Zélotes

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Les Zélotes (ou zélés, קנאים ou Qiniim en hébreu, de qina, jaloux, exclusif, sur la racine QYN, Caïn), sont les groupes qui combattent le pouvoir romain les armes à la main pendant la Première Guerre judéo-romaine. Appelés aussi Galiléens, ils se révoltent initialement contre le recensement de Quirinius en 6 : le recensement viole d'une part un interdit biblique (seul Dieu est le comptable autorisé des âmes) mais d'autre part prépare l'institution de l'impôt « par tête ». En se radicalisant, ils finissent par s'attaquer aussi bien à leurs compatriotes jugés timorés ou soupçonnés de collaborer avec les Romains, qu'aux païens qui — pensent-ils — souillent la Terre promise par leur seule présence. Les Zélotes constituent un des courants actifs du judaïsme du premier siècle. Secte juive anti-romaine, (l'aigle d'or d'Hérode est enlevé du (second) temple de Jérusalem par leurs soins), ils sont les principaux instigateurs de la révolte contre Rome : ils se défendent contre Titus avec acharnement, pendant le siège et après la prise de Jérusalem (« ville de la Paix »), en 70. La répression romaine est sans appel : ceux qui sont faits prisonniers sont crucifiés. Beaucoup préfèrent mourir dans des suicides collectifs (voir par exemple la chute de la forteresse de Massada).

En français, le terme de zélote s'applique aujourd'hui à une personne qui fait preuve d'un attachement fanatique à sa cause, jusqu'à l'aveuglement.

Les Zélotes dans l'Histoiremodifier | modifier le code

Le terme « zélotes » vint du grec zêlotai correspondant à l'hébreu qanna'im qui signifie les « zélés »1. Lorsque le Talmud se réfère aux qanna'im, ils ne sont pas présentés comme les membres d'un groupe, mais simplement comme des prêtres vengeurs dans le Temple2. Le mouvement zélote se réclame intentionnellement de modèles biblique comme celle de la figure de Pinhas le Zélé (aussi Pin'has ou Phineas) fils d'Eléazar, fils d'Aaron (Nb, 25, 11)1. Ce personnage biblique s'est illustré par l'assassinat d'un Prince de tribu d'Israël qui se serait fourvoyé dans la luxure aux yeux de tous. L'exécution commise par Pinhas, au lieu d'être réprimandée, est hautement valorisée en tant qu'elle scelle une alliance de paix entre le peuple et l'Éternel. Pinhas est considéré comme le premier zélote car la Bible dit qu'il s'est montré "jaloux" pour la gloire divine. En outrepassant la loi, Tu ne tueras point, il réaffirme le caractère sacré de la loi mosaïque et, de fait, réinstalle le principe religieux comme moteur de l'action humaine. L'épisode de Pinhas constitue la principale légitimation théologique de l'activisme zélote. La figure de Pinhas le Zélé qui avait été utilisée notamment par les Macchabées (Mattathias et ses fils) lors de leur révolte contre les Judéens hellénistes et leurs alliés séleucides est reprise par les zélotes à des fins idéologiques3.

Flavius Josèphe affirme que le leader nationaliste Judas de Gamala fut à l'origine d'une « quatrième philosophie » (après les Sadducéens, les Pharisiens et les Esséniens), qu'il décrit ainsi :

« Judas fut l'auteur de la quatrième secte. Elle s'accorde en toutes choses avec celle des Pharisiens, excepté que ceux qui en font profession soutiennent qu'il n'y a que Dieu seul que l'on doive reconnaître pour Seigneur et pour Roi. Ils ont un si ardent amour pour la liberté que les genres de mort les plus extraordinaires, les supplices les plus atroces, qu'ils subissent eux-mêmes ou laissent souffrir aux personnes qui leur sont les plus chères, les laissent indifférents pourvu qu'ils n'aient à donner à nul homme le nom de Seigneur et de Maître. Comme bien des gens ont été témoins de la fermeté inébranlable avec laquelle ils subissent tous ces maux, je n'en dirai pas davantage, non de crainte de ne pas être cru, mais plutôt de peur que mes paroles ne donnent une idée trop faible du mépris avec lequel ils supportent la douleur. »

— Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques, XVIII, 2

Partisan de composer avec la puissance romaine, Flavius Josèphe reproche amèrement aux zélotes leur fanatisme qui est selon lui à l'origine de la Première Guerre judéo-romaine. Les Romains leur donnent le nom de « sicaires », du nom de leur poignard tranchant, la sica, qui pourrait avoir aussi donné le surnom d'Iscariote du Judas des Évangiles (sikariot en araméen dans la peshitta).

Chez Flavius Josèphe, le groupe des zélotes n'est attesté, sous ce nom, qu'à partir du déclenchement de la révolte (66)1. Les zélotes semblent avoir constitué un groupe d'ascendance Hassidéenne et fondamentalement sacerdotal, qui a été renforcé par l'arrivée à Jérusalem des restes des forces essentiellement paysannes qui s'étaient opposées à la campagne romaine en Galilée (67 - début 68)4. Pour une partie de la recherche, les zélotes sont liés aux pharisiens de l'école de Shammaï5 (beth Shammaï). Ils « voient dans les relations avec les Grecs une source de souillure4. » Pour des historiens comme Mireille Hadas-Lebel ou Christophe Mézange, les héritiers du mouvement de Judas le Galiléen sont les Sicaires, alors que les Zélotes sont « les jeunes prêtres qui à la veille de la guerre, rejettent les sacrifices offerts au Temple pour le compte de Rome et de l'empereur (Guerre des Juifs, II, 17, 409)5 », dont le chef est Éléazar fils d'Ananias4. Les zélotes sont à l'origine, en 665 ou 684 de la proclamation des « Dix-huit mesures »5,4.

Les zélotes partagent la doctrine de certains pharisiens, mais ils divergent sur la façon de se libérer de l'occupation étrangère4. « De plus, ils sont animés par une conviction fondamentale, à savoir que le zèle pour la Torah et pour l'alliance avec le Dieu d'Israël est le moyen par excellence d'accélérer le temps de la fin et l'arrivée imminente du Messie4. »

Dès le début de l'insurrection, Éléazar fils d'Ananias, commandant de la police du Temple et chef des zélotes à Jérusalem, demande et impose la cessation des sacrifices au nom de l'empereur romain4, qui étaient jusque là effectués tous les jours.

Vers l'époque de la chute du Temple (70), leurs chefs sont Jean de Gischala et Eléazar fils de Simon, puis juste avant l'arrivée des forces de Titus (quelques jours avant la pâque 70), Jean de Gischala se réconcilie avec Simon Bargiora, alors qu'Éléazar avait été contraint de se démettre peu avant.

Les Zélotes, un courant violentmodifier | modifier le code

Le courant des Zélotes « se définit par un nationalisme intransigeant et agressif. Appelant de tous leurs vœux l’instauration du Royaume, ses tenants estiment devoir en hâter la venue par la violence. L’étranger est pour eux l’ennemi. ils dressent des embuscades, manient le poignard – d’où le nom de sicaires qu’on leur donnait parfois –, entretiennent en Palestine un climat d’insécurité et d’agitation chroniques. Ils sont, de façon très directe, à l’origine de la révolte de 66-70. », Marcel Simon6.

Signification actuelle du termemodifier | modifier le code

Selon le Dictionnaire historique de la langue française d'Alain Rey, on voit apparaître le terme zélote

au féminin, à partir de 1864, pour désigner une personne « animée d'un zèle religieux fanatique »,
puis dans un emploi littéraire, quelqu'un qui « pousse le zèle jusqu'à l'aveuglement ».

Le terme zélotisme figure dans Proudhon, en 1854, mais son emploi est rare7.

Notes et référencesmodifier | modifier le code

  1. a, b et c Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 441.
  2. Robert Eisenman, James The Brother Of Jesus.
  3. Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 440 et 441.
  4. a, b, c, d, e, f, g et h Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 442.
  5. a, b, c et d Mireille Hadas-Lebel, Jérusalem contre Rome, Cerf, Paris, 1990, p. 416-417.
  6. Marcel Simon, La civilisation de l'Antiquité et le christianisme, Arthaud, 1972 (chap. le Judaïsme)
  7. Dictionnaire d'Alain Rey
  • (de) Martin Hengel, Die Zeloten : Untersuchungen zur Jüdischen freiheitsbewegung in der Zeit von Herodes, I bis 70 n. Chr. (Éd. E.J. Brill, Leiden/Cologne, 1961)

Voir aussimodifier | modifier le code








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