gouverneur : Bourgogne transjurane, Bourgogne cisjurane (avec la Provence), futurs duché et comté de BourgogneNote 3.

Certains textes de cette époque parlent encore de Burgundia ou de regnum Burgundiae, mais ces appellations n'ont plus qu'un simple caractère géographique. L'œuvre des Carolingiens, marquée par une forte centralisation, a consisté à mettre en place des comtés bourguignons, qui sont des nouvelles circonscriptions administratives, appelées aussi pagi, calquées sur les anciennes civitates gallo-romaines. À la tête de ces comtés, un comte, dépendant directement du palais, l'égal de son voisin. Les grands de Bourgogne réfractaires à toute autorité centralisée, sont « mis au pas » et réduits à l'obéissance.

Mais la dynastie carolingienne porte en elle les germes de sa destruction. Les partages successifs du royaume entre les héritiers détruisent l'unité de la monarchie que Charlemagne et ses aïeux avaient construite. Les compétitions et les rivalités, faisant le lit de la féodalité, vont permettre l'émergence de dynasties comtales avides de se pousser au premier plan.

Le royaume de Bourgogne et d'Arlesmodifier | modifier le code

Royaume de Haute-Bourgogne 888-1032

Le traité de Verdun de 843 déchire à jamais l'unité du vieil empire de Charlemagne. Son œuvre politique s'écroule. La mutilation que le traité fait subir à la Bourgogne, donne naissance, à l’ouest de la Saône, à une Bourgogne française (ou Bourgogne franque) et à l’est de cette même rivière, à une Bourgogne impériale, lot de l’empereur Lothaire. Les héritiers de Lothaire disparaissent les uns après les autres sans laisser de descendants, et chacun des oncles et des frères tente de dépouiller son parent. Les Normands ravagent le nord, les Sarrasins menacent le midi, partout règne l'anarchie, le trône des Francs se soutient à grand peine. La mort de Louis II le Bègue en 879, donne le signal.

Le royaume de Provence des Bivinides (879-928)modifier | modifier le code

Les quatre Bourgognes
Duché de Bourgogne, Comté de Bourgogne, Bourgogne transjurane, Bourgogne cisjurane avec la Provence ; les trois dernières sont terres d'Empire à partir de 1032.

Le , une assemblée de notables et de prélats, réunis à Mantaille élit roi le beau-frère de Charles II le Chauve, Boson, comte d'Autun, exerçant les fonctions ducales dans le Lyonnais, le Viennois, et en Provence. Le couronnement du bivinide Boson fut à l'origine du royaume de Provence. S'il reçoit le titre royal, Boson ne prend toutefois pas la qualité de roi de Bourgogne cisjurane. Son « royaume de Provence », appelé aussi « royaume d’Arles » s’étend, au nord, des rives du Doubs jusqu’aux rives de la Méditerranée au sud, il déborde sur l’Helvétie et l’Italie. Sous sa couronne se trouvent réunis une partie de la Bourgogne, le Bugey, la Bresse, le Dauphiné, la Tarentaise, la Provence et une partie du Languedoc. Boson prend Vienne pour capitale et se dote d’une chancellerie dirigée par Adalgaire, l’abbé de Flavigny1.

Son élection au titre royal réalise contre lui l’union des Carolingiens dont la réaction ne tarde pas. Les princes carolingiens avec, parmi eux, le roi Carloman, fiancé à sa fille, et Richard le Justicier, son propre frèreNote 4, s'empressent de réagir et marchent contre Boson. Boson parvient néanmoins à maintenir son autorité sur une partie de ses domaines et conserve son titre ainsi que des territoires en Provence. Le nord de la Bourgogne ayant échappé à son autorité est totalement étranger à ce royaume.

En 887, à la mort de Boson, son fils Louis III lui succède. Il est reconnu « roi de Provence » à Valence en 890 sous la tutelle de sa mère Ermengarde et il réunit un instant les titres d'empereur et de roi d'Italie. Mais son compétiteur Béranger, duc de Frioul, lui fait crever les yeuxNote 5. Louis III, infirme, délègue son autorité à Hugues d'Arles, comte de Provence jusqu'à l'année 926 date à laquelle ce dernier occupe le trône d'Italie.

En 928, à la mort de Louis l'Aveugle, Hugues d'Arles écarte Charles-Constantin, héritier légitime, fils de Louis l'Aveugle, et s'empare du royaume de Provence. Charles-Constantin parvient à conserver le gouvernement de Vienne et du Viennois.

Le royaume de Bourgogne transjurane des Welf (888-933)modifier | modifier le code

En 888, la mort du dernier successeur de Charlemagne, Charles III le Gros, déconsidéré par sa faiblesse face aux Normands, incapable de réprimer l'audace des grands vassaux, abandonné de tous, donne le signal de la dislocation générale des divers royaumes qui s'étaient trouvés sous sa coupe. En Germanie, Arnulf est proclamé roi, les seigneurs français élisent Eudes.

L'Helvétie est le berceau d'une monarchie nouvelle qui forme un nouveau royaume bourguignon. Les Bourguignons de la Transjurane, le pays situé entre le mont Jura et les Alpes Pennines ont à leur tête le duc Rodolphe. Rodolphe appartient à la dynastie des Welf ; il n'est pas bourguignon. Les hasards de la politique ont permis à son père, Conrad II de Bourgogne, comte d'Auxerre, de s'emparer du gouvernement du duché de la Transjurane.

Dès qu'est connue la fin de Charles le Gros, des grands laïcs et ecclésiastiques, appartenant à l'ancien duché de Transjurane, se réunissent dans la basilique de Saint-Maurice d'Agaune. En janvier 888, ils proclament roi Rodolphe Ier.

Le nouveau royaume de Bourgogne qui naît se maintient malgré une fidélité bien chancelante des grands et l'hostilité d'Arnulf. Ce royaume, formé à l'origine des comtés sur lesquels s'exerce l'autorité de Rodolphe, s'agrandit rapidement des comtés de l'archidiocèse de Besançon, (le futur Comté de Bourgogne), après un accord conclu en octobre 888 à Ratisbonne entre Rodolphe et Arnulf (encore que la souveraineté de l'Escuens subit des fluctuations). La mort de d'Arnulf en 899, puis de son fils Zwentibold (en 900) permet à Rodolphe d'être débarrassé de la pression que le roi de Germanie exerçait sur lui. Rodolphe meurt le . Son fils Rodolphe II de Bourgogne lui succède.

Annexion du royaume de Provence au royaume de Bourgogne transjurane (933-1032)modifier | modifier le code

Les royaume de Bourgogne et de France sous Hugues Capet.

Rodolphe II tombe progressivement dans la mouvance du roi de Germanie et agrandit ses possessions. Le royaume de Bourgogne comprend alors la Souabe, le Brisgau, l'Alsace et l'Helvétie. Vers l'année 933, Rodolphe II alors en compétition avec Hugues d'Arles pour la couronne d'Italie, obtient de ce dernier la cession de l'ancien royaume de Provence en échange de l'abandon des prétentions qu'il peut émettre sur la couronne italienne

En effet, selon l'historien médiéviste René Poupardin dans Études sur les origines du royaume d'Arles, Rodolphe venait d'être contacté par les Italiens qui lui offraient de reprendre la couronne d'Italie. Poupardin cite Liutprand de Crémone2 : « Quand le roi Hugues l’apprit, il lui envoya des députés, et donna à Rodolphe toute la terre qu’il avait tenue en Gaule avant de monter sur le trône, en même temps qu’il recevait de lui le serment qu’il ne rentrerait jamais en Italie ».

Dès lors, les deux royaumes de Bourgogne avec les possessions dépendantes de la Provence, sont réunis sous le nom de « royaume de Bourgogne et d’Arles » sous la couronne de Rodolphe II.

Conrad III, fils de Rodolphe II, puis Rodolphe III, fils de Conrad, héritent successivement de ce royaume.

En 1032, à la mort sans postérité de Rodolphe III, Conrad II, dit Le Salique, duc de Franconie et empereur romain germanique hérite du trône de Bourgogne qui de fait est annexé au Saint-Empire.

Le royaume d'Arles au sein du Saint-Empiremodifier | modifier le code

La royauté d'Arles effectivement assurée par les empereurs (1032-1250)modifier | modifier le code

Le château de l'Empéri, résidence des archevêques d'Arles et des empereurs germaniques

L'empereur prend possession du royaume de Bourgogne et d'Arles et le royaume devient un membre du Saint-Empire romain germanique. Dès lors, les empereurs d'Allemagne se regardent constamment comme roi d'Arles, en vertu de la donation de Rodolphe. Mais leur domination est plus nominale que réelle. Ils y firent de temps à autre des actes de souveraineté.

Les empereurs Conrad II (le Salique) et Henri IIINote 6, son fils, sont successivement couronnés en 1033 et 1038 rois de Bourgogne et d’Arles. Au XIIe siècle, Lothaire de Supplinbourg, (1075-1137), successeur de la maison de Franconie prend le titre de roi d'Arles et nomme Conrad, duc de Zähringen, gouverneur. Au XIIe siècle, les comtes de Provence et de Toulouse, même s'ils sont censés tenir leurs comtés de l'Empire, consentent à grand peine à rendre hommage à l'Empereur. Par des empiétements successifs, le royaume est réduit à sa plus simple expression : quelques châteaux en Provence et dans le Comtat.

Les empereur Conrad III, (1093-1152), et Frédéric Barberousse, (1122-1190) tentent de restaurer une suzerainté que l'éloignement affaiblit. Conrad III inféode en 1144, à l'archevêque d'Arles les quelques châteaux qui lui restent ; les archevêques d'Arles deviennent les représentants des Empereurs en Provence. Conrad III et Frédéric Barberousse profitent des dissensions entre les familles des Baux et celle des Béranger pour faire acte de suzeraineté sur la Provence et se faire rendre hommage de la Provence. En 1162, Frédéric Barberousse, par une charte datée de Turin, confirme à Hugues des Baux l'investiture que Conrad III avait accordée à Raymond de Baux et donne le comté de Provence et d’Arles à titre de fief à Raymond, en réservant les droits de l’empire. En 1178 Frédéric Barberousse se fait couronner roi de Bourgogne dans la cathédrale Saint-Trophime d'Arles par l'archevêque Raimon de Bollène.

Henri VI, (1165-1197), Otton IV, (1177-1212), et Frédéric II, (1194-1250), succèdent à Frédéric Barberousse. À peine parvenu à l'Empire, de Bâle où il tient sa cour, Frédéric II se déclare roi d'Arles et tente de relever le royaume. Trop occupés à des guerres lointaines, les successeurs de Frédéric Barberousse, se trouvent hors d'état de maintenir leur souveraineté sur la Bourgogne. Frédéric II, est le dernier des empereurs à s'immiscer avec quelques succès dans les affaires de Provence.

Affaiblissement de l'autorité impérialemodifier | modifier le code

L’autorité de l’Empire sur le « royaume de Bourgogne et d’Arles » est plus honorifique que directe et réelle. La suzeraineté n'est efficace qu'entre les mains des empereurs puissants qui peuvent intervenir dans l’est et le midi de la France, mais elle s'éclipse facilement avec des princes faibles, pour les territoires trop éloignés des frontières impériales.

Après Frédéric II, l'autorité impériale sur le royaume arlésien n'est plus qu'une ombre. La puissance des archevêques d'Arles, privés de tout appui matériel, suit dans son déclin la chute de l'autorité impériale en Provence pendant que la puissance des comtes se renforce. Charles Ier (1226-1285), de la maison d'Anjou succède à celle de Barcelone. Charles d'Anjou est plus puissant qu'aucun de ses prédécesseurs. Pendant près d'un demi-siècle la royauté arlésienne reste en sommeil.

Les sursauts du royaume d'Arlesmodifier | modifier le code

Les prétentions de la veuve de saint Louis, la reine Marguerite, l'une des filles de Raimond-Bérenger IV (v. 1198-1245), comte de Provence, en réveillent le souvenir. À la mort de sa sœur, Béatrice, l'épouse de Charles d'Anjou, Marguerite tente de récupérer le comté de Provence. Elle fait assigner son beau-frère, Charles d'Anjou, devant le pape et l'empereur, Rodolphe d'Habsbourg, dont elle reconnaît formellement la suzeraineté sur la Provence. L'Empereur ne s'immisce pas dans la querelle mais, Charles d'Anjou étant resté sourd à l'appel, Rodolphe d'Habsbourg saisit l'occasion pour affermir ses droits, et inféode la Provence à Marguerite jusqu'à ce que Charles consente à s'entendre avec lui. L'empereur lui accorde alors l'investiture des comtés de Provence et de Forcalquier, et lui confirme tous les privilèges accordés par ses prédécesseurs aux Bérangers (1280).

En 1312 le royaume d'Arles refait surface. Henri VII du Saint-Empire, empereur, tient à affirmer les droits de l'Empire sur le royaume d'Arles. L'empereur, mécontent du parti pris en Italie par Robert d'Anjou, roi de Naples et comte de Provence en faveur des guelfe contre lui, condamne à mort Robert d'Anjou et le déchoit de ses terres de Provence qu'il offre à Frédéric roi de Sicile, à condition que ce dernier les conquiert. Il confirme également tous les droits et privilèges de l'archevêque d'Arles. La menace reste sans effet.

À nouveau, le royaume d'Arles n'entendit plus parler des empereurs germaniques jusqu'à ce que Charles IV du Saint-Empire retrouve en 13553, le chemin de la Provence et confirme une fois encore, tous les privilèges de l'église d'Arles.

Jeanne d'Anjou et son mari Louis de Tarente, mis en danger à Naples par Louis le Grand, le roi de Hongrie, reviennent en Provence. Jeanne consent à rendre hommage à Charles IV, pour le gouvernement de la Provence, et ce dernier lui accorde par diplôme daté d'Aix-en-Provence, le l'investiture du comté. Charles IV est de retour en Provence en 1365, et se faire couronner dans l'église Saint-Trophime d'Arles.

La fin du royaume d'Arlesmodifier | modifier le code

Des affaires plus importantes dans l'Empire, auxquelles il préfère donner la primeur, rappellent l'empereur Charles IV en Allemagne. Ne pouvant plus songer à la Provence, il prend la décision de s'en débarrasser et cède ses droits sur la couronne d'Arles à Louis d'Anjou en 1366, qui se voit là, affranchi de toute suzeraineté.

La réunion de la Provence à la couronne de France, en 1483 mit fin à toute idée de rétablissement de ce royaume, dont il ne fut plus questionNote 7.

Tentative de recréation d'un royaume de Bourgogne sous Charles le Témérairemodifier | modifier le code

En novembre 1471, le duc de Bourgogne Charles le Téméraire se déclare affranchi de la suzeraineté du roi de France. De cette volonté de ne plus être le vassal même théorique de deux souverains européens, le roi de France et l'empereur allemand, témoigne par exemple le fait que Charles se fit confectionner un diadème d'une richesse prodigieuse, composé d'or orné de saphirs et de rubis balais surmonté d'une forme de velours jaune brodée de perles et au sommet duquel se trouvait un énorme rubis enchâssé dans un ornement d'or4,Note 8.

Charles reprit donc à son compte le projet de son père de ceindre une couronne royale. Mais alors que celui-ci se fondait sur le souvenir du royaume carolingien de Lotharingie, Charles se réfère davantage aux différents royaumes de Bourgogne : des Burgondes, des Mérovingiens, des Bivinides et des Welfs. Si l'existence du royaume de Lotharingie entre 855 et 900 avait été oubliée, le souvenir des différents royaumes de Bourgogne était encore présent et il avait l'avantage de rappeler par son nom le titre principal des détenteurs des États bourguignons.

Aussi, en 1473, lors de la conférence de Trèves qui se déroula entre le 30 septembre et le 25 novembre, l'empereur Frédéric III du Saint-Empire, qui avait refusé d'aider Charles le Téméraire à se faire élire roi des Romains pour en faire son successeur, accepta d'ériger ses possessions en terre d'empire en un royaume de Bourgogne indépendant. L'empereur avait accepté également de faire entrer dans la souveraineté de ce royaume de Bourgogne le duché de Lorraine, le duché de Savoie (qui incluait alors le Piémont, la Bresse, le Bugey, l'ouest de l'actuelle Suisse, avec Genève et Lausanne), le duché de Clèves, les évêchés d'Utrecht, Liège, Toul et Verdun5. Les ducs de Savoie, de Lorraine, ducs de Clèves et les quatre évêques seraient devenus les vassaux du roi de Bourgogne. Charles exigea également la souveraineté de la Bourgogne sur les cantons suisses6. Cependant, l'empereur rompit les pourparlers la veille même du couronnement7 et s'enfuit nuitamment à cheval puis en barque sur la Moselle avec son fils Maximilien qui, dans le cadre de l'accord, devait épouser Marie de Bourgogne.

Ce projet inspira les plans de démantèlement de la France que firent Hitler et Himmler pendant la Seconde Guerre mondiale : un État de Bourgogne, allié de l'Allemagne nationale-socialiste aurait été créé et confié à Léon Degrelle qui aurait été chancelier de Bourgogne ; ce projet fut évoqué après la guerre par Léon Degrelle mais aussi par Felix Kersten8,Note 9.

Bibliographiemodifier | modifier le code

  • René Poupardin, Le royaume de Provence sous les Carolingiens (855-933), É. Bouillon, 1901.
  • Honoré Bouche, Histoire de Provence,
  • F. de Gingins-la-Sarra, Mémoires pour servir à l'histoire des royaumes de Provence et de Bourgogne jurane, Lausanne, 1851.
  • E.-F. Grasset, Notice sur les chartes impériales du royaume d'Arles, existant aux archives départementales des Bouches-du-Rhône, parue dans : Répertoire des travaux de la société de statistique de Marseille.
  • F. Demotz, La Bourgogne, dernier des royaumes carolingiens, Lausanne, Société d'histoire de la Suisse romande, 2008.
  • Bertrand Schnerb,L'État bourguignon 1363-1477, Editions Perrin, 1999.
  • Paul Bonenfant, Philippe le Bon : sa politique, son action, De Boeck Université, 1996, 476 p., (ISBN 2804121151).
  • Paul Bonenfant, La persistance des souvenirs lotharingiens, dans : « Bulletin de l'Institut Historique Belge de Rome », fascicule XXVII, 1952, p. 53-64.
  • Paul Bonenfant, Les projets d'érection des Pays-Bas en royaume du XVe au XVIIIe siècle, dans : « Revue de l'Université de Bruxelles », tome XLI, 1935-1936, p. 151-169.
  • Chaume (Abbé), Le sentiment national bourguignon de Gondebaud à Charles le Téméraire, 1922, dans : Mémoires de l'Académie de Dijon, p. 195-308.
  • Yves Cazaux, L'idée de Bourgogne, fondement de la politique du duc Charles, « 10e rencontre du Centre Européen d'Études Burgondo-médianes », Fribourg, 1967, Actes publiés en 1968, p. 85-91.
  • État bourguignon et Lotharingie, Académie royale de Belgique, dans : « Bulletin de la classe des lettres et des sciences morales et politiques », 5e série, tome XLI, 1955, p. 266-282.

Annexesmodifier | modifier le code

Articles connexesmodifier | modifier le code

Notes et référencesmodifier | modifier le code

Notesmodifier | modifier le code

  1. Ces terres correspondent approximativement aux terres comtoises.
  2. Marseille a été occupée par les Burgondes de Gondebaud contre Alaric II, roi des Wisigoths. Joseph Calmette, Les grands ducs de Bourgogne,‎ 2001, p. 15 et r. p. 349.
  3. Childebrand devient gouverneur de la Bourgogne franque.
  4. Lors de la prise de Vienne, par Bernard Plantevelue, Richard le Justicier serait intervenu pour protéger Ermengarde, l'épouse de Boson et Engelberge sa fille qu'il conduit dans son comté d'Autun in Mémoires pour servir à l'histoire des royaumes de Provence et de Bourgogne jurane F. de Gingins-la-Sarra, Lausanne, 1851, p. 101.
  5. À Vérone en 905.
  6. Henri III se fit couronné roi d'Arles en 1038.
  7. E.-F. Grasset, auteur de la Notice sur les chartes impériales du royaume d'Arles ajoute encore : « Il est vrai qu'en 1532 Charles-Quint, ayant envahi la Provence, prétendit revendiquer le royaume de Bourgogne et fit même, dit-on des actes de souveraineté à Aix et à Marseille en qualité de roi d'Arles ; mais on ne peut regarder cela comme une entreprise sérieuse de relever ce trône qui s'était écroulé pour toujours. Quant aux actes de ce prince, il n'en reste pas de traces dans nos archives. »
  8. Charles ne se fit cependant jamais représenter sur son sceau assis sur un trône. Il utilisa un sceau équestre.
  9. Selon Felix Kersten, qui affirmait en détenir l'information d'Himmler, Hitler hésitait entre Dijon et Gand comme capitale de cet État de Bourgogne.

Référencesmodifier | modifier le code

  1. Le haut Moyen Âge in Bourgogne, (textes rédigés avec la collaboration de Julie Roux), éditions MSN, 2002, ISBN 2-911515-39-0, p. 95.
  2. Liutprand de Crémone, Antapodosis, l. III, c. 48.
  3. E.-F. Grasset, Notice sur les chartes impériales du royaume d'Arles, existant aux archives départementales des Bouches-du-Rhône, parue dans le : Répertoire des travaux de la société de statistique de Marseille.
  4. Anne Le Cam, Charles le Téméraire, un homme et son rêve, éd. In Fine, 1992, p. 134.
  5. Anne Le Cam, Charles le Téméraire, un homme et son rêve, éd. In Fine, 1992, p. 258.
  6. Jean Favier, Louis XI, Fayard, 2001, p. 653.
  7. Klaus Schelle, Charles le Téméraire - La Bourgogne entre les lys de France et l'aigle de l'Empire, traduit de l'allemand par Denise Meunier, Fayard, 1979, p. 194-200.
  8. Article du journal Le Figaro du 21 mai 1947, page 3, présenté par André François-Poncet.

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