Zecca

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La zecca est un terme italien qui désigne l'« Hôtel des monnaies », l'institut d'émission qui produit la monnaie.

Zecca (jusqu'au XVIe siècle, on trouve aussi les formes Ceca, Cecha ou Ceccha) vient du mot arabe Sikka, le coin. De fait, c'est le lieu où un État fait frapper ses pièces, et l'origine étymologique est parfaitement révélatrice.

La Zecca de la République de Venisemodifier | modifier le code

Histoiremodifier | modifier le code

Le palais de la Zecca dans le bassin de Saint-Marc érigé entre 1537 et 1545

Le gouvernement vénitien ne s'installe définitivement à Saint Marc que dans les premières années du XIIe siècle ; jusqu'au milieu du VIIIe siècle, il réside à (Eraclea) où est attestée l'existence d'un atelier de monnaie fonctionnant dans la mouvance impériale d'Orient.

Ensuite le gouvernement s'est replié sur des îles jugées plus sûres, en raison des campagnes franques : Malamocco tout d'abord et enfin Rialto, en 810, qu'il ne quitte plus. En 1112, on trouve mention d'une officina ad monetam installée dans un édifice sis sur la paroisse San Bartholomeo, à proximité de l'actuel pont du Rialto, et vendu à l'État par le doge Ordelafo Faliero (1102-1118).

C'est le doge Jacopo Tiepolo (1229-1249) qui, en 1229, institue la Zecca en tant qu'entité administrative, mais c'est Pietro Gradenigo (1289-1311) qui décrète en 1297 son installation, depuis le Rialto où il se trouve depuis le IXe siècle, dans les locaux, nouvellement construits, de Saint Marc, c'est-à-dire dans une relation de proximité immédiate avec le pouvoir et un meilleur contrôle par le Grand Conseil (Maggior Consiglio). Au cours de la moitié du XVIe siècle, la secca s'installe dans un nouvel édifice où elle frappe deux millions de pièces (ducats d'or et d'argent) par an. Elle poursuit son activité sous la domination des Habsbourg qu'elle cesse en 1866 avec l'annexion au royaume d'Italie.

Fonctionnementmodifier | modifier le code

La fonction monétaire en appelle d'autres. La Zecca détient et gère les réserves d'or et d'argent de l'État, sous forme de métal brut, ou déjà monétisé. Elle ne se contente pas d'en tenir un compte précis ; le gouvernement lui confie le soin de veiller aux approvisionnements, ainsi que celui de régir le transport et le commerce des métaux précieux. En conséquence, il est interdit aux fonctionnaires de la Zecca de fréquenter les marchands qui apportent à Venise l'argent des monts de Bohème ; par décision des Quarante, le 5 mai 1357, l'accès même au Comptoir des Allemands leur est interdit (Fontego dei Tedeschi ; il s'agit d'un entrepôt situé près du pont du Rialto aujourd'hui occupé par les Postes Italiennes, où s'effectue la majeure partie des transactions commerciales avec l'Europe centrale).

À une époque où toute pièce en métal noble a une valeur intrinsèque, c'est-à-dire ne comptabilisant que celle du métal précieux contenu, la Zecca a par conséquent la responsabilité de la garde du trésor public (Aerarium saturni) et des réserves stratégiques (Aerarium sanctius). C'est une mission de confiance, déterminante, vitale. Frauder, détourner, faire erreur, équivaudrait à une trahison. Le coupable, délinquant ou négligent, serait en effet susceptible d'affaiblir les défenses de la Communauté, ou risquerait de la ruiner en permettant qu'on se défie de sa monnaie, voire qu'on lui substitue des espèces étrangères dont il faudrait ensuite, laborieusement, purger le système. C'est pourquoi la Zecca doit être regardée, non seulement comme une institution financière, mais aussi comme un organisme politique.

C'est d'autant plus vrai que dans cette même logique, à partir du XV° siècle, ses compétences s'étendent à l'administration de la dette publique et à la gestion du budget ; comme nous le verrons en détail, si la Zecca a la garde du Trésor public, elle liquide les dépenses votées en conseil et consent des avances à l'État, sur ordre des politiques. Parallèlement, l'un des trois directeurs généraux (provéditeurs) sera spécialement chargé de recueillir et de comptabiliser les fonds provenant des dépôts en espèce, prêts consentis par les citoyens, et rémunérés par l'État.

Enfin, la Zecca détient les fonds propres et assume la comptabilité des organismes publics. L'exemple le plus éclairant étant sans doute celui de l'Arsenal, qui ne verse ses salaires qu'en prélevant l'argent du dépôt gardé en Zecca.

Il s'agit là de l'essentiel des fonctions de cette institution ; il en est d'autres, mineures, ou qui sont exercées à la périphérie des activités principales. Les fonctionnaires surveillent ainsi la quantité et la qualité de l'or et de l'argent bruts qui entrent à Venise ; ils contrôlent les pièces, vénitiennes ou étrangères, en s'assurant de la justesse de leur poids ; ils inspectent les balances et leurs poids; ils assurent la distribution physique des sommes allouées en conseil aux différentes magistratures. Ils sont encore chargés de la tutelle des orfèvres, qu'ils soient de la Dominante (c'est-à-dire de la cité lagunaire), ou de la terre ferme. Cela s'explique par le fait que les artisans travaillent les métaux qui servent au monnayage. Dès le début du XIIIe siècle, les fonctionnaires de la Zecca, selon les prescriptions du pouvoir politique, rédigent des arrêtés (terminazioni) qui devront être appliqués par les corporations. Ceux-ci concernent les titres, les contrôles et le personnel qui devra les effectuer sur la terre ferme ; sur le territoire de la Dominante, la Zecca prend elle-même en main les opérations relatives à l'apposition d'un poinçon spécifique de garantie, le sceau de Saint-Marc, appelé familièrement molleca (petit crabe) ; celui-ci atteste la conformité du titre du métal aux normes en vigueur et engage en conséquence la responsabilité de l'État. Très tôt, en tout cas dès la monétisation de l'or (1284), il s'avère que dans l'esprit des dirigeants de la Zecca, les productions de l'orfèvrerie locale sont assimilables à de la monnaie. C'est si vrai que plus tard, au XIIIe siècle, elles seront traitées comme de l'épargne.

Reste à décrire la fonction répressive exercée à l'encontre des fraudeurs, faussaires, vendeurs ou revendeurs à la sauvette et autres artisans indélicats. Il est vrai qu'à partir d'un certain degré de gravité du crime, les hommes de la Zecca ne sont en quelque sorte chargés que de l'instruction des affaires, l'action pénale étant dévolue aux tribunaux. Ce sont pourtant les directeurs généraux qui, le 21 août 1778, prennent contre l'orfèvre Stefano Fagagna, qui a contrefait le sceau de Saint Marc, un arrêté de 5 ans de bannissement :

« Qu'on sache bien qu'il est banni de cette ville et de toutes les autres villes, terres et lieux des domaines de la République, terrestres et marins, bateaux armés ou désarmés, pendant une durée de cinq ans consécutifs ; s'il se soustrait à ce bannissement et s'il est pris, qu'il soit conduit dans notre ville et placé dans une galère de forçats, dans laquelle il aura à servir comme rameur, les fers aux pieds… (s'il est malade, il passera en prison le double du temps qu'il aurait ramé dans la galère). Qu'il ne puisse jamais plus être inscrit dans la corporation des orfèvres, ni exercer quelque travail d'orfèvrerie que ce soit, que son nom ne soit plus, et qu'il disparaisse de tous les registres publics où il apparaîtrait en tant qu'orfèvre. »

Ce genre d'affaire apparait très tôt dans les textes : un certain Leonardo Rosso, orfèvre, est jugé le 8 janvier 1340 pour avoir triché sur le titre de l'argent ; il est condamné à un an de prison et à ne plus pouvoir exercer son art, ni en tant que maître, ni en tant que compagnon. Somme toute, il s'en tire assez bien ; selon la législation en vigueur à l'époque, il aurait pu laisser sa main droite dans l'affaire et finir pendu entre les colonnes de la place St Marc.

En définitive, la situation peut être décrite avec sobriété. À compter du XIIIe siècle, chaque fois qu'à Venise, d'une façon ou d'une autre, quelqu'un traite d'or, d'argent, de monnaie ou de deniers publics, il a affaire à la Zecca.

La Zecca du duché de Castromodifier | modifier le code

La Zecca de Castro, qui rappelle en partie celle construite à Rome en 1507 (muraille de travertin) fut entre les premiers édifices à être réalisé en date du 25 février 1538. le Cardinal Guido Ascanio Sforza, confirmait à son oncle Pierre Louis Farnèse la pleine faculté de frapper des monnaies de n'importe quelle forme et valeur et l'autorisait à importer, libre de tout Droit, dans son État, la quantité voulue d'or, d'argent et autre métal monétaire.

À ce point tout est prêt pour l'entrée en fonction de la Zecca, en ce qui concerne les petites monnaies (Baiochetto et Denaro (Denier)) ; pour l'imagerie : les armes Farnèse au droit et le Saint patron (San Savino) au verso, avec les écrits sur le contour : "Pierluigi Farnese Duca di Castro" au droit et "Sain Savino" au verso. On commence à battre la petite monnaie vers 1538-1540.

  • Le 19 juillet 1545 est une date importante pour l'avenir de la Zecca de Castro : après d’exténuantes tentatives diplomatiques et rencontres, le pape Paul III réussit à obtenir de l'Empereur Charles Quint pour son fils Pierre-Louis, l'autorisation d’inféoder le Duché de Parme et de Plaisance, et de donner le Duché de Castro et Comté de Ronciglione à son fils Octave Farnèse. Puis arrive la "punzoneria grande" (gros poinçon) et on commence à battre la grosse monnaie : écu d'or (scudo), Paolo d'argent, Gros et Demi-gros en argent.
  • Le 10 septembre 1547 nouveau cahot : le meurtre à Plaisance du Duc Pierre-Louis, œuvre de nobles conjurés impériaux (le comte Anguissola) ; le Duc Octave Farnèse se hâte de sauvegarder son "nouveau" Duché de Plaisance (il y réussira seulement en 1550) et de Parme (en 1556), en laissant Castro au frère mineur Horace Farnèse (en pratique, de 1546 jusqu'à sa mort en1583, s'en occupera le frère majeur, le Cardinal Alexandre Farnèse).

Vraisemblablement, on continua à battre à Castro les vieilles monnaies de Pierre-Louis jusqu’à la fermeture définitive, en 1548 ou au-delà de, mais de toute façon avant 1564, comme le montre la découverte d'une maçonnerie en travertin au-dessus du portail, avec la date incrustée dans le tuf. Ensuite (jusqu’à la fin en 1649 avec la destruction commandée par Innocent X) circula pour le Duché de Castro ; la "grosse" et "petite" monnaies de Pierre-louis (frappée respectivement dans les périodes 1546-1548 et 1540-548) et celles de la Zecca de Rome ou de État Ecclésiastique (preuves de la circulation de la monnaie de Castro de Pierre-Louis jusqu’à la fin du XVIe siècle).

Nous pouvons regrouper les monnaies sorties de la Zecca de Castro en deux groupes :

Grosse monnaie : Ecu d'or, Paolo d'argent, Gros en argent, Moyen gros en argent

Petite monnaie : Baiocchetto en argent, Denaro (Denier)

La Zecca du duché de Parmemodifier | modifier le code

Lors de la création du duché, le duc Pierre-Louis obtient du pape Paul III de pouvoir frapper monnaie1, renouvelant ainsi un droit ancestral. En effet, l’histoire de la monnaie, à Parme et à Plaisance, débute probablement sous le règne du roi Didier de Lombardie mais c’est Charlemagne qui, au cours d’un de ses séjours à Parme (781 ou 787), aurait donné le droit de battre monnaie, comme en témoignent deux pièces avec les lettres PARM. Un « Hôtel des monnaies », la zecca en italien, aurait donc été fondé à m'époque du premier duc, dans les deux villes2.

L'émission de monnaie se poursuit durant toute la durée du duché, d’abord sous les Farnèse, depuis Alexandre, avec un des premiers thalers de 80 sous frappé dans la péninsule italienne, jusqu'à Ranuce II. Suivant les périodes, les monnaies portent le nom de sou, ducatone ou lire2.

Ferdinand de Bourbon rénove l’Hôtel des monnaies sous l’impulsion de Du Tillot. En raison de son éloignement de la cour, ce n’est qu'en 1783 que l'Hôtel des monnaies produit des pièces, une demie lire, une doppia da otto et une doppia da tre. Ferdinand Ier, apprenant que des pièces étrangères identiques à celles émises mais d’une valeur inférieure circulent dans le duché, rappelle toutes les pièces nationales pour les marquer et les différencier des pièces étrangères. Il ordonne aussi que le cours des monnaies des villes de Plaisance et Parme soit uniformisé et, en 1799, l’Hôtel des Monnaies de Plaisance est fermé2.

Sous l’occupation napoléonienne, l’Hôtel des monnaies est mis en sommeil et Moreau de Saint-Méry conserve le système monétaire des Bourbons. Un décret impérial de janvier 1807 établit le rapport entre la monnaie parmesane et le franc, 4 lires et 1 sous pour 1 franc avant d’évoluer à 4 lires, 4 sous et un denier en 18092.

Sous Marie-Louise, le matériel de l’Hôtel des Monnaies de Parme est jugé inutilisable et c’est l’Hôtel des monnaies de Milan, alors capitale du royaume lombardo-vénitien, un état satellite de l’empire d’Autriche, qui est sollicité. Au cours de cette période, le système monétaire s’avère fluctuant : les monnaies étrangères sont en libre circulation et sont équivalentes à la monnaie nationale, ce qui a un effet néfaste sur le commerce. Pour mettre fin à ce désordre, un décret du 22 juillet 1819 prévoit la mise en circulation de pièces d’or et d’argent, des lires, qui sont frappées à Milan. Ce n’est que dix ans plus tard qu'un taux de change est mis en place pour les monnaies étrangères2.

Après le retour des Bourbons au pouvoir, Charles III envisage de rouvrir l’Hôtel des monnaies. Il confie cette tâche à Donnino Bentelli qui réalise une pièce de cinq lires qui n'est jamais mis en circulation en raison de l’assassinat du duc. En 1859, avec l’annexion du duché par le royaume de Sardaigne, l’Hôtel des monnaies disparaît définitivement2.

autres Zeccamodifier | modifier le code

  • Asti
  • Pavie
  • Florence
  • Reggio d'Emilie
  • Murato en Corse

Notes et référencesmodifier | modifier le code

Notesmodifier | modifier le code

Référencesmodifier | modifier le code

  1. Parente, p. 378.
  2. a, b, c, d, e et f (it) Michele Lopez, « Aggiunte alla zecca e moneta parmigiana del Padre Ireneo Affo » (consulté le 11 février 2013)

Bibliographiemodifier | modifier le code

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (it) Maria Parente, Archivio di Stato di Parma (lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
    Archives d'État de Parme

Voir aussimodifier | modifier le code

Articles connexesmodifier | modifier le code

Liens externesmodifier | modifier le code








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