Sergueï Kirov

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Sergueï Kirov en 1919.

Sergueï Mironovitch Kostrikov (en russe : Сергей Миронович Костриков), dit Kirov (15/27 mars? 1886 - 1er décembre 1934) est un révolutionnaire bolchevik et homme politique soviétique. Son assassinat marque le début des Grandes Purges de la période stalinienne en URSS.

Originesmodifier | modifier le code

Serge Kostrikov est né à Ourjoum, village de Russie, dans une famille pauvre. Son père, Miron Ivanovitch Kostrikov était domestique, comme sa mère : « le sens de la vie se réduisait pour lui à une existence repue et insouciante. Il tentait d'imiter ses maîtres - noceurs et fêtards -, dilapidait dans la boisson tout son salaire »1 ; il s'enfuit quatre ans après la naissance de Serge2. Serge a deux sœurs : l'aînée Anna (1883-1966) et la benjamine Elizaveta (1889-1968). Il est très tôt orphelin : il perd son père et sa mère, Ekaterina Kouzminitchina, la même année (1893) quand il a 7 ans. C'est sa grand-mère paternelle, ancienne domestique également, qui devient le chef de famille. La vieille dame ne peut s'occuper que des deux jeunes filles, le garçon étant envoyé à l'orphelinat. Il y reste 8 ans et se fait remarquer par une conduite irréprochable et est un excellent élève. Ces qualités lui permettent d'obtenir une bourse et d'intégrer l'Institut inférieur de mécanique et technique de Kazan. Il en sort dans les 10 premiers à 18 ans. Ce très bon classement lui permet d'intégrer une école d'ingénieur à Tomsk. C'est durant ces études qu'il s'intéressa à la politique, au marxisme et à la social-démocratie : adhère à Tomsk en 1904 au Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR).

Début de carrière au sein du Parti 1904-1917modifier | modifier le code

Il prend une part active à la révolution de 1905 à Tomsk avec les ouvriers des chemins de fer, est arrêté le 2 février 1905, puis relâché au bout de trois mois. À cette occasion, sa date de naissance est reportée en 1888, pour bénéficier du traitement plus léger accordé aux personnes mineures1. Il rejoint la fraction bolchevique du POSDR peu de temps après sa sortie de prison. En 1906, il est à nouveau arrêté et, cette fois, emprisonné pendant plus de trois ans pour avoir publié des écrits interdits. Cette fois, il est obligé de changer de région et de nom : il passe de Tomsk à Vladikavkaz, une ville isolée au cœur des montagnes du Caucase, et devient Mrinov (du prénom de son père). Grâce à ses amis révolutionnaires, il obtient une place dans un journal local (le Terek du nom du fleuve de la région) comme critique littéraire. De 1909 à 1917, il y publie plus de 1 500 articles. Quand c'est pour parler de politique, il prend divers pseudonymes, parmi eux « S. Kirov » le 26 avril 1912. Ces articles lui valent à nouveau quelques mois de prison en août 1911. En avril 1912, il se marie avec Maria Lvovna Markous (1885-1945) âgée de 26 ans, mais là encore il le fait sous un faux nom : Dimitri Kornev.

L'ascension durant la guerre civilemodifier | modifier le code

Kirov avec Staline en 1934.

En 1917, Kirov est un militant de base, pas un leader du parti. Il passe au travers des révolutions de 1917 dans l'anonymat. En octobre 1917 tout juste est-il représentant du parti de Vladikavkaz au IIe Congrès panrusse des soviets. C'est durant la guerre civile russe que Kirov se distingue : il est souvent à Moscou pour y chercher des armes et de l'argent. Il tient l'intendance et les courriers. Il rencontre alors Staline, Iakov, Sverdlov... En janvier 1919 il est envoyé à Astrakhan pour y organiser la défense. En février il est nommé chef du Comité militaire révolutionnaire provisoire d'Astrakhan. Il y brille au sein de la XIe Armée en compagnie d'Ordjonikidze et Raskolnikov. Il critique la décision de Trotsky (chef de l'Armée Rouge) en novembre 1919 de nommer Vassilienko plutôt que Boutiaguine à la tête de la XIe Armée. Durant cette période Kirov fait la liaison entre Astrakhan et Moscou mais aussi entre Astrakhan et Vladikavkaz. En février 1920, Kirov est nommé vice-président du « Bureau pour le rétablissement du pouvoir soviétique dans le Caucase du Nord ». Le 30 mars 1920, il participe à la libération de Vladikavkaz. Il rencontre Lénine et est nommé plénipotentiaire de la RSFSR de Géorgie. Enfin, il participe même aux négociations de paix avec la Pologne. Kirov fait désormais partie du gratin de la société bolchévique. À l'été 1921, après la conquête de la Géorgie (mars 1921), il est envoyé à Bakou en Azerbaïdjan pour relancer la production pétrolière et calmer les tensions entre nationalités. En 1921, il devient le chef du parti communiste en Azerbaïdjan. Membre du praesidium du bureau caucasien du Comité central, secrétaire du Parti communiste azerbaïdjanais, il fait de Bakou son fief.

Son ascension est alors fulgurante : élu candidat au Comité central au Xe Congrès en 1921, il en est membre dès 1923. Élément éminent de son équipe, Kirov soutient Staline avec beaucoup de loyauté en prenant une part active à la lutte contre les oppositions. En 1925, Staline le met à la tête de la puissante organisation de Léningrad pour qu'il l'épure des éléments oppositionnels, ce qu'il fait avec constance et efficacité.

Une popularité croissante au sein du Comité centralmodifier | modifier le code

Kirov lors du XVIIe Congrès, en 1934.
Article général Pour un article plus général, voir Histoire de l'URSS sous Staline.

Suppléant du Politburo depuis le 19 décembre 1927, Kirov y est intégré comme membre titulaire en juillet 19303. Deux ans plus tard, il semble qu'il prenne la tête, au sein du Politburo, d'une opposition qui, mécontente de la mainmise de l'appareil policier sur celui du Parti, envisage d'évincer Staline de son poste de secrétaire général.

Quoi qu'il en soit, les qualités de Kirov, comme sans doute ses options stratégiques au sein de l'appareil dirigeant, le rendent très populaire dans le Parti. Il est élu au XVIIe Congrès en 1934 au poste de secrétaire du Comité central. Il ne reçoit alors que trois votes négatifs contre lui à l'inverse de Staline qui en obtient 267, nombre le plus élevé de tous les candidats. Au cours de ce Congrès, les débats révèlent des désaccords entre tenants d'une ligne « superindustrialiste » (dont Staline et Molotov) et partisans d'une politique plus équilibrée et réaliste (Grigory Ordjonikidze et Kirov)4. Lors de ce congrès une dizaine de délégués « assez en vue pour cette époque » demande à Kirov de se porter candidat au poste de secrétaire général du parti, ce que celui-ci refuse5. Cette réunion de fraction ayant été visible, amène Staline à se poser des questions : « Pourquoi avaient-ils choisi Kirov contre lui? Quel motif les avait poussé à ce choix? L'ami fidèle jouait-il un double jeu? »6.

À la suite de l'élection de Kirov, Staline exige de celui-ci qu'il vienne s'installer à Moscou; soutenu par Ordjonikidze, Kirov refuse et Staline ««  furieux de ce petit défi à son autorité », quitte la réunion en claquant la porte6. . Si Kirov est le seul membre du Bureau politique à oser prendre la parole devant les ouvriers dans une usine [...] cette audace ne suffit pas à faire de [lui] un prétendant au trône »6.

L'assassinatmodifier | modifier le code

Le monument à S. Kirov à Kirovograd (Ukraine).

Au mois de septembre 1934, Staline envoie les membres du Politburo surveiller les récoltes. Kirov est envoyé au Kazakhstan, où se déroule une étrange tentative ou simulacre d'attentat à son encontre. La garde personnelle de Kirov est « renforcée » de quatre gardes supplémentaires. Durant l'automne 1934, Nikita Khrouchtchev assiste choqué à un échange fort discourtois entre Staline et Kirov7. Au mois de novembre 1934, les choses semblent s'arranger. Le , Kirov assiste au plénum à Moscou et le 28, Staline le raccompagne jusqu'à son train8.

Le vers 16 heures 30, un jeune membre récemment exclu9 du parti communiste nommé Leonid Vassilievitch Nikolaïev assassine Kirov - laissé seul par son garde du corps - d'une balle dans la nuque à l'Institut Smolny10.

Informé dès 18 heures, Staline annonce aussitôt à ses interlocuteurs - sans la moindre enquête - que les « partisans de Grigori Zinoviev avaient déclenché une campagne de terreur contre le Parti ». Le soir même, il signe un décret d'exception qui recevra le nom de « loi du 1er décembre » (entériné seulement le 3 décembre par le Bureau politique11) qui accélère l'instruction des procès et modifie drastiquement les règles des procédures judiciaires12. Selon Oleg Khlevniouk, « Les normes de la loi du 1er décembre étaient l'instrument idéal pour organiser la terreur de masse et c'est pourquoi elles furent largement utilisées en 1937-1938 »13.

Il n'y eut aucune expertise médico-légale de l'assassinat. Dans une enquête surréaliste et menée à charge, la police découvre que, contre toute vraisemblance, Milda Draul, la femme de l'assassin aurait entretenu une liaison adultérine avec KirovN 1,14. Convoqué par Staline, le garde du corps de Kirov, Borrisov, trouve la mort dans un étrange accident de camion15.

Le 22 décembre, Staline déclare à travers la presse que Nikolaïev participait à une conspiration beaucoup plus large dirigée par Grigori Zinoviev contre le gouvernement soviétique16. Au cours du seul mois de décembre 1934, 6 501 personnes furent victimes de la « loi du 1er décembre »17.

Ce meurtre sert en 1936 de prétexte à l'arrestation et l'exécution de plusieurs hauts dirigeants accusés d'avoir collaboré à la conspiration, tels que Lev Kamenev, Grigori Zinoviev et un nombre très important de « vieux bolchéviques », régulièrement liquidés jusqu'à la fin des années 1930. La thèse de Robert Conquest faisant démarrer la Grande Terreur à cet assassinat est cependant aujourd'hui contestée par une majorité des historiens18.

Walter Krivitsky et A. Korlov, deux agents des services secrets soviétiques passés à l'Ouest, puis Nikita Khrouchtchev, dans son « rapport secret » au XXe congrès du Parti communiste de l'Union soviétique19, ont donné du crédit à l'idée selon laquelle Staline lui-même aurait commandité le meurtre de Kirov, un dangereux rival. Cette thèse a ensuite été reprise par un grand nombre d'historiens, dont Robert Conquest, pour qui le meurtre de Kirov est « le crime du siècle20 », et Roy Medvedev.

Selon Alla Kirilina (ancienne responsable du musée Kirov et biographe de Kirov21), la preuve est faite que ce n'est pas Staline qui avait orchestré l'assassinat de Kirov22. Dans la nouvelle réédition (1995) de son livre La Grande Terreur, Conquest conteste que Kirilina apporte le moindre élément nouveau et se contente de déduire l'innocence de Staline du fait de l'absence de preuve matérielle23. L'historienne et archiviste russe soutient quant à elle que l'assassinat de Kirov relève d'un acte terroriste individuel que Staline a ensuite exploité pour se débarrasser de certains anciens bolcheviks. Simon Sebag Montefiore dans son Staline. La cour du Tsar rouge ne prend pas position et se contente de souligner un ensemble de faits troublants et les invraisemblances de l'affaire. Principal opposant à Staline, Léon Trotsky rejette la version « de l'assassinat prémédité par Staline d'un Kirov opposant »24. Pour Jean-Jacques Marie, il n'existe aucune preuve de la responsabilité de Staline dans le meurtre de Kirov25 et « jamais crime, en tout cas, n'a été à ce point utilisé par celui que la rumeur accuse »15.

Notes et référencesmodifier | modifier le code

Notesmodifier | modifier le code

  1. Jean-Jacques Marie ne mentionne pas l'hypothèse d'une liaison, mais se contente d'indiquer que Milda Draule, jolie femme à l'éclatante chevelure rousse est intervenue à deux reprises et sans succès, auprès de Kirov pour obtenir la réintégration de son mari, J.J. Marie, Staline, p. 437

Référencesmodifier | modifier le code

  1. a et b Alla Kirilina 1995, p. 15
  2. Matthew E. Lenoe, The Kirov Murder And Soviet History (Annals of Communism), Yale University Press, 2010, 850 p. chapter 1
  3. Oleg Khlevniouk, Le Cercle du Kremlin, p. 311.
  4. Nicolas Werth, Histoire de l'Union soviétique de Lénine à Staline, PUF, coll. « Que sais-je ? », Paris, 1998, p. 60.
  5. J.J. Marie, Staline, p.427
  6. a, b et c J.J. Marie, Staline, p.428
  7. Nikita Khrouchtchev, Souvenirs, p. 73, Robert Laffont, Paris, 1971
  8. Simon Sebag Montefiore, Staline. La cour du tsar rouge, p. 159-160, Éditions des Syrtes, 2005
  9. J.J. Marie, Staline, p. 437
  10. Simon Sebag Montefiore, Staline. La cour du tsar rouge, p. 160-161, Éditions des Syrtes, 2005
  11. Roy Medvedev, Le Stalinisme. Origine, histoire, conséquences, Paris, 1972, Le Seuil, collection « Combats », p. 210.
  12. Oleg Khlevniouk, Le Cercle du Kremlin, p. 150
  13. Oleg Khlevniouk, Le Cercle du Kremlin, p. 150
  14. Simon Sebag Montefiore, Staline. La cour du tsar rouge, p. 167, Éditions des Syrtes, 2005
  15. a et b J.J. Marie, Staline, p. 439
  16. Nicolas Werth, op. cit., p. 61.
  17. Oleg Khlevniouk, Le Cercle du Kremlin,p. 154.
  18. Nicolas Werth, L'ivrogne et la marchande de fleurs : Autopsie d'un meurtre de masse, 1937-1938, Tallandier, Paris, 2009 p. 18 et 21.
  19. Rapport secret de Nikita Khrouchtchev (1956)
  20. Robert Conquest, La Grande Terreur : les purges staliniennes des années 30, p. 424 : « Cet assassinat mérite l'appellation de crime du siècle. », et (en) Stalin and the Kirov Murder, The University of Alberta Press, 1988.
  21. Préface de Nicolas Werth in Alla Kirilina 1995, p. 9
  22. Alla Kirilina, L'Assassinat de Kirov. Voir le compte rendu du Monde diplomatique de juin 1995.
  23. Conquest, (p. 424, Robert Laffont
  24. J.J. Marie, Staline, p. 438
  25. J.J. Marie, Staline, p. 437-442

Bibliographiemodifier | modifier le code

  • Georges Haupt, article « Kirov » in Encyclopædia Universalis.
  • Oleg Khlevniouk, Le Cercle du Kremlin. Staline et le Bureau politique dans les années 30 : les jeux du pouvoirs, (traduit du russe par Pierre Forgues et Nicolas Werth, Paris, Éditions du Seuil, Collection « Archives du communisme », 1996. (ISBN 978-2-0202231-0)
  • Alla Kirilina (trad. Pierre Forgue et Nicolas Werth, préf. Nicolas Werth), L'Assassnat de Kirov : Destin d'un stalinien, 1888-1934, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Archives du communisme »,‎ avril 1995 (1re éd. 1995), 285 p. (ISBN 978-2-020-22233-4)
  • Jean-Jacques Marie, Staline, Paris, Fayard, 2001 (ISBN 2-213-60897-0)
  • Boris I. Nicolaevski, Les Dirigeants soviétiques et la lutte pour le pouvoir : essai, Paris, Denoël, Collection « Dossiers des Lettres nouvelles », 1969.
  • (en) Matthew E. Lenoe, The Kirov Murder And Soviet History, New Haven & London, Yale University Press, coll. « Annals of Communism »,‎ juin 2010 (1re éd. 2010), 864 p. (ISBN 978-0300112368)

Articles connexesmodifier | modifier le code

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